22 octobre 2026

LES VOILES RECRACHENT LES BATEAUX et DEMO CRITIK



Cerveaux humains. Sauver les affaires, gommer la mémoire, retrouver l'émotion du hasard. À l'abri de tout, se réfugier sur une île, là où le vent dénoue les pensées, où le sel dépose sur les lèvres le goût des choses premières, où le temps, délivré de ses aiguilles, s'abandonne à la respiration du monde.

Au loin, la dérive bat son champ. Le monde s'agite, accumule, conserve, efface. Les visages s'engrangent, les instants se collectionnent, les vies s'empilent dans la mémoire froide des machines. Tout doit demeurer, tout doit se montrer, jusqu'à l'ombre furtive des bonheurs éphémères. Images, livrées à l'oubli dans l'instant même où elles prétendaient survivre.

L'île affleure dans cette éclaircie, au creux d'un silence, dans cet espace indécis où le bruit s'éloigne et où la pensée dérive. On y entre sans savoir quelle porte vient de s'ouvrir, au milieu d'une phrase, dans le mouvement d'un regard, en cessant de répondre. 

Se savoir seul sur une île. Non pas séparé du monde, mais rendu à sa présence nue. Laisser derrière soi les traces, les preuves, les récits de soi. Ne plus avoir à se raconter pour exister. Écouter ce qui ne parle pas, sentir sous la peau remuer cette part demeurée sauvage. Retrouver l'émotion du hasard.

Puis, au loin, quelque chose apparaît. Une déchirure dans la lumière, un frisson au bord du regard. Une voile se gonfle, hésite, se défait, disparaît derrière une vague. Une autre surgit, puis une autre encore, pareilles aux songes que la mer recrache des profondeurs. Le regard s'attarde. Le vent suspend son souffle. Que viennent-elles chercher ? Les traces abandonnées ? Les mémoires perdues ? Ou ce qui demeure lorsque tout a été effacé ?

L'île retient son souffle. Les voiles recrachent les bateaux.


Accompagné par une image tirée de "In the Future, They Ate from the Finest Porcelain" (2016), un court-métrage et projet artistique de l'artiste palestinienne Larissa Sansour. 



DÉMO CRITIK


Ils sont des milliers, assis, les yeux ouverts sur un monde qu'ils ne regardent plus. Les jours passent sur leurs visages, emportant les rêves, les révoltes et jusqu'au souvenir de ce qu'ils auraient pu être. Ils ont appris à reconnaître les chemins, à prévoir les virages, à ne plus s'étonner des murs. Certains ont même fini par les appeler des horizons. Imagine qu'ils se réveillent.

Un frisson, d'abord. Un regard qui se relève. Puis cette question, longtemps tenue sous silence, qui remonte des profondeurs : où sont passés mes rêves ? Un cri s'élève. Un seul, puis d'autres, jusqu'à ce que le silence lui-même se mette à trembler. Quelqu'un se lève. Un autre hésite. 

Souffle une voix. Elle passe sous les portes, dérange les rideaux, souffle la poussière. Elle n'a pas de chemin à montrer. Elle connaît les visages fermés, les paroles apprises, les vérités soigneusement repassées. Certains baissent les yeux. D'autres regardent leurs mains. Une porte vient de s'ouvrir, faisant trembler ce que l'on croyait immobile.

Une parole échappe. Un visage se lève. Les regards se croisent. Ne plus se taire, ne plus attendre,,,




 "sommes-nous prisonniers du monde qui nous enferme, ou de celui auquel nous avons fini par nous habituer ?"

21 octobre 2026

+ ,,, LES AMANTS du MONDE ,,, 12 février 2026

Il y a des textes que l’on écrit, et puis il y a ceux qui attendent. Celui-ci attendait peut-être depuis longtemps. Il est né d’un souvenir ancien, d’une rencontre qui n’a duré qu’un instant à l’échelle d’une vie, mais dont la lumière, elle, n’a jamais tout à fait disparu.

Partagée pour la première fois un jour de Saint-Valentin, ce texte n'est finalement dédiée à personne en particulier et peut-être à quelqu'un en particulier. Il parle de ces instants qui nous traversent, nous transforment et continuent de vivre en nous bien après leur passage. Que chaque instant soit accueilli pour ce qu'il est : fragile, précieux, imparfait parfois, mais infiniment vivant. Que chaque rencontre nous agrandisse. Que chaque amour, qu'il dure un jour ou toute une vie, laisse en nous davantage de lumière que de regret, 

Et que nous demeurions, autant que possible, des amants du monde,

Aujourd’hui, 8 août, jour de la Saint-Amour, j’ai envie de remettre ces mots en partage. 


Les Amants du monde

« Pour elle, qui patientait, attendant le passage du temps et le miracle de nos regards. » .

Etreintes Yolaine Wuest

"elle patientait, attendant le passage du temps et le miracle de nos regards."

