20 février 2026

QUIZZ IN CANTIQUE

« Comment cuire un univers en six équations 

Je me passionne pour la physique quantique. Je n’en maîtrise pas tous les mystères, mais j’apprécie l’idée que l’univers non plus ne semble pas tout à fait décidé. Donc,,, l'essentiel, peut-être, est d’aimer les questions autant que les réponses.

La cuisine quantique du monde

    Swing quantique Bénédicte et Yvan


   Chadi ABO Convergences Créations

Au commencement, il n’y avait rien. Ou plutôt, il y avait quelque chose qui ressemblait à une onde, mais personne n’était vraiment sûr, parce que personne n’était là pour la regarder. L’onde se balançait dans le vide en répétant son unique phrase : ψ = A sin(ωt),
« psi égal A sinus oméga t » En physique quantique, cette relation exprime l’énergie associée à une pulsation donnée.

Elle ne savait pas ce que cela voulait dire, mais elle trouvait que ça sonnait bien. Elle se sentait très musicale. Elle oscillait avec une certaine élégance, comme une diva dans une robe de lumière, convaincue que l’univers entier n’était qu’une grande salle de concert.

Un jour, l’onde se mit à vibrer un peu plus fort que d’habitude. Pas par nécessité, non. Par enthousiasme.

Et soudain, quelqu’un cria dans les coulisses, Energie : E = hω ! « E égal h oméga »En physique quantique, cette relation exprime l’énergie associée à une pulsation donnée.

C’était la constante de Planck, un petit monsieur nerveux qui comptait tout avec une précision maniaque. Il portait un carnet et murmurait : Attention, chaque vibration a un prix. Rien n’est gratuit dans ce théâtre. La vibration s’intensifia. L’onde commença à chauffer. Elle se mit à transpirer de la lumière, à bouillir comme une casserole oubliée sur le feu cosmique. Ça y est, soupira Planck. On est en train de cuire. Et effectivement, quelque chose se forma dans la casserole du vide. Une sorte de grumeau lumineux, hésitant, un peu collant.

Einstein entra alors, en peignoir, les cheveux en bataille, et regarda la scène. Qu’est-ce que vous fabriquez encore ? demanda-t-il. On lui montra le grumeau. Il haussa les épaules et griffonna sur un coin de nappe : E = mc², Voilà. C’est la célèbre équation d’Albert Einstein qui exprime l’équivalence entre la masse et l’énergie.

L’énergie s’est transformée en masse. Rien de plus normal. Continuez la cuisson, mais pas trop longtemps, ça attache.

La masse, fière de son apparition, se mit à prendre de la place. Elle s’étira, s’alourdit, s’organisa en étoiles, en cailloux, en planètes, en tasses à café et en philosophes mélancoliques. Mais à peine installée, elle commença à se fatiguer. Les choses se désorganisaient, les tasses se cassaient, les étoiles explosaient, les chaussettes disparaissaient dans les machines à laver. L’entropie, vieille dame en robe froissée, passa dans les couloirs en répétant son slogan : ΔS > 0, mes enfants. « delta S supérieur à zéro » En thermodynamique, cela signifie généralement que l’entropie augmente.

Toujours plus de désordre. C’est la règle. Et le temps ? demanda quelqu’un. Le temps, répondit-elle en haussant les épaules, c’est juste moi qui fais mon ménage à l’envers. 

Pendant ce temps, au fond de la scène, le Big Bang était encore en train de se souvenir de lui-même. Il ressemblait à une énorme cocotte-minute qui aurait explosé trop tôt, projetant partout des morceaux d’ondes trop cuites. J’avais dit feu doux, marmonna Einstein. Au milieu de tout cela, deux particules se rencontrèrent. Elles se mirent à tourner l’une autour de l’autre, attirées par un champ invisible. Un fil de courant passa, et aussitôt un champ magnétique apparut en dansant : B = μ₀I / 2πr, « B égal mu zéro I sur deux pi r » Cette formule donne le champ magnétique autour d’un fil rectiligne parcouru par un courant.

Le champ magnétique portait des chaussures brillantes et tournoyait comme un danseur de cabaret. Mesdames et messieurs, annonça-t-il, bienvenue au bal des forces invisibles. Ici, tout le monde est attiré par tout le monde, et personne ne sait vraiment pourquoi. Les particules rougirent un peu et continuèrent de tourner ensemble, comme deux amoureux maladroits.

