19 avril 2026

,!!!,,,,,,,EXISTENCE,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,, !!!

Les tiroirs couvrent ce qui dort, ils abritent ce qui a été rangé profondément pour être saisi sans tremblement. Ils ne s’ouvrent pas par décision mais par relâchement, quand le temps consent à lâcher prise, et ce qui glisse alors n’est ni intact ni brisé, seulement déplacé, 

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Baou

Rien ne parle, rien n’accuse, rien ne demande ; cela se découvre, simplement, à la distance juste pour être supporté. Les souvenirs, longtemps maintenus dans des compartiments étanches, se lèvent comme des ombres légères, frémissements sans urgence, présents sans invasion, reconnaissables sans violence, 

Elusive Memory Deborah Orloff

La mémoire révèle alors sa nature véritable : elle ne conserve pas, elle polit ; elle ne fige pas, elle rend habitable ce qui ne l’était pas encore. Le corps comprend avant l’esprit, dans une lenteur attentive où les larmes ne sont ni chute ni rupture mais ajustement, preuve silencieuse d’une porosité intacte au vivant,

Le temps cesse de s’écouler selon une ligne docile ; il se replie, il revient, il caresse ce qu’il a déjà effleuré, et la présence devient résonance, le regard se fait écoute. Les tiroirs se vident sans se refermer tout à fait, laissant revenir un paysage intérieur, une odeur ancienne, un parfum sans origine précise, 

Mémoire lointaine Poumi Lescaut 

La pensée trouve alors un espace où demeurer, sans point final, consciente que ce qui a été ne disparaît pas : cela change de forme, cela sommeille, cela attend. 

L'homme qui marche Alberto Giacometti par Alain Neddam, fondation Maeght St Paul de Vence

Ainsi l’homme avance, les pieds encore pris dans la matière qui le fonde, le regard attiré par un horizon qui n’explique rien mais appelle ; il ne fuit pas sa condition, il la traverse, et dans ce mouvement persiste quelque chose d’essentiel, une présence qui ne se fixe jamais tout à fait, une existence qui se construit en marchant, en revenant, en laissant faire,

Labyrinthe de Miro


MES MOIRES,

Les Moires Olicorno

Il arrive un moment où l’on cesse de vouloir comprendre pour apprendre à accueillir. Non pas fermer, ni effacer, mais consentir à ce qui demeure, sans l’exhiber, sans le disséquer. La mémoire n’est plus alors un lieu que l’on fouille avec fébrilité, mais un espace que l’on habite avec mesure.  

Ce temps-là n’a pas besoin d’être nommé pour exister. Il a pris forme dans la recherche elle-même : chercher sans vouloir saisir, écrire sans vouloir conclure, ouvrir sans forcer. 

Les Moires Lysistrata

Ce passé là n’encombre plus le présent : il l’approfondit. Il ne réclame pas de fidélité, il demande une justesse.

Sans promesse excessive, avec un accord silencieux avec le temps : non linéaire, non définitif, capable de contenir plusieurs états sans les opposer. Le vécu continue d’exister , en tonalité de fond , intelligence discrète du lien , une respiration qui n’interrompt pas la marche ,



Ce texte est une méditation profonde sur la vie, la mémoire, la continuité et la ponctuation. la notion de tangage, de vacillement, de transformation, célébration de la vie dans son imperfection, sa beauté, sa complexité. 

Marie Christine Forin

Dans la mythologie grecque, les Moires sont trois divinités du Destin : Clotho, Lachésis et Atropos. Elles sont associées aux cycles cosmiques, aux grandes déesses de la nature, de la végétation et de la fertilité. Elles deviennent les Parques, dans la mythologie romaine. Pour chaque mortel, elles accordent une mesure de vie, dont elles règlent la durée, la première en filant, la seconde en enroulant le fil, la troisième en le coupant.

ET VOICI

La mémoire n’est pas fidélité : elle assouplit ce qui fut trop vif, elle réchauffe ce qui aurait pu rester brûlure. Le temps s’y courbe, palpite sous la peau plutôt qu’il ne s’écoule, et ce qui a été n’est plus derrière mais dedans, logé dans une épaisseur sensible. Les tiroirs restent entrouverts, laissant passer une lumière tiède, une odeur sans nom, un détail qui effleure la nuque ou la poitrine et réveille une douceur ancienne. La pensée n’y conclut plus, elle demeure ; le passé cesse d’être un fait pour devenir un climat intérieur,
 
La mémoire ne parle pas : elle caresse à distance, ajuste les intensités, rappelle sans saisir. Alors on cesse de vouloir comprendre, on consent à accueillir. La mémoire devient un espace habité, seuil vivant où rien ne se ferme, où une présence aimée continue de veiller, silencieuse, dans la lumière qui entre.

