17 mars 2026

DES LYRES / RoW


Au‑delà des lyres 

Otobong Nkanga, Unearthed, Midnight, 2021

TEMPÊTE

Les tours d’ivoire s’effritent dans la poussière de sang, la mémoire rompt les cordes tordues et les fantômes séculaires pincent des accords invisibles ; déjà la Police des Cieux frappe les crânes tandis que, sous les nuages carmins, les dieux rient et que les chevaliers de métal traquent les notes perdues dans l’éclat brutal des cymbales d’orage.

Car quelque chose se fissure dans la grande mécanique du monde, une dent manquante dans l’engrenage du ciel, et l’ancienne musique des sphères commence à grincer comme une porte que l’on n’avait jamais ouverte.

Les fleuves remontent alors et vomissent les souvenirs, les volcans crachent des chœurs et des lettres brûlantes, les mers se couvrent de poissons noirs ; des fourmis de feu rampent dans les veines du monde pendant que le tambour ancien de la terre bat encore, lourd, profond, obstiné.

Et l’on dirait que la planète elle-même se souvient soudain de toutes les blessures qu’on lui a confiées.

L’air vibre… l’être chancelle… et quelque part un funambule avance sur des cordes de songes brisées, parmi des éclats de mémoire tranchants comme des lames d’ombre ; chaque pas hésite entre chute et révélation, comme si l’équilibre du monde dépendait d’un souffle trop fragile pour durer.

Les enfants-comètes tombent en spirales, les fantômes glissent hors des murs comme des fumées, les cieux vomissent des chiffons violets et des éclats de vent ; des paroles incandescentes traversent l’air sans que personne ne les saisisse, comme si le langage lui-même se dissolvait dans le tumulte.

Les alphabets brûlent avant d’avoir pu nommer ce qui vient.

Le souffle-chaos s’élève.

Une goutte de conscience vacille dans ce vertige tordu ; le cri devient ruisseau, puis torrent, puis incendie… avant de se perdre dans le silence.

Et peut-être que toute pensée n’est qu’une étincelle dans cette nuit qui respire.

Tout éclate, tout se dilate, tout se réfracte — au-delà du délire, au-delà des lyres, au-delà même de l’histoire ; là où les récits se défont comme des voiles trop usés pour contenir l’ouragan.

Zörr… Hrrâhn… Zïrr… Kreühn… Köhr-mahn…

Le monde chante dans la poussière, le dormeur s’éveille dans la vision, et tout à la fois s’effondre, se relève, se replie, comme une vague immense qui respire encore, recommençant sa chute et son ascension dans la même seconde.

Et dans ce souffle qui demeure :

j’ai l’air…

je ne sais plus être.


TEMPÊTE est sorti en écoutant Magma . Leur musique  portée par Christian Vander  est construite comme une incantation rythmique, presque une liturgie cosmique. Les mots, les syllabes et les sons y deviennent instruments.

La fissure du monde, C’est comme si l’ordre du monde était une musique, et que cette musique commençait à se désaccorder.

La montée des forces naturelles Le texte quitte le domaine humain pour entrer dans le domaine tellurique.

La rupture cosmique On est dans un dérèglement cosmique.

La dissolution de l’être la tempête extérieure finit par devenir une crise de l’existence.

Ce n’est pas seulement une vision apocalyptique.

le monde est musique — et quand la musique se brise, l’être vacille.


15 mars 2026

WAR


        AFP/Rabih Daher

L’homme se tient debout dans le matin du monde, étonné d’exister, inquiet de durer...

On croyait les princes d’autrefois disparus, parchemin moisi,  mais non, ils sont là, mieux habillés, mieux filmés, mieux armés, parlent sécurité, menaces, influences, réarmements assumés. Toujours le même tour, inventer un danger, pour justifier la mort, pour faire tomber des vies sur le pavé. On nous promet honneur, sens, fraternité séduisante.

Mais personne ne montre la vérité des guerres : Corps brisés, gueules arrachées, survivants amers. “La patrie a besoin de vous”, nous dit-on chaque jour, et le pouvoir ne veut qu'obéissance.

On bénit encore les drapeaux, pour l’absurde total. On envoie des garçons brûler leurs illusions fatales. Dieu est remercié quand dix mille tombent dans la poussière, tout est calculé, rien n’est sincère. Qui connaît la guerre ? Qui connaît sa détresse ? Ce sont les puissants qui exigent que d’autres meurent pour leur caprice, leur avidité. 

