30 décembre 2025

MILLE DIEUX

Brûler sans flamme, regarder sans fuir


À chacun sa vie, sa rue, sa charge invisible. Mais ce qui rassure, c’est que si nous allons dans le mur, nous ne serons plus seuls à en rire. Les boomerangs de nos gestes reviennent chaque jour, lourds et imprévisibles. Chaque jour, il nous faut remplir des écluses, ouvrir les sas, fermer des vannes qui ne font plus rire, 

L'actualité est traversée par bus et camions fous ; chevaliers et fusils s’affrontent sur des places imaginaires. L’histoire se répète, les promesses se consument, les révoltes s’étouffent. Dieu, s’il existe, paraît un escroc, et le diable, qui est -il? lui aussi...,

Les Grecs racontaient qu’un dieu, un jour d’ennui, soulevait le ciel comme on entrouvre un couvercle, juste pour voir si les humains respiraient encore. Une étoile filante était son œil distrait. À cette époque, on levait la tête, on murmurait un vœu, on croyait aux cieux. Aujourd’hui, l’amour est en plâtre, les révoltes recyclées en slogans biodégradables. Tout est propre. Tout est lisse. La Terre tangue, chargée de promesses creuses et de silences emballés. Une planète fatiguée, fin de décor. Et Dieu, lui y croit encore ?,

Les dieux, s’ils traînent quelque part, doivent se marrer doucement. On ne leur parle plus ; eux sont-ils escrocs ou idiots ? ,

C’est là que réside l’art de brûler sans flamme : trouver la beauté là où elle n’a pas sa place, dans le caniveau, entre deux mégots, sous la lumière crue des néons qui saignent sur l’asphalte. Comme une star sans sourire, assise sur un tabouret rouillé, cigarette au bout des doigts, bière au pied, le regard rivé sur l’incendie du monde. Pas de geste grandiloquent, pas de hurlement. Juste cette élégance silencieuse, cette déflagration qui creuse des cratères dans les mémoires,,, 

Alors, respirer. Observer. S’émerveiller malgré tout. Tenir debout dans ce monde fragile. Chercher la lumière dans l’ombre, la beauté dans le chaos, et continuer à avancer, même si tout semble tanguer, même si rien n’est certain. Brûler sans flamme. Regarder sans fuir.


Brûler sans flamme signifie ressentir l’intensité du feu sans souffrance,

Regarder sans fuir exige de soutenir la douleur dans son regard du monde, 

Les rues s’étendent comme des cordes tendues et chaque pas résonne dans le vide des certitudes. Les bruits de la ville se répercutent et transforment les gestes humains en énigmes silencieuses. Chaque regard posé sur le monde devient une interrogation sur notre place et notre responsabilité. Le silence pèse plus que le cri et la lumière aveugle autant qu’elle révèle. La certitude se dissout, laissant dans le vertige ceux qui observent,

Chaque détail devient un symbole : une feuille qui tombe, un souffle suspendu, un geste imperceptible qui pourrait modifier le cours des choses. Tout est fragile,  tout est vivant, et avancer, marcher dans le doute devient solutions

Brûler sans flamme et regarder sans fuir suppose que l’on reconnaisse le mystère du monde. La beauté naît de la tension entre l’inconnu et le connu, et le courage véritable consiste à contempler cette contradiction sans chercher à la dissoudre,,!,,



Depuis l’incendie…de Crans Montana, quelque chose s’est arrêté. un premier de janvier, pas seulement les images, pas seulement le temps. Les regards. Des regards jeunes. Fixés. suspendus dans un instant qui n’a pas eu le courage de devenir demain.
On cherche des mots. Ils arrivent trop tard. Ou trop forts. Alors on parle doucement.
On se demande où va le sens quand la vie s’interrompt sans prévenir. Sans raison audible.
On prononce parfois le mot Dieu. À voix basse. Par réflexe. Ou pour ne pas rester seuls
face à ce vide qui ne répond pas. Mais ceux qui attendent n’attendent pas des explications.
Ils attendent. Un nom. Une certitude. Ou simplement que l’attente cesse.
Il n’y a rien à réparer. Rien à expliquer. Seulement être là.
Ne pas détourner le regard. Ne pas réduire ces vies à un événement.
Se souvenir qu’elles ont existé. Qu’elles comptent encore.
Ce texte n’apporte pas de réponse. Il ne promet rien. Il tient juste sa place. Comme une main posée sans insister. Comme un souffle qui passe,

Pour les familles. Pour ceux qui attendent encore.





