15 mars 2026

MON DIEU

Un coup de marteau sur le doigt, et le mot s’échappe aussitôt : Dieu ! Comme si la douleur réveillait un langage plus ancien que la raison.



On invoque plus volontiers Dieu dans la prière, surtout quand le malheur surgit sans prévenir. Dans l’urgence de la douleur, le nom précède la pensée. Dieu. Quatre lettres presque anodines, mais chargées d’un poids conceptuel que l’humanité traîne depuis ses premiers questionnements. Un mot qui rassure, qui inquiète, qui divise, et qui persiste même chez ceux qui prétendent s’en être défaits.

Croyant ou non, personne n’échappe vraiment à la question : qui est Dieu ? Ou plutôt, qu’avons-nous décidé qu’il soit ? Depuis que l’homme pense, il projette au-dessus de lui une force supposée supérieure, un principe capable de donner forme à l’inexplicable.

Il serait difficile de se passer de Dieu, ne serait-ce comme réflexe. Un coup de marteau sur le doigt et le mot s’échappe aussitôt : Dieu ! Comme si la douleur réveillait un langage plus ancien que la raison.

Alors je m’interroge : où est-il ?
Dans le manche du marteau, prolongement aveugle de ma volonté ?
Dans le clou mal frappé ?
Dans la brûlure qui remonte le long du bras et me rappelle que je suis d’abord de la matière ?
Ou derrière moi, silencieux, comme cette vieille figure barbu que l’on imagine observer sans intervenir ?

On l’a dit père, créateur, amour. Mais quel père laisse son fils cloué sur une croix pour prouver sa bienveillance ? Peut-être cette image dit moins quelque chose de Dieu que de nous-mêmes, de notre besoin de donner un sens à la souffrance.

Car Dieu sert souvent à cela : donner une forme au chaos, habiller le hasard d’une intention. Einstein disait : « Le hasard, c’est Dieu qui se promène incognito. » Peut-être. Ou peut-être est-ce simplement une manière élégante de refuser l’idée que rien ne nous regarde tomber.

Je crois ne pas y croire. Et pourtant je continue d’en parler, de le convoquer, de le contester. Dans ce paradoxe, Dieu subsiste : non comme certitude, mais comme trouble persistant.

Peut-être le ciel est-il simplement vide. Pas mystérieux. Vide. Et face à ce vide, il ne reste que l’homme, sa conscience, sa douleur, et ce besoin obstiné de chercher du sens là où il n’y a peut-être que des faits.









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