Planck referma son carnet. Einstein vida sa tasse. L’entropie soupira avec satisfaction. Et l’onde, qui avait tout déclenché, oscillait toujours dans un coin, fière de sa musique, sans se douter qu’elle avait lancé toute cette cuisine cosmique. Elle répétait doucement : ψ = A sin(ωt), « psi égal A sinus oméga t » C’est l’expression d’une oscillation sinusoïdale. Si tu veux, je peux aussi te dire dans quels cas on l’utilise en physique.

Comme une berceuse pour un univers qui, au fond, n’était peut-être qu’une grande plaisanterie sérieuse. Ou une recette ratée qui avait miraculeusement réussi. Personne n’en était vraiment certain. 

Le monde continuait à vibrer.


des codes en âge : ou mieux un lexique,

  • ψ (psi) : la lettre grecque psi
  • A : amplitude
  • sin : sinus
  • ω (oméga) : pulsation (fréquence angulaire)
  • t : temps
  • E : énergie
  • h : constante de Planck
  • ω (oméga) : pulsation (fréquence angulaire)
  • m : masse
  • c : vitesse de la lumière
  • Δ (delta) : variation ou changement
  • S : l’entropie en thermodynamique
  • B : champ magnétique
  • μ₀ (mu zéro) : perméabilité magnétique du vide
  • I : intensité du courant
  • 2πr : deux pi fois la distance r au fil
  • r = distance entre le fil et le point d’observation.
  • A : amplitude

À la fin, même le Big Bang, assis dans un coin avec des lunettes de soleil, secoua la tête : « Ah, ces ondes… elles se sont encore mis à vibrer comme des folles. » Et toutes les particules éclatèrent de rire, dans une farandole infinie où rien ne se heurtait, rien ne tombait… sauf un photon malicieux qui fit un plongeon dans le thé de l’entropie.


19 février 2026

T SLIM tu sais

"DIABLE LIBRE chez un diable éthique: 

LA DANSE DES MACHINES

(Un concert intimiste, où je suis à la fois le chef d’orchestre, l’instrument… et parfois le public malgré lui.)

Afro-futuristic future

BBB… BB… BIIIIPPppp. Le rideau ne se lève pas. Il n’y a pas de rideau. Le bip surgit, impertinent comme un rappeur qui coupe la musique, ponctuation légère mais impérieuse dans le flux du vivant. 

T-Slim, fine et lisse contre ma peau, arrogante comme une star qui sait qu’elle a le public dans la poche, murmure : "Un monde bien réglé, c’est mieux, non ?" Dexcom, œil cyclope sous mon épiderme, scanne le glucose comme un douanier suspicieux : "112 mg/dL, flèche ↗. On négocie, Robert?" L’insuline, tiède et impatiente comme une amante en retard, circule déjà, prête à envahir mon sang, mon foie, mes cellules. Messagère docile, obstinée, un peu collante.

Entre eux, une conversation mondaine et délirante :  "Tu as vu ses glucides à 16h ? Un scandale."  "Oui, mais regarde-moi cette sensibilité à l’insuline après le sport… Un poème."  "Je corrige. 0,3 unités. Non, 0,25. Non, attends…" Moi, au centre ? Je parle chaleur diffuse, fatigue sournoise, flottements inexplicables, des signaux flous que aucun algorithme ne traduit en équation nette. Je suis l’interprète d’un langage que les machines ne comprennent qu’à moitié.

Je "suis" la machine. Je la soigne. Tous les trois jours, je change le cathéter , rituel vaudou  "Que les dieux de la glycémie nous soient favorables." Je chasse les bulles d’air, je veille au flux de l’insuline, presque amoureux dans cette danse du soin. Le cordon s’enroule autour de moi, serpent tiède et complice, une veine artificielle qui me relie à la pompe. T-Slim hésite. Elle retient. Elle libère. Parfois capricieuse, parfois parfaite, toujours exigeante. La nuit, elle vibre au rythme du monde, un bip indécent et salvateur, rappel brutal que la vigilance n’a pas d’horaires. L’intimité ? Une contrainte consentie. Sensuellement assumée.

Entre le corps et les chiffres demeure toujours cet écart indocile où la liberté se tente, où la révolte s’éprouve, et où le vivant rappelle, tôt ou tard, que tout échappatoire n'est pas négociable


Halit Yilmazer

DEBRANCHE : Je ris. Enfin libre. Enfin sauvage. ET  LE CORPS SE REBELLE

L’appli, d’habitude si bavarde, affiche des erreurs comme des reproches : "Erreur de connexion." "Pompe non détectée." "Urgence." Je clique. Je rage. Je ris encore. "Vous voulez me contrôler ? Trop tard."

