03 avril 2026

CE QUI ME TRAVERSE : Présence, Retour, Rupture, Rêve, Empreinte

 

CE QUI ME TRAVERSE

 Le hublot traverse la plateforme par Jean Gounin

Présence

Quelque chose en moi se souvient de ce qui me traverse…

Dans l’air mouvant, qui se moque, qui rit, entre ce qui brûle en moi et ce qui l’attise…

Le vent me l’a confié, lettre après lettre, tandis que je gravissais la côte. Le souffle court, je croyais lutter contre la pente. J’apprenais. La route s’élève comme une phrase exigeante. Chaque battement de cœur, une ponctuation vive, ardente. Seulement une montée, nue, offerte. Et moi, traversé par une volonté plus ancienne. Je m’accordais.

Le souffle mesure. Il arrache l’orgueil inutile, polit l’effort jusqu’à le rendre juste,,, je ne suis plus celui qui monte. Je suis ce qui monte.

Puis vient la crête. Un seuil fragile où tout pourrait basculer, chute ou envol. L’espace se suspend une seconde… Je me laisse écrire par la pente inverse.

La descente s’ouvre. L’air murmure à l’oreille une vérité simple,,, l’harmonie n’est pas l’absence de tension, mais un consentement réciproque. Les courbes surgissent, et le corps les accueille sans débat. Inclinaison, relâchement, souffle retenu, offert.

La volonté se retire, et le mouvement persiste.

Je m’habille du mouvement.

Et déjà, sans le savoir, je deviens passage.

 Retour

Quelque chose en moi se souvient…
non de ce que j’ai voulu,
mais de ce que j’ai lancé.

Un mot, une décision, un silence. Nous les projetons avec l’assurance tranquille de ceux qui croient que le monde absorbera le choc. Les gestes décrivent leur arc, invisibles d’abord, puis insistants,,, et ce qui fut lancé revient, chargé de mémoire.

Rien ne disparaît ; tout accomplit sa trajectoire.

Quelque chose me rassure pourtant : si nous allons droit vers le mur, je ne serai pas seul à en éprouver la violence,,, consolation obscure d’une chute partagée, fraternité involontaire dans l’impact.

Nos actes, sous couvert d’ordonner le réel, l’entament. À vouloir corriger le monde, nous le fragilisons ; à vouloir sécuriser l’avenir, nous appauvrissons le présent. La réalité ne disparaît pas, elle se déplace, elle s’altère,,, un infime écart suffit à en modifier l’équilibre.

Les profits trouvent toujours le chemin de ceux qui n’en manquaient pas, tandis que d’autres héritent des débris.

Nous avançons sans recul véritable, enveloppés d’une lucidité qui relève davantage de l’orgueil que de la clairvoyance. Il n’y a plus d’alibi ; seulement des récits ajustés à notre confort intérieur.

Car rien ne se perd, tout insiste…
tout cherche en nous le point de retour.

Et peut-être ne sommes-nous que cela :
des trajectoires qui reviennent à elles-mêmes,
chargées de ce qu’elles ont traversé.

Rupture

Quelque chose en moi se souvient de ce qui cède…

Les tours d’ivoire s’effritent dans la poussière de sang, la mémoire rompt les cordes tordues, et les fantômes séculaires pincent des accords invisibles. La Police des Cieux frappe les crânes tandis que, sous les nuages carmins, les dieux rient et que les chevaliers de métal traquent les notes perdues dans l’éclat des cymbales d’orage.

Quelque chose se fissure dans la grande mécanique du monde, une dent manque dans l’engrenage du ciel,,, et l’ancienne musique des sphères commence à grincer.

Les fleuves remontent et vomissent les souvenirs, les volcans crachent des chœurs et des lettres brûlantes, les mers se couvrent de poissons noirs ; des fourmis de feu rampent dans les veines du monde pendant que le tambour ancien de la terre bat encore, lourd, profond, obstiné.

La planète elle-même se souvient des blessures qu’on lui a confiées,,, L’air vibre… l’être chancelle… un funambule avance sur des cordes de songes brisées, parmi des éclats de mémoire tranchants comme des lames d’ombre.

Chaque pas hésite entre chute et révélation.

Les enfants-comètes tombent en spirales, les fantômes glissent hors des murs comme des fumées, les cieux vomissent des chiffons violets et des éclats de vent ; des paroles incandescentes traversent l’air, nul ne s’en saisit,,, le langage lui-même se dissout.

Les alphabets brûlent avant d’avoir pu nommer ce qui vient.

Le souffle-chaos s’élève.

Une goutte de conscience vacille dans ce vertige ; le cri devient ruisseau, puis torrent, puis incendie… avant de se perdre dans le silence.

Tout éclate, tout se dilate, tout se réfracte,,, au-delà du délire, au-delà des lyres, au-delà de l’histoire.