Comprendre que le monde s’entête et se fourvoie. Dans la confusion et l’absurde, il faut oser crier sa vérité, exposer l’injustice, révéler la manipulation, refuser de tomber dans le piège des illusions.

En deux mille vingt-six, aimer son pays pourrait signifier, refuser de nourrir la mort, choisir le vivant, non par naïveté, par lucidité. Dans cet univers fourbe et silencieux, La seule réponse digne est celle que l’homme invente, protéger la vie.


02/25



L’homme se tient debout dans le matin du monde,
Étonné d’exister, inquiet de durer...
Il regarde l’horizon , cherche une réponse,
Le monde ne répond pas.
Il offre seulement le vent, la pluie,
Le passage du temps,

Alors l’homme invente des récits,
Pour ne pas tomber dans le vertige du vide.
Il nomme des ennemis, trace des lignes sur la terre,
Et appelle cela un destin, elle naît souvent ainsi, 


Désir d’être utiles, de plus grand qu’eux.
Les jeunes avancent avec le cœur ouvert,
On leur tend des mots lourds, honneur, patrie, courage,
Comme on tend des torches dans l’obscurité.
Rien ne leur dit que la guerre ne révèle pas l’homme :
Elle le suspend, elle le fragmente, 

Sur les champs de bataille, la mort n’a pas de visage sacré.
Elle vient sans message, sans justice,
Comme une fatigue du monde.
Et l’homme découvre alors une vérité nue : Il peut disparaître,

Les peuples murmurent ne pas vouloir mourir pour des récits.
Leurs voix se perdent dans le bruit des stratégies.
Là où ils parlent de vies, le pouvoir répond en chiffres.
Là où ils demandent du sens, il propose l’obéissance.

On invoque Dieu, l’histoire, la mémoire des anciens,
Pour donner à la mort la forme supportable.
La guerre est toujours décidée loin des corps,
Dans des pièces closes où le temps ne saigne pas.
Elle exige que l’homme accepte de devenir un moyen,
Et non plus une fin.
C’est là, peut-être, la véritable défaite de l’humanité.

Il arrive pourtant un instant de clarté.
Un moment où l’homme comprend
Que le monde n’a pas besoin d’être conquis pour être habité.
Que l’absence de sens n’est pas une condamnation,
Mais une invitation à choisir.

En deux mille vingt-six, aimer son pays pourrait signifier
Refuser de nourrir la mort.
Choisir le vivant, non par naïveté, par lucidité.
Dans cet univers silencieux,
La seule réponse digne
Est celle que l’homme invente
En protégeant la vie. Aimer







MON DIEU

Un coup de marteau sur le doigt, et le mot s’échappe aussitôt : Dieu ! Comme si la douleur réveillait un langage plus ancien que la raison.



On invoque plus volontiers Dieu dans la prière, surtout quand le malheur surgit sans prévenir. Dans l’urgence de la douleur, le nom précède la pensée. Dieu. Quatre lettres presque anodines, mais chargées d’un poids conceptuel que l’humanité traîne depuis ses premiers questionnements. Un mot qui rassure, qui inquiète, qui divise, et qui persiste même chez ceux qui prétendent s’en être défaits.

Croyant ou non, personne n’échappe vraiment à la question : qui est Dieu ? Ou plutôt, qu’avons-nous décidé qu’il soit ? Depuis que l’homme pense, il projette au-dessus de lui une force supposée supérieure, un principe capable de donner forme à l’inexplicable.

Il serait difficile de se passer de Dieu, ne serait-ce comme réflexe. Un coup de marteau sur le doigt et le mot s’échappe aussitôt : Dieu ! Comme si la douleur réveillait un langage plus ancien que la raison.

Alors je m’interroge : où est-il ?
Dans le manche du marteau, prolongement aveugle de ma volonté ?
Dans le clou mal frappé ?
Dans la brûlure qui remonte le long du bras et me rappelle que je suis d’abord de la matière ?
Ou derrière moi, silencieux, comme cette vieille figure barbu que l’on imagine observer sans intervenir ?

On l’a dit père, créateur, amour. Mais quel père laisse son fils cloué sur une croix pour prouver sa bienveillance ? Peut-être cette image dit moins quelque chose de Dieu que de nous-mêmes, de notre besoin de donner un sens à la souffrance.