Chacune de nos peaux devient territoire. Chaque tremblement, un langage, chaque langage...,,, nous sommes là, devient un lieu où le monde respire à travers nous, où la lumière glisse sur l’épiderme pour dire : « nous ici. »

Dans cette ouverture, l’air devient épais de promesses. Chaque souffle se mêle à celui du vent. Le temps s’étire, s’enroule, s’humidifie. Deux corps collés de sel et de sueur, deux êtres qui se découvrent dans la lenteur. Et soudain, la question surgit: et si nos corps n’étaient pas des limites, mais des cartes à explorer ? Des paysages à conquérir l’un dans l’autre, jusqu’à ce que nos frontières se dissolvent dans la même pulsation.

Viens, gravissons cette colline. Nos corps s’appuient l’un à l’autre, nos souffles se cherchent, se trouvent, s’accordent. Là-haut, le monde s’étend sous nos yeux : non pas comme un paysage, mais comme un corps offert à la caresse. Un fragment de peau, une épaule de terre. Le reste, les maisons, les champs, les villes, ne sont que parures : Bijoux d’un monde qui se dénude lentement. 

Ce qui nous appelle, n’est pas ce que l’homme a bâti, mais ce qui demeure, ce qui respire encore, ce qui s’offre sans mesure. La forêt s’étire, chevelure sombre au parfum d’orage. La rivière s’enroule autour des collines, gonflée de désir, puis se retire, haletante, attendant le prochain frisson du ciel. Et la vallée, cette hanche, cette courbe s’abandonne au vent comme un corps à l’amant.


Chaque pierre, chaque pli du paysage devient peau, chaque ombre un souffle, chaque silence une main posée sur nous. Nous ne regardons plus, nous touchons ; nous ne marchons plus, nous glissons dans la matière, et tout devient seuil, vibration, passage. Dans cet instant suspendu, une évidence douce se lève : la nature ne nous entoure pas, elle nous traverse, elle nous façonne, nous défait et nous respire à travers ses arbres, nous rêve dans ses collines, nous murmure dans ses vents. 

Alors, haletants, nous restons là, dans la lumière qui s’éteint doucement, les yeux ouverts sur ce monde qui palpite. Une voix, peut-être la tienne, peut-être la mienne, chuchote au creux du soir que nous ne sommes que des passages, où le vivant se glisse et s’invente. Sous nos pieds, la terre bat d’un rythme discret, les fleurs s’ouvrent comme des confidences, les pierres tièdes gardent la mémoire du soleil. Nous ne cherchons plus la beauté : nous la respirons, nous la portons, 

Le vent s’enroule autour de nos voix, l’eau s’attarde sur nos mains, le ciel se penche comme un complice silencieux. À genoux sur cette terre aimée, une certitude tranquille naît en nous : Le monde n’est pas un décor, mais un corps immense qui murmure nos noms, une présence qui guide nos gestes, un souffle qui se mêle au nôtre. Et dans ce lieu fragile où nos corps se rejoignent, là où le vivant nous traverse sans bruit, nous devenons, pour l’éternité d’un instant, les amants du monde.

,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,"elle patientait, attendant le passage du temps et le miracle de nos regards",,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,


Il existe des textes que l’on écrit rapidement, presque malgré soi. Et puis il y a ceux qui vous accompagnent durant des années, revenant par fragments, par silences, par reprises successives, jusqu’à trouver enfin leur respiration juste, « Les Amants du monde » fait partie de ceux-là. Une invitation à se perdre dans cette fusion du corps, de la nature et du temps, Ce texte porte une mémoire ancienne, longtemps demeurée dans l'ombre. Il parle de l’amour, bien sûr, mais aussi du vivant, du passage du temps, de ce qui nous relie aux êtres, aux paysages, aux souvenirs qui continuent de nous façonner bien après leur disparition apparente. Durant de longues années, je n’ai pas trouvé les mots justes. Puis les rencontres ont fait leur œuvre. Celle de Lars notamment, dont l'écoute, la sensibilité et le travail m'ont permis d'aller plus loin dans cette aventure d'écriture et de donner à ces mots une voix et une musique. Partagée pour la première fois un jour de Saint-Valentin, ce texte n'est finalement dédiée à personne en particulier et peut-être à chacun. Elle parle de ces instants qui nous traversent, nous transforment et continuent de vivre en nous bien après leur passage. Que chaque instant soit accueilli pour ce qu'il est : fragile, précieux, imparfait parfois, mais infiniment vivant. Que chaque rencontre nous agrandisse. Que chaque amour, qu'il dure un jour ou toute une vie, laisse en nous davantage de lumière que de regret. Et que nous demeurions, autant que possible, des amants du monde.