Zörr… Hrrâhn… Zïrr… Kreühn… Köhr-mahn…

Le monde chante dans la poussière, le dormeur s’éveille dans la vision, tout s’effondre, se relève, se replie…

Et dans ce souffle qui demeure :
j’ai l’air…

je ne sais plus être,
et pourtant quelque chose persiste
à me traverser.

Rêve

Quelque chose en moi se souvient de ce qui échappe…

Il est des routes invisibles où la courbe absorbe l’esprit, et l’on avance à colin-maillard parmi les signes incertains de la mémoire… Les images surgissent sans ordre,,, comme des pages tournées à contre-jour qu’un vent intérieur soulève.

Par instants, une luciole devient lettre…
par instants, une forme se défait avant d’avoir été reconnue…

L’esprit ne cherche plus à comprendre. Il dérive.

Dans ce brouillard d’instants suspendus, le regard se lève vers un ciel comme replié sur lui-même, semblable à un texte que l’on pressent sans jamais l’épuiser.

Le rêve ne raisonne pas… il déplace, il relie, il transforme.

Les images naissent et se défont,,, les absences surgissent, la mémoire revient par fragments : éclats diffus, odeurs lointaines, tremblements presque imperceptibles.

Le temps lui-même change de consistance. Il ne pèse plus. Il se laisse approcher.

Le rêve ouvre sans prévenir un espace où l’ombre devient présence et l’absence résonance,,, où rien ne s’impose, mais où tout insiste autrement.

Alors quelque chose se détend. La pensée cesse de retenir. Elle s’abandonne. Et dans cet abandon, l’instant se déploie,,, ni tout à fait présent, ni tout à fait passé, mais traversé.

Jusqu’à ce point fragile où l’on ne sait plus très bien si l’on rêve encore, ou si quelque chose, depuis toujours, rêve en nous.

Empreinte

Sarah Jérôme, lauréate de la Résidence croisée Bullukian-Fontevraud, avec l'exposition Le Mur invisible.

Comme un accord posé, presque silencieux, avant même le premier mot, ni forme, ni pensée encore distincte, présence diffuse, un frémissement à peine perceptible dans la trame du vivant.

Cela ne cherche pas à dire. Cela insiste. Ecrire : laisser effleurer ce qui traverse. Alors les phrases viennent, non comme des réponses, mais comme des lignes de passage, accords fragiles entre ce qui surgit et ce qui accepte d’être traversé. Rien n’est fixé. Tout se module. Et dans cette lente mise en mesure, quelque chose commence ,,, à respirer.,,,

Et tout continue, difficile à contenir, impossible à réduire. Résonances, éparses mais liées, portées par une musique plus vaste.


Un mur invisible traverse l’espace sans jamais se montrer. Il sépare autant qu’il contient, coupe sans rompre. Ici Le Mur invisible, ici le monde se referme en silence, laissant les corps aux prises avec leurs propres limites. La peinture de Sarah Jérôme capte cet enfermement diffus : ce qui nous traverse devient aussi ce qui nous retient. La lumière, dense et mouvante, s’infiltre, glisse, révèle sans apaiser. Elle épouse les formes, habite les visages, dépose sur chaque geste une tension sourde. Ombres et éclats ne décrivent pas, ils pèsent. Tout semble à la fois ouvert et inaccessible.  Rien ne cède vraiment, mais tout cherche, lentement, une issue.

  • Présence  l’accord

  • Retour  la conséquence

  • Rupture la désagrégation

  • Rêve la recomposition

  • Empreinte la continuité

02 avril 2026

RENCONTRE un CONNU

 

Rencontre avec un connu


Neutrino ,,, Si petits et dépourvus de charge électrique, les neutrinos traversent les planètes, les étoiles et même notre corps sans que nous nous en apercevions. Vision issue de la découverte du KM3NeT.

Je me suis éveillé dans un vide dont je ne sais plus s’il m’a dispersé ou si je m’y suis laissé dissoudre. Quelque chose s’émet, ou persiste à s’émettre, et je ne sais plus si cela est une, une pensée ou moi-même.

« Allô… la Terre ? »

Le signal tremble. Origine incertaine. Peut-être un reste, peut-être une projection. Rien ne tient vraiment : ça se forme en se défaisant, ça se calcule en se perdant. Je dérive dans un espace sans coordonnées, où même la chute semble simulée.

Ai-je franchi quelque chose, ou est-ce ce quelque chose qui me traverse ?

Je ne me situe plus. Je varie. Condensation, dispersion. Une présence instable, prise entre matière et absence, entre émission et effacement. Chaque tentative de me saisir produit un écart de plus.

