Chemines,
Dans le sous-bois de hêtres où la lumière tombait par nappes, je marchais comme on avance dans un corps oublié, lentement, au rythme de respirations anciennes, et chaque tronc dressé semblait une colonne vivante, une épaule offerte, un flanc vibrant d’un langage que seuls les égarés savent entendre,
L’air avait cette densité particulière des lieux qui ont une mémoire, une douceur chargée d’électricité, cette tension subtile qui précède le frôlement, et je sentais autour de moi une présence sans chair, une tiédeur dissimulée, souple, presque désirante, glissant entre ces êtres comme un murmure qui cherche sa peau,
Le ciel, lui, portait un long cirrus en forme de virgule, incliné comme une bouche suspendue, souffle retenu, et je savais qu’il ne venait pas d’au-dessus mais d’au-dedans, comme un signe intime, un pli du temps qui m’appelait du coin d’une mémoire enfiévrée,
Alors elle a glissé, onde d’une femme, densité chaude dans l’air frais, un parfum sans origine, une silhouette de lumière, offerte et fugitive, ses contours à peine esquissés dans le tremblement des branches, et pourtant je la sentais contre moi, avec cette précision que n’ont que les présences absentes, ,,,
Elle avançait sans peser, courbant légèrement l’espace, et chaque feuille qu’elle frôlait vibrait comme un nerf qu’on effleure, révélant dans l’ombre une sensualité lente, un érotisme couvert de mousse et de silence, un désir sans corps mais non sans foyer, celui qui brûle dans les interstices du réel,
Je suivais ce mouvement sans savoir s’il venait du dehors ou de moi, et plus je marchais plus le chemin devenait corridor de souvenirs qui n’avaient jamais été vécus et pourtant connaissaient ma respiration, mes hésitations, mes failles, comme si elle, cette forme, cette chaleur, cette virgule vivante, avait longtemps séjourné dans mes secrets,
Le pont éventré apparut au détour d’un repli du terrain, jeté au-dessus d’une rivière si profonde qu’elle semblait absorber la lumière, et c’est là que sa présence se resserra, chaude, intérieure, glissant le long de mon flanc comme une langue de brume, caresse retenue,
Elle vint alors se poser sur mon épaule, légère, marque infime et brûlante, signe d’un souffle qui refuse une fin,,,
Je remontai sur mon vélo, encore traversé de cette douceur clandestine, de cette tension délicate, de cette proximité trouble qui n’appartient ni à la vie ni au souvenir, et la forêt resta derrière, et nul regard ne pourrait saisir ce vécu sans l’avoir déjà connu,
Depuis, je marche dans le monde ,,, ce frisson discret, éclat enfoui, présence énigmatique, amante sans corps, souffle sensuel dans la mémoire du temps,,,
Mondes cachés
Dans le sous-bois de hêtres, la lumière tombait par plaques lentes. Je roulais, puis au pas, je marchais comme dans un corps ancien, attentif au souffle qui précède la pensée,
L’air était chargé d’une mémoire active, presque nerveuse. Quelque chose circulait, sans forme, tiède, précis, cherchant son ancrage. Au ciel, ou en moi, une virgule de nuage suspendait le temps. Je sus qu’elle n’annonçait rien : elle appelait. Alors elle glissa,
Présence sans poids, chaleur sans origine, je ne la voyais pas, je la reconnaissais, pliant l’espace, elle effleurait les feuilles, réveillait dans l’ombre un désir lent, couvert de mousse et de silence. Un feu sans corps,
Le sentier devint étroit, peuplé de souvenirs jamais vécus mais déjà intimes, au pont éventré, au-dessus de l’eau noire, elle se rapprocha, brume chaude, sur mon épaule une marque légère, brûlante,
Je repartis. Au détour, la forêt demeurait muette, chaleur d'une amante sans visage, souffle logé dans la mémoire du temps.
12/25 RoW




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