28 janvier 2026

SUPER POSITIONS

Encore une belle journée qui vient de commencer, 

Café noir, Eve Hernandez

On ouvre les yeux avec cette certitude fragile : aujourd’hui, je gère. Puis le temps, discret mais méthodique, se met à l’œuvre. Un café plus tard, quelques gestes répétés sans y penser, une boîte mail ouverte comme on entrouvre une trappe, et déjà le jour s’est replié sur lui-même. Il est 18 heures, et la seule victoire tangible consiste à avoir traversé la journée sans trop s’insulter intérieurement. 

Against the Run, Alicja Kwade

Le temps ne se manifeste pas ; il s’installe. Les horloges sont sourdes, les jours s’empilent, les gestes deviennent automatiques, et le corps poursuit sa trajectoire avec une efficacité remarquable,  Le lundi surgit comme un invité dont on n’a pas confirmé la venue, et avant même d’avoir formulé une protestation crédible, le vendredi est là, verre à la main, demandant avec un sourire entendu ce qu’il est advenu de nos projets. 

    Heitor et Vera Lucia Manarini

Les semaines s’écoulent comme si elles avaient un train à prendre, les mois disparaissent avec une élégance suspecte, et les années passent à la manière d’une série regardée en accéléré, dont on aurait manqué plusieurs épisodes essentiels. 

web

Puis vient ce moment, banal en apparence, où quelque chose déraille doucement : on se demande où sont passés nos parents, pourquoi nos amis parlent de leurs enfants comme d’adultes en devenir, et à quel instant précis une décennie entière s’est volatilisée. Le temps est un pickpocket silencieux ; il ne menace pas, il prélève. Il emporte des fragments de vie pendant que nous répétions, confiants, ce mot rassurant et trompeur : après. 

Après, je ferai. Après, j’appellerai. Après, je prendrai soin de moi. Ce mot a le talent rare de transformer les élans en objets décoratifs, posés sur une étagère en attendant des conditions idéales qui n’existent pas. Et lorsque l’on se décide enfin, il est souvent trop tard pour la bonne taille, le bon moment, ou la voix intacte. Le corps, lui, se charge de rappeler l’addition, avec une précision clinique et un humour douteux. 

Minimum Monument ou Melting Men, est une idée née en 2002 dans l’esprit de Néle Azevedo. Une représentation d’hommes de glace fondant au soleil, assis sur les marches des monuments des plus belles villes du monde.

Surgit parfois une idée plus modeste, : les dés à présent sont jetés, léger déplacement du regard, le maintenant ne se stocke plus,  ne se reporte pas; il se vit ou se perd. Sans éclat particulier, le temps ne demande pas à être rattrapé, seulement habité. Croquer le temps, ce serait comme croquer un mille-feuille où se superposent les strates de la vie, passé, présent et futur, toutes indiscernables, toutes présentes à la fois sous la dent, à sentir, à goûter, à habiter, et découvrir que le goût du moment ne se répète jamais, qu’il est unique, fragile, mouvant et vivant.

Deux feuillets de graphène superposés suivant cet angle magique de 1,1° peut être extrapolée à deux univers bidimensionnels dans lesquels des électrons passent quelques fois d’un univers à l’autre créant des interactions.

L’univers pourrait exister dans un état où passé, présent et futur se superposent, indiscernables, et où le temps, tel que nous le connaissons, n’émerge que par nos relations aux événements, par la danse de ce qui se mesure, se touche, se vit. Dans cette superposition fragile, notre vie trouve son sens : même si le temps s’étire, se dilate, ou semble disparaître, il se sent, se respire, s’habite. Nous ne pouvons ni le posséder, ni le retenir, mais nous pouvons l’éprouver, nous y tenir, nous déplacer à l’intérieur. Parfois, ce léger déplacement du regard, ce moment où l’on choisit d’être pleinement là, devient la seule manière de comprendre ce que le temps réel nous offre : ni passé à regretter, ni futur à attendre, juste maintenant, fragile, mouvant, vivant.

26 janvier 2026

ARBRES

L'arbre sec, rencontre dans un pré St Goin Barcus , je m'assois, je m'interroge, je le regarde...entre rêve et réalité, franchir l'écorce, mouvement de terre, complice ...  