Je débranche tout. Le transmetteur. Je veux disparaître des radars, devenir une tache blanche sur leurs écrans, un fantôme de données.

La nausée monte, acide, brûlante. Mes muscles se transforment en pierre. La respiration devient un combat. "C’est ça, la liberté ?"  une question qui griffe, qui se moque. L’acidocétose s’insinue, acide et brûlante, rongeant mes muscles. Mon souffle sent la pomme pourrie, un parfum de rébellion qui tourne au cauchemar. La déshydratation me vide, me creuse. Chaque gorgée d’eau s’évapore avant d’étancher ma soif. L’hyperglycémie embrase mes nerfs. Mes doigts dansent. Mes jambes tremblent. Mon corps se désagrège en une valse grotesque.

Les secours arrivent trop tôt. Les sirènes hurlent, un cri mécanique, stérile, qui déchire mon délire. Des mains m’inclinent, m’allongent, masque sur le visage, Monsieur, monsieur vous m'entendez?. "Glycémie à 680. Acidocétose sévère. Déshydratation." Des mots froids. Cliniques. Qui tuent la poésie!!!

Une aiguille me transperce. L’insuline reviendra, violente, sauvage, comme un châtiment… ou une délivrance.

M-Project

LE REGARD DU DIABÉTOLOGUE

(La scène finale : le médecin, l’écran, et la courbe de Robert, rebelle et sublime.

Le diabétologue me regarde, pâle, presque furieux. "Vous avez arrêté votre pompe ?!" Sur son écran, mes courbes dérivent, des montagnes russes, des cris tracés à l’encre rouge. "C’est… inacceptable."

Je souris, faiblement. "C’était… beau."

Il ne comprend pas. Bien sûr.

Entre le corps et les chiffres demeure toujours cet écart indocile où la liberté se tente, où la révolte s’éprouve, et où le vivant rappelle, tôt ou tard, qu’il n’est pas négociable.

Peter Nottrott , One of These Days

PLUIE

 Depuis trois semaines, un mois, la pluie ne s’interrompt pas.

Elle est devenue l’air même des jours, la matière continue des heures. On ne dit plus : il pleut, comme on dirait il fait froid ou le vent souffle. On dit simplement : c’est ainsi

   Franck Dubray pour Ouest France

Les fossés ont débordé. Les rivières ont gonflé comme des poitrines essoufflées. Les rues ont pris une couleur de boue et de fatigue. On a commencé à parler de niveaux, de seuils, d’alertes. On a mesuré l’eau comme on mesure une foule : en mètres, en densité, en pression.

Elle avançait par vagues lentes, comme des groupes de gens qui se poussent sans le vouloir. Elle montait contre les murs, s’appuyait aux portes, cherchait des passages. Elle s’insinuait dans les caves, dans les interstices, dans les pensées. Elle n’avait pas de visage, mais elle avait un poids, celui des corps serrés. 

On disait : la rivière est sortie de son litElle n’était pas sortie : elle était poussée. Comme cette foule trop compacte qui finit par briser les barrières, non par violence, mais par nécessité.

Les digues cèdent comme cèdent les idées trop tendues. Elles tiennent un temps, par principe, par habitude, par peur de ce qui viendrait après.  On se dit que cela passera. On détourne les yeux. Comme des pensées retenues . Comme des émotions contenues . Alors tout lâche.

La digue s’ouvre, la rue se transforme en courant, les meubles flottent,  des formes perdent leur poids habituel, dérivent, corps sans destination, pression lente, collective, irrésistible. Une accumulation. Une somme de gouttes qui deviennent une décision. Une foule d’eau qui ne peut plus être contenue.

  Laurent Jahier pour Sud Ouest

Nous sommes une pluie continue de présences. Nous tombons les uns contre les autres, nous nous mêlons, nous nous heurtons, nous nous réchauffons, puis nous nous éloignons, comme ces gouttes qui glissent sur une vitre. Chaque matin est une averse humaine.

La fatigue rompt les digues intérieures. Les émotions débordent. Les mots se déversent sans ordre. On pleure comme il pleut : sans mesure, sans intention, simplement parce qu’il n’y a plus d’autre issue.