Sérennité Samzaï

La mémoire comme seuil, mes moires d’existence

On n’y range pas le passé : on y dépose ce qui continue de vibrer quand tout le reste s’est tu. Ils ne s’ouvrent pas à la demande. Les tiroirs cèdent lorsque le corps relâche, lorsque le temps, enfin, consent à ne plus serrer.

Alors rien ne déborde. Rien ne heurte. Les souvenirs ne se présentent plus comme des images nettes, mais comme des états de peau, un geste, une tension douce, un parfum. Ils ne racontent pas ; ils s’installent. Ils ne sont ni exacts ni faux : ils demeurent supportables, 

La mémoire n’est pas fidélité. Elle est métamorphose. Elle travaille à rendre vivable ce qui, laissé brut, resterait brûlure. Elle polit, elle adoucit les angles, elle transforme la douleur en relief sensible. 
Le temps, là, cesse d’avancer droit. Il s’enroule. Il ne passe plus : il palpite. Ce qui a été n’est plus avant, il est autrement. La présence gagne en profondeur. Le regard devient écoute. Les tiroirs restent entrouverts, laissant passer une odeur, une lumière oblique, un détail sans histoire mais chargé de sensation.

À cet endroit, la pensée ne cherche plus à conclure. Elle apprend à demeurer. Il change de forme. Il cesse d’être événement pour devenir climat intérieur, tonalité de fond, quelque chose qui accompagne sans peser. La mémoire ne parle pas.
La mémoire ne parle pas. Elle effleure.  Elle ajuste les intensités, déplace la lumière, fait vibrer un point , la nuque, la poitrine, un sourire discret . Elle ne dit jamais voici le passé, mais voici comment cela continue de toucher. Elle apparaît lorsque le regard cesse de vouloir saisir, lorsque le corps accepte de ne pas savoir, lorsque la phrase reste ouverte. Elle se pose, présence calme, stable, une proximité sans contact, une certitude douce sans qu’il soit nécessaire de parler,

Vient alors un glissement. On ne cherche plus à comprendre, mais à accueillir. Non pas effacer, ni refermer, mais laisser être ce qui demeure sans l’exposer. La mémoire n’est plus un lieu où l’on prélève ; elle devient un espace où l’on habite. 
Une voix y circule, basse, presque corporelle. Elle n’ordonne rien. Elle n’explique rien. Elle se tient juste là, assez proche pour accompagner, assez distante pour laisser libre. 

Malvan

Ce temps n’a pas besoin de nom. Il s’est formé dans le geste même de la recherche : chercher sans prendre, écrire sans fermer, ouvrir sans forcer. Rien n’a disparu. Rien n’a été récupéré. Tout a été déplacé, 
Les compartiments de l’esprit cessent alors d’être des cachettes. Ils deviennent des seuils : On peut s’y arrêter un instant, reconnaître une texture ancienne, une vibration douce, puis repartir sans se retourner. Le passé ne retient plus : il approfondit. Il n’exige ni fidélité ni répétition, 

Et dans cet équilibre fragile, vibre non pas une histoire refermée, mais une existence rendue plus libre, plus disponible au monde qui continue,



16 avril 2026

AU BORD ...

AU BORD

Des coteaux, des vallons, du gave. 

Au bord de la route, au bord de soi,

Au bord de la bascule, au bord de l’instant,

Au bord du monde, au bord du vivant…


Une porte ouverte. Tout peut encore advenir.


Trop de pentes, 0.52, se resucrer , chaud, délices, rêves et...plonger

Emmène-moi. Emmène-moi là où tout commence, là où l’on apprend à basculer, là où tout peut naître à nouveau. Peu importe le lieu, peu importe le temps.

Je ne suis pas sage. Je roule sur une route où personne ne m’attend, où chaque kilomètre fissure l’horizon. Je ne m’arrête pas. Pourtant, chaque vibration me relie à ce qui est, battement sourd sous la peau, présence qui traverse le temps. Les sourires que je croise deviennent complices d’un instant dérobé. Ma tête s’égare dans l’ombre mouvante des pensées, des murmures qui frôlent la peau comme une caresse.

Sous l’asphalte de ma voix, les mots retenus pèsent, quelque chose insiste, réclame, pousse. Oublier. S’allonger à nu sous le ciel, sans autre loi que celle de l’instant. Fatalité douce, je te suis. Cette voix me consume et m’entraîne loin. À quoi bon l’ailleurs si on l’encombre de souvenirs ? Reste là. Immobile. Défie le temps. Dérange l’ordre ordinaire.

Nous portons l’éternité de l’instant comme une note suspendue, un battement qui circule et nous relie à tout ce qui existe. Rester là, simplement. Revenir, l’espace d’un instant, dans l’accord vivant du monde. Être présent, pleinement, intensément, charnellement.

Vivants.