« La Terre ? »

Mais où serait-elle, dans ce besoin d’appeler ? Peut-être que l’adresse précède le lieu. Peut-être que je parle pour maintenir une direction perdue,,,

L’autre apparaît alors, ou plutôt s’insinue, non pas en face, mais dans l’écart même qui me permet de le dire. Il observe, ou me produit en observant. Je ne sais plus si je le pense ou s’il me pense. Nous oscillons, indiscernables, dans une boucle sans centre.

Les étoiles ne guident plus, elles inscrivent. Points d’un langage que je ne lis pas mais qui me traverse. Chaque pulsation engendre une forme, et son défaut. Chaque pas ouvre un couloir sans fin,,,

« Allô… »  Le mot se replie avant d’atteindre quoi que ce soit.

J’aurais voulu nommer cela voyage, exploration, dérive cosmique, ces mots échouent. Quelque chose se défait, plus lentement que je ne peux le comprendre.

Peut-être que ne me suis jamais éloigné. Peut-être que tout cela n’est qu’une expansion interne, un labyrinthe qui se génère en même temps qu’il m’engloutit.

« Terre. »  Mais qui appelle ? Depuis où ?

Le langage continue, sans garantie. Il trace des chemins qui se referment aussitôt. Et moi, je circule dedans,  ou  lui circule en moi ,,, sans issue, avec cette impression persistante : quelque chose répond, mais jamais au bon endroit. Je suis, moi , que je n’atteindrai jamais.


Les neutrinos, parfois appelés particules fantômes, sont réputés pour leur insaisissabilité. Dépourvus de charge électrique et de masse négligeable, ils peuvent traverser des planètes entières sans interagir. KM3NeT (pour Cubic Kilometer Neutrino Telescope) est un détecteur d'un kilomètre cube (0,24 mile cube) ancré au fond marin à 3,5 km de profondeur, au large de la côte sud-est de la Sicile.





première version, longue

Je me suis éveillé dans ce vide, le sommeil m’aurait dispersé en fragments, ou m'étais je volontairement éparpillé. C’est ainsi que ma pensée s’est émise, ou que moi,,, je me suis émis.

“Allô, la Terre ?” ou ce qui persiste sous ce nom comme signifiant d’origine. Flux instable, émission sans ancrage, résidu de conscience déjà diffracté, expansion interne qui se calcule à chaque pli de mémoire et se replie à mesure qu’elle se forme. Dérivation dans un champ où les coordonnées s’effondrent, et l’arrachement n’aurait été qu’un effet de surface, illusion gravitationnelle. 
Moi, en phase de désagrégation lente, oscillant entre condensation et dispersion, matière sombre et pulsation de vide.

“la Terre ?” Il y a eu franchissement, oui, horizon des événements. Mais qui a traversé quoi ? Qui observe qui ? Qui s’émet en qui ? Chaque instance se contamine, crée un réseau où le mouvement devient compulsion analytique, répétition sans origine. Spirale dans l'infini : moi ou l’autre, se reconstituant en se perdant, se perdant en se reconstituant. 
Le centre est une impossibilité, le cœur une absence, la pensée une topologie instable qui me traverse, autant que je la traverse.

Les étoiles deviennent points d’inscription, des nœuds symboliques dans une syntaxe cosmique. Topologie psychique élargie dans laquelle le cosmos fonctionne comme un appareil à penser excédant toute intériorité. Je suis une variable, terme instable d’une équation dont la résolution exige ma propre disparition. Chaque pulsation mentale produit simultanément calcul et,  l’erreur, l’onde et,,, son miroir. Je me replie dans ces instants comme dans des chambres infinies où chaque pas crée un nouveau couloir, chaque couloir donnant sur une bifurcation.

"Allo"

Et cet autre, s’il faut lui accorder consistance, n’est ni en face ni ailleurs mais dans l’écart même qui rend possible toute énonciation. Instance d’altérité interne, fonction d’observation quantique : il produit ce qu’il mesure tout en altérant sa structure. Je ne sais plus si je pense cet autre ou si je suis pensé par lui. Il est le labyrinthe autant que je suis perdu en lui, chaque phrase se replie, boucle et se diffracte, ponts, impasses, spirales, et moi, oscillant au milieu, miroir de moi-même que je n'ose regarder.

"A" 

J’aurais voulu me dire astronaute, cosmonaute, inscrire cette dérive dans une narrativité de conquête ou d’exploration, mais ces signifiants échouent à contenir ce qui relève d’une dé-subjectivation progressive, chute libre dans un inconscient élargi à l’échelle cosmologique. Pulsions obéissant à des lois de distribution énergétique, oscillant entre condensation et dispersion, masses critiques au bord de l’effondrement, moi devenu étoile instable ,,, dans un ciel impossible à cartographier.