Car Dieu sert souvent à cela : donner une forme au chaos, habiller le hasard d’une intention. Einstein disait : « Le hasard, c’est Dieu qui se promène incognito. » Peut-être. Ou peut-être est-ce simplement une manière élégante de refuser l’idée que rien ne nous regarde tomber.

Je crois ne pas y croire. Et pourtant je continue d’en parler, de le convoquer, de le contester. Dans ce paradoxe, Dieu subsiste : non comme certitude, mais comme trouble persistant.

Peut-être le ciel est-il simplement vide. Pas mystérieux. Vide. Et face à ce vide, il ne reste que l’homme, sa conscience, sa douleur, et ce besoin obstiné de chercher du sens là où il n’y a peut-être que des faits.









14 mars 2026

SYLVIE, BERNARD


Hommage à Bernard et Sylvie 



Sur un trottoir tranquille de cette rue, entre deux gaves, une échoppe tient le monde en équilibre, où chaque geste raconte l’histoire des choses et de chacun.

Le cuir craque sous leurs doigts, les semelles retrouvent vie sous le marteau patient, les clés, parfois égarées, reprennent leur chant métallique et dansent entre ses mains ,,, sourire discret.

Quand la pluie perce les flaques et que la ville s’éveille, ils réparent les souliers fatigués, écoute la voiture récalcitrante, tout objet qui réclame un peu d’attention et de soin. Tac… tac… tac…

le rythme discret de l’atelier résonne comme une musique ancienne, un ballet où le cuir, l’acier retrouvent leur souffle et leur dignité.

Sylvie, aux  côtés, toujours proche de Bernard, souffle doux de présence fidèle, parfum discret et sourire complice, gardienne des gestes partagés et du cœur de l’atelier. Ils savent que réparer n’est pas seulement réparer : c’est prolonger la vie des choses, c’est faire danser les jours avec patience et soin, c’est offrir un peu de leur cœur à chaque mouvement, comme un bracelet de gestes précieux sur le fil du quotidien.

Les trottoirs usés, les routes fatiguées, les galets du gave, les chemins des grimpeurs, sacs, cuirs, souliers, colliers... : tout passe sous leurs mains attentives, et rien ne leur échappe.  Et pour qui sait écouter vraiment, au travers des gestes répétés et des sourires joyeux, une note douce de reggae s’élève, comme un souffle discret entre les étagères et les clous, entre le cuir et l’acier, entre les souliers et les clés.

Merci de tenir ce fil fragile du temps, de réparer, d’accompagner, et de faire de chaque journée un peu de lumière "artisanale".

13 mars 2026

UN SEUL FOU

 

Qui décide du monde ? 


Qui décide du monde ? qui?







La question semble simple, mais la réponse reste troublante : il n’y a plus de maîtres. Il n’y a que des volontés qui se croisent, des ambitions qui se heurtent, des marchés qui tremblent, des alliances qui s’illuminent ou s’éteignent selon des calculs invisibles.

Derrière chaque décision, des peuples vivent, tombent, espèrent, tandis que les puissants déplacent les lignes comme on déplace des pions sur une carte, proclamant la guerre au nom de la paix, la conquête au nom de la sécurité, la domination au nom de la liberté.

Aujourd’hui, nous détenons un pouvoir qu’aucune civilisation n’a jamais possédé ,,, manipuler le vivant, transformer la planète, connecter instantanément les continents, provoquer la foudre capable d’effacer des villes en un éclair. Une seule foudre ,,,

Malgré cette puissance digne des dieux, nos instincts restent archaïques : peur, rivalité, orgueil, besoin de domination : des émotions anciennes dans des mains modernes, des institutions médiévales et une technologie divine. Un seul fou ,,,

Jamais l’homme n’a eu autant de force : la puissance de nourrir, de protéger, de préserver. Mais aussi, celle de dévaster, d’épuiser, de fracturer le vivant. Les princes d’autrefois, parchemins moisis et épées rouillées, sont toujours là : mieux habillés, mieux armés, mieux filmés. Ils inventent des dangers pour justifier la mort, font tomber des vies pour des calculs d’influence. Un seul ,,,

Les guerres sont décidées loin des corps, dans des pièces closes où le temps ne saigne pas. Personne ne montre la vérité des corps brisés, des gueules arrachées, des survivants amers. L’homme, étonné d’exister, inquiet de durer, s’interroge. Seul? un fou, une foudre et tout bascule ,,,

Qui décide du monde ?