Je suis là… sec, nu, dépouillé, seules mes branches fortes tiennent la tête haute. Elles ont vu le soleil et la pluie, les enfants jouer, les amoureux se taire, les chevaux tirer les charrues, les hommes labourer la terre. Mes racines ont senti le froissement des semelles, le poids des bottes et des journées de fenaison. Mes pieds ont été sciés par le travail, le temps, les machines…et c’est pour ça que je suis resté ici, à la lisière du pré, solitaire, invincible, gardien de la mémoire des saisons, des hommes et des bêtes.

Nous sommes éphémères.

Nous courons sans cesse, la Terre nous entend.

Nous oublions, mais la mémoire des racines reste.

Hé toi, oui, toi, qui passes sans voir.

Ralentis. Regarde-moi.

Je suis pas qu’un bout de bois oublié, carcasse dressée au bord du champ.

Je suis l’ombre de ce que tu étais, et le souvenir de ce que tu pourrais redevenir.

Approche. N’aie pas peur du vide entre mes bras. Ecoutes ...

J’ai vu les siècles s’y suspendre sans tomber.

J’ai porté le vent, la pluie, les joies et les peines.

J’ai connu la caresse des étés, le givre des hivers, et les hommes qui m’ont planté sans savoir qu’ils posaient là leur propre vie.

Toi qui marches vite, les yeux aveuglés. Regardes...

Tu crois que la terre a oublié ton nom.

Mais moi, je t’ai reconnu.

Je te sens dans l’air, dans la poussière qui tremble quand tu respires.

Tu viens du même lieu que moi : ventre chaud du monde, là où la sève et le sang ne faisaient qu’un seul feu. Je suis...


Écoute. Ecoute donc, Ce craquement, ce n’est pas du bois.

C’est ma voix qui remonte du sol, mémoire du vent, chanson des racines qui refusent de mourir.

Pose ta main sur moi. Là. 

Tu sens, ton cœur qui bat dans le mien, ou... le mien qui bat encore pour toi , va savoir. le coeur bat...


Toi et moi, un même souffle, toi et moi.

Des mêmes blessures, des mêmes saisons.

On ploie, on tient, on casse, on repousse.

Et quand le monde nous oublie, on continue de veiller.


Alors écoute-moi bien, passant distrait :

je ne suis pas mort. Je rêve encore.

Et toi, oui, je te parle, si tu veux bien, car tant qu’un cœur bat, tant qu’une branche résiste, tant que nos regards se croisent, un regard s'élève, Toi et Moi, Nous sommes ...

Je suis l’arbre. Je suis l’homme.

Je suis la mémoire de ce qui espère encore.

Pas un cri. Une promesse. je rêve encore.

Comme un arbre… comme un homme... 


L’Arbre Sec – mémoire et résistance






Chaque coup de vent me rappelle un rire, un cri,

chaque goutte de pluie un chuchotement d’été.

Je n’ai plus de feuilles, mais mes branches 



Je tangue dans mes souvenirs, je ploie 

J’ai porté le poids du monde, et c’est pourquoi

je reste… ici, debout, témoin, gardien

d’un passé que le temps ne peut effacer.


Même seul, même sec, je suis plein de vie.

Je suis l’arbre qui a tout vécu, tout enduré,

qui a été témoin des joies, des peines, des travaux,

et qui continue à murmurer, à respirer,

au rythme du vent, de la terre, et des saisons.

22 janvier 2026

PONCTUATION

Ponctue l'attention


Sam Szafran

Le scribe n’hésite pas par manque de mots, mais par excès d’attention. Il sait que ponctuer n’est jamais neutre. Chaque signe posé est un geste précis, une attention ponctuelle délivrée au monde. Ponctuer, ce n’est pas interrompre le flux, c’est reconnaître l’instant juste où la pensée doit se déposer sans se figer. 
Ainsi, le scribe ponctue comme on jardine : en posant parfois des limites pour mieux ouvrir les espaces. La ponctuation devient alors une manière d’habiter le monde, une attention offerte à ce qui vient. Non pour fermer, mais pour laisser passer.

Joël Equagoo

Le point voudrait conclure. 
Il porte en lui la tentation de fermer, de stabiliser, de dire que tout est désormais en place. Il rassure, il ordonne, il promet une fin nette. Mais le scribe se méfie de cette promesse. Il sait que l’existence ne tient jamais longtemps dans ces contours définitifs. Le point peut devenir une clôture trop rigide, un jardin refermé avant même d’avoir été habité. Alors s’il s’arrête, ce n’est jamais pour clore, mais pour reprendre appui, comme on pose le pied sur une pierre avant de franchir le ruisseau.