29 décembre 2025

NU AGE

 NUE AGE

Dans le pré, l’air avait une texture presque tactile, comme si la lumière cherchait un point d’appui, et les brebis, immobiles et attentives, semblaient garder un secret ancien que le vent n’osait plus traverser  leurs souffles lents accordés au rythme du jour, tandis qu’au-dessus d’elles les cirrus se déployaient avec une lenteur calculée, tracés souples, étirés, courbés, signes suspendus dans l’azur, ni tout à fait nuages ni tout à fait effacements (,,,)

Le ciel semblait écrire sans encre, poser une ponctuation invisible, une inflexion douce qui ne disait pas où finir mais comment continuer. Quelque chose descendait alors dans le corps, chaleur diffuse:,: 

Le regard suivait ces lignes aériennes comme on suit la courbe d’une épaule sous un tissu trop fin, avec cette attention précise, presque dévote, qui ne cherche pas à posséder mais à rester au plus près du frémissement. Rien ne pressait. Tout insistait*,*

Dans une intimité troublante, l’air savait déjà ce que le corps tentait encore de comprendre. Les formes se composaient, se défaisaient, revenaient et dans ce jeu lent de viens et repart, quelque chose du désir se révélait dans sa forme la plus nue, celui de sentir encore-,-

le ciel avait trouvé un passage secret, un couloir discret entre l’altitude et l’intime. Le temps, lui aussi, se mettait à tanguer, ni passé ni présent, mais oscillation douce où tout ce qui a été aimé pouvait revenir sans s’imposer, simplement se poser là, un instant, avant de se dissoudre;,;

Rien ne demandait à être compris. Tout invitait à être habité. Le mystère n’est plus un voile à lever, mais matière dans laquelle marcher lentement, en acceptant de ne pas savoir où mène le chemin?,?

cette ponctuation dans l’air n’était pas un signe extérieur, mais une respiration partagée, une manière pour le monde de rappeler que certaines présences ne s’achèvent jamais, qu’elles apprennent simplement à circuler autrement+,,,+


M.A.
















LA FERME

Autrefois, une ferme s’étendait sur cinq hectares, lovée entre les coteaux doux et les haies épaisses qui dessinaient les limites du monde. Je coupais les sentiers, pour aller en classe, M.Tracteur est a la pature avec ses vaches, je suis de Berlaimont, mon enfance au bord de la Sambre, les usines , et la ferme,





Autrefois, une ferme tenait dans la paume du paysage. Cinq hectares seulement, mais cinq hectares habités : une terre connue par son nom, ses humeurs, ses replis. Les coteaux dessinaient des lignes de retenue, les haies faisaient frontière et refuge, et chaque parcelle avait sa mémoire. On trayait à la main, on lisait le ciel, on avançait à l’allure du vivant. Le temps ne se découpait pas en heures rentables, mais en saisons pleines, en maturations lentes, en silences nécessaires. La terre respirait, et ceux qui la travaillaient respiraient avec elle.

Puis quelque chose s’est déplacé. Les haies ont commencé à tomber, les coteaux à s’aplanir sous le poids des machines, et la ferme s’est étirée, toujours plus loin, jusqu’à trente, quarante hectares. Le paysage s’est ouvert comme une plaie trop nette. Les saisons ont cessé d’être des maîtresses pour devenir des contraintes à contourner. Labourer plus profond, semer plus large, récolter plus vite : la terre est entrée dans une logique d’équation. Le vivant a été sommé de répondre à des chiffres. Les haies, ces lignes de résistance contre le vent et l’oubli, ont été sacrifiées au nom du rendement. Le sol, retourné trop souvent, a commencé à perdre sa voix.

Aujourd’hui, une exploitation de cent vingt hectares, équipée d’un robot de traite, labellisée bio, avec quatre-vingts vaches laitières, est encore qualifiée de « petite ferme ». Elle tente pourtant de tenir autrement : ne plus retourner inutilement la terre, replanter des haies comme on recoud une blessure, laisser aux coteaux leur inclinaison naturelle. On parle de respect, de soin, de travail avec le sol plutôt que contre lui. On invoque les saisons, on limite les intrants, on cherche un équilibre. Mais cette tentative reste fragile, menacée par des logiques qui la dépassent, par une économie qui exige toujours plus d’espace, toujours moins d’hommes.