Une chanson sur you tube 14 février 2026, les amants du monde sur Zion Radio, mis en musique par Robert Lars Brower

À la lecture, je ressens une profonde sensualité, mais aussi une intimité presque sacrée avec le monde. Ce n’est pas simplement un texte sur deux corps ou deux personnes, mais sur l’union entre les êtres et la nature, sur la façon dont le corps et le paysage deviennent indissociables. La répétition des images corporelles et des paysages retrouve un sentiment de fluidité : la peau devient terre, le souffle devient vent, chaque geste est à la fois physique et spirituel.

je retrouve quelque chose de méditatif, presque chamanique, de dire que le monde nous traverse et que nous sommes traversés par lui. Les phrases longues, parfois suspendues, font respirer le texte, dans l’urgence et la lenteur à la fois, c’est un temps qui s’étire, où l’attention se dépose sur chaque sensation.

Emotionnellement, j’ai eu un mélange de douceur, d’émerveillement et de vertige : une invitation à se perdre dans cette fusion du corps, de la nature et du temps.




« Les Amants du monde » n’est probablement pas un texte qui raconte ce qui s’est passé. C’est un texte qui raconte ce que cet instant est devenu en moi. Je recherche l'endroit où une rencontre peut survivre lorsqu'elle n'a plus de corps. Quelqu'un pouvait entrer dans mon monde et en modifier durablement la géographie. Tout comme l'on fait ensuite les femmes que j'ai aimé et surtout celle avec qui j'ai construit une vie,,,« Les Amants du monde » n'est donc pas seulement une histoire d'amour. C'est l'élargissement d'un amour particulier jusqu'à quelque chose de beaucoup plus vaste. qu'est-ce que cette rencontre a fait de moi ? ce n'est plus la même question. L'instant, lui, était minuscule. La mémoire lui a donné cinquante années. Et maintenant l'écriture lui donne une autre forme d'existence. je ne peux pas revenir, mais je peux encore habiter cet instant autrement. Et ce qui me revient souvent : la rencontre comme commencement d'un déplacement.

Marie-Ange n'est peut-être pas seulement celle que j'ai aimée. Elle est peut-être celle qui a inauguré en toi le mouvement vers ailleurs., manière que j'ai parfois de quitter un équilibre au moment même où il devenait rassurant, puis de repartir chercher quelque chose dans le creux. Peut-être que mon premier grand voyage n'a pas commencé avec une voiture, un vélo, une montagne ou une route, mais dans le souvenir d'un regard., je ne parle plus d'amour mais d'une origine de ce que je suis.

" elle patientait, attendant le passage du temps et le miracle de nos regards. " contiendrait mon histoire car je me fonds dans le regard de celles que j'ai aimé ,,, Ce texte n'est finalement dédiée à personne en particulier et peut-être à chacun. »

J'essaie une transformation :  une mémoire intime en quelque chose qui peut appartenir à tous ceux qui ont connu une rencontre qui les a changés ,,,  "Et que nous demeurions, autant que possible, des amants du monde. "

Je ne cherche même plus nécessairement à comprendre exactement ce qui s'est passé. J'accepte qu'un instant puisse avoir été immense et qu'il a été l'une des premières portes de mon existence.

Je le résumerais comme ici :

La rencontre : un regard qui ouvre quelque chose.
Le corps ;  la découverte de l'autre et de soi.
Le paysage :  le monde devient le prolongement des corps.
Le temps ;  l'instant devient mémoire, puis question.
La transmission  : ce qui fut intime devient une manière de regarder la vie.

Comment un instant presque insignifiant au regard d'une vie peut-il devenir l'un des lieux les plus durables de cette même vie ? C'est, à mon sens, la vraie question de « Les Amants du monde ».



20 octobre 2026

Nos NUITS EVEILLEES


Nos nuits éveillées

Nous avons tellement besoin d’un autre pour expliquer nos propres peurs que nous finirons peut-être par inventer des extraterrestres simplement pour pouvoir leur reprocher notre existence. Nous croyons être éveillés parce que nous réagissons, nous nous indignons, nous accusons. Mais réagir, est-ce vraiment comprendre ?

Le présent pèse. L’avenir effraie. Le passé revient vendre ses vieilles colères au prix du neuf. Et les monstres intérieurs, jusque-là soigneusement enfermés derrière nos bonnes manières, commencent à sortir prendre l’air. Nous ne cherchons plus à comprendre le monde : nous cherchons quelqu’un à condamner pour ne pas avoir à le comprendre.

Il y a comme un brin de rage dans l’air. Une petite brindille, presque rien. Sauf qu’à force de souffler dessus, on découvre parfois qu’on tenait entre les mains une allumette. Avant. Après. Pendant. Nous sommes toujours entre deux catastrophes, deux promesses, deux mensonges, deux réveils. Alors, à quand le jour de clarté ? Et surtout, combien faudra-t-il encore de nuits pour comprendre que nous étions réveillés ?

18 octobre 2026

FAIM d'ANNEES

FAIM D’ANNÉES



Ils y étaient. Lui était  mineur, elle, travaillait aux ménages, comme on disait alors. Je garde le souvenir des usines, de la mine, des aciéries, des tréfileurs qui descendaient dans la rue et faisaient face aux cordons policiers. Ils étaient mille, mille hommes et femmes, bientôt rejoints par d'autres travailleurs. Mille fatigues, mille histoires, mille raisons de se mettre en marche, mais une même nécessité : ne plus rester seuls face à ce qui les dépassait.