11 mars 2026

GEOGRAPHIE de SURVIE

Il existe dans les paroles des peuples une mémoire que les cartes politiques ignorent : blessures anciennes, promesses oubliées, vies brisées que la poussière des intérêts efface trop vite. Les peuples se souviennent. Les puissances, elles, oublient.

Entre 1952 et 1954, Pablo Picasso transforme la chapelle romane désacralisée du Château de Vallauris en un Temple de la Paix. Sur ses murs, il peint la guerre et la paix face à face, comme deux forces que l’humanité porte en elle depuis toujours.

Cette mémoire ne disparaît jamais vraiment. Elle circule dans les récits, dans les silences des familles, dans les paysages marqués par les conflits. Là où les cartes tracent des frontières, les peuples se souviennent des vies qui s’y sont brisées, dans une réalité, celle d'une guerre.

Dans toute guerre, ce ne sont pas les dirigeants qui tremblent dans les abris. Ce ne sont pas eux qui quittent la maison au milieu de la nuit, emportant dans un sac le reste d’une vie. Ce ne sont pas eux qui apprennent à leurs enfants la géographie du danger : ici un mur effondré, là une route barrée, plus loin un ciel qui s’ouvre. 

Les peuples, eux, apprennent une autre géographie. Celle de la survie. Les villes se vident, les familles se dispersent, les marchés se taisent, les écoles ferment. Les générations grandissent dans l’ombre de conflits qu’elles n’ont pas choisis. La guerre possède son langage officiel : stratégie, équilibre des puissances, sécurité nationale.

Mais derrière ces mots froids demeurent des vies concrètes, des existences fragiles, des espoirs écrasés. La guerre apporte toujours douleur et désastre. Elle laisse des cicatrices invisibles sur les corps et les âmes, déchire les communautés et détruit ce qui avait mis des années à se construire. Les victoires militaires ne réparent jamais les pertes humaines.

Peut-être, un jour, les voix qui racontent les tragédies raconteront aussi la réconciliation. Non parce que l’histoire aura oublié la douleur, mais parce que les peuples décideront qu’aucune mémoire, aussi lourde soit-elle, ne mérite d’être transmise éternellement dans le langage de la guerre. Les conflits tentent toujours d’effacer une vérité simple : la terre, les maisons, les rues n’appartiennent jamais aux canons. Elles appartiennent à ceux qui y vivent, y travaillent, y élèvent leurs enfants et y enterrent leurs morts.

C’est peut-être là que commence la paix : lorsque les peuples, de tous côtés, se reconnaissent enfin dans la même fatigue de la guerre et dans le même désir, humble et immense, de vivre.

Vivre en paix.

10 mars 2026

,,, AMANTS ,,, EXODUS

INTEMPORELLE : d’une beauté rare, exaltante sans ostentation, sauvage parce qu’elle ne s’excusait pas d’exister, sage parce qu’elle savait écouter ce qui tremble.

Solitude Philippe Lebeau

Une virgule. Une simple virgule dans la phrase du temps,,, 

Il arrive que la vie nous accorde un éclat de temps suspendu, un intervalle rare où deux existences se rencontrent et se reconnaissent avant même que le monde n’ait le temps de s’y habituer. Ce fut cela. Une présence, et déjà la respiration du monde changeait. Rien n’était prévu, rien n’était écrit, pourtant une porte intérieure s’était ouverte sans bruit,,,   virgule, et nous patientions,,, attendant le passage du temps et le miracle de nos regards,,,

Virgule,,, Ce nom, ce mot contenait à lui seul une manière d’être au monde : pause et mouvement à la fois, respiration et continuité. Une promesse de phrase qui ne se ferme pas. Elle, elle portait cette légèreté attentive qui fait que la vie, soudain, semble plus vaste, une longue phrase suspendue,,, 

Une ballade de signes et de sens,,,  qui se cherchent,,,  qui se répondent. Elle, elle parfumait un poème sans point final, où chaque virgule devenait un souffle d’été, chaque point-virgule un frisson d’aube, chaque deux-points l’annonce d’un possible. Le point final n’existait pas pour elle. Illusion grammaticale dans la grande phrase du temps,,,

Le vent tourne les pages; Le nôtre l’a fait trop tôt, très fort. Une rafale, un tourbillon imprévisible avait traversé le livre,,, notre livre,,, Certains souvenirs ressemblent à des cicatrices douces : une trace d’encre sous la peau,,, le temps déplace, et dépose les instants d'une éternité, dans un pli secret de la mémoire,,, peut-être a-t-il perdu la gomme quelque part dans la poussière dorée d’un été ancien, dans la douceur d’une présence devenue absence,,, 