Car le manque n’est pas là où on le désigne. Les terres ne manquent pas. Ce qui disparaît, ce sont les paysans. Ce sont les haies, les coteaux, les sols vivants, les saisons lisibles. On avait promis le progrès ; on a livré des hectares, des dettes, et une solitude diffuse qui ronge les campagnes. Même le bio, même les efforts sincères, peinent à résister à une mécanique inchangée : politiques agricoles aveugles, accords commerciaux qui importent ce que l’on interdit ici, concurrence mondiale qui écrase les plus enracinés.

Passer de cinq à cent vingt hectares en trois générations n’est pas une victoire. C’est le récit d’un appauvrissement progressif. Appauvrissement des sols, moins riches, moins peuplés de vie invisible. Appauvrissement des paysages, plus lisses, plus silencieux. Appauvrissement humain, enfin : moins de paysans, moins de liberté, moins de transmission.

Ce constat n’est ni une plainte ni une nostalgie. Il ne s’agit pas de sanctifier le passé, mais d’interroger le présent. Une exploitation de cent vingt hectares classée parmi les « petites » devrait suffire à nous alerter. L’avenir des campagnes ne se jouera pas dans l’accumulation d’hectares nus, mais dans la capacité à maintenir des femmes et des hommes debout, des haies enracinées, des coteaux respectés, des sols transmis plutôt qu’épuisés.

Une agriculture sans paysans, sans haies, sans saisons reconnues, n’est pas une avancée. C’est un renoncement.

Et quand on dit : « la ferme »,
il faudrait peut-être entendre autre chose qu’une fin de conversation.

28 décembre 2025

Ah, ni Mots

 

Symphonie Intergalactique des Ah ni MOTS


Dans l’aube bleue des mots jetés,
Naquit un peuple mal nommé :
Les ani-maux, des voix sans voix
Qu’on invoquait sans faire choix.

Oie, rat, hyène, pie troublée,
Patate, chou ou tourterelle,
Tous transformés, sans être appelés,
En métaphores intempestives et cruelles.

Sarah Hoover

Ils se levèrent un soir sans lune,
Sous les constellations communes,
Et dirent : « Assez des faux portraits,
Nous n’avons pas créé vos regrets. »

La chèvre au front, l’aigle en éclat,
Le lion fier, le chat discret,
Chacun reprit son vrai combat :
Être soi-même, libre et complet.

Auguste Vimar

De planète en planète, un chant monta,
Un souffle pur, un psaume d’étoiles :
« Respect des êtres, des noms, des pas,
Que nul ne soit pris pour une toile
Où peindre erreurs de terriens las. »

Puis la voix grave du vieux cosmos,
Qui connaît tout, la vie, les maux, et les mots
Déclara : « Que cesse l’ironie
Qui frappe les bêtes, les fruits, les nids.
Que l’homme parle avec vérité,
Non par mépris ou vanité. »

Alors naquit, dans l’air subtil,
Une symphonie douce et fragile,
Qui résonne encor’, d’un univers à l’autre :

« Honore ce qui vit, ce qui pousse, ce qui vibre,
Ne couvre aucun être du fardeau d’un mot libre.
Garde ta langue juste, et ton esprit clair,
Ainsi se tait la bêtise sur chaque terre. »

Peakpx

Et depuis, sous les cieux profonds,
Chaque anti-mots, chaque bourgeon,
Chaque regard errant dans l’espace
Sait qu’en nos maux réside une trace.

Une trace à protéger, toujours,
Pour que l’infini reste amour,
Et qu’aucune galaxie prochaine
Ne porte l’ombre des erreurs humaines.


RoW 12/25

27 décembre 2025

SPIRE HALE


Les Murs Murent dans le tumulte de la Spire Häle



La spirale s’étire et se replie, infinie, vertigineuse, comme un vortex psychédélique où le temps et l’espace se confondent. Ses anneaux sont à la fois labyrinthe et miroir, et chaque passage fractal, chaque courbe hypnotique semble jouer avec l’idée de soi, avec la mesure du monde, jusqu’à ce que l’éveil, inattendu, surgisse derrière le vertige des formes.