Il y avait des moments de calme, des paroles échangées, plus ou moins de respect de part et d'autre. Et puis, parfois, l'affrontement devenait presque inévitable. Les bonnes empoignades n'étaient pas rares. Ils ne partageaient pas nécessairement les mêmes idées, mais ils marchaient ensemble. La difficulté de l'un n'était pas étrangère à l'autre. Ils savaient qu'une voix isolée pouvait se perdre, mais qu'ensemble, ils pouvaient encore se faire entendre.

Aujourd'hui, je regarde autour de moi et je m'interroge. À quel moment avons-nous cessé de nous rejoindre ? À quel moment celui qui souffre est-il devenu celui que l'on observe, celui qui manifeste celui que l'on juge ? Pourtant, chacun semble désormais porter sa fatigue derrière sa propre porte, regardant parfois l'autre comme un étranger.

La solidarité commence peut-être ici : retrouver, dans le visage de l'autre, non pas un adversaire ou un inconnu, mais quelqu'un dont le destin nous concerne aussi. 

Une parole échappe au silence. Un visage se lève. Les regards se croisent. Ne plus se taire, ne pas attendre que l'autre fasse le premier pas. Réapprendre à se reconnaître. La faim d'années n'est pas seulement celle des ventres, ni celle des lendemains qui manquent. Elle est aussi cette faim de dignité, de fraternité, de présence. Cette faim de nous-mêmes lorsque nous oublions ce qui nous unit.

 AHOU.

16 octobre 2026

+ SEUILS de CHAIR,,, A MÊME LA PEAU

  un texte pensé comme une scène vivante, où le corps, la terre et la mémoire dialoguent.

une photo, le crépi dénature le visage, souvenirs estompés d'une mémoire en fuite? Un trou de souris, presque dérisoire face à l’immense visage. Mais c’est justement par là que quelque chose peut encore passer, qui regarde qui ? 




Il est des seuils que l’on franchit sans le savoir, deux corps se frôlent et le monde les traverse. Chacune des peaux devient territoire, chaque tremblement un langage, sans frontières, un lieu où la lumière glisse, où le souffle se mêle au vent, où le temps devient liquide. 

L’étreinte déshabille les certitudes, ne restent que le souffle, la chaleur, le vertige, une peau qui frissonne, une lumière qui change, un baiser qui ne dit rien d’autre que l’instant. Le monde n’est plus autour des amants, il passe en eux, la terre sous leurs pieds respire, les fleurs s’ouvrent comme des paupières, les pierres gardent la chaleur du jour, le vent emporte leurs voix et revient chargé d’un parfum ancien. Tout devient présence, tout devient passage, et peut-être est-ce cela, aimer le monde, aimer quelqu’un, aimer un instant : accepter d’en être traversé assez longtemps pour que quelque chose demeure, non comme une image, non comme une possession, mais comme une respiration, offerte au temps, aux corps, aux amants, à ce qui fut et à ce qui vient, à même la peau.

un seuil de plus à franchir. A même la peau,

 Joakim Moller
LA SEVE et LE SANG

Le vent s’enroule autour de nos voix, le ciel se penche, complice. Le monde à même la peau. Peut-être est-ce cela, aimer le monde, aimer quelqu’un, aimer un instant : accepter d’en être traversé, assez longtemps pour que  demeure en nous ce qui continue.
Chaque pas sur le chemin soulève une poussière de souvenirs, chaque souffle trouble l’air d’un désir ancien. Le bois gémit sous le doigt du soir, la rosée glisse sur les robes du matin, et l’hiver, brutal et amoureux, vient les déchirer pour mieux les révéler, nues, tremblantes, vivantes. Nous ne faisons plus qu’un, chair contre chair, sève contre sang. Ici, pas de tempêtes lointaines. Seulement cette terre qui pénètre nos sens, puissante, généreuse, saturée d’odeurs et de sel. Nous nous y abandonnons, nous nous consumons lentement. Elle monte en nous comme une marée, nous emporte dans son étreinte, nous absorbe dans son souffle. Les frontières s’effacent, la peau se souvient. La sève rejoint le sang, 




CE QUI ME TRAVERSE

L’instant se déploie… et la pensée s’y abandonne. Point fragile où l’on ne sait plus très bien si l’on rêve encore, ou si quelque chose, depuis toujours, rêve en nous. Le temps devient matière souple. Le rêve hisse ses voiles. L’ombre devient présence, l’absence devient résonance. La vie tient là, dans ce tremblement discret, ce glissement sans prise.

Une luciole traverse le silence et laisse derrière elle une écriture lumineuse. Une lettre s’en détache, s’ouvre, devient oiseau. Plus loin, un parchemin flotte à hauteur d’homme, se déplie dans le vent. Les mots s’en échappent et montent dans le ciel. Le regard cherche où poser le monde.