Je ne la nomme presque plus. Elle n’a pas besoin d’être appelée. Elle existe dans cette virgule, silencieuse,  qui surgit parfois au détour d’un regard, d’un parfum, d’une lumière d’après-midi. Une présence discrète qui n’exige rien, ne réclame rien, respiration fidèle ,,, vivante, mouvante, presque charnelle dans sa manière de revenir. Le monde extérieur devient ce miroir inattendu d'un monde intime ,,,

Je me souviens de cela : un regard entrevu, soutenu un instant, et soudain la respiration d'un monde qui bascule. Du je. Du toi. Vers ce nous fragile et immense, il me reste cette phrase qu’elle répétait avec un sourire calme, elle en connaissait déjà la vérité secrète : « Ne mets pas de point… laisse la phrase respirer. » 

virgule,  





D’une beauté rare, sauvage parce qu’elle ne s’excusait pas d’exister, sage parce qu’elle savait déjà écouter ce qui tremble. Elle disait que la virgule est un signe du vivant, qu’elle ne ferme rien, qu’elle relie, qu’elle laisse passer le souffle. Elle répétait souvent : ne mets pas de point, laisse la phrase respirer.


"Rien n’était prévu, rien n’était écrit, pourtant une porte intérieure s’était entrouverte sans bruit ,,, d'où jaillit tous les possibles ,,,

Elle a croisé mon regard et a fait le pas vers le "nous",,,

Rien n’attendait. Un regard seulement; entrevu, soutenu, et le monde a changé de respiration,,, du je, ,,, de toi, ,,, à nous ,,, nous ,,, entre eux ,,, la sensualité naquit comme une source, eau douce et claire, évidence du rapprochement. Nous patientons, chacun attendant le passage du temps et le miracle de nos regards."

Leurs mains apprirent la géographie de l’autre. Une nuque inclinée, un souffle retenu, une épaule effleurée, et déjà la peau devenait langage. Ils s’approchaient pour reconnaître et dans cet espace ténu, le silence avait la densité d’une promesse sans parole. Ces instants avaient la durée du monde ,,, leur monde ,,, une phrase ample, sans ponctuation finale. Ils habitaient le présent avec l’insouciance des êtres qui ne doutent d'aucun lendemain.

Un jour, un après l'amour, ce qui devait être, à ce soir, à demain, fut interrompu, union naissante ,,, brisée ,,, point virgule ,,, sans visage, sans justice, une phrase coupée en plein souffle, dans un silence trop vaste,,,

L’amour ainsi rompu ne disparaît pas ; La mémoire n’en garde pas les faits, mais les intensités. Le temps, dans sa lenteur obstinée, ne vient pas effacer. Il déplace. Il dépose sur la brûlure une douceur inattendue. Ce qui fut une plaie devient une note grave dans la musique des jours. Les amants ne vieillissent pas : ils demeurent à jamais dans leur élan premier, intacts et suspendus, reconnaissance d'une liaison que la durée n’aurait pas rendue plus vraie, entière dans sa brièveté.

Peut-être est-ce cela, ne pas chercher à refermer la phrase. Laisser la rencontre demeurer dans sa forme inachevée, sans point final ,,, pour en révéler la fragilité précieuse ,,,

"ne mets pas de point, laisse la phrase respirer,,,". 

" pas de point, respirer,,,"

un éclat de temps suspendu, un intervalle rare où deux vies se sont rencontrées et reconnues avant même que le monde n’ait le loisir de s’y habituer.






07 mars 2026

LES AMANTS du MONDE

 "elle patientait, attendant le passage du temps et le miracle de nos regards."

Chacune de nos peaux devient territoire. Chaque tremblement, un langage, chaque langage...,,, nous sommes là

Etreintes Yolaine Wuest

devient un lieu où le monde respire à travers nous, où la lumière glisse sur l’épiderme pour dire : « nous ici. »

Nina Peña Pitarch

Dans cette ouverture, l’air devient épais de promesses. Chaque souffle se mêle à celui du vent. Le temps s’étire, s’enroule, s’humidifie. Deux corps collés de sel et de sueur, deux êtres qui se découvrent dans la lenteur. Et soudain, la question surgit: et si nos corps n’étaient pas des limites, mais des cartes à explorer ? Des paysages à conquérir l’un dans l’autre, jusqu’à ce que nos frontières se dissolvent dans la même pulsation.