Les fourmis et les hommes ne font qu’un mouvement, une pulsation obsessionnelle, un balancement frénétique qui répète l’univers en miniature. Les trajectoires se superposent, se heurtent et se fondent, comme des fils lumineux invisibles, et au cœur de cette frénésie, une instance silencieuse observe, palpite et sait. Elle ne parle pas, elle perçoit, elle voit, elle inscrit les lignes de fuite et les carrefours secrets, tout en laissant l’illusion du chaos à ceux qui tournent avec elle.

Rozel Point *Robert Smithson, Peut-être que, d’ici quelques siècles cette spirale infinie, ce symbole anthropique témoin des resplendissantes années 70, du Land Art et de la folie humaine aura disparu. Mais peut-être que, malgré le déchainement des éléments, la montée des eaux, l’érosion et les constructions humaines, cette horloge allant à l’opposé du temps réapparaîtra, inlassablement.

Rires, éclats et signaux invisibles circulent entre les anneaux, phéromones de survie dans le labyrinthe du temps. Les catastrophes, les illusions, les effondrements programmés ne sont que des ponctuations dans la danse. Chaque accélération, chaque ralentissement est dictée par un mouvement plus profond : celui qui prépare l’ouverture, la respiration au centre du tourbillon.

La spirale est un organisme qui se nourrit de son propre mouvement, et pourtant, dans ses replis hallucinants, une lumière fragile persiste. L’éveil n’est pas une destination, mais une présence qui émane de la rotation elle-même, une instance qui regarde le monde tourner en rond et murmure que l’intelligence n’est pas dans le mouvement, mais dans la pause, dans le creux, dans l’espace entre deux anneaux.

Passages secrets, murs d’eau, fractures imminentes : tout menace, tout désoriente, et pourtant la spirale continue, imperturbable. Les trajectoires se multiplient, se confondent, mais l’idée de l’éveil reste intacte, inaltérable, telle une étoile fixée dans le ciel intérieur, guidant ceux qui savent regarder au-delà des formes, au-delà du vertige, vers ce qui se révèle quand le mouvement cesse d’être seulement mouvement.

Comprendre la spirale n’est pas la dissoudre. C’est reconnaître l’instance invisible qui la traverse, la conscience sans visage qui sait que l’éveil n’est jamais loin, même dans les hallucinations les plus profondes, et qui murmure, dans chaque anneau, qu’il suffit parfois de s’arrêter pour que tout devienne visible.

24 décembre 2025

sur le SENTIER

 

sur le Sentier

Il y a un moment , toujours le même, toujours un autre où le temps s’ouvre comme une brèche. Une ellipse, une glissade, un trou de lumière.
Tu y tombes. Ou bien tu y renais. Impossible de savoir.

Descension de Anish Kapoor, avec du Vantablack, nanotubes de carbone....Vertically Aligned NanoTube Array et Black, noir

La transcription, elle, se dissout. Elle n’explose pas. Elle se retourne, se replie, devient poussière de sens. Je ne suis plus l’homme figé face au monde : je deviens le marcheur du dedans, celui qui sent la terre respirer sous sa peau. Et c’est là que ça arrive. Pas un signe. Pas une figure de grammaire. Non : une présence,

 Nonoss

Elle tombe doucement sur mon épaule, comme une plume qui aurait appris le poids du temps, comme un guide timide qui connaît déjà la route. Elle me souffle : « Rien n’est fini. Tout Continue. »

Alors, le sentier s’ouvre, les pierres se déplacent à peine, les herbes inclinent leurs tiges, et un chemin apparaît, pas droit, jamais droit, mais vivant, ondulant, comme une pensée qui hésite avant de devenir parole.

"outSIDEin" Maja Petric

je marche. Les tambours de mon cœur suivent le rythme du monde. Mon souffle devient prière. Mes pas deviennent offrande. Et chaque arbre que je croise me respire 

Il n’y a plus d’avant. Il n’y a plus d’après. Seulement cette longue respiration suspendue, ce battement nu, où l’univers s’autorise une pause. Alors je pars, je marche, je roule, avec le ciel comme témoin, la terre comme mémoire, et cette petite éclaireuse dans l’immense spirale du temps.