  Francis Berry pour Sud Ouest

Depuis trois semaines, un mois, la pluie martèle,,, le vent se lève,,, la rivière sort de son lit,,, l'horizon se couche,,, la nuit tombe,,,







15 février 2026

REGARDS

REGARDS

Même lorsque la route s’ouvre largement devant, lorsque le moteur ronronne avec une assurance rassurante, il y a ce geste instinctif : tourner légèrement la tête, vérifier ce qui suit, s’assurer que rien ne surgit trop vite. Un mouvement bref, 

Le motard ne regarde pas derrière pour avancer. C’est la route en retard d’une seconde, une portion de vie qui s’éloigne sans bruit. Le passé ressemble à cela : fidèle, mais décalé ; présent, mais intouchable.

Le temps passé se tisse dans nos gestes : dans la manière d’accélérer ou de ralentir, dans la prudence d’un virage, dans l’audace d’une ligne droite. On ne s’en défait pas sans perdre quelque chose de soi, 

Le motard, lui, le sait. Il jette un coup d’œil dans le rétroviseur, ou tourne la tête puis il relève le regard. La route n’est pas derrière : elle s’ouvre devant, souple et imprévisible. Le miroir ne sert pas à choisir la direction, seulement à donner de la profondeur au trajet.

Peut-être que tout se joue là, dans ce regard. Non dans la chose regardée, mais dans la manière de la regarder. Le passé peut devenir un poids ou une lumière, une chaîne ou une boussole. Tout dépend de l’angle du miroir, de la douceur ou de la dureté du regard que l’on y pose.


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AMANTS du MONDE

 "elle patientait, attendant le passage du temps et le miracle de nos regards."

Chacune de nos peaux devient territoire. Chaque tremblement, un langage, chaque langage...,,, nous sommes là

Etreintes Yolaine Wuest

devient un lieu où le monde respire à travers nous, où la lumière glisse sur l’épiderme pour dire : « nous ici. »

Nina Peña Pitarch

Dans cette ouverture, l’air devient épais de promesses. Chaque souffle se mêle à celui du vent. Le temps s’étire, s’enroule, s’humidifie. Deux corps collés de sel et de sueur, deux êtres qui se découvrent dans la lenteur. Et soudain, la question surgit: et si nos corps n’étaient pas des limites, mais des cartes à explorer ? Des paysages à conquérir l’un dans l’autre, jusqu’à ce que nos frontières se dissolvent dans la même pulsation.

Viens, gravissons cette colline. Nos corps s’appuient l’un à l’autre, nos souffles se cherchent, se trouvent, s’accordent. Là-haut, le monde s’étend sous nos yeux : non pas comme un paysage, mais comme un corps offert à la caresse. Un fragment de peau, une épaule de terre. Le reste, les maisons, les champs, les villes, ne sont que parures : Bijoux d’un monde qui se dénude lentement. 

Ce qui nous appelle, n’est pas ce que l’homme a bâti, mais ce qui demeure, ce qui respire encore, ce qui s’offre sans mesure. La forêt s’étire, chevelure sombre au parfum d’orage. La rivière s’enroule autour des collines, gonflée de désir, puis se retire, haletante, attendant le prochain frisson du ciel. Et la vallée, cette hanche, cette courbe s’abandonne au vent comme un corps à l’amant.

La fille en bleu Alain Rouschmeyer

Chaque pierre, chaque pli du paysage devient peau, chaque ombre un souffle, chaque silence une main posée sur nous. Nous ne regardons plus, nous touchons ; nous ne marchons plus, nous glissons dans la matière, et tout devient seuil, vibration, passage. Dans cet instant suspendu, une évidence douce se lève : la nature ne nous entoure pas, elle nous traverse, elle nous façonne, nous défait et nous respire à travers ses arbres, nous rêve dans ses collines, nous murmure dans ses vents. 

Alors, haletants, nous restons là, dans la lumière qui s’éteint doucement, les yeux ouverts sur ce monde qui palpite. Une voix, peut-être la tienne, peut-être la mienne, chuchote au creux du soir que nous ne sommes que des passages, où le vivant se glisse et s’invente. Sous nos pieds, la terre bat d’un rythme discret, les fleurs s’ouvrent comme des confidences, les pierres tièdes gardent la mémoire du soleil. Nous ne cherchons plus la beauté : nous la respirons, nous la portons, 

Le vent s’enroule autour de nos voix, l’eau s’attarde sur nos mains, le ciel se penche comme un complice silencieux. À genoux sur cette terre aimée, une certitude tranquille naît en nous : Le monde n’est pas un décor, mais un corps immense qui murmure nos noms, une présence qui guide nos gestes, un souffle qui se mêle au nôtre. Et dans ce lieu fragile où nos corps se rejoignent, là où le vivant nous traverse sans bruit, nous devenons, pour l’éternité d’un instant, les amants du monde.