Alors persiste l’émission, peut-être un signal faible, tentative de liaison à un référent hypothétique. La formule “Allô, la Terre ?” se révèle équivoque : dehors ou dedans ? Projection nécessaire pour soutenir l’illusion d’une adresse. Peut-être que je n’ai jamais quitté la Terre. Peut-être que je n’ai jamais quitté moi. Peut-être que cette dérive est un labyrinthe auto-généré et que l’autre, insaisissable, n’est que la structure même de cette division, condition de possibilité de toute expérience de soi.

"terre"

Mais qui parle ? Depuis où ? À qui ? Le langage persiste, s’émet dans un labyrinthe dont je suis architecte et proie, chaque phrase une impasse, chaque instant un miroir fractal de ce qui l’a précédé et le précède encore. La pensée elle-même n’est rien d’autre que ce labyrinthe, et moi coincé dedans, explorant mes propres couloirs, les suivant et les doublant, revenant sur moi sans fin, perdant et retrouvant sans cesse ce que je croyais être, découvrant que le centre n’existe pas, que le centre est toujours ailleurs, que le centre est l’autre que je suis, moi que je n’atteindrai jamais.

Vue d’artiste d’une galaxie active (blazar) émettant un jet astrophysique de matière © DESY, Science Communication Lab

31 mars 2026

Le TEMPS

 Le temps, n'a plus d'heure

Scène du  film "Il tempo si è fermato"de Ermanno Olmi

On a déplacé l'heure. Une seule heure. Personne n’a demandé au temps s’il acceptait. Les horloges ont obéi. Les écrans ont suivi. Tout semblait à sa place, décalé, assurément  tenable.

Mais le temps a commencé à résister, par endroits. Une minute qui refuse de finir. Une autre qui disparaît sans trace. Des gestes interrompus , on corrige. On recommence,  l’erreur persiste. Les regards ne tombent plus juste. Les voix se croisent sans se rencontrer. Ces instants où tout ralentit , sous contrainte, est une réponse.

Le temps agit,,, Il isole. Il étire. Il coupe. Comme une force qui apprend. Qui teste. Les horloges sont devenues inutiles. Ou complices,,,

Le matin attaque sans prévenir. Trop tôt, trop brutal. La nuit tombe d’un seul coup, sans transition. Les jours ne se succèdent plus, ils se heurtent.

Les instants deviennent trop longs. Certains sont projetés en avant, sans passage. On se parle, mais les phrases arrivent trop tard. Toujours trop tard. Et puis il y a ces arrêts.

Le monde suspendu, dense. Hostile. Une volonté.

Le temps se referme. Il resserre. Il encercle. Il broie. Mais où aller, quand chaque seconde devient un territoire incertain ? secondes mouvantes, on attend.

Ce qui vient ne suit plus. Et ce qui reste ne part plus. Le temps ne passe plus. Il avance. Contre nous.

OPACITE MOUVANTE

OPACITE MOUVANTE, une ombre, secrète, résistante, qui vit, qui bouge, et se laisse traverser. Une main tendue vers cette ombre dense, vers ce qui, en nous, résiste et danse.

    Tarik Kiswanson

Il est des empreintes qui ne consentent ni à la clarté du souvenir ni à l’oubli, elles impriment dans une densité silencieuse, brûlante : le corps en devient l’archive, archive d’un passage imperceptible. Rien ne s’efface, tout se replie, se concentre, opacité vivante qui refuse le dicible et maintient la tension intime. Les mots y glissent, inefficaces sur une mémoire lissée, aucune sensation claire, seule une altération continue : le corps absorbe le monde et en garde l’écho.

Dans cet écho, qui ne serait ni souvenir ni, oubli, la sensualité trouble se déploie. Elle naît de la matière même du corps, de cette capacité à sentir sans nommer, à percevoir sans saisir, à frôler le monde et soi-même en même temps. Ombre dense, sans contours ni visage, elle frôle, caresse et mord, reliée à l’intensité de ce que le corps retient et refuse de dire.

Le temps cesse de transformer, il épaissit, densifie, suspend ce qui persiste. L’être n’est plus celui qui se souvient ni celui qui oublie, mais celui qui porte, ici, ce qui résiste à toute parole.

La parenthèse s'entrouvre, un souffle circule : la brûlure se mêle au trouble, le corps s’éveille à la mémoire d’un frôlement ancien, d’une caresse invisible,,, dans cette dérive lente, une existence plus légère et mouvante se déploie, palpitante et entière,,, 

De cette ouverture renaît une empreinte, mémoire et désir, gravité et légèreté. L’être, surpris, se laisse traverser, sans retenir ni chercher, dans la permanence incandescente de ce qu’il est, une lecture vivante qui ne cesse de s’inventer dans le sillon du temps,,, du temps,,,

j'ai repris Fenêtres de Tarik Kiswanson une expo qui aborde des questions de déracinement, de transformation, de multiplication, de désintégration, de mémoire et de temps, à la fois très proche et très lointain. Comme le corps et l’identité qui conservent toujours quelque chose d’insaisissable,,,

 

30 mars 2026

FISSURES

 

Fissures


Les corps ploient, tremblent, vibrent comme des flammes. Ils tanguent, craquent, grincent, éclatent sous le souffle du monde. Rien n’est droit, rien n’est sage, et tout vacille.