Plonger , se perdre dans ces chemins, 12%, 15 %, je cherche les descentes mais la géographie reste source de surprises

Poser le regard, sur le sable, les pierres, ce monde qui fourmille à nos pieds nus

S'accompagner des hérons, des sauts du gave, bruissements de la nature qui s'éveille, pieds dans l'eau, désir de,,, y aller,,,

GUZZI

 Ah… là, on change de registre, pour une partition fantasque, mécahumanimale,,, Je les croise , nous discutons, le coeur bat, ralentit, et l'actualité revient, au prix des sens, passage d'un instant rencontré et d'une éternité entrevue...

Une Moto Guzzi Café Racer façonnée par Kaffeemaschine, 

Dans le tumulte des puissances et des volontés qui s’affrontent, il existe encore des instants où la force se fait silencieuse. La machine, là, n’est plus un outil de domination mais une présence, un prolongement du corps qui cherche non pas à vaincre, mais à s’accorder.

Elle vibre sous toi,,, comme une respiration partagée. Le métal n’est plus froid, il devient chaleur, tension retenue, promesse tenue. Dans la courbe, elle s’incline avec une docilité souveraine, non par soumission, par compréhension. Elle sait,,, avant même que tu ne le formules, la ligne que tu désires, elle la devine dans ton regard, dans le relâchement de tes épaules, dans cette infime bascule du bassin qui engage tout.

Alors la trajectoire naît. Ni imposée, ni subie, consentie.

Le monde, dehors, continue de se déchirer, d’accumuler, de vouloir posséder jusqu’à l’excès. Mais ici, dans ce mouvement précis, quelque chose échappe à cette logique. Il n’y a plus d’appropriation, plus de conquête. Il y a une traversée.

La puissance n’est plus. Elle devient équilibre.

Dans cette justesse fragile, presque sensuelle, où la vitesse effleure sans jamais rompre, se dessine une autre manière d’être au monde : non plus le contraindre, mais l’habiter, non plus le posséder, mais le sentir, jusque dans ses tensions les plus fines. Dans ce que la machine révèle, dans le secret de la courbe, c’est une vérité que l’homme oublie trop souvent : la maîtrise n’est pas dans la force, mais dans l’écoute.

Dans cet accord entre le corps, la matière et le mouvement, se lit encore une chance, celle de ne pas confondre puissance et destruction, celle d’apprendre, enfin, à tenir la ligne sans rompre le monde.


12 avril 2026

PRESENCES

 On frappe à la porte. Un jour, ça revient.


Ils sont partis. Un à un, comme s’effacent ces étoiles au petit matin, sans éclat, sans adieu tapageur, laissant derrière eux une clarté dont on ne mesure la valeur qu’une fois la nuit tombée. 

Il y eut des mains d'ouvriers, d'artisans, de gens de la terre, d'inconnus devenus familiers, qui vous prennent par l’épaule et vous rendent, sans un mot, un peu plus solide. 

Il y a eu aussi, ceux qui vous ont porté avant même que vous sachiez marcher. Les parents, géants discrets, qui ont feint de ne pas voir vos chutes pour vous apprendre à vous relever. Leurs silences en disaient plus que les discours : un regard en coin quand vous trébuchiez, une main tendue quand le poids devenait trop lourd. Le café du matin posé sur la table, la porte qui ne claque pas, le repas prêt sans qu’on ait à demander. Et puis cette main, réconfort sur l’épaule. Ce regard. Suffisant.

Et puis il y a eu les amis. Ceux qui entrent comme on entre chez soi, sans frapper, ceux qui restent quand d’autres s’en vont. Leurs rires résonnent encore, mêlés aux vôtres, dans des souvenirs qui tiennent. Ils vous ont vu grandir, douter, tomber, vous relever. Ils ont été là, simplement, sans corriger, sans retenir, mais présents. Avec eux, rien n’était solennel, tout comptait. Une bière partagée, une nuit à refaire le monde, musique, silence sans gêne. Embrassade et tape sur l’épaule. Le regard, suffisant.

Tous avaient cela en commun : être au monde sans en faire un sujet. Pas de grands discours. Leurs vies étaient des leçons sans manuel. On croyait les avoir laissés derrière. On pensait avoir pris d’autres routes. Et puis un jour, sans prévenir, un geste revient, une phrase, une odeur, le livre s'ouvre,,, Et l’on sent de nouveau cette main sur l’épaule. Ce regard,,, qui vous traverse,,,

Alors aujourd’hui, même s’ils ne sont plus là pour entendre, on dit simplement merci. Merci d’avoir semé, sans bruit,,, sans mesure. Ça ne se voit pas. Ça ne se dit pas. Mais ça porte. Cette main sur l’épaule. Ce regard,,, suffisant,,,




08 avril 2026

MAZOUA de la BARONNIE

 Emile François MAZOUA de Banios, you tube Zion Radio : 8 avril 2026

Le village s’appelle Banios, dans la Baronnie, au-dessus de Bagnères-de-Bigorre. Un endroit tenu par ceux qui y restent, et par ceux qui, un jour, comprennent ce qu’ils ont approché.