,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,"elle patientait, attendant le passage du temps et le miracle de nos regards",,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,


https://youtu.be/aiPBzB5Z8Yo?si=gzO-KyqpE1uBZHNf


12 février 2026

,!!!,,,,,,,EXISTENCE,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,, !!!

Les tiroirs couvrent ce qui dort, ils abritent ce qui a été rangé profondément pour être saisi sans tremblement. Ils ne s’ouvrent pas par décision mais par relâchement, quand le temps consent à lâcher prise, et ce qui glisse alors n’est ni intact ni brisé, seulement déplacé, 

    J'aime

Baou

Rien ne parle, rien n’accuse, rien ne demande ; cela se découvre, simplement, à la distance juste pour être supporté. Les souvenirs, longtemps maintenus dans des compartiments étanches, se lèvent comme des ombres légères, frémissements sans urgence, présents sans invasion, reconnaissables sans violence, 

Elusive Memory Deborah Orloff

La mémoire révèle alors sa nature véritable : elle ne conserve pas, elle polit ; elle ne fige pas, elle rend habitable ce qui ne l’était pas encore. Le corps comprend avant l’esprit, dans une lenteur attentive où les larmes ne sont ni chute ni rupture mais ajustement, preuve silencieuse d’une porosité intacte au vivant,

Le temps cesse de s’écouler selon une ligne docile ; il se replie, il revient, il caresse ce qu’il a déjà effleuré, et la présence devient résonance, le regard se fait écoute. Les tiroirs se vident sans se refermer tout à fait, laissant revenir un paysage intérieur, une odeur ancienne, un parfum sans origine précise, 

Mémoire lointaine Poumi Lescaut 

La pensée trouve alors un espace où demeurer, sans point final, consciente que ce qui a été ne disparaît pas : cela change de forme, cela sommeille, cela attend. 

L'homme qui marche Alberto Giacometti par Alain Neddam, fondation Maeght St Paul de Vence

Ainsi l’homme avance, les pieds encore pris dans la matière qui le fonde, le regard attiré par un horizon qui n’explique rien mais appelle ; il ne fuit pas sa condition, il la traverse, et dans ce mouvement persiste quelque chose d’essentiel, une présence qui ne se fixe jamais tout à fait, une existence qui se construit en marchant, en revenant, en laissant faire,

Labyrinthe de Miro


MES MOIRES,

Les Moires Olicorno

Il arrive un moment où l’on cesse de vouloir comprendre pour apprendre à accueillir. Non pas fermer, ni effacer, mais consentir à ce qui demeure, sans l’exhiber, sans le disséquer. La mémoire n’est plus alors un lieu que l’on fouille avec fébrilité, mais un espace que l’on habite avec mesure.  

Ce temps-là n’a pas besoin d’être nommé pour exister. Il a pris forme dans la recherche elle-même : chercher sans vouloir saisir, écrire sans vouloir conclure, ouvrir sans forcer. 

Les Moires Lysistrata

Ce passé là n’encombre plus le présent : il l’approfondit. Il ne réclame pas de fidélité, il demande une justesse.

Sans promesse excessive, avec un accord silencieux avec le temps : non linéaire, non définitif, capable de contenir plusieurs états sans les opposer. Le vécu continue d’exister , en tonalité de fond , intelligence discrète du lien , une respiration qui n’interrompt pas la marche ,



Ce texte est une méditation profonde sur la vie, la mémoire, la continuité et la ponctuation. la notion de tangage, de vacillement, de transformation, célébration de la vie dans son imperfection, sa beauté, sa complexité. 

Marie Christine Forin

Dans la mythologie grecque, les Moires sont trois divinités du Destin : Clotho, Lachésis et Atropos. Elles sont associées aux cycles cosmiques, aux grandes déesses de la nature, de la végétation et de la fertilité. Elles deviennent les Parques, dans la mythologie romaine. Pour chaque mortel, elles accordent une mesure de vie, dont elles règlent la durée, la première en filant, la seconde en enroulant le fil, la troisième en le coupant.