Viens, gravissons cette colline. Nos corps s’appuient l’un à l’autre, nos souffles se cherchent, se trouvent, s’accordent. Là-haut, le monde s’étend sous nos yeux : non pas comme un paysage, mais comme un corps offert à la caresse. Un fragment de peau, une épaule de terre. Le reste, les maisons, les champs, les villes, ne sont que parures : Bijoux d’un monde qui se dénude lentement. 

Ce qui nous appelle, n’est pas ce que l’homme a bâti, mais ce qui demeure, ce qui respire encore, ce qui s’offre sans mesure. La forêt s’étire, chevelure sombre au parfum d’orage. La rivière s’enroule autour des collines, gonflée de désir, puis se retire, haletante, attendant le prochain frisson du ciel. Et la vallée, cette hanche, cette courbe s’abandonne au vent comme un corps à l’amant.

La fille en bleu Alain Rouschmeyer

Chaque pierre, chaque pli du paysage devient peau, chaque ombre un souffle, chaque silence une main posée sur nous. Nous ne regardons plus, nous touchons ; nous ne marchons plus, nous glissons dans la matière, et tout devient seuil, vibration, passage. Dans cet instant suspendu, une évidence douce se lève : la nature ne nous entoure pas, elle nous traverse, elle nous façonne, nous défait et nous respire à travers ses arbres, nous rêve dans ses collines, nous murmure dans ses vents. 

Alors, haletants, nous restons là, dans la lumière qui s’éteint doucement, les yeux ouverts sur ce monde qui palpite. Une voix, peut-être la tienne, peut-être la mienne, chuchote au creux du soir que nous ne sommes que des passages, où le vivant se glisse et s’invente. Sous nos pieds, la terre bat d’un rythme discret, les fleurs s’ouvrent comme des confidences, les pierres tièdes gardent la mémoire du soleil. Nous ne cherchons plus la beauté : nous la respirons, nous la portons, 

Le vent s’enroule autour de nos voix, l’eau s’attarde sur nos mains, le ciel se penche comme un complice silencieux. À genoux sur cette terre aimée, une certitude tranquille naît en nous : Le monde n’est pas un décor, mais un corps immense qui murmure nos noms, une présence qui guide nos gestes, un souffle qui se mêle au nôtre. Et dans ce lieu fragile où nos corps se rejoignent, là où le vivant nous traverse sans bruit, nous devenons, pour l’éternité d’un instant, les amants du monde.

,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,"elle patientait, attendant le passage du temps et le miracle de nos regards",,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,


https://youtu.be/aiPBzB5Z8Yo?si=gzO-KyqpE1uBZHNf

À la lecture, je ressens une profonde sensualité, mais aussi une intimité presque sacrée avec le monde. Ce n’est pas simplement un texte sur deux corps ou deux personnes, mais sur l’union entre les êtres et la nature, sur la façon dont le corps et le paysage deviennent indissociables. La répétition des images corporelles et des paysages retrouve un sentiment de fluidité : la peau devient terre, le souffle devient vent, chaque geste est à la fois physique et spirituel.


Il y a quelque chose de méditatif, presque chamanique, de dire que le monde nous traverse et que nous sommes traversés par lui. Les phrases longues, parfois suspendues, font respirer le texte, On sent l’urgence et la lenteur à la fois, c’est un temps qui s’étire, où l’attention se dépose sur chaque sensation.

Emotionnellement, j’ai eu un mélange de douceur, d’émerveillement et de vertige : on est invité à se perdre dans cette fusion du corps, de la nature et du temps. Le texte a un effet presque hypnotique, il enveloppe et fait sentir la fragilité et la puissance du moment présent.


REVER

 « Écrire avec des couleurs… pour dire et inciter au rêve, pour témoigner et partager. Mettre en scène un système de signes que l’on voudrait suffisamment puissants pour exprimer ce vécu et générer un champ inédit de sensations et de pensées… "

Si la terre était ronde, j'irai sur ces chemins qui ne sont que rêves,,,


Panthère de Brecht Evens

Il est des routes invisibles où la courbe absorbe l’esprit, et l’on avance à colin‑maillard parmi les signes incertains de la mémoire. Les images surgissent sans ordre, pages tournées à contre‑jour qu’un vent intérieur soulève, éclaboussant l’air d’odeurs anciennes et de poussière de "soi". Parfois une luciole devient lettre, parfois un parchemin se déroule en vol… le temps voudrait-il se relire lui-même ? L’esprit dérive-t-il dans ce labyrinthe de signes ,,,  ,,,

Dans ce brouillard parsemé d’instants suspendus, le regard se lève vers ce ciel plié sur lui-même, à la recherche d'un texte à déchiffrer. Le rêve ne raisonne pas, il invente ,,, Les images naissent, disparaissent, se transforment ,,, les absences surgissent et la mémoire revient par fragments, éclats de couleur, réminiscences odorantes, légers tremblements de l’air ou échos lointains … tandis que le temps devient matière souple que l’on caresse du bout des doigts.