 

Il était venu jusqu’à nous, là-haut, sans prévenir. Pas pour parler. Pour voir. Jauger. Comprendre. Son regard était droit. Un peu dur d’abord. Mais il tenait. Et ça suffisait. Il parlait peu. Mais ses mots portaient.
Le père Mazoua sentait le savon. Le gros savon, entamé jusqu’au cœur, posé près de l’évier ou sur le rebord de pierre. Une odeur franche, propre, qui restait sur la peau. C’était un homme comme ça. Propre. Pas seulement sur lui. Dans ses gestes. Dans sa manière d’être. Rien qui dépasse. Rien d’inutile.
Je l’ai vu, un matin, se débarbouiller à l’abreuvoir. L’eau froide, prise à même la pierre. Il se rasait là, tranquillement, le coupe-chou glissant sur ses joues avec une précision sans effort. Pas un geste de trop. La lame suivait son chemin comme si elle le connaissait. Il prenait son temps, sans traîner. Juste ce qu’il fallait. Sourires en coin,,,

Ses mains savaient. Le bois, le fer, la terre. On voyait qu’elles avaient fait. Il montrait plus qu’il n’expliquait. Un geste, un silence, et tout était là. Il ne gardait rien pour lui. Ni le savoir, ni le temps. 
On le trouvait souvent assis, le gris au coin des lèvres, les galoches pleines de paille. Il ne cherchait pas à se faire voir. Mais il était là. Présent. Il avait connu le travail, le vrai. Les bêtes, les saisons, la pente. Il n’en faisait pas une histoire. C’était comme ça.

Chez lui, il y avait une manière de tenir. Sans plainte. Sans détour. Et puis parfois, un sourire. Bref. Net. Quelque chose de bon passait. Il ne cherchait pas à laisser une trace. Et pourtant il en a laissé une,,, Simple.

Un homme qu’on pourrait tailler dans la pierre. Sans ajouter. Sans enlever. Et qui tiendrait. Je ne sais pas si je lui ai dit.

Pour ce qui a été donné sans bruit. Ça reste.


Le père Mazoua a été le premier à venir jusqu’à nous, là-haut, un peu décrochés du village de Banios. Il n’était pas passé par hasard, non, il était venu vraiment, comme on va voir des gens dont on veut jauger la tenue, la manière d’être au mondeSon regard et son sourire portaient cette marque des hommes durs, façonnés par les années dehors, par le travail, par le vent. Des hommes qui savent, mais qui ne disent pas tout, qui regardent avec le cœur avant de parler. Ils étaient souvent ensemble, lui, le tailleur près de l’église et Poulette, l’ancien garde champêtre, trois silhouettes posées là comme des repères, des présences qui semblaient appartenir au paysage autant qu’aux hommes.

Mazoua, lui, donnait sans compter. Des conseils surtout, mais pas des paroles en l’air, non, des gestes précis, éprouvés. Il m’apprenait à affûter les outils, lentement, sans précipitation, à sentir le fil sous la pierre. Il disait qu’un outil qui ne coupe pas est un outil qu’on n’a pas respecté. Il parlait du bétail comme d’êtres qu’il faut d’abord observer, comprendre avant d’agir. Il me montrait comment entretenir la châtaigneraie, répétant que la châtaigne aime le fer, qu’il faut faucher, nettoyer ce qui pousse au pied pour qu’elle respire. Rien n’était laissé au hasard, chaque chose avait son moment, et,  sa manière.

Il m’apprenait aussi à construire un traîneau, à aller chercher dans le bois les bonnes crosses de frêne, à choisir la pièce juste, celle qui a déjà en elle la forme qu’on va révéler. Ensuite venaient l’acacia, le châtaignier, les renforts en noisetier ou en peuplier, selon l’usage. Pour le fumier, pour le foin, il ne fallait pas confondre. Les traîneaux pour le foin étaient longs, faits pour glisser sans rompre, pour épouser la pente sans lutter contre elle.

Il savait faire, et surtout il ne comptait pas. Ni son temps, ni ce qu’il donnait. Sa parole était juste, sa poigne ferme, sans dureté inutile. J’aimais sa simplicité, mais plus encore sa façon de regarder la vie, sans détour, sans plainte. On le retrouvait souvent assis sur un banc, le gris au coin des lèvres, les galoches remplies de paille, comme s’il faisait corps avec ce bout de terre. Il connaissait les vaches et les chevaux, cela se voyait dans ses mains, mais il n’en avait plus. L’âge l’avait rattrapé. Le temps l’avait usé, oui, mais pas entamé . Il restait habile, curieux, attentif, propre dans ses gestes, économe dans ses mots.