ET VOICI

La mémoire n’est pas fidélité : elle assouplit ce qui fut trop vif, elle réchauffe ce qui aurait pu rester brûlure. Le temps s’y courbe, palpite sous la peau plutôt qu’il ne s’écoule, et ce qui a été n’est plus derrière mais dedans, logé dans une épaisseur sensible. Les tiroirs restent entrouverts, laissant passer une lumière tiède, une odeur sans nom, un détail qui effleure la nuque ou la poitrine et réveille une douceur ancienne. La pensée n’y conclut plus, elle demeure ; le passé cesse d’être un fait pour devenir un climat intérieur,
 
La mémoire ne parle pas : elle caresse à distance, ajuste les intensités, rappelle sans saisir. Alors on cesse de vouloir comprendre, on consent à accueillir. La mémoire devient un espace habité, seuil vivant où rien ne se ferme, où une présence aimée continue de veiller, silencieuse, dans la lumière qui entre.

Sérennité Samzaï

La mémoire comme seuil, mes moires d’existence

On n’y range pas le passé : on y dépose ce qui continue de vibrer quand tout le reste s’est tu. Ils ne s’ouvrent pas à la demande. Les tiroirs cèdent lorsque le corps relâche, lorsque le temps, enfin, consent à ne plus serrer.

Alors rien ne déborde. Rien ne heurte. Les souvenirs ne se présentent plus comme des images nettes, mais comme des états de peau, un geste, une tension douce, un parfum. Ils ne racontent pas ; ils s’installent. Ils ne sont ni exacts ni faux : ils demeurent supportables, 

La mémoire n’est pas fidélité. Elle est métamorphose. Elle travaille à rendre vivable ce qui, laissé brut, resterait brûlure. Elle polit, elle adoucit les angles, elle transforme la douleur en relief sensible. 
Le temps, là, cesse d’avancer droit. Il s’enroule. Il ne passe plus : il palpite. Ce qui a été n’est plus avant, il est autrement. La présence gagne en profondeur. Le regard devient écoute. Les tiroirs restent entrouverts, laissant passer une odeur, une lumière oblique, un détail sans histoire mais chargé de sensation.

À cet endroit, la pensée ne cherche plus à conclure. Elle apprend à demeurer. Il change de forme. Il cesse d’être événement pour devenir climat intérieur, tonalité de fond, quelque chose qui accompagne sans peser. La mémoire ne parle pas.
La mémoire ne parle pas. Elle effleure.  Elle ajuste les intensités, déplace la lumière, fait vibrer un point , la nuque, la poitrine, un sourire discret . Elle ne dit jamais voici le passé, mais voici comment cela continue de toucher. Elle apparaît lorsque le regard cesse de vouloir saisir, lorsque le corps accepte de ne pas savoir, lorsque la phrase reste ouverte. Elle se pose, présence calme, stable, une proximité sans contact, une certitude douce sans qu’il soit nécessaire de parler,

Vient alors un glissement. On ne cherche plus à comprendre, mais à accueillir. Non pas effacer, ni refermer, mais laisser être ce qui demeure sans l’exposer. La mémoire n’est plus un lieu où l’on prélève ; elle devient un espace où l’on habite. 
Une voix y circule, basse, presque corporelle. Elle n’ordonne rien. Elle n’explique rien. Elle se tient juste là, assez proche pour accompagner, assez distante pour laisser libre. 

Malvan

Ce temps n’a pas besoin de nom. Il s’est formé dans le geste même de la recherche : chercher sans prendre, écrire sans fermer, ouvrir sans forcer. Rien n’a disparu. Rien n’a été récupéré. Tout a été déplacé, 
Les compartiments de l’esprit cessent alors d’être des cachettes. Ils deviennent des seuils : On peut s’y arrêter un instant, reconnaître une texture ancienne, une vibration douce, puis repartir sans se retourner. Le passé ne retient plus : il approfondit. Il n’exige ni fidélité ni répétition, 

Et dans cet équilibre fragile, vibre non pas une histoire refermée, mais une existence rendue plus libre, plus disponible au monde qui continue,



FUNAMBULES

L’Heure des Funambules,,, 

Turhan Nacar 

Le rideau se lève, un pas de souffle,,,

Sur un fil tendu entre ciel et terre, ils avancent, reculent, hésitent. Le vent effleure leurs visages, les projecteurs sculptent leurs ombres sur le sol, et chaque pas devient une éternité. Comme nous dans la vie, ils oscillent entre peur et désir, certitudes et incertitudes, suspendus dans ce vertige effrayant de beauté,

