16 octobre 2026

VUE ! SEUILS de CHAIR,,, A MÊME LA PEAU

  un texte pensé comme une scène vivante, où le corps, la terre et la mémoire dialoguent.

une photo, le crépi dénature le visage, souvenirs estompés d'une mémoire en fuite? Un trou de souris, presque dérisoire face à l’immense visage. Mais c’est justement par là que quelque chose peut encore passer, qui regarde qui ? 




Il est des seuils que l’on franchit sans le savoir, deux corps se frôlent et le monde les traverse. Chacune des peaux devient territoire, chaque tremblement un langage, sans frontières, un lieu où la lumière glisse, où le souffle se mêle au vent, où le temps devient liquide. 

L’étreinte déshabille les certitudes, ne restent que le souffle, la chaleur, le vertige, une peau qui frissonne, une lumière qui change, un baiser qui ne dit rien d’autre que l’instant. Le monde n’est plus autour des amants, il passe en eux, la terre sous leurs pieds respire, les fleurs s’ouvrent comme des paupières, les pierres gardent la chaleur du jour, le vent emporte leurs voix et revient chargé d’un parfum ancien. Tout devient présence, tout devient passage, et peut-être est-ce cela, aimer le monde, aimer quelqu’un, aimer un instant : accepter d’en être traversé assez longtemps pour que quelque chose demeure, non comme une image, non comme une possession, mais comme une respiration, offerte au temps, aux corps, aux amants, à ce qui fut et à ce qui vient, à même la peau.

un seuil de plus à franchir. A même la peau,

 Joakim Moller
LA SEVE et LE SANG

Le vent s’enroule autour de nos voix, le ciel se penche, complice. Le monde à même la peau. Peut-être est-ce cela, aimer le monde, aimer quelqu’un, aimer un instant : accepter d’en être traversé, assez longtemps pour que  demeure en nous ce qui continue.
Chaque pas sur le chemin soulève une poussière de souvenirs, chaque souffle trouble l’air d’un désir ancien. Le bois gémit sous le doigt du soir, la rosée glisse sur les robes du matin, et l’hiver, brutal et amoureux, vient les déchirer pour mieux les révéler, nues, tremblantes, vivantes. Nous ne faisons plus qu’un, chair contre chair, sève contre sang. Ici, pas de tempêtes lointaines. Seulement cette terre qui pénètre nos sens, puissante, généreuse, saturée d’odeurs et de sel. Nous nous y abandonnons, nous nous consumons lentement. Elle monte en nous comme une marée, nous emporte dans son étreinte, nous absorbe dans son souffle. Les frontières s’effacent, la peau se souvient. La sève rejoint le sang, 




CE QUI ME TRAVERSE

L’instant se déploie… et la pensée s’y abandonne. Point fragile où l’on ne sait plus très bien si l’on rêve encore, ou si quelque chose, depuis toujours, rêve en nous. Le temps devient matière souple. Le rêve hisse ses voiles. L’ombre devient présence, l’absence devient résonance. La vie tient là, dans ce tremblement discret, ce glissement sans prise.

Une luciole traverse le silence et laisse derrière elle une écriture lumineuse. Une lettre s’en détache, s’ouvre, devient oiseau. Plus loin, un parchemin flotte à hauteur d’homme, se déplie dans le vent. Les mots s’en échappent et montent dans le ciel. Le regard cherche où poser le monde.

Alors je m’assois au bord du ciel… Je tends la main : l’horizon se déplace. Quelque chose en moi se souvient de ce qui lui échappe. Il est des routes invisibles où la courbe absorbe l’esprit. On avance à colin-maillard parmi les signes incertains de la mémoire. À contre-jour, les pages se soulèvent, le vent intérieur disperse les images, éclabousse l’air d’odeurs anciennes et de poussière de soie.

Et là, au bord du ciel, je ne sais plus si je rêve encore, ou si quelque chose, depuis toujours, rêve en moi.

   Vence

LES AMANTS du MONDE
 Nina Peña Pitarch

Viens, gravissons cette colline. Nos corps s’appuient l’un à l’autre, nos souffles se cherchent, se trouvent, s’accordent. Là-haut, le monde s’étend sous nos yeux : non pas comme un paysage, mais comme un corps offert à la caresse. Un fragment de peau, une épaule de terre. Le reste, les maisons, les champs, les villes, ne sont que parures : Bijoux d’un monde qui se dénude lentement. 