Calligramme Boris Sentenac


La virgule, elle, ne tranche pas,
elle n’affirme rien, elle est une suspension discrète, une respiration accordée à la phrase comme au monde, elle ralentit sans immobiliser, elle ouvre sans disperser. La virgule est le lieu précis où le sens accepte de ne pas être achevé, où la pensée renonce à dominer ce qu’elle énonce. Elle est une éthique silencieuse. Elle maintient le vivant en circulation, comme une main posée avec délicatesse pour dire : continue, mais n’écrase pas ce qui vient,

Point Virgule Leanne

Le point virgule introduit une temporalité;
Il relie ce qui pourrait être séparé, il accepte la fracture sans la transformer en rupture. Il reconnaît que quelque chose a changé, sans prétendre que tout est perdu. Le scribe y voit la trace des impacts traversés, la marque d’une continuité lucide. Le point-virgule est mémoire active ; il permet de poursuivre sans effacer ce qui a été heurté, de tenir ensemble l’avant et l’après sans les confondre;

Deux petits points roses Isabelle Courtois Lacoste

Les deux-points sont des seuils :
Ils annoncent sans promettre, ouvrent sans garantir. Ils installent une attente, une tension douce, une disponibilité. Quelque chose va suivre, peut-être, mais rien n’est imposé. Le scribe les considère comme des portes entrouvertes, des espaces où le sens ne lui appartient plus tout à fait. Ils font confiance au lecteur, à l’autre, au temps. Ils rappellent que comprendre n’est pas saisir, mais accueillir :

Bleu 2 Joan Miro

Les points de suspension sont un choix exigeant... 
Ils refusent la clôture par respect. Ils laissent le sens en apnée, non par manque, mais par pudeur. Ils reconnaissent que certaines réalités perdent leur vérité à être formulées jusqu’au bout. Le scribe les utilise lorsqu’ajouter serait trahir, lorsqu’expliquer détruirait la densité. Ils sont la ponctuation de ce qui continue sans bruit, de ce qui existe pleinement sans être dit...

Parenthèse Sylvie Lauvray

Les parenthèses abritent 
(Elles recueillent ce qui ne supporte pas l’exposition directe, ce qui doit rester à côté sans être relégué). Elles sont une mémoire latérale, une confidence discrète, un battement parallèle au cœur du texte. Le scribe sait que l’essentiel n’est pas toujours central, et que certaines vérités ne se livrent qu’à ceux qui acceptent de lire (en marge).

 Susan Vineyard

Le point d’interrogation n’est pas une demande de réponse. Est-il une discipline intérieure? 
Il empêche la certitude de se figer, il maintient la pensée en mouvement. Il est une résistance douce à toute forme de dogme. Questionner, ce n’est pas douter par faiblesse, serait ce refuser de clore ce qui doit rester vivant?

Art Classics

Le point d’exclamation!
le scribe l’emploie avec parcimonie! Il sait que trop d’intensité brûle ce qu’elle touche. L’exclamation convient à l’urgence, pas à la durée. Elle éclaire, mais elle épuise. Le scribe préfère la nuance, la lenteur, la vibration continue à l’éclat passager!

Réinstallations François Morellet

Le tiret est une dérive assumée - 
- Il marque l’irruption de l’imprévu, la pensée qui surgit hors plan, la bifurcation nécessaire. Il est l’accident heureux dans la syntaxe du réel, la preuve que tout chemin accepte d’être déplacé -

Le scribe est assis devant la page, il est dans l’attention. Il sait désormais que chaque signe posé engage bien plus qu’une phrase. Il ne s’agit plus d’ordonner le langage, mais de se tenir juste dans ce qu’il délivre. La ponctuation n’est pas un mécanisme, elle est une attention ponctuelle, un instant choisi où la pensée accepte de se manifester sans se refermer. Ponctuer, pour lui, n’est ni interrompre ni conclure, c’est reconnaître le moment exact où il faut prendre soin du sens.

20 janvier 2026

,,, ,,, (EQUILIBRE),,, ,,, (PHRASE SANS FIN) ,,, ,,,,,

 Nina Peña Pitarch

L’intime circule sans se refermer, où la chair et la mémoire avancent ensemble, virgule après virgule, 

La rue s’ouvre et, sans prévenir, le temps se retire. Les murs se dissolvent comme brouillard ancien, la foule se défait en silhouettes molles, et il ne reste que deux présences qui se reconnaissent avant de se nommer. Rien ne presse. Rien ne réclame. Les corps savent déjà. Les regards, chargés d’années, s’arrêtent et s’accordent. Ce n’est pas un retour, c’est une continuité qui affleure,