Un pas possible, 

Chaque geste se fait respiration, chaque souffle devient un rythme secret.  Le fil tremble sous leurs pieds, comme nos existences sous nos choix, et la marche continue, obstinée, silencieuse, magnifique dans sa fragilité. Chaque pas posé, devient triomphe discret,

Un pas posé,

Le public retient son souffle. Nous retenons le nôtre. La lumière glisse sur leurs épaules, effleure leurs doigts, se plie à leurs gestes. Le rire et les applaudissements n’effacent rien : le miracle est invisible, il se trouve dans la tension, dans la suspension, dans ce fil qui relie l’instant à l’éternité, le sol au ciel, le funambule à lui-même,

Un pas choisi,

Et marcher, vaciller, parfois glisser, parfois tomber, c’est apprendre que l’équilibre n’est pas un point fixe : il est souffle, vertige accepté, confiance dans l’air. Chaque pas devient monde, chaque respiration, un acte de beauté, chaque oscillation, un miracle suspendu,

Un pas tranquille,

La vie, comme le funambule, avance dans l’incertain, tremble dans la lumière, s’émerveille dans l’ombre, et se fait miraculeuse à chaque instant où nous osons poser le pied, faire le pas,

Un pas glissé,

Medvedev

Le temps s’étire, s’enroule, s’alourdit comme une toile humide que l’on déplie lentement. Deux acrobates apparaissent, leurs corps marqués par l’effort, par la sueur, par la lumière chaude des projecteurs. Ils avancent l’un vers l’autre avec la lenteur de ceux qui découvrent un territoire inconnu,

Un pas facile,

Deux présences qui se frôlent comme deux continents dérivant l’un vers l’autre. Leurs gestes dessinent des cartes invisibles, des lignes de forces, des reliefs de peau et de souffle. Et une question flotte dans l’air du chapiteau, suspendue comme un trapèze immobile : et si nos corps n’étaient pas des limites, mais des territoires à parcourir ?,

Un pas devant,

Les acrobates tournent, s’entrelacent, s’équilibrent. Chaque mouvement semble effacer une frontière. La piste devient un paysage, leurs corps des chemins, leurs respirations une même marée. Peu à peu, leurs gestes cessent d’être deux histoires séparées. Ils deviennent une seule pulsation, un même rythme, la gravité elle-même accepte de les porter ensemble,

Un pas certain,

Le public assiste à une métamorphose silencieuse : deux êtres qui cessent d’être des contours pour devenir un mouvement commun, une géographie partagée, souffle unique sous la toile des regards,

DUB

 DUB…

DUB, respirations, si j'ai tout entendu...

Collectif Dub in Sèvres

Alors un petit mot pour Lars, qui me fait chanter sur ces rythmes. Il me dit DUB et je comprends TUB ; je suis content… je tourne en 33 tours, comme une vieille planète autour d’un soleil lointain.

DUB, tu ne joues pas seulement la musique : tu ouvres un passage. Sous tes mains, le son cesse d’être un objet pour devenir un espace, une respiration, une profondeur. La console n’est plus une machine, mais une sorte d’autel de cuivre et de voyants, et l’ingénieur devient un alchimiste discret qui sculpte le temps avec des boutons et des silences.

Douze minutes à vivre. Une basse lente se lève, comme une marée nocturne sous les étoiles. Le rythme bat, cœur lointain, cœur du monde, et chaque écho revient chargé d’une mémoire qu’on ne savait pas porter.

Puis vient la coupure. Silence. La voix s’efface, la batterie tombe, la basse disparaît dans l’ombre, et pourtant le son continue de vibrer dans l’air, comme si les murs, les corps, les souvenirs eux-mêmes avaient appris à respirer.

DUB, souffle intérieur, battement planétaire. Tu es le vide habité, la nuit qui parle, la basse qui pense dans l’ombre des villes, l’écho d’un monde qui s’écoute de l’intérieur.

De cette chambre obscure sont nées des spirales : le hip-hop, l’électro, le remix, toutes ces constellations nées d’une console fatiguée, dans des studios où l’aube arrivait sans prévenir.

Puis la vibration a traversé les mers, portant des voix, des basses, des rêves de béton et de poussière : Zion Train, Dub Inc, High Tone, Brain Damage, Improvisators Dub, Massive Attack, Asian Dub Foundation, Thievery Corporation, Gaudi, Stand High Patrol… autant de phares dans la brume sonore. Vous avez remixé le monde, ouvert des galeries d’écho sous les villes, creusé des passages invisibles entre les peuples.