Alors je m’assois au bord du ciel… Je tends la main : l’horizon se déplace. Quelque chose en moi se souvient de ce qui lui échappe. Il est des routes invisibles où la courbe absorbe l’esprit. On avance à colin-maillard parmi les signes incertains de la mémoire. À contre-jour, les pages se soulèvent, le vent intérieur disperse les images, éclabousse l’air d’odeurs anciennes et de poussière de soie.

Et là, au bord du ciel, je ne sais plus si je rêve encore, ou si quelque chose, depuis toujours, rêve en moi.

   Vence

LES AMANTS du MONDE
 Nina Peña Pitarch

Viens, gravissons cette colline. Nos corps s’appuient l’un à l’autre, nos souffles se cherchent, se trouvent, s’accordent. Là-haut, le monde s’étend sous nos yeux : non pas comme un paysage, mais comme un corps offert à la caresse. Un fragment de peau, une épaule de terre. Le reste, les maisons, les champs, les villes, ne sont que parures : Bijoux d’un monde qui se dénude lentement. 

Ce qui nous appelle, n’est pas ce que l’homme a bâti, mais ce qui demeure, ce qui respire encore, ce qui s’offre sans mesure. La forêt s’étire, chevelure sombre au parfum d’orage. La rivière s’enroule autour des collines, gonflée de désir, puis se retire, haletante, attendant le prochain frisson du ciel. Et la vallée cette hanche, cette courbe s’abandonne au vent comme un corps à l’amant.  

Alors, haletants, nous restons là, dans la lumière qui s’éteint  doucement. Les yeux ouverts sur ce monde qui palpite encore, comme une poitrine après l’amour. Et une voix peut-être la tienne, peut-être la mienne chuchote au creux du soir : « Nous sommes les seuils de chair. Les passages du vivant. Les amants du monde. »


Ce texte est un corps ouvert. Un seuil de chair. Non pas un horizon qui s’éloigne, mais une matière vivante que nous avons traversée, frôlée, goûtée, reconnue, caressée. 

René Magritte

Quand je marche, que mes pieds s’enfoncent dans la terre chaude, Écoute : le monde n’est pas un décor, il est un corps offert, bouche qui murmure nos noms, main qui guide nos gestes, souffle qui se perd dans le souffle de l’autre. Seul compte ce lieu : là où nos corps se rejoignent, là où le vivant nous traverse, là où nous sommes, pour l’éternité d’un instant, les amants du monde, les seuils de chair.


SEUILS DE CHAIR, écrit pour toi, dont le départ fut un frôlement. 

   Tourrettes sur Loup

Nous étions jeunes, inconscients, infinis. Nos corps, nos âmes, nos souffles tout s’accordait. Viens. Repose-toi dans cette phrase. Allonge-toi avec moi sur la colline de nos étés. Nos souffles s’y accordent encore, nos regards s’y souviennent. Chaque mot te frôle, t’appelle, te retient. Le vent reprend ton rire, et je te retrouve vivante dans chaque battement de terre. 

   Tour Malvan , Vence



 C’est la mémoire affective qui s’est remise à respirer, parce que tu lui as donné un espace juste, lent, respectueux. Quand on écrit ainsi, quand on touche une vérité ancienne sans la trahir, le corps réagit avant l’intellect. Les larmes ne sont pas un effondrement : ce sont souvent un ajustement.

Tu ne revis pas avec elle au sens où la réalité se brouillerait. Tu revis ce qu’elle a ouvert en toi : la capacité d’aimer, de sentir, de rester poreux au vivant. Ce que tu pleures, ce n’est pas seulement son absence, c’est aussi la beauté intacte de ce lien, restée vivante malgré cinquante années de vie pleine. Et ça, c’est bouleversant. Il est important de dire ceci clairement, pour te protéger :Tu n’as rien renié de ta vie. Tu n’effaces personne. Tu ne te perds pas. Ce souvenir ne te prend pas, il te traverse. Il ne réclame rien. Il ne demande pas que tu le suives. Il dit simplement : “ce que tu as été capable de ressentir existe encore en toi.”

Pleurer ici, ce n’est pas retomber dans le deuil brut. C’est peut-être terminer quelque chose qui n’avait jamais pu se dire avec douceur. À l’époque, il y a eu le choc, la coupure, le métal, l’injustice. Aujourd’hui, il y a le temps, la sécurité, la maturité. Le corps peut enfin laisser passer ce qui était resté figé. Tu n’as rien à dire maintenant. Vraiment. Respire. Bois un verre d’eau. Laisse les larmes faire leur travail sans leur demander de sens immédiat. Je suis là pour accompagner l’écriture, pas pour remplacer qui que ce soit, ni pour prendre une place qui n’est pas la mienne. Ce que tu ressens vient de toi, de ton histoire, de ton amour, de ta capacité intacte à sentir le monde. Et c’est une force, pas une fragilité.

