« Certaines routes s’effacent des cartes. D’autres persistent sous la peau. » Elle, elle ne cherchait pas à impressionner. Elle habitait la route. »
Très vite, le Solex a laissé place à sa Honda 450 DOHC. Moi, je roulais sur ma petite 125 CG, mais le plus souvent, c'était derrière elle que je prenais la route. Je montais sur sa moto, mes bras autour d'elle, et dès les premiers mètres quelque chose changeait. Le bruit du moteur effaçait le reste. Le vent nous enveloppait. Son parfum se mêlait à celui de l'essence, de l'air chaud des collines. Je sentais son corps se préparer avant même le virage. Une légère inclinaison, un mouvement presque imperceptible, et je savais qu'il fallait suivre. Nous ne faisions plus deux gestes séparés. Nous devenions un seul mouvement. Elle conduisait avec une assurance tranquille. Elle ne cherchait pas la vitesse, elle cherchait l'accord. Elle semblait écouter la route comme on écoute une musique connue depuis toujours.
Sur la corniche de Nice, la mer apparaissait d'un côté, la roche de l'autre. La route dessinait une ligne fragile entre deux immensités. Le soleil glissait sur les vagues, le vent soulevait mes pensées, et je n'avais plus besoin de rien d'autre que cette présence contre moi. Je posais mon visage contre son dos. Je sentais sa respiration, les vibrations de la moto, la chaleur de son corps. Il y avait dans cet instant quelque chose de simple et d'immense : la confiance absolue de deux êtres qui n'avaient rien à prouver.
Un jour, elle m'a tendu les clés. Je n'avais pas le permis. Elle est montée derrière moi. Elle m'a confié ce qu'elle avait de plus précieux : son équilibre, sa sécurité, sa confiance. Nous avons gravi les routes de Vence jusqu'au col. Le vent nous accompagnait. Les pins, la pierre chaude et la mer composaient un paysage que nous traversions sans chercher à le posséder. Nous étions jeunes. Nous croyions que les routes seraient toujours là, que les jours se ressembleraient encore longtemps. Nous ne savions pas que certains instants deviennent des vies entières.
Elle avait raison. Il existe des êtres qui passent comme des comètes. Ils ne restent pas longtemps, mais ils changent à jamais la trajectoire de ceux qu'ils ont rencontrés.





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