Un secte ?
Je les ai vus. J'en parle, chez moi, avec des amis,,,
Un secte ? Je les ai vus. Et depuis, je roule,,, je cherche à comprendre pourquoi, pourquoi ils viennent à contre sens,,,
Longtemps, j’ai hésité à en parler. Qui croirait un homme de soixante-neuf ans parcourant seul les routes du Haut-Béarn sur un vélo électrique allemand, convaincu qu’une présence discrète accompagne chacun de ses trajets sans jamais se laisser saisir complètement ? Pourtant les faits se répètent, avec une constance qui finit par remplacer l’explication,,,
Vent de face : ils sont là. Vent dans le dos : ils sont là. Montée lente, respiration courte, jambes lourdes : ils sont là. Descente rapide, impression de liberté : ils sont encore là. Toujours de face. Toujours,,,
Je traverse un pays calme en apparence. Les coteaux s’étirent sous une lumière lente. Les gaves glissent entre les pierres. Les champs ondulent sans urgence. Le matin respire une humidité douce, presque tendre. Tout semble vouloir rassurer. Ils sont là,,,
Dans cet équilibre apparent, quelque chose insiste. Quelque chose se déplace avec moi. Ils ne paraissent pas suivre le hasard. ls traversent des volumes d’air considérables pour converger vers un point unique. La mienne. Ils ne cherchent pas le paysage. Ils me traversent,,,
Mon visage devient point de passage, repère fixe dans un monde mouvant. Le nez d’abord, trop visible pour être innocent. Les joues ensuite, surfaces d’impact. Les oreilles, zones de passage dont je ne comprends pas encore la logique. Et parfois, la bouche, surtout dans l’effort, comme si même le souffle devait être corrigé. Ils sont partout,,,
J’ai adapté. Casque ventilé. Erreur. L’air circule trop bien. Trop librement. Ce qui entre ne ressort pas toujours selon les règles prévues. Lunettes miroir. Nouvelle erreur. Le reflet ne les détourne pas. Il confirme leur trajectoire. Vêtements colorés. Erreur ancienne. Je comprends aujourd’hui que je n’étais pas visible par accident. J’étais visible par design. Il y a même des moments où certains disparaissent après l’impact. Je les sens, puis plus rien. Plus tard, une sensation étrange, comme un rappel discret, sous la matière du tissu. Je m’arrête. Je vérifie. Je trouve parfois ce qui reste. Ils me voient ,,,
Sans explication. Sans logique apparente. Alors je repars. Les routes deviennent chemins. Les collines changent de forme selon la lumière. Le monde reste beau, étrangement intact, comme si rien ne devait être interrompu. Et moi aussi je continue. Parce qu’il n’y a rien d’autre à faire que rouler dans ce qui reste compréhensible,,,
Je ne sais pas ce qu’ils veulent. Mais je constate leur persistance. Et parfois, dans les longues lignes droites où le vent devient presque silencieux, il me semble comprendre quelque chose de plus dérangeant encore : ils ne viennent pas vers moi.
Eux dans leur logique invisible. Moi dans ma trajectoire imparfaite,,, Il n’y a pas de preuve. Pas de conclusion. Une sensation persistante d’être observé par quelque chose qui ne se laisse pas nommer. Je les ai vus. Ils sont là,,, Et depuis, rien n’a changé,,, et ils me voient, me croisent,,, Mais pourquoi sont ils tous à contre sens,,, ,,, ,,,