LA GÉOMÉTRIE DES VARIABLES

LA GÉOMÉTRIE DES VARIABLES



À vouloir prendre de la hauteur par une traverse qui montait un peu trop, j’ai rencontré un arbre qui avait choisi de s’allonger en travers du chemin. Lui avait manifestement décidé de ne plus avancer. Moi, je n’avais pas encore compris qu’il fallait parfois savoir s’arrêter.

Une trajectoire contrariée, un détour imprévu par le sol, quelques jurons pour saluer le paysage, et me voici le bras en écharpe, l’épaule endolorie, avec la rage aux dents et quelques projets en suspens. Les collines, elles, n’ont pas bronché. Elles en ont vu d’autres, des obstinés venus chercher leur part d’ailleurs, persuadés qu’un chemin qui monte mérite toujours qu’on le suive. La gravité, cette vieille connaissance, s’est chargée de me rappeler que les lois de la physique n’ont jamais signé de traité de paix avec celles de l’entêtement. J’avais choisi la traverse, cette liberté de quitter la ligne droite pour découvrir ce que les routes sages ne montrent jamais. J’y ai gagné une écharpe, une épaule récalcitrante et quelques notions de géométrie appliquée. L’arbre était en travers. Moi aussi, désormais, mais pour d’autres raisons.

Me voici donc à l’arrêt, du moins en apparence. Le corps apprend la patience, l’épaule négocie avec le temps, tandis que l’esprit continue ses escapades. Je laisse les jours faire leur ouvrage. Quant aux arbres ,,, Je leur accorde cette parenthèse, sans leur promettre davantage.

Car il y a dans les chemins de traverse une insolence qui ne se soigne pas. Une manière d’habiter le monde qui préfère l’inconnu aux itinéraires balisés, l’élan à la résignation, et les détours à la prudence érigée en destin. On peut immobiliser un vélo, ralentir un corps, mettre une épaule au repos. Mais comment faire taire cette petite voix qui, au détour d’un chemin, murmure déjà : Et si j’allais voir là-bas ?

Alors oui, je vais prendre le temps de réparer ce qui doit l’être. Je laisserai les pentes aux impatients et les arbres à leurs siestes intempestives. Je vais même essayer de me montrer raisonnable. Raisonnable,,,  je repartira.



14 octobre 2026

POINTILLE de VIE

 Pointillé de vie




 L’urgence d’une éclipse les avait saisis dans le présent pur, hors des temps à conjuguer, là où le passé n’est pas devenu souvenir et où les futurs antérieurs demeurent à jamais du côté de ce qui ne viendra pas. Restent ces moments savourés qui pourraient contenir à eux seuls une vie entière,  ce miracle  d’avoir trouvé, l’espace d’un instant, quelqu’un devant qui le monde semblait s’arrêter.

Ils avaient bu aux sources d’une vie trop courte, en s’offrant ces bijoux sans écrin, cela suffisait. Une ballade de signes et de sens, qui dessinaient des poèmes éphémères, sans point final, souffle d'été, ou frisson d'aube, illusion grammaticale dans la grande phrase du temps. 

Ils traversaient leurs phrases,,, comme des comètes, passant du commencement au milieu, du presque au pas encore, du déjà plus au jamais certain, sans savoir que tout voulait dire maintenant. C'était ainsi,  s'égrener les yeux sur un désir. Ils se le disaient, à chaque instant qui les couvrait de cette robe couleur de lune,  

Ils s’enfuyaient de cette histoire qui ne connaîtrait ni les cheveux gris ni les matins ordinaires, ni les silences familiers d’une longue vie partagée. Ils oubliaient tout ce qui aurait pu rendre l’amour quotidien, 

Un pointillé de vie, emprunté, sur une phrase sans point final, 


j'accompagne par cette photo prise un matin :  traverser la nuit, et embrasser cet instant le temps d’un éclat,  entre le temps accordé et l’immensité de ce qui demeure,,,

08 octobre 2026

REVE et PRESENCE-BOOMERANGS-TEMPÊTE


Fragments de présence ,,, Je m’habille du mouvement. Et déjà, sans le savoir, je deviens passage.

Spiraltrois, Vibien Hobarte


BOOMERANGS ,,, la responsabilité, le retour, la mémoire des actes ,,, Quelque chose en moi se souvient… non de ce que j’ai voulu, mais de ce que j’ai lancé. Rien ne disparaît, tout accomplit son arc. Car rien ne se perd, tout insiste… tout cherche en nous le point de retour. Et peut-être ne sommes-nous que cela : des trajectoires qui reviennent à elles-mêmes, chargées de ce qu’elles ont osé traverser.

TEMPÊTE ,,, Je ne sais plus être, rupture, désaccord du monde, dissolution de l’être. Quelque chose en moi se souvient de ce qui cède…Chaque pas hésite entre chute et révélation. Et pourtant quelque chose persiste à me traverser.