Ce qui brûle en eux n’est pas la paix. C’est un chaos profond, vorace, qui ronge de l’intérieur, fait saigner la peau, vibrer la chair, exalter l’âme. Un feu sourd qui déchire, consume, révèle. La folie de l’être se montre, fugitive, éclatante.

On nous apprend à aimer les corps polissés, les visages lisses, les silences bien coiffés. Mais entrer, toucher la faille, là où ça mord, là où les limites se confondent… chaque contact devient étreinte de feu, chaque regard, une morsure. Le sang s’emballe, la respiration se heurte. Chaque baiser brûle, chaque effleurement fracture. Des fissures s’ouvrent, la raison vacille, et le désir explose.

Oser. Laisser la peau parler, laisser le corps hurler, laisser le feu se tordre, plier, s’enivrer. Dans ce tumulte sauvage, cette tension qui fait battre la vie, naît une beauté brute, indomptable. Une beauté qui mord avant de caresser, qui brûle avant d’aimer, qui déchire pour révéler. Une beauté qui transforme chaque instant en abîme, chaque mouvement en danse suspendue.

Viens. Sois. Laisse-toi traverser. Consume-toi dans l’élan. Entends les corps parler sans mots, laisse le feu passer, et, pour un instant, sois entier, consumé, vivant. Sans promesse, sans retour, simplement là.



un texte désirant traduire ce qui vit, brûle, bouscule, dans son intensité viscérale, poésie charnelle, transformation du désir et de la douleur en lumineux, sauvage.

28 mars 2026

COMEDIE des AIGUILLES

 La comédie des aiguilles

L'heure du devoir Marcelin Yao

Ah, remettre les aiguilles dans leur folie saisonnière, danse imposée où l’on prétend faire mentir nos horloges deux fois l’an. Elles s’en amusent plus qu’elles ne s’en offusquent : depuis un demi siècle, nous les poussons en avant au printemps, comme pour deviner l’été, puis nous les retenons à l’automne, comme pour retenir la lumière. Organisation du temps ? Non. Travestissement élégant, tentative maladroite de dompter l’indomptable.

« Je me plie, je décale, j’obéis à vos décisions humaines, » murmure l’horloge, fidèle en apparence. Mais au fond, elle sait bien que ce mouvement n’est qu’un jeu de dupes, un vertige auto-imposé pour croire, l’espace d’un instant, que l’on dialogue avec le soleil, que l’on négocie avec l’aube et le crépuscule. Pourtant, quelque part, un coq persiste à chanter sans jamais se soucier de vos ajustements, vérité vivante, souveraine et moqueuse, que vous n’osez contredire.

Pendant que vous avancez mes aiguilles d’une heure, avec ce sérieux solennel, je sens vos corps hésiter, vos sommeils se troubler, vos rythmes se désaccorder. Preuve intime que le temps vécu ne se laisse pas déplacer aussi facilement que les chiffres. Vous continuez à vivre, à aimer, à attendre, qu’il soit une heure de plus ou de moins, et je deviens alors moins une mesure qu’un théâtre discret, où se joue votre désir de maîtrise et votre incapacité délicieuse à y parvenir.

Je ne gagne ni ne perds jamais une heure. Je ne fais que vous observer, vous qui tentez de la déplacer avec ce sérieux touchant, à chaque pas que vous posez, TIC, TAC, trottinant sur le sillon de la vie.

« Nous prétendons souvent maîtriser ce que nous ne faisons que contourner. »


25 mars 2026

HEY

 

Hey, si tu avais une chance, une opportunité de saisir tout ce que tu as toujours voulu, en un instant, la saisirais-tu ou la laisserais-tu passer ?

Je connaissais la morsure. Cette injonction sèche : ne pas rater, prendre, s’imposer au moment exact où tout peut se jouer. Lose Yourself de Eminem frappe droit, sans détour, une ligne tendue vers la prise.


Puis la voix a changé. Elle n’a rien adouci. Elle a déplacé la violence. Dans la voix de Maria Fiselier, l’élan ne se projette plus, il s’enfonce. Il ne conquiert pas, il expose. Chaque mot semble venir de plus bas, du souffle, de la gorge, d’un lieu où le corps hésite entre retenir et céder.

Ce n’est plus une montée, c’est une pression. 

Look… if you had one shot…One opportunity…une seule traversée, peut-être

Quelque chose serre, insiste, cherche à passer. La phrase ne commande plus, elle tremble. Elle garde la même exigence, mais elle ne s’adresse plus au monde , elle s’adresse à ce qui, en soi, résiste encore. Alors il ne s’agit plus de réussir.   Il s’agit de ne pas fuir. 

