"elle patientait, attendant le passage du temps et le miracle de nos regards."
Chacune de nos peaux devient territoire. Chaque tremblement, un langage, chaque langage...,,, nous sommes là
devient un lieu où le monde respire à travers nous, où la lumière glisse sur l’épiderme pour dire : « nous ici. »
Nina Peña Pitarch
Dans cette ouverture, l’air devient épais de promesses. Chaque souffle se mêle à celui du vent. Le temps s’étire, s’enroule, s’humidifie. Deux corps collés de sel et de sueur, deux êtres qui se découvrent dans la lenteur. Et soudain, la question surgit: et si nos corps n’étaient pas des limites, mais des cartes à explorer ? Des paysages à conquérir l’un dans l’autre, jusqu’à ce que nos frontières se dissolvent dans la même pulsation.
Viens, gravissons cette colline. Nos corps s’appuient l’un à l’autre, nos souffles se cherchent, se trouvent, s’accordent. Là-haut, le monde s’étend sous nos yeux : non pas comme un paysage, mais comme un corps offert à la caresse. Un fragment de peau, une épaule de terre. Le reste, les maisons, les champs, les villes, ne sont que parures : Bijoux d’un monde qui se dénude lentement.
Ce qui nous appelle, n’est pas ce que l’homme a bâti, mais ce qui demeure, ce qui respire encore, ce qui s’offre sans mesure. La forêt s’étire, chevelure sombre au parfum d’orage. La rivière s’enroule autour des collines, gonflée de désir, puis se retire, haletante, attendant le prochain frisson du ciel. Et la vallée, cette hanche, cette courbe s’abandonne au vent comme un corps à l’amant.
Chaque pierre, chaque pli du paysage devient peau, chaque ombre un souffle, chaque silence une main posée sur nous. Nous ne regardons plus, nous touchons ; nous ne marchons plus, nous glissons dans la matière, et tout devient seuil, vibration, passage. Dans cet instant suspendu, une évidence douce se lève : la nature ne nous entoure pas, elle nous traverse, elle nous façonne, nous défait et nous respire à travers ses arbres, nous rêve dans ses collines, nous murmure dans ses vents.
Alors, haletants, nous restons là, dans la lumière qui s’éteint doucement, les yeux ouverts sur ce monde qui palpite. Une voix, peut-être la tienne, peut-être la mienne, chuchote au creux du soir que nous ne sommes que des passages, où le vivant se glisse et s’invente. Sous nos pieds, la terre bat d’un rythme discret, les fleurs s’ouvrent comme des confidences, les pierres tièdes gardent la mémoire du soleil. Nous ne cherchons plus la beauté : nous la respirons, nous la portons,
Le vent s’enroule autour de nos voix, l’eau s’attarde sur nos mains, le ciel se penche comme un complice silencieux. À genoux sur cette terre aimée, une certitude tranquille naît en nous : Le monde n’est pas un décor, mais un corps immense qui murmure nos noms, une présence qui guide nos gestes, un souffle qui se mêle au nôtre. Et dans ce lieu fragile où nos corps se rejoignent, là où le vivant nous traverse sans bruit, nous devenons, pour l’éternité d’un instant, les amants du monde.
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Il existe des textes que l’on écrit rapidement, presque malgré soi. Et puis il y a ceux qui vous accompagnent durant des années, revenant par fragments, par silences, par reprises successives, jusqu’à trouver enfin leur respiration juste, « Les Amants du monde » fait partie de ceux-là. Une invitation à se perdre dans cette fusion du corps, de la nature et du temps, Ce texte porte une mémoire ancienne, longtemps demeurée dans l'ombre. Il parle de l’amour, bien sûr, mais aussi du vivant, du passage du temps, de ce qui nous relie aux êtres, aux paysages, aux souvenirs qui continuent de nous façonner bien après leur disparition apparente. Durant de longues années, je n’ai pas trouvé les mots justes. Puis les rencontres ont fait leur œuvre. Celle de Lars notamment, dont l'écoute, la sensibilité et le travail m'ont permis d'aller plus loin dans cette aventure d'écriture et de donner à ces mots une voix et une musique. Partagée pour la première fois un jour de Saint-Valentin, cette chanson n'est finalement dédiée à personne en particulier et peut-être à chacun. Elle parle de ces instants qui nous traversent, nous transforment et continuent de vivre en nous bien après leur passage. Que chaque instant soit accueilli pour ce qu'il est : fragile, précieux, imparfait parfois, mais infiniment vivant. Que chaque rencontre nous agrandisse. Que chaque amour, qu'il dure un jour ou toute une vie, laisse en nous davantage de lumière que de regret. Et que nous demeurions, autant que possible, des amants du monde.
Une chanson sur you tube 14 février 2023, les amants du monde sur Zion Radio, mis en musique par Robert Lars Brower
À la lecture, je ressens une profonde sensualité, mais aussi une intimité presque sacrée avec le monde. Ce n’est pas simplement un texte sur deux corps ou deux personnes, mais sur l’union entre les êtres et la nature, sur la façon dont le corps et le paysage deviennent indissociables. La répétition des images corporelles et des paysages retrouve un sentiment de fluidité : la peau devient terre, le souffle devient vent, chaque geste est à la fois physique et spirituel.
je retrouve quelque chose de méditatif, presque chamanique, de dire que le monde nous traverse et que nous sommes traversés par lui. Les phrases longues, parfois suspendues, font respirer le texte, dans l’urgence et la lenteur à la fois, c’est un temps qui s’étire, où l’attention se dépose sur chaque sensation.
Emotionnellement, j’ai eu un mélange de douceur, d’émerveillement et de vertige : une invitation à se perdre dans cette fusion du corps, de la nature et du temps.