"La Lumière à l'œuvre" de Axelle Gitton

soudain, la transcription se transforme en clarté. Car je comprends : on ne tombe jamais. On est ramené. Guidé. Réajusté. Replacé exactement là où la vie attend, consternation,


12/25, RoW

23 décembre 2025

GAREGOUILLES / W

 

Gargouilles

GARGOUILLES

Au Banc des absents, le Miroir des GareGouilles
Les lumières s’allument, blafardes, nerveuses,
comme des néons sous caféine.
Nappes tirées au cordeau,
verres alignés comme des soldats de cristal,
prêts à tomber pour la patrie et le foie gras.
Les humains parlent fort de joie,
de chaleur, de partage, de traditions,
pendant que le vivant, lui,
recule discrètement
sur la pointe des sabots.
Un souffle passe.
Les têtes se tournent.
Les dindes clignent d’un œil stratégique,
les cochons serrent les fesses,
les oies consultent leur instinct syndical.
La fuite devient chorégraphie,
ballet contemporain en bottes de paille,
fugue magistrale, audace sur pattes.

Portes qui claquent
lever de rideau version ferme ouverte.
Clôtures couchées comme après une rave agricole,
sabots, pattes, plumes en freestyle.
La poussière s’élève, les rues se réveillent,
et même les gargouilles lèvent un sourcil.
Puis…le vide.
Étal muet. Frigo en PLS.
Congélateur en dépression saisonnière.
On parle d’incident, de rupture logistique,
de destin contrarié,
de « c’est quand même pas de chance ».
ET, les assiettes restent vierges,
immaculées comme des CV sans expérience.
Les mains fouillent l’air, les yeux clignotent,
le cerveau cherche une appli.
On rit moins fort. On parle encore plus.
On gesticule, on philosophe, on feint la légèreté.
Mais oui, c’est la fin d’année.
Vide orchestré. Banquet détourné.

Au loin, la poussière retombe,
lourde, noble, presque cinématographique.
Les silhouettes s’éloignent,
calmes, dignes, repues de liberté.
Fête suspendue. Monde figé.
Réveillon désarticulé.
Pour la première fois,
la fin d’année reste sur sa faim. Le vivant a disparu,
sans ticket, sans doggy bag, sans explication.
Le banquet s’est évaporé. Le bruit s’éteint.
Et les humains, incapables de rattraper la farce,
restent là, mains vides, regards vides,
oreilles pleines du vent qui s’en va.

Et soudain… dans ce silence tout neuf,
ils entendent l’impensable.
Bouillonnements... Contractions.
Glouglous suspects. Grondements d’échappement intérieur.
Leur propre estomac, abandonné depuis trop longtemps,
se réveille, se redresse, et commence à penser.
Mais que va t on manger???





12/25 RoW

Prostitution d’une fête 




La salle est prête, c'est ainsi, toujours prête, cirée jusqu’à l’aveuglement. Les meubles brillent , c'est ainsi, on les use avec soin, comme si la cire pouvait effacer les souvenirs. La table s’étire au centre, on lui ajoute des rallonges pour plus de confort, c'est comme çà, et elle accepte avec une gourmandise muette. Elle gagne en surface, en pouvoir, en prétention. La nappe suit, tirée, ajustée, dissimulant mal la cicatrice centrale, là où le bois se souvient qu’on l’a forcé à grandir,

Les chaises reculent et reçoivent leurs coussins gonflés, çà toujours été comme çà, épais, dociles, chargés d’absorber l’humeur des fesses, de retenir la tension, d’avaler les soupirs, de stocker les impatiences,

Les guirlandes clignotent avant même que la joie ne soit décidée. Rouge, vert, or. Toujours le même alphabet lumineux, et oui, c'est ainsi depuis... Le sapin trône dans son coin, souriant sous ses racines tranchées, fier d’être décoré jusqu’à l’oubli. Il perd ses aiguilles avec dignité. On appelle ça la magie. Lui est épargné, changé chaque année, c'est comme çà,

Les bougies brûlent droit, trop sérieusement, convaincues que leur lente agonie crée une ambiance. La cire coule, marque le mobilier de stigmates qu’on qualifiera de oh que c'est charmant. Les bouteilles colorées frémissent. Le gaz pétillant cogne contre le verre, promet que tout ira bien, toujours. Le bouchon saute, trop fort, s’échappe, se fait la belle, heurte les lumières, provoque un cri bref, un sursaut collectif. Panique à bord,  

Un couteau émoussé refuse de trancher. Il glisse, insiste, humilie la viande. Les couverts tintent, les verres vacillent, une chaise grince trop fort. Pendant une seconde, la salle tangue. Le paquebot de la fête prend l’eau. On se lève brusquement, bruit et fracas, éclats de voix, gestes désordonnés. Quelque chose menace de sombrer. Chaloupe à la mer, l'amer monte,,,