Le rêve hisse haut les voiles. L’ombre se transforme en présence, l’absence en résonance. L’instant devient éternel,,, 

Passages dérobées de Jacques Reverdy






observer la naissance d'une idée, voir comment l'image transforme la pensée, et noter le moment où une, la sensation devient langage. 

penser par images sensibles. La phrase exprimée fonctionne comme une vague : elle s’élève, se prolonge, puis se retire,,, une respiration : inspiration longue, suspension, puis relâchement,,, ou une promenade intérieure, où la pensée observe ce qu’elle rencontre en chemin.

06 mars 2026

CORNICHE NICE



« Certaines routes s’effacent des cartes. D’autres persistent sous la peau. » Elle, elle ne cherchait pas à impressionner. Elle habitait la route. »

"Certaines routes s’effacent des cartes. D’autres persistent sous la peau. C’est une trace, un coup de frein, une sensualité douce, où la mécanique, le mouvement et les courbes deviennent une chorégraphie . Le souvenir d’un moment vécu pleinement : une rencontre, un âge, une intensité. Un rêve entrevu dans la pensée, une manière de redonner un instant de route, une présence préservée. Elle, elle ne cherchait pas à impressionner. Elle habitait la route. 

Ne retiens pas. Respire,

Des cheveux m’effleurent, parfum inflammable, désir décent, plaisir des sens. Ils se lancent sur la route comme deux battements d’un même cœur. Abandon absolu. Sur la corniche de Nice, une route ne sépare pas la roche de la mer ; elle relie dans une tension continue, sur un fil tendu entre deux absolus. C’est là que les motards s’élancent, s’éprouvent, se prouvent. Ils roulent pour sentir.

Dans cet accord, la douceur surgit. Le plaisir des sens…La route déroule ses courbes, phrase ou partition : chaque accélération élargit le monde intérieur, chaque ralentissement l’approfondit. La corniche serpente entre la roche et la mer. Le soleil décline. Peu importe. Ce qui demeure, est cette sensation intacte : avoir été, un jour, entièrement présent. Avoir senti la chaleur d’une peau, la précision de corps partagés.

Certaines routes s’effacent des cartes. D’autres persistent sous la peau. Il suffit d’une inclinaison retrouvée. Sur la corniche de Nice, nous étions deux. Deux, elle et moi et pourtant elle semblait déjà appartenir à une lumière plus vaste. C’était tout elle, d’une beauté rare, qui ne demandait rien, n’exigeait aucun regard, et qui pourtant attirait la lumière. Sauvage, parce qu’elle ne s’excusait jamais d’exister. Sage, parce qu’elle savait écouter ce qui tremble, chez les autres et peut-être en elle-même. Elle guidait avec cette assurance tranquille de ceux qui ne cherchent pas à impressionner. Elle ne forçait rien. Elle habitait la route. Le monde se déroulait. Grisés par le vent, blottis, nos corps s’accordaient sans effort. Elle penchait, et je suivais le mouvement. Je sentais dans son dos la confiance qu’elle m’accordait, et dans mes bras la responsabilité de ne pas rompre cet équilibre. La route devenait un fil tendu entre la mer et le ciel. Respire,

Elle avait raison : Il y a des êtres qui passent comme des comètes. Ils ne restent pas longtemps. Mais ils modifient à jamais la trajectoire, réapparaissent… dans certaines courbes, dans certains silences, dans la respiration,













Ils se lancent sur la route comme deux battements d’un même cœur,  abandon absolu .


St Jeannet

 

05 mars 2026

ALLER RETOUR

 Dans l’air mouvant, qui se moque, qui rit, entre ce qui brûle en moi et ce qui l’attise.