Il racontait parfois. Les chars tirés par les bœufs, le bois qu’on descendait avec les chaînes, les efforts tirés dans les épaules. Et puis les bals, quand il était jeune, les nuits à marcher par les collines pour aller danser, voir du monde, respirer autre chose, avant de revenir au matin, sans dormir, pour traire les vaches, soigner les bêtes, être là pour la famille, continuité entre vie et travail,,,

Il parlait aussi des voisins, de cette entraide mêlée de méfiance. On se regarde, on se jauge, parfois on se jalouse, mais quand il faut être là, on répond présent. Le cochon, le maïs, les foins, le fumier sur les pentes,  tout se faisait ensemble. Tout prenait du temps, un autre temps, plus lent, plus plein.

Et puis il y avait la chasse, les cartouches qu’on faisait soi-même, la poudre, les gestes sûrs. Le braconnage, discret, presque silencieux. Les pièges pour le blaireau, le renard, les collets pour les sangliers, les câbles fixés aux arbres. Les truites sous le petit pont, nourries le matin, attendues plus tard. Les champignons, savoir précieux, jamais donné à la légère.

C’était une vie entière, une vie qui tournait sur elle-même, une vie simple, en apparence seulement, toujours les yeux levés vers le ciel pour savoir quel temps viendra, pour décider du jour. Ici, la terre est dure, la pente oblige, rien ne se donne sans effort. 




CARNET RETROUVE

 

un carnet retrouvé

        1001 vies de Nathalie Sizaret

Un souffle. Un passage de l’ombre à la lumière. L'écho d’un temps qui ne cesserait de revenir. 

"Ne mets pas de point,,, laisse la phrase respirer,,,."

Un éclat de temps suspendu, un intervalle rare où deux vies se sont rencontrées et reconnues avant même que le monde n’ait le loisir de s’y habituer. Virgule, et ce nom, à lui seul, contenait l’univers : pause et mouvement, respiration et intensité, commencement et continuité.

Rien n'était prévu, rien n'était écrit, pourtant une porte intérieure s'était ouverte, sans bruit. 

Son regard, profond, ancré me chuchotait : « Écoute… le silence, cette musique ? Elle est la nôtre. » Comme une prière, une promesse, une éternité… Elle, Elle m’a appris que la vie n’est qu’une longue phrase suspendue, une ballade de signes, de sens en suspens. Elle, dont la vie fut un poème sans point final, où chaque virgule était un souffle d’été, chaque point-virgule un frisson d’aube, chaque deux-points une promesse, et où le point final… n’existe pas. Elle se blottit dans mes lignes comme un mot qu’on ne rature pas, un mot trop pur pour le brouillon du monde.

Le vent a tourné la page. Trop tôt. Trop fort. Ce goût étrange, gomme absente, qui n’efface rien. Elle ne supprime ni les échos, ni les parfums, ni les gestes laissés dans le creux du temps. Elle garde tout : le rire qui s’échappe, la main qui frôle, le regard suspendu entre deux étés. Cicatrice douce, trace d’encre sous la peau, battement dans les silences. Le temps n’a pas trouvé la gomme. Il l’a perdue dans le pli des sourires, dans la poussière dorée de son absence. Et moi, je l’ai ,,, avalée.

Elle m’a appris que l’amour, c’est lire sans fin, que la vie, c’est continuer la phrase que l’autre a commencée. Elle, poème inachevé, présente encore dans chaque ligne de mes silences, chaque souffle, chaque battement de ce temps qui nous traverse, je ne la nomme pas, elle ne dit rien. Elle est devenue la virgule du temps, échos et souvenirs effacés par les années qui resurgissent au détour d’un regard, d’une phrase, d’un parfum.

Rien n’attendait. Un regard seulement ; entrevu, soutenu, et le monde a changé de respiration… du je… de toi… à nous… nous…et cette mémoire n’est pas figée : elle est restée vivante, mouvante, vibrante, presque charnelle dans sa manière de revenir. Espace poreux où le monde extérieur devient décor ou métaphore du monde intime. Douceur des jours qui sont passés entre nos mains, un souffle qui ne demandait rien… Virgule ,,, ",,, ne mets pas de point, laisse la phrase respirer,,,"


La Corniche en moto

Le vent me frappe dès que je quitte le bord de mer. Il s’engouffre dans ma nuque, dans mes cheveux, dans chaque fibre tendue de mon corps. La route de la Corniche se déploie, comme une phrase que l’on écrit au fil du temps, sinueuse, vivante, exigeante. Chaque virage est une respiration. Chaque courbe un accent sur le rythme du corps.

« Certaines routes s’effacent des cartes. D’autres persistent sous la peau. » Elle, elle ne cherchait pas à impressionner. Elle habitait la route. »

Je ne domine rien : je participe. Je relève la tête. Des cheveux m’effleurent, parfum inflammable, désir décent, plaisir des sens. Deux battements d’un même cœur. Abandon absolu. 