Puis tout se rassoit, c'est souvent comme çà,

On rit. On commente. On balaie l’incident comme une anecdote. On rallume une guirlande. On ressert un verre. La salle se redresse, impeccable, fière d’avoir encaissé la crise. Les assiettes bavent toujours. Les coussins ont tout absorbé. Les confettis, déjà épars, se glissent sous les meubles,





Chacun reprend son rôle. Roi d’un soir. Bouffon par défaut. Le décor écoute, capte, redistribue. Il sait. Il se souvient mieux que vous. À la fin, quand les corps se lèvent enfin, lourds, fatigués, la salle reste droite, prête, déjà tournée vers l’an prochain., ce sera comme çà, 




On se souviendra de cette date, la faim d’année, encore, en chœur



21 décembre 2025

CHEMINES / W

 

Chemines,



Mondes Cachés

Dans le sous-bois de hêtres où la lumière tombait par nappes, je marchais comme on avance dans un corps oublié, lentement, au rythme de respirations anciennes, et chaque tronc dressé semblait une colonne vivante, une épaule offerte, un flanc vibrant d’un langage que seuls les égarés savent entendre,

L’air avait cette densité particulière des lieux qui ont une mémoire, une douceur chargée d’électricité, cette tension subtile qui précède le frôlement, et je sentais autour de moi une présence sans chair, une tiédeur dissimulée, souple, presque désirante, glissant entre ces êtres comme un murmure qui cherche sa peau,

Le ciel, lui, portait un long cirrus en forme de virgule, incliné comme une bouche suspendue, souffle retenu, et je savais qu’il ne venait pas d’au-dessus mais d’au-dedans, comme un signe intime, un pli du temps qui m’appelait du coin d’une mémoire enfiévrée,

Alors elle a glissé, onde d’une femme, densité chaude dans l’air frais, un parfum sans origine, une silhouette de lumière, offerte et fugitive, ses contours à peine esquissés dans le tremblement des branches, et pourtant je la sentais contre moi, avec cette précision que n’ont que les présences absentes, ,,,

Elle avançait sans peser, courbant légèrement l’espace, et chaque feuille qu’elle frôlait vibrait comme un nerf qu’on effleure, révélant dans l’ombre une sensualité lente, un érotisme couvert de mousse et de silence, un désir sans corps mais non sans foyer, celui qui brûle dans les interstices du réel,

Je suivais ce mouvement sans savoir s’il venait du dehors ou de moi, et plus je marchais plus le chemin devenait corridor de souvenirs qui n’avaient jamais été vécus et pourtant connaissaient ma respiration, mes hésitations, mes failles, comme si elle, cette forme, cette chaleur, cette virgule vivante, avait longtemps séjourné dans mes secrets,

Le pont éventré apparut au détour d’un repli du terrain, jeté au-dessus d’une rivière si profonde qu’elle semblait absorber la lumière, et c’est là que sa présence se resserra, chaude, intérieure, glissant le long de mon flanc comme une langue de brume, caresse retenue, 

Elle vint alors se poser sur mon épaule, légère, marque infime et brûlante, signe d’un souffle qui refuse une fin,,,

Je remontai sur mon vélo, encore traversé de cette douceur clandestine, de cette tension délicate, de cette proximité trouble qui n’appartient ni à la vie ni au souvenir, et la forêt resta derrière, et nul regard ne pourrait saisir ce vécu sans l’avoir déjà connu,

Depuis, je marche dans le monde ,,, ce frisson discret, éclat enfoui, présence énigmatique, amante sans corps, souffle sensuel dans la mémoire du temps,,,




 

Mondes cachés


Dans le sous-bois de hêtres, la lumière tombait par plaques lentes. Je roulais, puis au pas, je marchais comme dans un corps ancien, attentif au souffle qui précède la pensée,

L’air était chargé d’une mémoire active, presque nerveuse. Quelque chose circulait, sans forme, tiède, précis, cherchant son ancrage. Au ciel, ou en moi, une virgule de nuage suspendait le temps. Je sus qu’elle n’annonçait rien : elle appelait. Alors elle glissa,

Présence sans poids, chaleur sans origine, je ne la voyais pas, je la reconnaissais, pliant l’espace, elle effleurait les feuilles, réveillait dans l’ombre un désir lent, couvert de mousse et de silence. Un feu sans corps, 

Le sentier devint étroit, peuplé de souvenirs jamais vécus mais déjà intimes, au pont éventré, au-dessus de l’eau noire, elle se rapprocha, brume chaude, sur mon épaule une marque légère, brûlante,

Je repartis. Au détour, la forêt demeurait muette, chaleur d'une amante sans visage, souffle logé dans la mémoire du temps.