Les pas ralentissent jusqu’au frôlement, les gestes s’allongent comme s’ils se souvenaient d’eux-mêmes. Un souffle trouve un autre souffle, un parfum ancien remonte sans bruit, non comme une nostalgie mais comme une évidence. La rencontre ne recommence pas, elle se déplie. Elle revient par oscillations lentes, une berceuse, une chaleur tenue, maîtrisée, où la retenue devient intensité,

Le désir n’exige rien. Il circule. Il est cette tension douce entre deux poitrines qui s’approchent sans se toucher encore, cette envie du baiser suspendue, tangible, contenue. Le corps reconnaît ce que la vie a transformé sans l’effacer. La mémoire n’alourdit pas, elle affine. Chaque battement s’accorde à l’autre, chaque respiration devient commune, sans projet, sans fuite,

La rue, complice, se met en sens unique. Le monde se replie. La lumière se tord et devient tiède. Tout ralentit. Un chant muet s’élève, d’air et de silence. Une ponctuation, ce n’est pas une promesse, c’est une offrande. Un instant parfait dans son hasard, brûlant sans excès, suffocant parce qu’il contient tout et ne demande rien,

Il y a eu d’autres amours, d’autres vies pleines, des enfants, des rires, des maisons habitées. Rien n’a manqué. Et pourtant, cet instant existe, non contre le reste, mais comme une origine sensible. Une première justesse. Une note inaugurale qui a rendu toutes les autres possibles. Ce qui se joue ici n’enferme pas, n’arrache rien au présent. Cela éclaire,

Quand le monde reprend sa place, rien ne se ferme. La vie continue, plus large, plus douce, enrichie de cette reconnaissance silencieuse. Ce texte n’est pas un retour, ni une réparation. Il est une gratitude déposée entre deux êtres qui se sont aimés, qui se sont perdus, et qui, un jour, se sont revus sans se reprendre,

Il n’y aura pas de point final,  

Juste une respiration qui permet à la phrase de continuer,  Une virgule,


Fais de ta vie un rêve et d’un rêve une réalité, tu le vivais sans le dire, simplement en roulant devant moi, le solex traçant des rimes sur l’asphalte brûlant, tes cheveux noirs dansant sous le ciel d’été, ton rire ouvrant le monde comme une phrase sans fin, 

Tu m’a appris que la vie n’est qu’une longue phrase suspendue, une ballade en Signes Suspendus,
A toi dont la vie fut un poème sans point final, où chaque virgule était un souffle d'été, chaque point-virgule un frisson de fraicheur, chaque deux-points une promesse, et où le point final n’existe pas,,,


Boris Sentenac écrit : La vie est une virgule de temps, tel un souffle pour parfums, pour mots de couleurs à dire à pleurer ou à chanter, une caresse de lecture à prendre et à donner, inscrite en encre noire sur l’ouvrage de l’éternité,,,


Je choisis de déposer, ici,  mot après mot. Rien de plus. Rien de moins,

M.A. Virgule  Elle est une présence fondatrice dans ma vie, une rencontre première, située dans un temps précis, jeunesse, solex, été, lumière, innocence dense, entre Antibes et Vence... et marquée par une rupture brutale, absurde, non négociable. Un départ qui n’a pas fermé la phrase, mais l’a laissée béante, suspendue,


La virgule vient d’elle, de sa parole, de sa manière de dire le monde : pas de fin, juste une pause. Elle m'a gravé cette ponctuation telle un principe de survie, puis un principe d’écriture, puis presque une éthique, une philosophie de vie,

La vie ne s’est pas arrêtée là. j'ai fui, déni, peur, je ne sais plus, je suis parti,
J'ai aimé d’autres femmes. J'ai construit. J'ai transmis. Je suis devenu père, grand-père. Je ne suis  pas dans le manque, ni dans le regret romantique. Ce que je voudrai accompagner est beaucoup plus subtil :
ce souvenir n’efface rien, il éclaire, il n’entre pas en concurrence avec le reste. Il n’exige pas de place. Il réapparaît parfois, par un regard, une voix, un parfum, comme une résonance intérieure intacte,

Ce que je sais , c’est que j'écris, non pas pour ressusciter, mais pour mettre à distance juste, pour comprendre comment une rencontre peut continuer à vivre sans coloniser le présent. Je cherche une forme qui soit à la fois lucide, charnelle, digne, sans pathos, ni sacralisation excessive, 