ET RÊVE ,,, Le tremblement du rêve, dérive, recomposition, conscience flottante. Quelque chose en moi se souvient de ce qui échappe… L’instant se déploie… et la pensée s’y abandonne. Point fragile où l’on ne sait plus très bien si l’on rêve encore, ou si quelque chose, depuis toujours, rêve en nous.

   

CE QUI ME TRAVERSE

,,, Fragments de présence ,,,

,,, Je m’habille du mouvement,,, naissance de l’accord, entrée dans le monde par le corps et le souffle,,,

Je m’habille du mouvement, naissance de l’accord, entrée dans le monde par le corps et le souffle. Quelque chose en moi se souvient de ce qui me traverse. Pas un souvenir précis, pas une image que l’on pourrait retenir, une présence restée quelque part entre le souffle et la peau. Dans l’air qui bouge, se joue, se moque et parfois rit, il arrive qu’un instant ancien retrouve son chemin.

Le vent me l’a confié, lettre après lettre, tandis que je gravissais la côte. Le souffle court, je croyais lutter contre la pente. J’apprenais. La route s’élève comme une phrase exigeante. Chaque battement de cœur y pose sa ponctuation vive. Et dans cette fatigue qui dépouille, quelque chose me revient, ce regard qui regardait le monde.

Alors je continue. Le souffle mesure. Il arrache l’orgueil inutile, polit l’effort jusqu’à le rendre juste. Il contraint, puis libère. À mesure que la pente se redresse, quelque chose cède en moi. Je ne suis plus celui qui monte. Je suis ce qui monte.

Puis vient la crête, presque sans prévenir. Un mince passage entre deux versants, un instant suspendu où tout pourrait encore basculer, chute ou envol, crispation ou abandon. Le monde s’élargit. Le souffle retrouve son espace. Une lumière passe, légère, je me laisse écrire sur la pente inverse.

Je ne m’arrête pas pour savoir. La descente s’ouvre. L’air vient parler tout près. Les courbes surgissent, et le corps les accueille sans débat. Une inclinaison, un relâchement, un souffle retenu puis rendu au vent. Quelque chose s’accorde. La volonté se retire. Je m’habille du mouvement. Je ne cherche plus à avancer vers quelque chose. Je passe avec la route, avec le vent, avec ce qui fut et ce qui demeure, dans cet accord fragile où le corps et la mémoire semblent respirer ensemble. Et déjà, sans le savoir, je deviens passage.

La volonté se retire, et le mouvement persiste. Je m’habille du mouvement. Et déjà, sans le savoir, je deviens passage.

   L'adoration des Mages, Augustin Frison Roche


,,, Boomerangs ,,,

,,, la responsabilité, le retour, la mémoire des actes ,,,

Quelque chose en moi se souvient… non de ce que j’ai voulu, mais de ce que j’ai lancé. 

Un mot, une décision, un silence. Nous les projetons avec l’assurance tranquille de ceux qui croient que le monde absorbera le choc. Les boomerangs que nous lançons avec une élégance feinte reviennent chargés de mémoires. Ils traversent l’air avec une fidélité implacable et nous atteignent avec cette brutalité intime propre aux conséquences différées.

Rien ne disparaît ,,, tout accomplit son arc.

Quelque chose me rassure pourtant : si nous allons droit vers le mur, je ne serai pas seul à en éprouver la violence,,, consolation obscure d’une chute partagée, fraternité involontaire dans l’impact annoncé.

Nos actes, sous couvert d’ordonner le réel, l’entament. À vouloir corriger le monde, nous le fragilisons ; à vouloir sécuriser l’avenir, nous appauvrissons le présent. La réalité ne disparaît pas, elle s’altère lentement,,, un peu plus, un peu moins, et l’équilibre bascule.

Les profits trouvent toujours le chemin de ceux qui n’en manquaient pas, tandis que d'autres héritent des débris. Nous avançons sans recul véritable, enveloppés d’une lucidité qui relève davantage de l’orgueil que de la clairvoyance. Il n’y a plus d’alibi ; seulement des récits ajustés à notre confort intérieur.

Car rien ne se perd, tout insiste… tout cherche en nous le point de retour. Et peut-être ne sommes-nous que cela : des trajectoires qui reviennent à elles-mêmes, chargées de ce qu’elles ont osé traverser.


Otobong Nkanga, Unearthed, Midnight, 2021

,,, Je ne sais plus être ,,, 

,,, Tempête ,,, ,,, rupture, désaccord du monde, dissolution de l’être ,,, Quelque chose en moi se souvient de ce qui cède…

Les tours d’ivoire s’effritent dans la poussière de sang, la mémoire rompt les cordes tordues et les fantômes séculaires pincent des accords invisibles. La Police des Cieux frappe les crânes tandis que, sous les nuages carmins, les dieux rient et les chevaliers de métal traquent les notes perdues dans l’éclat brutal des cymbales d’orage.