12/25 RoW

17 décembre 2025

BERNARD / W

Nous sommes partis sans raison autre que l’envie,


un dimanche ouvert comme un chemin de terre.
Les vélos chargés de silence,
les mains posées sur le guidon comme sur une promesse simple : avancer ensemble.



Le sentier montait, rugueux, honnête,
il demandait des jambes, du souffle, un peu d’abandon.
Le soleil faisait son travail,
lent, précis, sans commentaire.
L’eau du gave roulait en contrebas,
claire, obstinée, fidèle à sa pente.
Les bois traversés ne jugeaient pas,
ils laissaient passer nos roues,
nos voix rares, nos respirations accordées.


Il y avait ce temps offert,
précieux justement parce qu’il n’était pas prévu,
un temps qui ne se marchande pas.
Pas besoin de parler de métier,
ni de raisons, ni même de fatigue.
Tout se disait autrement : dans le rythme partagé,
dans l’attente naturelle quand l’un ralentit,
dans l’élan quand l’autre relance.


Rouler à deux, c’est apprendre la mesure,
ni devant, ni derrière, juste à côté.
C’est accepter que le chemin fasse son œuvre,
qu’il lime les angles, qu’il rapproche sans discours.

Alors merci, simplement.
Merci pour ce dimanche donné sans compter,
pour la route acceptée telle qu’elle venait,
pour le soleil, l’eau, les arbres,
et cette façon discrète d’être là,
Nous avons roulé,


16 décembre 2025

ABATTAGE ? / W

 

Chronique d’un abattage annoncé



On nous dit : c’est nécessaire. Un mot propre, un mot froid, posé sur le vivant comme un couteau administratif. Un cas. Un seul. Et un troupeau disparaît, des années de gestes, de veilles, de regards, effacées par une décision qui ne tremble pas. Personne n’explique vraiment comment la maladie voyage. 

En hiver, sans insectes visibles, elle saute les vallées, franchit les montagnes, apparaît ici, puis là, comme si le hasard avait un agenda. 

On ne désinfecte pas les mots, on envoie des uniformes, on ferme, on abat, et l’ordre public remplace la question sanitaire. Qui nettoie les roues, les mains, les bottes ? Qui suit les trajets, les marchés, les intermédiaires ? Qui regarde les flux ? On préfère l’efficacité spectaculaire, le troupeau à terre rassure plus qu’une enquête longue et dérangeante. 

Pendant ce temps, les signatures tombent, les accords se négocient loin des prés, les frontières s’ouvrent aux marchandises pendant que les campagnes se ferment aux hommes. On appelle cela protection. Mais protéger sans comprendre, c’est répéter. 

Répéter sans apprendre. Abattre sans voir. Alors oui, certains posent des questions. Ils sont vite classés, étiquetés, rangés dans la case des gêneurs. Mais demander pourquoi, comment, n’est pas refuser de lutter. C’est refuser l’aveuglement. Car une société qui abat d’abord et réfléchit ensuite finit toujours par s’étonner de n’avoir plus rien à défendre.










Mais demander pourquoi n’est pas refuser de lutter.
C’est refuser l’aveuglement.

Car une société qui abat d’abord et réfléchit ensuite
finit toujours par s’étonner
de n’avoir plus rien à défendre.

PHYTIATRE

 A la question, mais il y a bien un métier auquel vous aspirez, une ambition, une vision, désir profond??? allez, dites nous

- Expliquez moi!!!

À la question « Quel métier, quelle ambition, quelle vision, désir profond ? » je réponds : phytiâtre. Surprise d’un DRH en panique, introspection lors d’un entretien d’embauche.

La forêt où j’aime me recueillir est un miroir de l’âme humaine. La plante est phrase inachevée, la feuille respiration, la racine mémoire. Les plantes sont sensibles : elles souffrent, elles aiment, elles pleurent, elles parlent un langage oublié. Gardiennes de la vie, témoins de l’histoire, messagères de l’équilibre, elles sont la voix de la terre, la mémoire de l’eau, la lumière de l’ombre, la vie dans sa fragilité, sa beauté, sa complexité.