Je reste attentif à ne pas trahir. Ni elle. Ni celles qui ont compté ensuite. Ni moi-même, je ne désire pas en raconter davantage, ni expliquer, ni dévoiler., simplement, laisser sentir que ce corps qui se souvient a une histoire réelle,,, que la suffocation vient d’un passé interrompu, pas d’un fantasme tardif,,, que la retenue est morale autant que charnelle,,,

Je ne cherche pas à dire plus, ce que j'écris depuis, ces images que je laisse, ces mots transformés ne sont que ma réalité, bouleversée à présent, de le dire,,, je n'avais que 18 années, elle 20, j'ai recherché à renforcer la maturité du regard dans cette rencontre (ce qu’elle a de retenu, d’éthique, de presque douloureux) et aussi ne pas cacher la mémoire corporelle, ce moment où le corps reconnaît avant que l’homme n’autorise ? ,

Quand je dis « le corps reconnaît avant que l’homme n’autorise », je ne parle ni d’abandon, ni de perte de contrôle, ni de nostalgie aveugle. Je parle de ce temps très bref, presque imperceptible, où quelque chose se passe avant la pensée, avant la morale, avant la biographie., ce n'est pas un instinct brut, c’est la mémoire profonde : celle des gestes anciens, des rythmes partagés, des façons que nous avions d'être à deux qui se sont inscrites sans mots,

"La Lumière à l'œuvre" 

   Axelle Gitton

M.A. m’a appris l’amour, c’est lire sans fin, quand même le livre s’est refermé. Que la vie, c’est continuer la phrase que l’autre a commencée. Et quand je parle, je crois encore l’entendre. Ton rire suspendu, virgule, ton souffle entre mes mots. Toi, poème inachevé, présente encore dans chacune des lignes construites sur mes silences,

Deux êtres formant un cercle parfait, comment traduire cet instant suspendu, ce battement du monde,

Et l’homme, dans ce que je dis, c’est celui que je suis , celui qui choisit de ne pas trahir ce qui a été vécu ensuite, ni de se trahir lui-même,

le corps dit « je sais », l’homme répond « je choisis ». Ni conflit violent, ni refoulement. Une cohabitation fragile et noble. je prône de continuer à la virgule. Pas autrement,

J'aurai aimé trouver un point d’équilibre : Ce qui revient ne réclame pas d’être vécu à nouveau, il demande seulement à être reconnu, accueilli comme on accueille une lumière ancienne dans une pièce déjà habitée, un lieu où lucidité n’a pas tué le désir, où la maturité n’a pas effacé la pulsation, où l’amour passé n’entre pas en concurrence avec l’amour vécu.

Je suis là, à la même cadence,, me confie la virgule,,, saches que la vie n’a pas de point final, seulement des souffles, des pauses, des élans,

12 janvier 2026

L'AIDANT

Shine on, aidant invisible. 

Tu veilles dans un monde qui dort, non par grandeur mais par devoir intérieur, et ta lumière n’éclaire que ce qui doit l’être, jamais toi-même.



Reconnaître l’aidant, ce serait enfin admettre qu’il travaille, sans badge, sans salaire, sans pause, dans une continuité que rien n’interrompt. Ce travail-là n’est pas visible, mais total : il engage le corps, l’esprit, les nerfs, le cœur. 

L’aidant est là sans compter, auprès d’un enfant, d’un parent, d’un conjoint, tenant le fragile quand tout vacille. Et pourtant, il est souvent montré du doigt, réduit à une absence, résumé à cette phrase violente, lancée sans mesurer son poids : « Toi, tu ne travailles plus ». Comme si la présence était un vide. Comme si veiller jour et nuit, organiser, anticiper, porter, réparer, n’avait aucune valeur. Il y a cet enfant, dont les besoins ne connaissent ni délai ni répit, et autour de lui une famille qui fait ce qu’elle peut, souvent seule, pendant que l’aide se concentre sur les institutions, les structures, les dispositifs, laissant ceux qui tiennent réellement la vie apprendre à se débrouiller avec presque rien. 

Alors l’aidant vit et survit en même temps. Il vit par amour, par loyauté, par nécessité. Il survit par épuisement, par économie de soi, par silence. Les renoncements s’accumulent : travail abandonné, ressources fragilisées, santé repoussée à plus tard, relations qui s’effacent. Rien de spectaculaire, tout de durable. 