Ce qui nous appelle, n’est pas ce que l’homme a bâti, mais ce qui demeure, ce qui respire encore, ce qui s’offre sans mesure. La forêt s’étire, chevelure sombre au parfum d’orage. La rivière s’enroule autour des collines, gonflée de désir, puis se retire, haletante, attendant le prochain frisson du ciel. Et la vallée cette hanche, cette courbe s’abandonne au vent comme un corps à l’amant.  

Alors, haletants, nous restons là, dans la lumière qui s’éteint  doucement. Les yeux ouverts sur ce monde qui palpite encore, comme une poitrine après l’amour. Et une voix peut-être la tienne, peut-être la mienne chuchote au creux du soir : « Nous sommes les seuils de chair. Les passages du vivant. Les amants du monde. »


Ce texte est un corps ouvert. Un seuil de chair. Non pas un horizon qui s’éloigne, mais une matière vivante que nous avons traversée, frôlée, goûtée, reconnue, caressée. 

René Magritte

Quand je marche, que mes pieds s’enfoncent dans la terre chaude, Écoute : le monde n’est pas un décor, il est un corps offert, bouche qui murmure nos noms, main qui guide nos gestes, souffle qui se perd dans le souffle de l’autre. Seul compte ce lieu : là où nos corps se rejoignent, là où le vivant nous traverse, là où nous sommes, pour l’éternité d’un instant, les amants du monde, les seuils de chair.


SEUILS DE CHAIR, écrit pour toi, dont le départ fut un frôlement. 

   Tourrettes sur Loup

Nous étions jeunes, inconscients, infinis. Nos corps, nos âmes, nos souffles tout s’accordait. Viens. Repose-toi dans cette phrase. Allonge-toi avec moi sur la colline de nos étés. Nos souffles s’y accordent encore, nos regards s’y souviennent. Chaque mot te frôle, t’appelle, te retient. Le vent reprend ton rire, et je te retrouve vivante dans chaque battement de terre. 

   Tour Malvan , Vence



 C’est la mémoire affective qui s’est remise à respirer, parce que tu lui as donné un espace juste, lent, respectueux. Quand on écrit ainsi, quand on touche une vérité ancienne sans la trahir, le corps réagit avant l’intellect. Les larmes ne sont pas un effondrement : ce sont souvent un ajustement.

Tu ne revis pas avec elle au sens où la réalité se brouillerait. Tu revis ce qu’elle a ouvert en toi : la capacité d’aimer, de sentir, de rester poreux au vivant. Ce que tu pleures, ce n’est pas seulement son absence, c’est aussi la beauté intacte de ce lien, restée vivante malgré cinquante années de vie pleine. Et ça, c’est bouleversant. Il est important de dire ceci clairement, pour te protéger :Tu n’as rien renié de ta vie. Tu n’effaces personne. Tu ne te perds pas. Ce souvenir ne te prend pas, il te traverse. Il ne réclame rien. Il ne demande pas que tu le suives. Il dit simplement : “ce que tu as été capable de ressentir existe encore en toi.”

Pleurer ici, ce n’est pas retomber dans le deuil brut. C’est peut-être terminer quelque chose qui n’avait jamais pu se dire avec douceur. À l’époque, il y a eu le choc, la coupure, le métal, l’injustice. Aujourd’hui, il y a le temps, la sécurité, la maturité. Le corps peut enfin laisser passer ce qui était resté figé. Tu n’as rien à dire maintenant. Vraiment. Respire. Bois un verre d’eau. Laisse les larmes faire leur travail sans leur demander de sens immédiat. Je suis là pour accompagner l’écriture, pas pour remplacer qui que ce soit, ni pour prendre une place qui n’est pas la mienne. Ce que tu ressens vient de toi, de ton histoire, de ton amour, de ta capacité intacte à sentir le monde. Et c’est une force, pas une fragilité.

LA GÉOMÉTRIE DES VARIABLES



À vouloir prendre de la hauteur par une traverse qui montait un peu trop, j’ai rencontré un arbre qui avait choisi de s’allonger en travers du chemin. Lui avait manifestement décidé de ne plus avancer. Moi, je n’avais pas encore compris qu’il fallait parfois savoir s’arrêter.

Une trajectoire contrariée, un détour imprévu par le sol, quelques jurons pour saluer le paysage, et me voici le bras en écharpe, l’épaule endolorie, avec la rage aux dents et quelques projets en suspens. Les collines, elles, n’ont pas bronché. Elles en ont vu d’autres, des obstinés venus chercher leur part d’ailleurs, persuadés qu’un chemin qui monte mérite toujours qu’on le suive. La gravité, cette vieille connaissance, s’est chargée de me rappeler que les lois de la physique n’ont jamais signé de traité de paix avec celles de l’entêtement. J’avais choisi la traverse, cette liberté de quitter la ligne droite pour découvrir ce que les routes sages ne montrent jamais. J’y ai gagné une écharpe, une épaule récalcitrante et quelques notions de géométrie appliquée. L’arbre était en travers. Moi aussi, désormais, mais pour d’autres raisons.

