Bon Dieu !, Où est il ? Que fait il?
eh, oh,,,
On invoque plus volontiers Dieu dans la prière, surtout quand le malheur surgit sans prévenir. Dans l’urgence de la douleur, le nom précède la pensée. Dieu. Quatre lettres, presque anodines, mais lestées d’un poids conceptuel que l’humanité traîne depuis ses premiers questionnements. Un mot qui rassure, qui inquiète, qui divise, et qui persiste, même chez ceux qui prétendent s’en être défaits.
Croyant ou non, personne n’échappe vraiment à la question : Qui est Dieu ? Ou, plus précisément, qu’avons-nous décidé qu’Il soit (notez la majuscule) ? Depuis que l’homme pense, il projette au-dessus de lui une force supposée supérieure, un principe qui dépasse l’entendement et justifie l’inexplicable. Dieu unique des monothéismes, divinités multiples de l’Antiquité, esprits tutélaires des peuples premiers : sous des formes variées, la même intuition demeure. Celle d’un ordre invisible, d’un regard au-delà du nôtre.
Pourtant, j’ai choisi de ne pas y croire. Tiens donc ! Décision rationnelle, presque hygiénique, dictée par le refus du prêt-à-penser métaphysique. Et pourtant, il est difficile de se passer de Dieu, ne serait-ce que comme réflexe. Un coup de marteau maladroit sur le doigt, et (Dieu sait que cela m'est arrivé maintes fois) et aussitôt le nom s’échappe de ma bouche. Involontaire. Brutal. Au singulier comme au pluriel,,, Comme si la douleur réveillait un langage plus ancien que la raison.
Il reste là, du moins dans le mot. Existant… Ciel. J’aime cette fracture involontaire du langage, cette faille sémantique qui révèle l’artifice. Existant-ciel : Dieu comme glissement lexical, erreur de frappe ontologique, réponse née d’un besoin plus que d’une évidence. Une présence suspendue entre le ciel et le doute, entre l’existentiel et l’habitude.
On l’a dit père. On l’a dit créateur. On l’a dit amour. Mais quel père laisse son fils cloué sur une croix pour prouver sa bienveillance ? Quelle pédagogie exige la souffrance comme démonstration ultime ? L’image est puissante, fondatrice, mais profondément dérangeante. Peut-être n’est-elle que le reflet de notre propre logique : préférer le sacrifice à l’acceptation de l’absurde.
Car Dieu sert souvent à cela : donner une forme au chaos, habiller le hasard d’une intention. « Le hasard, c’est Dieu qui se promène incognito », me dit Einstein. Peut-être. Ou peut-être est-ce simplement une manière élégante de refuser l’idée que rien ne nous regarde tomber.
Alors je n’y crois pas, plus rien. Vide. Ou plutôt, je crois ne pas y croire… Mais je continue d’en parler, de le convoquer, de le contester. Et dans ce paradoxe, Dieu subsiste, non comme certitude, mais comme trouble persistant. Une question sans réponse claire. Un silence interprété.
Peut-être le ciel est-il vide. Pas mystérieux. Pas habité. Vide. Et tellement creux aussi… Et que ce vide n’observe rien, ne juge rien, ne promet rien. Qu’il ne reste, face à nous, que l’incompressible réalité des êtres : la matière, la douleur, le hasard, la conscience qui cherche du sens là où il n’y a peut-être que des faits.
Alors le mot Dieu s’efface, non dans un fracas, mais dans une absence. Et ce qui demeure n’est ni le sacré ni le blasphème, mais l’homme, seul face à ce qu’il est, sans recours, sans témoin, et pourtant contraint de penser durant le temps alloué, sans recours à son immortalité, physique, bien entendue, au cas où…
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