Cette réalité n’est pas une exception malheureuse, elle est devenue une norme discrète, une solidarité privée qui colmate les failles d’un système qui s’en remet à elle sans jamais la reconnaître pleinement. Tant que ce travail restera nié, tant que la présence continuelle de l’aidant sera suspectée plutôt que soutenue, c’est une violence sociale qui se perpétuera, infligée à ceux qui, par compassion, par amour, par humanité, tiennent debout ce que la société ne regarde plus.

10 janvier 2026

PAS SAGES

 Cà y est le jour se lève, ouverture et relecture



Un passage n’est jamais qu’une ouverture consentie. Il ne s’impose pas, il se révèle. Une grille relevée n’ordonne pas d’entrer : elle rend visible ce qui, jusque-là, demeurait dissimulé. Elle offre la vue, elle n’exige pas le mouvement. Franchir reste un choix., de réflexions,,,

Ouvrir les portes de la pensée, est accepter le monde qui ne se livre pas en totalité, mais par fragments. Le temps cesse alors d’être une ligne pour devenir une matière malléable, l’espace un tissu traversé de possibles. Communiquer ne consiste plus à transmettre un contenu, mais à rendre un passage praticable entre deux consciences, entre deux silences.

Les obstacles ne seraient donc pas des erreurs du parcours. Ils seraient sa grammaire. Les tunnels enseignent la persévérance : avancer sans garantie de lumière, guidé seulement par la mémoire du pas précédent. Les ponts rappellent l’équilibre fragile : tenir au-dessus du vide sans prétendre l’abolir. Les viaducs, eux, exigent une élévation du regard, une distance suffisante pour comprendre que certains chemins ne se franchissent qu’en acceptant de quitter momentanément le sol familier.

Chaque passage est une main tendue, mais aucune n’est innocente. Elle engage celui qui la saisit autant que celui qui l’offre. Traverser, c’est reconnaître que rester immobile est parfois une manière subtile de renoncer. C’est aussi accepter que le sens ne se trouve ni au départ ni à l’arrivée, mais dans l’acte même du franchissement.

La clarté ne serait elle non plus révélation brutale. Elle serait une progression. Elle surgit lorsque le pas trouve sa place juste, lorsque le corps et la pensée consentent à avancer ensemble, sans précipitation, sans certitude excessive. Le chemin ne demande pas d’être compris dans son ensemble, seulement d’être pratiqué avec attention.

Ainsi, les passages ne sont ni des raccourcis ni des solutions. Ils sont des accords temporaires entre ce qui résiste et ce qui appelle. Ils relient sans enfermer, ils ouvrent sans promettre. Comme une ponctuation discrète dans la phrase du monde, ils ne concluent rien, mais permettent au sens de continuer à circuler.

Et marcher devient alors une forme de pensée incarnée, lente, exigeante, offerte, manière d’habiter le monde sans en refermer les portes,,,

09 janvier 2026

CRANS MONTANA

Quand les cloches se taisent, elles appellent ceux qui restent



Les cloches ont sonné. Elles ont traversé un pays, porté des noms, porté des absences. Quarante vies arrachées, plus de cent corps blessés, et avec eux des familles, des amis, des cercles entiers soudain suspendus. Elles ont sonné pour dire ce que personne ne voulait entendre, pour inscrire dans l’air une perte qui dépasse chacun mais atteint tous.

Puis elles se sont tues. Et dans ce silence, quelque chose a commencé.

Un premier janvier. Des vœux à peine formulés, encore fragiles, et soudain la stupeur : l’irréel qui cède, le réel qui s’impose. Ils ne sont plus là, et pourtant ils sont partout. Dans les regards qui se croisent sans se connaître. Dans les silences trop longs. Dans ce vide commun qui oblige à se tenir droit, ensemble, parce que chanceler seul ne suffit plus.

La douleur est collective. Elle ne se mesure pas, elle circule. Mais au cœur même de cette fracture, la vie insiste. Elle insiste dans les gestes solidaires, dans les présences discrètes, dans cette attention nouvelle portée aux autres, comme si quelque chose avait rappelé à tous la fragilité du fil.

Ce silence devient alors un choix : être là, apprendre, protéger, transmettre. Non par peur, mais par responsabilité. Pour que d’autres nuits aient des issues visibles. Pour que d’autres mains sachent où se diriger quand tout vacille. Pour que l’anticipation devienne un réflexe partagé, et la prévoyance un acte d’amour collectif.

Porter la mémoire en avant, non comme un poids qui écrase, mais comme un acte fragile confié à chacun. 




Après moi, la colère.