La route s’ouvre devant, immense, lumineuse, charnelle dans son invitation. Le vent devient dialogue. Elle ne forçait rien. Elle habitait la route. Le monde se déroulait. Grisés par le vent, blottis, nos corps s’accordaient sans effort. Elle penchait, et je suivais le mouvement. Je sentais dans son dos la confiance qu’elle m’accordait,,,

J’ai écrit ton nom dans l’air. Pas avec des lettres, mais avec le corps, avec la mémoire, avec la vitesse. Il n’y a ni point, ni finalité. Seulement une virgule qui continue, comme nos vies entrelacées, comme ce souffle que la Corniche nous avait donné,,,


Les amants de la jeunesse

On croit disposer du temps comme d’un espace neutre, docile, disponible. On imagine que les phrases importantes peuvent attendre leur heure, qu’elles trouveront d’elles-mêmes le moment juste. Mais le temps n’est pas un couloir, il est une matière instable, qui se dérobe sous nos pas.

Alors, l’amour se découvre dans ce qu’il n’a pas eu le loisir de devenir. Il ne s’effondre pas ; il s’amenuise parfois dans le simple retard d’un geste, dans une phrase remise à plus tard, dans une tendresse supposée acquise. Ce qui n’a pas été dit ne disparaît pas : cela demeure, suspendu, comme une lumière restée derrière une porte close. 

Il arrive un moment où l’on comprend que la vie ne se déroule pas dans les grands événements, mais dans ces instants discrets que l’on croit ordinaires. Une conversation reportée, une main que l’on n’a pas serrée, un regard que l’on a laissé filer. L’amour ne manque pas toujours par absence ; il manque parfois par ajournement, par confiance excessive dans la continuité du monde. 

Lorsque l’autre s’éloigne, ce n’est pas une présence qui disparaît, mais ce que l'on croyait possible qui se retire. On ne perd pas seulement quelqu’un : on perd les phrases , les gestes , les silences qui auraient pu être partagés. Reconnaître la fragilité du moment, comprendre que le présent n’est pas une étape vers plus tard, mais un lieu étroit,  imperceptible, où tout se joue sans bruit. Dans cet intervalle minuscule, sans promesse ni durée, seule, une présence, assez lucide pour ne pas remettre à demain.

Être amant, c’est comprendre que chaque rencontre est un seuil. Une phrase inachevée, un poème suspendu. Sans point final. Lire dans le regard. Écouter dans le silence.


06 avril 2026

PEAK2WAVE

PEAK2WAVE, ,,, Du plat ? On ne connaît pas. PEAK2WAVE, c’est du dénivelé qui pique, qui réveille, qui sélectionne. Ça monte, ça descend… et entre les deux, tu te découvres. Chaque mètre est une promesse :  prendre de la hauteur ? 

 Cette expérience s'est imposée comme un défi sportif, d'une vie! reliant les premiers contreforts montagneux aux rives atlantiques, sur un tracé exigeant alternant dénivelés, sections roulantes, gestion de l’effort et navigation nocturne,,,


584 km, 9 321 de dénivelé +, de la neige à l'océan,,,


Ils partent sans bruit, presque anonymes, chargés d’une énergie qui déborde des cadres ordinaires. Ce ne sont plus les explorateurs d’antan ; ce sont ceux du XXIᵉ siècle, ceux qui osent des routes connues, en apparence, mais qui se projette dans la limite, passage d'une vérité intérieure.

La route s’élève dès les premiers contreforts. L’asphalte n’est jamais neutre : il vibre sous les roues, il accroche, il résiste. Les cols s’enchaînent, austères, indifférents à ceux qui les gravissent. Le vent  s’invite, latéral, coupant. Le silence aussi, immense, seulement troublé par le souffle et le rythme régulier de la chaîne. Là-haut, rien n’encourage, rien ne retient. Il faut vouloir être là.

Certains roulent à deux, ils partagent quelques mots, une allure, une présence. Ils se relaient dans l’effort, s’abritent, se soutiennent sans toujours le dire. Mais elle, elle roulait seule. Échappée. Non pas contre les autres, mais avec elle-même. Seule face aux  pentes, seule face au doute, seule aussi dans cette forme de liberté que donne l’absence de compromis.

Le retour est toujours plus rude. Les jambes portent déjà la mémoire de ce qui a été accompli. Le corps devient un terrain de négociation permanente. Et pourtant, il faut continuer. Le col d’Aspin se dresse à la fin, comme une ultime question. Rien de spectaculaire dans sa présence, et pourtant tout s’y concentre : la fatigue accumulée, la lucidité vacillante, la volonté qui doit rester claire.

Sur un bout de chemin, je l’ai suivie. À distance. En voiture. Puis, plus loin, guidé par le GPS, elle avançait dans l’effort pur ; je l’accompagnais dans une forme d’attente, attentif, inquiet, admiratif. On ne partage pas ce genre d’épreuve, on en devient le témoin.

Rejoindre l’arrivée...  un but , certains choisissent de s’arrêter, non pas par faiblesse, mais parce que ces routes exigent parfois plus. Ce qui reste n’est pas une hiérarchie, mais une réalité nue : chacun rencontre sa propre limite.