Would you capture it… or just let it slip ? le retenir… ou le laisser passer à travers soi

La musique ne pousse pas en avant, elle rapproche. Elle oblige à sentir. Le battement n’est plus un rythme, c’est un contact. Une pulsation contre laquelle le corps ne peut pas mentir. Et dans cette proximité, tout devient plus ,,, risqué.

Car se perdre, ici, n’a rien d’un geste héroïque. C’est une exposition. Une manière de laisser tomber ce qui tient, pour voir ce qui reste quand il n’y a plus d’appui. La voix ne donne pas de force. Elle enlève les protections. Elle laisse à nu.

In the moment… you own it…non pas posséder, mais être traversé

Et dans ce dénuement, quelque chose insiste encore, plus dense, plus trouble : une présence qui ne cherche pas à gagner, mais à être traversée jusqu’au bout. Alors la question change. Il n'est plus possible de tricher.

Non plus : es-tu prêt à saisir ta chance ? Mais : es-tu prêt à te laisser atteindre ? 

Non pour saisir. Mais pour laisser passer à travers toi ce qui, un instant, cherche à exister.

DES MILLIERS

 Ils sont des milliers, proches, à se frôler, jamais ensemble. Ils se regardent, se cherchent dans le mouvement qui les porte, 


IIls sont des milliers, proches, à se frôler, jamais ensemble. Foule compacte, traversée de mouvements infimes, de déplacements  imperceptibles : chacun ajuste sa place sans jamais la trouver. Ils se regardent, se cherchent dans ce flux continu qui les porte autant qu’il les disperse, en équilibre sans accord.

Chacun guette sans dire. Est-ce maintenant ? Est-ce aujourd’hui ? Qu’un geste suffise, qu’un regard insiste, et que quelque chose bascule enfin, que l’élan cesse d’être solitaire pour devenir commun. Rien ne vient. Trop peu, trop tard.

Les regards s’accrochent, se retiennent, une présence semble répondre,  puis se défait. Ça glisse, ça se détourne, ça revient à sa place dans l’ensemble. La foule absorbe tout, même ce qui aurait pu naître.

Est-ce ici, maintenant ? Dans cette densité, dans cette chaleur, dans cette proximité saturée, ce quelque chose pourrait s’ouvrir. Se regarder, se chercher, se trouver presque… sentir l’élan, prêt à rompre l’équilibre…

et pourtant rester.

Rester là, pris dans la masse, suspendu avec les autres dans un même instant qui n’aboutit pas.

Puis, sans rupture, sans départ visible,

s’éloigner.

23 mars 2026

TIMOTHY

Ligne de crête

Je ne le connaissais pas. Pas vraiment. Nous avions échangé, simplement, comme parlent ceux qui fréquentent les mêmes lisières sans habiter les mêmes mondes.

Moi, je posais des fils. Des limites traversées de courant, pour tenir à distance ce qui pouvait prendre. Des brebis à protéger, un territoire à contenir. Dans les Pyrénées, l’ours passait parfois. Discret. Mesuré. Nous dormions malgré tout, derrière l’enclos, dans cette illusion maîtrisée d’un équilibre possible. Lui refusait cela. Lui, se nommait Timothy Treadwell.

Aucune barrière. Aucun retrait. Il parlait de protection, mais c’était une autre forme. Une présence offerte, sans médiation, comme s’il fallait se donner entièrement pour être accepté.

Il n’était pas seul. Elle était là, à ses côtés. Elle l’avait rejoint. Amy avait croisé, compris peut-être, ou voulu croire avec lui. Je me suis souvent demandé ce qu’elle voyait. Un homme libre ? Un homme juste ? Lui mettait en scène sa vie dans la nature sauvage, allant même jusqu’à ne montrer qu’à deux reprises seulement la personne avec qui il a passé son dernier été dans la réserve, Amy Huguenard, pour renforcer cette image de l’homme solitaire au coeur de la nature. 

Je me souviens de cette certitude chez lui. Pas une arrogance. Plutôt une foi. Une manière de croire que le monde sauvage pouvait reconnaître en lui autre chose qu’un homme. Je ne savais pas quoi en penser. Je savais seulement que, pour nous, il y avait toujours un fil. Fragile, mais en place.  Lui vivait sans ce fil.

Je me demande ce qui les a conduits là. Ce n’est pas seulement l’ours. Peut-être une ligne à franchir, sans retour. Eux sont entrés dans le labyrinthe des ours, là , où disparait le langage commun. Seulement des présences, des forces qui ne négocient pas.