Je suis le feu. D’où viens-je ? Qui m’a appelé sans le savoir ? Suis-je la conséquence de l’oubli, de l’inattention, de la fatigue des hommes, ou simplement ce qui surgit pour révéler ce qui est fragile, 

Je ne frappe pas par haine, je ne punis pas ,je consomme ce que vous croyez acquis, je glisse dans ce que vous croyez sûr, et dans ma course, je montre vos limites, vos absences, vos distensions.

Qui a failli ? Qui a manqué à sa vigilance ? Qui aurait pu être et n’a pas su ? Cherchez le coupable, mais souvenez-vous : je ne suis que le feu, je n’ai ni rancune ni rancœur, je ne juge pas, je révèle, je questionne, je force à regarder ce qui reste, ce qui survit.

Je vois vos vies suspendues, vos peines, vos colères, vos larmes. Et dans cette visibilité, je ne suis pas qu’un ravageur, je deviens témoin : témoin de ce qui tient, témoin de ce qui peut renaître. 

Qu’avez-vous à protéger ? Qu’avez-vous à reconstruire ? Comment faire tenir la lumière fragile de vos vies, de vos maisons, de vos fêtes futures, après mon passage ?  Reste ce qui survit.

Reste la chaleur qui ne s’éteint pas, les mains qui se tendent, les paroles qui consolent, les gestes qui rassurent. Aux familles, je ne peux offrir ni explication, ni remède, mais je peux rappeler que ce qui est aimé, ce qui est partagé, ce qui est veillé, reste vivant malgré tout. Dans la vigilance et la solidarité, dans la tendresse et le soin, se trouve ce que je ne peux consumer. 

Moi, je ne suis que le feu. Je ne suis que ce qui révèle, ce qui consume, ce qui interroge, et dans mon passage, vous découvrez votre force, votre responsabilité, votre humanité, et ce que vous portez encore, contre tout, dans l’obscurité, pour ceux que vous aimez. 




08 janvier 2026

JARRE DINER


 « Les Jardiniers, ces Poètes Armés de Sécateurs » 

Je fuis les jardins négligés,
Ces terrains vagues où les mauvaises herbes font la teuf,
Où les géraniums se rebellent et les tonnelles tombent en grève.
Ici, la seule poésie, c’est la lutte pour ne pas se faire piquer par une ortie.

Un vrai jardinier, lui, n’est pas qu’un poète :
C’est un ninja des pétales, un samouraï des radis.
Sa main, douce comme un chaton mais tranchante comme un katana,
Taille, caresse… et menace les branches rebelles d’un regard noir.

Coupe-t-il sans pitié les branches folles ?
Oui, et elles le savent.
Émonde-t-il les gourmands qui pomp… euh, aspirent la sève ?
Bien sûr, sinon les roses déprimeraient et enverraient des textos rageux.

Dans son jardin, tout est drame et comédie :
On y taille les alexandrins, on y étripe les métaphores ratées,
Et parfois on lance un pot de géraniums comme une boule de bowling pour faire peur aux limaces.

Sa poche ? Une caverne d’Ali Baba :
Sécateurs pour les branches rebelles,
Bêche pour les mottes têtues,
Tuteur pour les tiges fragiles (et parfois pour (re)tenir le chat qui s’invite. Clin d'oeil à Sabine, fermons la parenthèse )

Le jardinier est un peu misanthrope,
Mais pas trop : si tu respectes ses allées et n’essayes pas de voler ses tomates, Il te sourira, t’offrira un jus,
Et te racontera des histoires de boutures comme d’autres parlent de Netflix.

Es-tu un fou de botanique ?
Sais-tu distinguer un trèfle d’un chapeau de gnome ?
Alors bienvenue dans son royaume ! Les gumes...Effleurent...
Ici, on parle greffes et semis jusqu’au coucher du soleil…
Ou jusqu’à ce qu’une taupe décide de faire un barbecue sur ton parterre.

J’aime ces jardiniers, poètes des mains calleuses,
Qui serrent leur brouette comme un violoniste serre son Stradivarius,
Et qui savent que la beauté naît de l’effort,
Que l’ordre n’est pas l’ennemi du rêve,
Et que le plus sauvage des jardins
Peut se transformer en champ de bataille comique,
Avec des radis en première ligne et des géraniums en otages.