Et puis il y a eu l’arrivée. Le tapis rouge. La foule, dense, chaleureuse, presque irréelle après tant d’heures de solitude. Elle est arrivée deuxième. Deuxième, et ce chiffre n’avait plus vraiment d’importance. Ce qui comptait, était ce passage de l’ombre à la lumière, de l’effort silencieux à l’accueil collectif.

Je l’ai vue. Elle m’a vu. Et les larmes sont venues. Parce qu’il n’y avait rien à expliquer. Parce qu’au-delà de la performance, il y a ce chemin  parcouru, cette fidélité à elle-même. Ma fille. et dans ses yeux, quelque chose d’intact, d’inentamé : la capacité de partir, encore, de chercher, de tenir.

Ces "explorateurs" modernes ne découvrent pas des continents. Ils traversent des états. Ils avancent dans une géographie intérieure où chaque col, chaque virage, chaque ligne droite devient une épreuve de vérité. Preuve silencieuse que l’on peut aller plus loin dans un possible moment.




Peak2Wave n’est pas qu’une épreuve sportive. C’est un manifeste. Alors que la station bascule de l’hiver au printemps, la fonte des neiges amorce le voyage de l’eau vers les ruisseaux, les rivières puis l’océan. L’événement s’inscrit dans cette période charnière pour porter un message fort : préserver l’eau et les ressources naturelles.


03 avril 2026

CE QUI ME TRAVERSE : Présence, Retour, Rupture, Rêve, Empreinte

 

CE QUI ME TRAVERSE

 Le hublot traverse la plateforme par Jean Gounin

Présence

Quelque chose en moi se souvient de ce qui me traverse…

Dans l’air mouvant, qui se moque, qui rit, entre ce qui brûle en moi et ce qui l’attise…

Le vent me l’a confié, lettre après lettre, tandis que je gravissais la côte. Le souffle court, je croyais lutter contre la pente. J’apprenais. La route s’élève comme une phrase exigeante. Chaque battement de cœur, une ponctuation vive, ardente. Seulement une montée, nue, offerte. Et moi, traversé par une volonté plus ancienne. Je m’accordais.

Le souffle mesure. Il arrache l’orgueil inutile, polit l’effort jusqu’à le rendre juste,,, je ne suis plus celui qui monte. Je suis ce qui monte.

Puis vient la crête. Un seuil fragile où tout pourrait basculer, chute ou envol. L’espace se suspend une seconde… Je me laisse écrire par la pente inverse.

La descente s’ouvre. L’air murmure à l’oreille une vérité simple,,, l’harmonie n’est pas l’absence de tension, mais un consentement réciproque. Les courbes surgissent, et le corps les accueille sans débat. Inclinaison, relâchement, souffle retenu, offert.

La volonté se retire, et le mouvement persiste.

Je m’habille du mouvement.

Et déjà, sans le savoir, je deviens passage.

 Retour

Quelque chose en moi se souvient…
non de ce que j’ai voulu,
mais de ce que j’ai lancé.

Un mot, une décision, un silence. Nous les projetons avec l’assurance tranquille de ceux qui croient que le monde absorbera le choc. Les gestes décrivent leur arc, invisibles d’abord, puis insistants,,, et ce qui fut lancé revient, chargé de mémoire.

Rien ne disparaît ; tout accomplit sa trajectoire.

Quelque chose me rassure pourtant : si nous allons droit vers le mur, je ne serai pas seul à en éprouver la violence,,, consolation obscure d’une chute partagée, fraternité involontaire dans l’impact.

Nos actes, sous couvert d’ordonner le réel, l’entament. À vouloir corriger le monde, nous le fragilisons ; à vouloir sécuriser l’avenir, nous appauvrissons le présent. La réalité ne disparaît pas, elle se déplace, elle s’altère,,, un infime écart suffit à en modifier l’équilibre.

Les profits trouvent toujours le chemin de ceux qui n’en manquaient pas, tandis que d’autres héritent des débris.

Nous avançons sans recul véritable, enveloppés d’une lucidité qui relève davantage de l’orgueil que de la clairvoyance. Il n’y a plus d’alibi ; seulement des récits ajustés à notre confort intérieur.

Car rien ne se perd, tout insiste…
tout cherche en nous le point de retour.

Et peut-être ne sommes-nous que cela :
des trajectoires qui reviennent à elles-mêmes,
chargées de ce qu’elles ont traversé.

Rupture

Quelque chose en moi se souvient de ce qui cède…

Les tours d’ivoire s’effritent dans la poussière de sang, la mémoire rompt les cordes tordues, et les fantômes séculaires pincent des accords invisibles. La Police des Cieux frappe les crânes tandis que, sous les nuages carmins, les dieux rient et que les chevaliers de métal traquent les notes perdues dans l’éclat des cymbales d’orage.