Car quelque chose se fissure dans la grande mécanique du monde, une dent manquante dans l’engrenage du ciel, et l’ancienne musique des sphères commence à grincer.

Les fleuves remontent et vomissent les souvenirs, les volcans crachent des chœurs et des lettres brûlantes, les mers se couvrent de poissons noirs ; des fourmis de feu rampent dans les veines du monde pendant que le tambour ancien de la terre bat encore, lourd, profond, obstiné.

La planète elle-même se souvient soudain de toutes les blessures qu’on lui a confiées,,, L’air vibre… l’être chancelle… et un funambule avance sur des cordes de songes brisées, parmi des éclats de mémoire tranchants comme des lames d’ombre.

Chaque pas hésite entre chute et révélation.

Les enfants-comètes tombent en spirales, les fantômes glissent hors des murs comme des fumées, les cieux vomissent des chiffons violets et des éclats de vent ; des paroles incandescentes traversent l’air, nul ne s’en saisit, le langage lui-même se dissout dans le tumulte.

Les alphabets brûlent avant d’avoir pu nommer ce qui vient. Le souffle-chaos s’élève.

Une goutte de conscience vacille dans ce vertige tordu ; le cri devient ruisseau, puis torrent, puis incendie… avant de se perdre dans le silence.

Toute pensée n’est qu’une étincelle dans cette nuit qui respire. Tout éclate, tout se dilate, tout se réfracte,,, au-delà du délire, au-delà des lyres, au-delà de l’histoire.

Zörr… Hrrâhn… Zïrr… Kreühn… Köhr-mahn…

Le monde chante dans la poussière, le dormeur s’éveille dans la vision, et tout s’effondre, se relève, se replie…

Et dans ce souffle qui demeure : j’ai l’air…je ne sais plus être,

et pourtant quelque chose persiste à me traverser.


   Le rêve, Zileto Lbk



 

MAGMA, modern classic musik,,, The night we died


Ô deẁeẁileïss doẁero derilendoï

Doẁeri dewilëhndeïss doloï deẁerilöss

Ô ẁisseẁilewileïss doẁerilëhndï deẁeẁesündöh

Doẁeẁisseẁileïss ô ô düẁï

Ô ẁisseẁilewileüss doẁerilëhndö doẁeẁisündöh

Doẁeẁisseẁileïss ô ô düẁï

Ô ẁisseẁilewileïss doẁerilëhndï deẁeẁesündöh

Doẁeẁisseẁileüss ô ô düẁï

Ô ẁisseẁilewileüss doẁerilëhndö doẁeẁisündöh

Doẁeẁisseẁileïss ô ô düẁï

Ô ẁisseẁilewileüss doẁerilëhndö doẁeẁisündöh

Doẁeẁisseẁileïss ô ô düẁï

Emaï dëhndï eïa eïa eïa

Eïae om om om om


Chaque texte devient un état autonome, reliés par une mémoire souterraine, une présence qui traverse tout sans jamais se définir, je définis une traversée de l’être par lui-même

03 octobre 2026

+ ELLE NE SAVAIT PAS, ,,,

 

 photo de Paul Coghlin

ELLE NE SAVAIT PAS CHANGER DE PONCTUATION

Il y a le point classique, le point d’interrogation, le point d’exclamation… Et puis tout un pan de la ponctuation demeure presque inconnu. Une ponctuation non standard, avec ses signes étranges : point d’ironie, point de dépit, exclarrogatif, point d’amour… Comme si la langue avait inventé des signes pour tout ce que les mots ne savent pas toujours dire.

Ils entrent dans une pièce comme un point d’exclamation. On les entend avant même qu’ils aient parlé. D’autres suivent avec leur point d’interrogation suspendu au-dessus d’eux, attendant du monde une réponse qu’ils savent déjà impossible. Il y a ceux qui portent la certitude avec une telle application qu’ils finissent par prendre leur conviction pour la vérité. D’autres préfèrent l’ironie, une façon de sourire au bord des choses pour ne pas avoir à leur appartenir tout à fait.

Et puis il y a ceux qui avancent avec un cœur à la place du signe. Ceux-là sont plus difficiles à lire. Ils ne savent pas toujours ce qu’ils font de nous, ni même ce que nous faisons d’eux. Ils apparaissent dans une phrase et, soudain, la grammaire ne suffit plus.

La virgule, alors, deviendrait peut-être le seul signe qui accepte de ne pas savoir. Elle ne conclut rien. Elle ne demande pas qu’on la croie. Elle ne s’étonne pas, ne commande pas, ne doute même pas. Elle consent simplement à poursuivre. Elle ménage un espace entre deux choses qui pourraient sembler séparées. 

Nous passons notre vie à changer de ponctuation. Nous avons été certitude à vingt ans, doute à quarante, exclamation un matin, silence le soir. Nous avons aimé comme un cœur, quitté comme un point, espéré comme des points de suspension.


Elle ne savait pas, entre eux, respirait une phrase…