« Un jardin, c’est comme un poème : ça se taille, ça se travaille… et parfois, ça te balance une limace sur la tête. »



«Poètes, Ninjas et Psy des Plantes, Les Jardiniers, Poètes Armés de Sécateurs»

Désolé j'aime les jardins taillés, psycho dirigés

« Un jardin, c’est un poème épique et une histoire à construire : on taille les branches, on recadre les humeurs… et une limace vous souffle à l’oreille que la vie doit rester imprévisible, drôle? un peu collante. »

J’aime les jardiniers, poètes des mains calleuses, qui tiennent bon la barre et savent apprécier la beauté du chaos contrôlé,  du décapage des mauvaises humeurs avec élégance et humour, et que l’ordre n’est pas ennemi du rêve, que le plus sauvage des jardins peut se transformer en champ de bataille cosmique, avec des radis de première ligne et des géraniums en otages.

Je dirai que je fuis les jardins négligés; ces jungles où les mauvaises herbes tiennent des réunions syndicales, où les tomates traînent en pyjama et les pissenlits tiennent des débats politiques.

Jardinier, c'est porter une attention, une écoute et proposer un accompagnement: C’est LE psy pour les plantes, un ninja du sécateur, chef d’orchestre pour radis rebelles ou carottes anxieuses. Car attention, j'ai croisé et vu tant de choses : Chaque branche folle a sa crise d’ego, chaque feuille insolente revendique ses droits. Alors je taille, parlemente, râle, donne des cours de méditation aux rosiers capricieux...

Dans ce jardin : mes géraniums font du stand-up le mardi, les limaces tiennent un club de parcours nocturne avec mots fléchés et sentiers balisés, les choux se prennent pour des philosophes et s'ébrouent des chenilles. CAAAROOTTES au garde à vous, salades sensuelles,  plantureuses et sexy, c'est tout, dans mon jardin... 

Un peu misanthrope, je le suis, mais attends, es-tu capable de distinguer le trèfle anxieux de la lavande colérique ? et saurais-tu calmer un basilic en pleine crise existentielle ?

Alors bienvenue dans mon univers, où chaque gume reçoit son conseil de vie,.......Et chaque limace son plan de réinsertion sociale.


07 janvier 2026

SOUFFLEUR de VERS

 Poseur de ligne à souffleur de mots

Nous sommes souffleurs de vers, et aussi souffleurs de mots juxtaposés, penchés vers la lumière, attentifs à ce qui tremble encore sous la surface, traversant un univers à force de tangage,

suivant la courbe du temps avec la patience de ceux qui savent que rien de vivant ne se dit d’un seul tenant, nous juxtaposons les mots pour couvrir les maux, non pour les nier, mais pour les entourer, pour les rendre respirables, pour déposer sur les blessures une étoffe de sens,

les souffleurs écrivent en dévers, le corps légèrement engagé, l’écoute offerte, posant mot contre mot avec le soin d’un geste qui apaise, choisissant le vocable pour sa texture, sa chaleur, sa capacité à frôler sans heurter, car un mot juste ne tranche pas, il s’approche, il attend, il accompagne, la grammaire alors se retrouve, non comme une règle sèche mais comme une respiration partagée, le passé se recompose avec douceur, le futur devient simple, presque possible, et l’émotion naît dans les hasards rencontrés,

dans les effluves qui passent et laissent pourtant une trace, à la case départ il faut partir pour du rêve, offrir sans tout révéler, garder un dedans habité, se brûler les cieux lors de nuits de plein jour, quand la pensée glisse entre le clavier et le cœur,

je tombe parfois en amour sur une page abandonnée, son silence m’appelle, j’y pose mes mots avec retenue, comme on pose la main pour rassurer, victime consentante d’une indigestion du dictionnaire, trop de langue avalée, trop de maux à apprivoiser, amoureux d’un verbe retrouvé dans la poussière des chimères, encore tiède d’avoir attendu,

alors il faut digérer, lentement, patiemment, pour n’en restituer que le mot simple, le mot habité, celui qui tient sans blesser, je deviens poseur de prose comme on pose des rails sur un chemin de vie, avec constance et attention, des mots empruntés, respirés, parfois seulement déposés, mots simples ou juxtaposés, pour dire sans enfermer, pour couvrir sans étouffer, je dépose quelques phrases, un peu pour vous, beaucoup pour moi, et derrière elles les images se dessinent, discrètes, elles dansent sans se livrer,,, et pour suivre ,,, 

Tania Mouraud

les yeux levés vers le ciel, les mots deviennent souffle, chaleur contenue, douceur active, clichés peut-être pour certains, mais pour moi ce sont des traces sensibles, des souvenirs, du vécu, de l’imaginaire ou du futur, car écrire ainsi n’est pas masquer , c’est offrir une forme, une respiration, une transformation,,,