Me voici donc à l’arrêt, du moins en apparence. Le corps apprend la patience, l’épaule négocie avec le temps, tandis que l’esprit continue ses escapades. Je laisse les jours faire leur ouvrage. Quant aux arbres ,,, Je leur accorde cette parenthèse, sans leur promettre davantage.

Car il y a dans les chemins de traverse une insolence qui ne se soigne pas. Une manière d’habiter le monde qui préfère l’inconnu aux itinéraires balisés, l’élan à la résignation, et les détours à la prudence érigée en destin. On peut immobiliser un vélo, ralentir un corps, mettre une épaule au repos. Mais comment faire taire cette petite voix qui, au détour d’un chemin, murmure déjà : Et si j’allais voir là-bas ?

Alors oui, je vais prendre le temps de réparer ce qui doit l’être. Je laisserai les pentes aux impatients et les arbres à leurs siestes intempestives. Je vais même essayer de me montrer raisonnable. Raisonnable,,,  je repartira.



14 octobre 2026

POINTILLE de VIE

 Pointillé de vie




 L’urgence d’une éclipse les avait saisis dans le présent pur, hors des temps à conjuguer, là où le passé n’est pas devenu souvenir et où les futurs antérieurs demeurent à jamais du côté de ce qui ne viendra pas. Restent ces moments savourés qui pourraient contenir à eux seuls une vie entière,  ce miracle  d’avoir trouvé, l’espace d’un instant, quelqu’un devant qui le monde semblait s’arrêter.

Ils avaient bu aux sources d’une vie trop courte, en s’offrant ces bijoux sans écrin, cela suffisait. Une ballade de signes et de sens, qui dessinaient des poèmes éphémères, sans point final, souffle d'été, ou frisson d'aube, illusion grammaticale dans la grande phrase du temps. 

Ils traversaient leurs phrases,,, comme des comètes, passant du commencement au milieu, du presque au pas encore, du déjà plus au jamais certain, sans savoir que tout voulait dire maintenant. C'était ainsi,  s'égrener les yeux sur un désir. Ils se le disaient, à chaque instant qui les couvrait de cette robe couleur de lune,  

Ils s’enfuyaient de cette histoire qui ne connaîtrait ni les cheveux gris ni les matins ordinaires, ni les silences familiers d’une longue vie partagée. Ils oubliaient tout ce qui aurait pu rendre l’amour quotidien, 

Un pointillé de vie, emprunté, sur une phrase sans point final, 


j'accompagne par cette photo prise un matin :  traverser la nuit, et embrasser cet instant le temps d’un éclat,  entre le temps accordé et l’immensité de ce qui demeure,,,

03 octobre 2026

ELLE NE SAVAIT PAS, ,,,

 

 photo de Paul Coghlin



CHANGER DE PONCTUATION

Il y a le point classique, le point d’interrogation, le point d’exclamation… Et puis tout un pan de la ponctuation demeure presque inconnu. Une ponctuation non standard, avec ses signes étranges : point d’ironie, point de dépit, exclarrogatif, point d’amour… Comme si la langue avait inventé des signes pour tout ce que les mots ne savent pas toujours dire.

Ils entrent dans une pièce comme un point d’exclamation. On les entend avant même qu’ils aient parlé. D’autres suivent avec leur point d’interrogation suspendu au-dessus d’eux, attendant du monde une réponse qu’ils savent déjà impossible. Il y a ceux qui portent la certitude avec une telle application qu’ils finissent par prendre leur conviction pour la vérité. D’autres préfèrent l’ironie, une façon de sourire au bord des choses pour ne pas avoir à leur appartenir tout à fait.

Et puis il y a ceux qui avancent avec un cœur à la place du signe. Ceux-là sont plus difficiles à lire. Ils ne savent pas toujours ce qu’ils font de nous, ni même ce que nous faisons d’eux. Ils apparaissent dans une phrase et, soudain, la grammaire ne suffit plus.

La virgule, alors, deviendrait peut-être le seul signe qui accepte de ne pas savoir. Elle ne conclut rien. Elle ne demande pas qu’on la croie. Elle ne s’étonne pas, ne commande pas, ne doute même pas. Elle consent simplement à poursuivre. Elle ménage un espace entre deux choses qui pourraient sembler séparées. 

