Il y a, dans le tissu du monde, un battement qui ne s’éteint jamais. Il ne vient ni du cœur, ni des astres, mais d’un lieu avant le lieu, où la lumière s’invente dans le souffle du premier désir.
Chaque être en porte la trace, une pulsation secrète au creux des os, comme un souvenir de feu avant la forme, un chant murmuré dans la matière.
Les amants se reconnaissent à ce battement. Leur approche est une résonance, une onde ancienne qui se réveille. Quand leurs peaux s’effleurent, le monde se souvient de sa naissance. Leurs souffles s’accordent, leurs chairs s’illuminent, et le réel, un instant, recommence à trembler. Ce n’est pas un contact, c’est une genèse. L’univers se recompose entre deux corps, dans la lenteur d’un frôlement, dans la ferveur d’un baiser. Chaque gémissement devient lumière, chaque caresse, un verset du cosmos. Les galaxies se penchent, attentives, dans le silence vibrant de leur étreinte.
Le vide n’est pas absence. Il est matrice, chair transparente où tout recommence. Quand nous dormons, nos songes y glissent comme des pluies d’or, et nos âmes s’y fondent, lentes comètes de désir.
Je ne sais plus si je vis ou si je me souviens. Peut-être que vivre, c’est reconnaître le feu. Et mourir, c’est y retourner sans trembler. Tout ce que nous appelons moi n’est qu’une vibration dans la gorge du monde. Et si le temps s’écoule, c’est pour qu’un nom s’élève, un souffle, une voix, le tien peut-être et dise : Nous sommes l’origine.
Un jour, les étoiles oublieront nos visages. Mais le battement, lui, persistera : nu, infini, amoureux, comme une promesse que rien ne peut effacer, comme la mémoire de nos corps au commencement du monde.
et cela devient
Le Battement du Monde. Il y a dans le monde un rythme ancien, discret, ni cœur ni étoile, présent depuis le premier souffle. Là où la lumière s’invente et s’élance, naît la cadence. Chaque être en garde la trace, une flamme brûlante, souvenir de feu sous la chair fragile, écho de l’origine, secret et indocile. Les amants s’y trouvent, au détour d’un regard, vibrent, s’accordent, se frôlent et se séparent. Quand leurs peaux s’effleurent, le monde soupire et la vie recommence. Ce n’est pas un geste, c’est une genèse : chaque baiser devient lumière, chaque souffle un vers, chaque cri une geste. Les galaxies s’inclinent, le ciel s’incline, et leurs ombres se fondent. Rien n’est solide, tout est mouvement : onde, feu, poussière, frisson, vivant. L’amour traverse et efface la trace. Chaque soupir fend le temps qui s’endort, chaque mot invente un nouveau décor. Le vide n’est pas rien : il est la matrice où glissent nos rêves, comètes de désir. Vivre, c’est reconnaître la flamme ; mourir, y plonger sans peur. Tout ce que je suis, tout ce que j’espère, n’est qu’un souffle pris dans la gorge de la Terre. Et si le temps fuit, c’est pour qu’une voix monte, fragile, et murmure : « C’est toi. » Nous avons tout prévu : le feu, la pluie, le vol, la chute. Nous avons couvert la casse, le bris, la peur d’avoir peur. Tout est garanti, tout sauf nous. Nous avons signé des pages de promesses, des contrats contre le hasard, des avenirs sous scellés. L’assurance fin de vie, qu’ils disent, comme si la mort était un sinistre à déclarer, comme si l’infini pouvait se rembourser. Pendant que nous prévoyons, le monde se défait sans police, sans clause. Des enfants sans nom sous la poussière, des femmes effacées par la guerre, des villes avalées par le silence. Et nous, au milieu du confort, nous chuchotons : « Nous avions pourtant tout prévu… » Nous avons protégé nos murs, mais pas nos regards. Nous avons blindé nos maisons et déserté nos consciences. Nous avons bâti des coffres autour du vide, déposé nos rêves dans une banque. La Terre, elle, ne signe rien. Elle tremble, elle rejette, elle respire. Les forêts repoussent sur nos ruines, les océans reprennent leur langue d’avant nous. La planète ne réclame pas d’indemnité, elle se souvient. Elle guérira sans nous. Les pierres n’ont pas besoin de témoin, les arbres se tiennent debout sans prière. Ce que nous appelons fin n’est qu’un passage, le nôtre. Mais s’il reste encore, au fond du cœur, une braise, une pulsation, une urgence, qu’elle porte un seul nom : amour. Pas celui qu’on possède, celui qu’on offre sans reçu, celui qui traverse sans compter, qui touche sans retenir, qui choisit la vie, même nue, même blessée. Aimer, refuser l’indifférence, rompre le contrat du vide, s’assurer du vivant sans clause, sans délai, sans fin.
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