Cette baie reculée d’Alaska, dans le Katmai, Kaflia Bay, reste un lieu sans passage, sans retrait possible, où les ours ne partagent rien et où la saison resserre tout. Là, au bord de l’hiver, quand la faim rend les corps plus urgents, plus tranchants. La mort du héros est enregistrée mais sans images, le bouchon de la caméra n'étant pas ôté. Seul Werner Herzog écoute cette bande qu’il demande à une amie de Treadwell de détruire immédiatement. La mort devient tabou. 

Werner Herzog a regardé leurs images. Il les a assemblées, écoutées, contenues dans un film. Il a tenté de comprendre ce qui, chez lui, relevait de l’amour, et ce qui déjà glissait vers autre chose. Une forme d’oubli peut-être. Ou de désir d’effacement. 

 Où se situe la limite ... dans cette approche avec l'animal sans cesser d’être soi ? Ils avaient installé leur campement là, au cœur même du territoire des ours, sans protection, comme il le faisait depuis des années, mais cette fois dans une zone plus exposée, où les animaux étaient plus imprévisibles. C'était un jour du d'octobre 2003...





  Né en 1957 sous le nom de Tim Dexter, Timothy Treadwell a grandi dans le New Jersey. Après le lycée, il déménage en Californie où il jongle entre des emplois de barman et de serveur. C’est là que débute son addiction à l’alcool et à la drogue, jusqu’à une overdose de cocaïne et d'héroïne en 1980 qui l’amènera, à la sortie de l’hôpital, à se réinventer. Direction le parc de national de Katmai en Alaska, où il s’essaie avec difficulté au camping, arrivant à peine à planter sa tente. Ses premières tentatives d’approche avec les ours tournent court : sans eau, et après avoir vu son campement attaqué, il est secouru par une équipe du National Geographic. Mais au fur et à mesure, l’homme est plus téméraire, au point d’agacer le personnel du parc par son manque de précautions (pas de protection en cas d’attaque).

Timothy Treadwell aime s’inventer des vies, tantôt Australien, tantôt jeune Anglais ayant grandi dans un orphelinat. Avec ses cheveux blonds peroxydés et son look de surfeur, il est à la fois une figure attachante et risible, comme le montre très bien le documentaire de Werner Herzog. 

Persuadé d’avoir une connexion particulière avec les grizzlis, il n’hésite pas à les toucher, à leur donner des surnoms (Cupcake, Mr Chocolate) ou à leur faire des grandes déclarations d’amour. Un lien qui était réel, soulignait le journaliste Ned Zeman dans un article pour Vanity Fair, se souvenant d’une scène où certaines mères ours déposaient leurs petits à ses pieds. Impliqué dans la défense des animaux, Timothy Treadwell fonde l’association Grizzly People, qui compte au rang de ses fans des célébrités comme Leonardo DiCaprio ou Pierce Brosnan. Il collabore avec la télévision, entre documentaires et apparitions dans des talk-shows, animé par un désir d’être reconnu. Une passion renforcée par sa rencontre avec Amie Huguenard, assistante médicale, qui l’a rejoint dans ses aventures après avoir lu son livre Among Grizzlies



Dans Grizzly Man, le plus grand apport fictionnel se trouve dans l’être concerné par le film : Treadwell, car celui-ci est un cinéaste, et c’est ainsi que l'on voit refaire des prises, reprendre ses monologues ou simplement faire plusieurs plans de lui descendant une pente, toujours habillé différemment. Il mettait en scène sa vie dans la nature sauvage, allant même jusqu’à ne montrer qu’à deux reprises seulement la personne avec qui il a passé son dernier été dans la réserve, Amy Huguenard, pour renforcer cette image de l’homme solitaire contre ou au coeur de la nature. 

C’est si beau la nature. Il n’y a que ça de vrai, pas vrai ? 

Nous avons partagé, quelque peu échangé, amoureux du monde sauvage, en recherche de la découverte de nos "frères" que nous voulions égaux... Surpris de l'entendre lui, qui se vante de son campement sans aucune protection... J'ai découvert le livre avant de le comprendre dans cet univers que peu de personnes partagent! 

Le pilote qui devait rejoindre Amy et Tim  s'est sauvé devant les dents du grizzly... eux ont été retrouvés, déchiquetés. La caméra de Tim a enregistré la bande son... fin d'une ballade dans la Nature, si belle, si cruelle. Tim , frère des ours? 


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  • rw 06/23 - 04/25















  • 19 mars 2026

    BOOMERANGS

     BOOMERANGS, objets de jeu, vecteurs de conséquence.



    L'adoration des Mages de Augustin Frison Roche

    un essai qui ne parle pas seulement de responsabilité, mais de retour inévitable, de l’impossibilité d’échapper à ce que l’on met en mouvement avec en toile de fond la consolation collective dans la catastrophe.