Quelque chose se fissure dans la grande mécanique du monde, une dent manque dans l’engrenage du ciel,,, et l’ancienne musique des sphères commence à grincer.

Les fleuves remontent et vomissent les souvenirs, les volcans crachent des chœurs et des lettres brûlantes, les mers se couvrent de poissons noirs ; des fourmis de feu rampent dans les veines du monde pendant que le tambour ancien de la terre bat encore, lourd, profond, obstiné.

La planète elle-même se souvient des blessures qu’on lui a confiées,,, L’air vibre… l’être chancelle… un funambule avance sur des cordes de songes brisées, parmi des éclats de mémoire tranchants comme des lames d’ombre.

Chaque pas hésite entre chute et révélation.

Les enfants-comètes tombent en spirales, les fantômes glissent hors des murs comme des fumées, les cieux vomissent des chiffons violets et des éclats de vent ; des paroles incandescentes traversent l’air, nul ne s’en saisit,,, le langage lui-même se dissout.

Les alphabets brûlent avant d’avoir pu nommer ce qui vient.

Le souffle-chaos s’élève.

Une goutte de conscience vacille dans ce vertige ; le cri devient ruisseau, puis torrent, puis incendie… avant de se perdre dans le silence.

Tout éclate, tout se dilate, tout se réfracte,,, au-delà du délire, au-delà des lyres, au-delà de l’histoire.

Zörr… Hrrâhn… Zïrr… Kreühn… Köhr-mahn…

Le monde chante dans la poussière, le dormeur s’éveille dans la vision, tout s’effondre, se relève, se replie…

Et dans ce souffle qui demeure :
j’ai l’air…

je ne sais plus être,
et pourtant quelque chose persiste
à me traverser.

Rêve

Quelque chose en moi se souvient de ce qui échappe…

Il est des routes invisibles où la courbe absorbe l’esprit, et l’on avance à colin-maillard parmi les signes incertains de la mémoire… Les images surgissent sans ordre,,, comme des pages tournées à contre-jour qu’un vent intérieur soulève.

Par instants, une luciole devient lettre…
par instants, une forme se défait avant d’avoir été reconnue…

L’esprit ne cherche plus à comprendre. Il dérive.

Dans ce brouillard d’instants suspendus, le regard se lève vers un ciel comme replié sur lui-même, semblable à un texte que l’on pressent sans jamais l’épuiser.

Le rêve ne raisonne pas… il déplace, il relie, il transforme.

Les images naissent et se défont,,, les absences surgissent, la mémoire revient par fragments : éclats diffus, odeurs lointaines, tremblements presque imperceptibles.

Le temps lui-même change de consistance. Il ne pèse plus. Il se laisse approcher.

Le rêve ouvre sans prévenir un espace où l’ombre devient présence et l’absence résonance,,, où rien ne s’impose, mais où tout insiste autrement.

Alors quelque chose se détend. La pensée cesse de retenir. Elle s’abandonne. Et dans cet abandon, l’instant se déploie,,, ni tout à fait présent, ni tout à fait passé, mais traversé.

Jusqu’à ce point fragile où l’on ne sait plus très bien si l’on rêve encore, ou si quelque chose, depuis toujours, rêve en nous.

Empreinte

Sarah Jérôme, lauréate de la Résidence croisée Bullukian-Fontevraud, avec l'exposition Le Mur invisible.

Comme un accord posé, presque silencieux, avant même le premier mot, ni forme, ni pensée encore distincte, présence diffuse, un frémissement à peine perceptible dans la trame du vivant.

Cela ne cherche pas à dire. Cela insiste. Ecrire : laisser effleurer ce qui traverse. Alors les phrases viennent, non comme des réponses, mais comme des lignes de passage, accords fragiles entre ce qui surgit et ce qui accepte d’être traversé. Rien n’est fixé. Tout se module. Et dans cette lente mise en mesure, quelque chose commence ,,, à respirer.,,,

Et tout continue, difficile à contenir, impossible à réduire. Résonances, éparses mais liées, portées par une musique plus vaste.


Un mur invisible traverse l’espace sans jamais se montrer. Il sépare autant qu’il contient, coupe sans rompre. Ici Le Mur invisible, ici le monde se referme en silence, laissant les corps aux prises avec leurs propres limites. La peinture de Sarah Jérôme capte cet enfermement diffus : ce qui nous traverse devient aussi ce qui nous retient. La lumière, dense et mouvante, s’infiltre, glisse, révèle sans apaiser. Elle épouse les formes, habite les visages, dépose sur chaque geste une tension sourde. Ombres et éclats ne décrivent pas, ils pèsent. Tout semble à la fois ouvert et inaccessible.  Rien ne cède vraiment, mais tout cherche, lentement, une issue.

  • Présence  l’accord

  • Retour  la conséquence

  • Rupture la désagrégation

  • Rêve la recomposition

  • Empreinte la continuité