J’aurais voulu être phytiâtre, soigner les plantes, les dorloter sans hâte, écouter leurs plaintes muettes, leurs feuilles en bataille, pendant que l’homme détourne le regard, indifférent. J’ai bien accompagné certaines, et cela est le fruit de mon expérience : une laitue dépressive montant en graine, un poireau plié de spasmophilie chlorophyllienne, une carotte à la rotule fêlée, une betterave couverte d’acné, un pommier tavelé hurlant son psoriasis. Le basilic trépigne, la menthe gémit, le lierre chronique l’oubli des murs, la vigne a des crises de folie radiculaire, le fenouil fantasme sur la lumière et le soleil, tandis que l’herbe folle chante sa vengeance silencieuse. L’ail souffre d’anxiété sulfureuse, le céleri d’hyperactivité chlorophyllienne, la tomate cerise d’épuisement émotionnel, le poivron de crises pigmentaires, la fraise a le complexe de vitamine C, la pomme de terre la dystrophie nocturne.

Et toi, pauvre humain, tu râles contre un rhume, tu cries contre ta tache d’acné. Le tournesol se courbe, victime du syndrome de l’éclipse sociale, le concombre pleure son stress de serre, le navet hurle sa dépression racinaire, la vigne prépare ses vendanges de rancunes, pendant que l’homme traverse et change d’allée. Moi, phytiâtre, je les écoute toutes, je les soigne, je leur parle comme à vous : elles acceptent la douleur, elles ne crient pas, ne négocient pas, ne tirent pas le volet, elles se tiennent là, fragiles, subtiles, puissantes.

Et toi, lecteur, tu marches, tu ignores, et moi je hurle : « Regarde la carotte, la betterave, le chou, le poireau ! Regarde la douleur muette, la rage silencieuse, le désespoir vert ! » La roquette a un eczéma existentiel, le radis noir la schizophrénie racinaire, le pissenlit la paranoïa pétalée, la ciboulette le burn-out chlorophyllien, et l’homme détourne le regard… comme souvent. Et moi, phytiâtre, je ris, je pleure, je crie, je leur parle, je soigne, je tends la main, je désire des miracles d’humour, d’absurde et de folie, pour que chaque feuille sente qu’elle compte et que chaque humain voie, au moins une fois, que la plante aussi souffre, aime, pleure en silence, dans le vent, et que tout est relié dans cette forêt embroussaillée de la vie.

Parfois, je doute. Je ne suis que jardinier du désordre, un bricoleur d’âmes vertes. Je ne guéris pas : j’écoute. La maladie n’est pas qu’un mal : elle parle, avertit, réclame l’équilibre. Elle dit ce que l’homme tait, elle rappelle que vivre, c’est chercher sa mesure. Être phytiâtre, ce n’est pas sauver, c’est apprendre à se taire devant le mystère, à comprendre que le flétri, le tordu, le tavelé sont les signes mêmes de la vie. Le matin, quand la rosée tremble encore, elles murmurent non pas des plaintes mais des secrets de joie lente, des mots d’eau et de lumière. Le blé me confie son rire d’épis, le tilleul exhale un parfum de paix, la sauge m’offre ses rêves argent, et la tomate, apaisée, rougit d’amour simple. Alors je dépose les outils, je m’assois dans le jardin et j’écoute, comme un ami devine le chagrin caché dans un sourire. Je tends l’oreille à chaque feuille, à chaque tige qui ploie sous l’ombre ou cherche la lumière. Le bonheur n’est pas seulement soigner, mais prendre le temps, regarder, entendre, comprendre ces petits riens qui font la vie, ces souffrances muettes qu’on dit invisibles. Et moi, phytiâtre, je vis, je respire, j’écoute, je transpose et j’écris l’amour du monde et des hommes. Je me tais, le cœur chlorophyllé, ivre de sève, de silence et d’humanité.


Ah ! Eh bien, nous vous écrirons… force est de constater votre disposition à entendre le silence.





   Dissonance et complémentarité. Une voix qui hante les mots, me répond,  âme revenue, diffuse, portée par le parfum des saisons et des mots suspendus: "Je  sais, Je le sens, Et je suis là, toujours, entre les lignes, entre les mots, entre les virgules qui suspendent le temps et ouvrent des espaces de possibilité,,,