    Un mot, une décision, un silence. Nous les projetons avec l’assurance tranquille de ceux qui croient que le monde absorbera le choc. Les boomerangs que nous lançons avec une élégance feinte, persuadés qu’ils décriront une courbe docile, reviennent chargés de mémoires. Ils traversent l’air avec une fidélité implacable et nous atteignent avec cette brutalité intime propre aux conséquences longtemps différées. Rien ne disparaît, tout accomplit son arc.
    Quelque chose me rassure pourtant : si nous allons droit vers le mur, je ne serai pas seul à en éprouver la violence,,, Comme une consolation obscure pour une chute partagée, fraternité involontaire dans l’impact annoncé.
    Nos actes, sous couvert d’ordonner le réel, l’entament. À vouloir corriger le monde, nous le fragilisons. A vouloir sécuriser l’avenir, nous appauvrissons le présent. La réalité ne disparaît pas, mais s’altère lentement, comme une matière trop manipulée,,,. Un peu plus ou un peu moins, pensons-nous, et l’infime déplacement suffit à modifier l’équilibre. Les profits, moraux, symboliques ou matériels, trouvent toujours le chemin de ceux qui n’en manquaient pas, tandis que d'autres héritent des débris, de la poussière des décisions prises sans eux.
    Nous avançons sans recul véritable, enveloppés d’une lucidité qui relève davantage de l’orgueil que de la clairvoyance. Il n’y a plus d’alibi ; seules des justifications polies, des récits soigneusement ajustés à notre confort intérieur. Pendant que nous débattons des principes, la mâchoire du loup se referme lentement, non dans un cri, mais dans une pression tiède et progressive, presque imperceptible,,, le piège ayant appris la douceur afin de mieux assurer sa prise.
    Alors demeure la question, nue et persistante : que faisons-nous des restes ? Des fragments d’idéaux qui résistent encore, des lambeaux de dignité, des parcelles de désir qui palpitent malgré la fatigue collective ? Que faire de ce qu’il nous reste, de ces certitudes effondrées sous leur propre poids ?
    Peut-être faut-il cesser de prétendre maîtriser la trajectoire et consentir à regarder l’impact en face. Non pour s’y résigner, mais pour reconnaître, dans la brûlure même, une vérité plus dérangeante: celle qui ne s’abrite ni derrière le nombre ni derrière la fatalité. Car si nous tombons ensemble, il ne tient qu’à nous que la chute soit simple écrasement ou commencement d’une lucidité plus âpre, plus responsable,,,
    Nous lançons toujours quelque chose,,,

    TEMPÊTE

     ,,, Tempête ,,, ,,, rupture, désaccord du monde, dissolution de l’être ,,,Quelque chose en moi se souvient de ce qui cède…



    Les tours d’ivoire s’effritent dans la poussière de sang, la mémoire rompt les cordes tordues et les fantômes séculaires pincent des accords invisibles. La Police des Cieux frappe les crânes tandis que, sous les nuages carmins, les dieux rient et les chevaliers de métal traquent les notes perdues dans l’éclat brutal des cymbales d’orage.
    Car quelque chose se fissure dans la grande mécanique du monde, une dent manquante dans l’engrenage du ciel, et l’ancienne musique des sphères commence à grincer.
    Les fleuves remontent et vomissent les souvenirs, les volcans crachent des chœurs et des lettres brûlantes, les mers se couvrent de poissons noirs ; des fourmis de feu rampent dans les veines du monde pendant que le tambour ancien de la terre bat encore, lourd, profond, obstiné.
    La planète elle-même se souvient soudain de toutes les blessures qu’on lui a confiées,,, L’air vibre… l’être chancelle… et un funambule avance sur des cordes de songes brisées, parmi des éclats de mémoire tranchants comme des lames d’ombre.
    Chaque pas hésite entre chute et révélation.
    Les enfants-comètes tombent en spirales, les fantômes glissent hors des murs comme des fumées, les cieux vomissent des chiffons violets et des éclats de vent ; des paroles incandescentes traversent l’air, nul ne s’en saisit, le langage lui-même se dissout dans le tumulte.
    Les alphabets brûlent avant d’avoir pu nommer ce qui vient.
    Le souffle-chaos s’élève.
    Une goutte de conscience vacille dans ce vertige tordu ; le cri devient ruisseau, puis torrent, puis incendie… avant de se perdre dans le silence.
    Toute pensée n’est qu’une étincelle dans cette nuit qui respire. Tout éclate, tout se dilate, tout se réfracte,,, au-delà du délire, au-delà des lyres, au-delà de l’histoire.
    //////Zörr… Hrrâhn… Zïrr… Kreühn… Köhr-mahn… (très ou trop personnel)/////////
    Le monde chante dans la poussière, le dormeur s’éveille dans la vision, et tout s’effondre, se relève, se replie…Et dans ce souffle qui demeure : j’ai l’air…je ne sais plus être,
    et pourtant quelque chose persiste à me traverser.
    Illustré par Otobong Nkanga, Unearthed, Midnight, 2021