NUE AGE
Dans le pré, l’air avait une texture presque tactile, comme si la lumière cherchait un point d’appui, et les brebis, immobiles et attentives, semblaient garder un secret ancien que le vent n’osait plus traverser leurs souffles lents accordés au rythme du jour, tandis qu’au-dessus d’elles les cirrus se déployaient avec une lenteur calculée, tracés souples, étirés, courbés, signes suspendus dans l’azur, ni tout à fait nuages ni tout à fait effacements (,,,)
Le ciel semblait écrire sans encre, poser une ponctuation invisible, une inflexion douce qui ne disait pas où finir mais comment continuer. Quelque chose descendait alors dans le corps, chaleur diffuse:,:
Le regard suivait ces lignes aériennes comme on suit la courbe d’une épaule sous un tissu trop fin, avec cette attention précise, presque dévote, qui ne cherche pas à posséder mais à rester au plus près du frémissement. Rien ne pressait. Tout insistait*,*
Dans une intimité troublante, l’air savait déjà ce que le corps tentait encore de comprendre. Les formes se composaient, se défaisaient, revenaient et dans ce jeu lent de viens et repart, quelque chose du désir se révélait dans sa forme la plus nue, celui de sentir encore-,-
le ciel avait trouvé un passage secret, un couloir discret entre l’altitude et l’intime. Le temps, lui aussi, se mettait à tanguer, ni passé ni présent, mais oscillation douce où tout ce qui a été aimé pouvait revenir sans s’imposer, simplement se poser là, un instant, avant de se dissoudre;,;
Rien ne demandait à être compris. Tout invitait à être habité. Le mystère n’est plus un voile à lever, mais matière dans laquelle marcher lentement, en acceptant de ne pas savoir où mène le chemin?,?
cette ponctuation dans l’air n’était pas un signe extérieur, mais une respiration partagée, une manière pour le monde de rappeler que certaines présences ne s’achèvent jamais, qu’elles apprennent simplement à circuler autrement+,,,+
M.A.






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