DUB, musique-monde, tu fais du silence un sanctuaire, du rythme une prière lente, de la lenteur une résistance au tumulte. Dans chaque rebond, il y a une mémoire. Dans chaque coupure, une lumière noire.

Et moi, dans la vibration, j’entends les vivants et les absents, les musiciens du temps, les poètes du signal. DUB, c’est la respiration du monde. Quand le son s’éteint, il reste un souffle, et dans ce souffle, quelque chose veille encore.

Le grand R


Lars Brower



11 février 2026

PARFUM

 Expressions parfumées d'un souvenir méditerranéen, de Jean Claude Ellena , HERMES

La capture d'un parfum réveille en moi une promenade dans un "jardin" secret des hauteurs du Malvan, un de ces lieux qui se découvre lentement, un sentier à gravir,  et ces collines ne sont que prétexte afin d'éprouver la fragilité du pas et la justesse des silences. Pour respirer.

Ephémère fragrance

Un parfum peut-il créer un monde ? 

Je ne sais plus si ce lieu a jamais existé, si je l’ai traversé seul, ni si la rose sauvage y tremblait d’une pudeur aussi vive. Peut-être n’a-t-il été planté que pour cet instant, dans l’entre-deux du souvenir et du désir.

Les parfums s’entrelacent, se répondent, se détachent et reviennent, porteurs d’une musique silencieuse, fragile, hypnotique, la nuit anticipe, l'air frissonne. Le soleil, bas sur l’horizon, étire les ombres, elles ondulent sur le sol comme une mer immobile. Les pas deviennent respiration, chaque souffle s’accorde à ce rythme ancien.

Une rose dans l’ombre, délicate, timide, presque invisible, une note de bois chaud traverse l’air, étrangère et familière à la fois, s’installant sur la peau, mémoire ancienne. Partition secrète, silencieuse.

Les sentiers se déplacent sous le pas, la nuit avance, lente, silencieuse, pleine de présence, enveloppant chaque pierre, chaque arbre, chaque senteur,,,

Marcher devient écoute, sensation, perception et émerveillement, laisser la lumière s'échapper et le parfum s’élever, comprendre que ce lieu n’a pas été créé pour durer.

Je ne sais plus si ce moment a existé, si je l’ai traversé seul, ni si la rose sauvage ,,,  je ne sais plus quand ce parfum a suffi à faire naître un monde, entier.


Le santal vient des terres chaudes : Il naît dans les sols secs d’Asie et d’Australie, là où l’air porte la poussière dorée et les parfums de résine. L’arbre pousse lentement, ses racines cherchant la vie auprès d’autres plantes, souffle discret d'une forêt.

Son cœur, lui, s’imprègne de temps. Année après année, le bois s’alourdit d’une chaleur douce, d’une odeur crémeuse et profonde. Le parfum ne vient pas des feuilles ni des fleurs, mais du centre même de l’arbre, là où la vie se concentre et s’apaise.

En Inde, on l’appelle chandana, le bois sacré. On le réduit en pâte pour les temples, on le brûle pour les prières, on le dépose sur la peau comme une bénédiction fraîche et parfumée. 

Le santal n’est pas un parfum qui séduit. C’est un parfum qui demeure. Un bois chaud, une présence calme, une mémoire ancienne qui traverse les siècles et les continents, toujours liée à la paix, au sacré et à la chaleur du vivant.

alors quelques plantes qui pourraient se rencontrer...

   Rosa canina , L'Eglantier au 5 délicats pétales et aux longues étamines, solitaires ou réunies en corymbes. On reconnaît aussi l’églantier à ses fameux fruits : les cynorhodons

Cistus ladanifer, la cyste à l'odeur résineuse, chaude, ambrée. Très utilisé en parfumerie pour remplacer ou soutenir le santal dans les accords boisés orientaux.

Helichrysum italicum, herbe à curry, immortelle et son odeur chaude, sèche, légèrement boisée et miellée. Donne parfois une impression de fond proche de certains bois doux.

Salvia apiana, sauge blanche a un parfum sec, boisé, légèrement lactonique. Sensation proche du santal dans certains contextes, surtout en brûlage.

Lentisque ,Pistacia lentiscus dégage une odeur résineuse, chaude et boisée
Myrte des marais (Myrica gale) Feuillage parfumé, utilisé traditionnellement pour ses senteurs boisées et résineuses.

Armoise citronnelle (Artemisia abrotanum) Feuillage très parfumé, historiquement utilisé comme désodorisant. Odeur chaude, sèche, un peu résineuse.