Nous sommes souffleurs de vers, et aussi souffleurs de mots juxtaposés, penchés vers la lumière, attentifs à ce qui tremble encore sous la surface, traversant un univers à force de tangage,
suivant la courbe du temps avec la patience de ceux qui savent que rien de vivant ne se dit d’un seul tenant, nous juxtaposons les mots pour couvrir les maux, non pour les nier, mais pour les entourer, pour les rendre respirables, pour déposer sur les blessures une étoffe de sens,
les souffleurs écrivent en dévers, le corps légèrement engagé, l’écoute offerte, posant mot contre mot avec le soin d’un geste qui apaise, choisissant le vocable pour sa texture, sa chaleur, sa capacité à frôler sans heurter, car un mot juste ne tranche pas, il s’approche, il attend, il accompagne, la grammaire alors se retrouve, non comme une règle sèche mais comme une respiration partagée, le passé se recompose avec douceur, le futur devient simple, presque possible, et l’émotion naît dans les hasards rencontrés,
dans les effluves qui passent et laissent pourtant une trace, à la case départ il faut partir pour du rêve, offrir sans tout révéler, garder un dedans habité, se brûler les cieux lors de nuits de plein jour, quand la pensée glisse entre le clavier et le cœur,
je tombe parfois en amour sur une page abandonnée, son silence m’appelle, j’y pose mes mots avec retenue, comme on pose la main pour rassurer, victime consentante d’une indigestion du dictionnaire, trop de langue avalée, trop de maux à apprivoiser, amoureux d’un verbe retrouvé dans la poussière des chimères, encore tiède d’avoir attendu,
alors il faut digérer, lentement, patiemment, pour n’en restituer que le mot simple, le mot habité, celui qui tient sans blesser, je deviens poseur de prose comme on pose des rails sur un chemin de vie, avec constance et attention, des mots empruntés, respirés, parfois seulement déposés, mots simples ou juxtaposés, pour dire sans enfermer, pour couvrir sans étouffer, je dépose quelques phrases, un peu pour vous, beaucoup pour moi, et derrière elles les images se dessinent, discrètes, elles dansent sans se livrer,,, et pour suivre ,,,
les yeux levés vers le ciel, les mots deviennent souffle, chaleur contenue, douceur active, clichés peut-être pour certains, mais pour moi ce sont des traces sensibles, des souvenirs, du vécu, de l’imaginaire ou du futur, car écrire ainsi n’est pas masquer , c’est offrir une forme, une respiration, une transformation,,,
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