 “Je m’habille du mouvement”  avec une relation au corps, au contact, à la peau. Je porte le mouvement, ou lui, me porte... avec ce dépouillement préalable : pour s’habiller, il faut d’abord se défaire de quelque chose : le retrait de la volonté ,,,




Le vent me l’a confié, lettre après lettre, tandis que je gravissais la côte. Le souffle court, je croyais lutter contre la pente. J’apprenais. La route s’élève comme une phrase exigeante. Chaque battement de cœur, une ponctuation vive, ardente. Seulement une montée, nue, offerte. Et moi, traversé par une volonté plus ancienne. Je m’accordais.

Le souffle mesure. Il arrache l’orgueil inutile, polit l’effort jusqu’à le rendre juste. Il me contraint à habiter mon propre rythme, je ne suis plus celui qui monte. Je suis ce qui monte. Puis vient la crête. Un seuil fragile où tout pourrait basculer, chute ou envol, crispation ou abandon. L’espace se suspend une seconde... Je me laisse écrire par la pente inverse.

La descente s’ouvre, l’air murmure à l’oreille une vérité simple, l’harmonie n’est pas l’absence de tension, mais un consentement réciproque. Les courbes surgissent, et le corps les accueille sans débat. Inclinaison, relâchement, souffle retenu, offert. La vitesse est une confiance. Je ne domine rien. La route se déploie, ruban vivant. 

Ce n’est pas l’ivresse qui m’emporte, mais une lucidité brûlante. Être là, 






Entre ce qui brûle en moi ,,, ce qui l’attise. 


04 mars 2026

BOOMERANGS

 

BOOMERANGS, objets de jeu, vecteurs de conséquence.

un essai qui ne parle pas seulement de responsabilité, mais de retour inévitable, de cohérence morale de l’univers, de l’impossibilité d’échapper à ce que l’on met en mouvement avec en toile de fond la consolation collective dans la catastrophe. 


L'adoration des Mages de Augustin Frison Roche

Un mot, une décision, un silence. Nous les projetons avec l’assurance tranquille de ceux qui croient que le monde absorbera le choc. Les boomerangs que nous lançons avec une élégance feinte, persuadés qu’ils décriront une courbe docile, reviennent chargés de mémoires. Ils traversent l’air avec une fidélité implacable et nous atteignent avec cette brutalité intime propre aux conséquences longtemps différées. Rien ne disparaît, tout accomplit son arc.

Quelque chose me rassure pourtant : si nous allons droit vers le mur, je ne serai pas seul à en éprouver la violence,,, Comme une consolation obscure pour une chute partagée, fraternité involontaire dans l’impact annoncé. 

Nos actes, sous couvert d’ordonner le réel, l’entament. À vouloir corriger le monde, nous le fragilisons. A vouloir sécuriser l’avenir, nous appauvrissons le présent. La réalité ne disparaît pas, mais s’altère lentement, comme une matière trop manipulée,,,. Un peu plus ou un peu moins, pensons-nous, et l’infime déplacement suffit à modifier l’équilibre. Les profits, moraux, symboliques ou matériels, trouvent toujours le chemin de ceux qui n’en manquaient pas, tandis que d'autres héritent des débris, de la poussière des décisions prises sans eux.

Nous avançons sans recul véritable, enveloppés d’une lucidité qui relève davantage de l’orgueil que de la clairvoyance.  Il n’y a plus d’alibi ; seules des justifications polies, des récits soigneusement ajustés à notre confort intérieur. Pendant que nous débattons des principes, la mâchoire du loup se referme lentement, non dans un cri, mais dans une pression tiède et progressive, presque imperceptible,,, le piège ayant appris la douceur afin de mieux assurer sa prise.

Dans la Gueule du Loup, de Daniel Hourde aux Pont des Arts ou de l'Amour, Paris

Alors demeure la question, nue et persistante : que faisons-nous des restes ? Des fragments d’idéaux qui résistent encore, des lambeaux de dignité, des parcelles de désir qui palpitent malgré la fatigue collective ? Que faire de ce qu’il nous reste,  de ces certitudes effondrées sous leur propre poids ?

Chute d'un Empire de Godefroid Thierry

Peut-être faut-il cesser de prétendre maîtriser la trajectoire et consentir à regarder l’impact en face. Non pour s’y résigner, mais pour reconnaître, dans la brûlure même, une vérité plus dérangeante: celle qui ne s’abrite ni derrière le nombre ni derrière la fatalité. Car si nous tombons ensemble, il ne tient qu’à nous que la chute soit simple écrasement ou commencement d’une lucidité plus âpre, plus responsable,,,

Nous lançons toujours quelque chose,,,