Nous passons notre vie à changer de ponctuation. Nous avons été certitude à vingt ans, doute à quarante, exclamation un matin, silence le soir. Nous avons aimé comme un cœur, quitté comme un point, espéré comme des points de suspension.


Elle ne savait pas, entre eux, respirait une phrase…


A MÊME LA PEAU

   Un texte pensé comme une scène vivante, où le corps, la terre et la mémoire dialoguent. Repris, arrangé, ajusté et mis en musique par Robert Lars Brouwer

A MÊME LA PEAU

Il est des seuils qu'on franchit sans le savoir, deux corps se frôlent au milieu du hasard, le monde les traverse, la lumière les enlace, chaque  peau devient un territoire, chaque tremblement laisse une trace,,, Le souffle se mêle au vent, le temps devient liquide. un baiser suspend l'instant, et nos certitudes se vident,,,

A même la peau,,, A même le temps,,, Nos corps se parlent silencieusement, 

A même la peau,,,  Sans rien posséder,,,  Juste  une respiration à partager ,,,

La terre sous nos pieds respirent, les fleurs ouvrent doucement les yeux, les pierres gardent nos souvenirs, le vent porte nos aveux,,, Et peut-être est-ce cela, aimer, se laisser traverser sans retenir, être ensemble sans s'emprisonner, laisser quelque chose nous survivre, 

A même la peau,,, A même le temps,,, L'amour n'appartient pas aux amants, il passe en nous comme passe le vent,  il reste un souffle, un instant ,,, ,,, ,,,

Un seuil de plus à franchir, un souvenir qui refuse de mourir, sur ce visage déchiré par le temps, le cri efface ce qu'on était avant, une photo empruntée à la mémoire, un visage immense, une étrange histoire, un trou de souris dans le décor, une petite ouverture quand tout semble mort, mais, qui regarde qui?,,, Qui se souvient de qui? ,,, Est ce le monde qui nous traverse ou le regard qui le renverse ,,,

A même la peau,,, A même le sang,,, On porte nos histoires à travers le temps, 

A même la peau,,, A même l'envie, on aime, on tombe, on se relève aussi ,,,

Que restent ils de ces amants d'hier, des souffles perdus dans la lumière, une pierre chaude, un parfum ancien, une main qui cherche encore une main, le temps nous déshabille, la mémoire part en vrille, mais derrière, chaque fissure, il reste une ouverture,  alors,,,  laisse le vent nous traverser,,, laisse la lumière nous déshabiller,,, ni possession,,, ni éternité,,, juste deux êtres qui osent s'aimer,,, ,,, 

 A même la peau,,,  A même le temps,,, On n'est que de passage, on est pourtant vivants,,, 

A même la peau,,,, Juste qu'au dernier frisson, l'amour laisse des traces que le temps n'efface pas toujours,,, Et dans ce trou, de souris, un autre monde nous sourit, un seuil de plus à franchir,,, 

A MÊME LA PEAU,,, 




accepter d’en être traversé assez longtemps pour que quelque chose demeure, non comme une image, non comme une possession, mais comme une respiration, offerte au temps, aux corps, aux amants, à ce qui fut et à ce qui vient, à même la peau.

il pense en nous comme passe le vent il reste un souffle un instant 

l'amour n'appartient pas aux amants il reste un souffle, un instant sur ce visage qui regarde qui, qui se souvient de qui est ce le monde qui le taverse, 

a même la peau à même le temps, a même l'envie, des souffles perdus dans 


 A même la peau,

30 septembre 2026

ENTRE DEUX PHRASES

Entre deux phrases

Un mot apparait, presque rien, posé sur la blancheur. Puis un autre, venu naturellement s’y joindre. La phrase se forme sans que je sache encore ce qu’elle veut dire. Elle avance avec cette hésitation propre à ce qui cherche sa forme en naissant, revenant parfois sur elle-même, déplaçant un mot, en abandonnant un autre. Je l’ai laissée faire. Il fallait peut-être accepter de ne pas savoir, de laisser l’écriture trouver son chemin avant de lui demander où elle allait,

Je cherche une présence dans l’épaisseur des mots, une justesse dans leur rapprochement. Les phrases ont leur propre mouvement. Certaines venaient trop vite, d’autres refusaient de venir. Il me semble devoir les attendre, les reprendre, les écouter presque comme on écoute une voix dont on cherche à reconnaître le timbre. Peu à peu, la page cessait d’être blanche. Une phrase appelle une autre phrase, non parce qu’elle lui obéit, mais parce qu’elle lui ouvre un passage. Même le silence devient une partie de l’écriture. Rien ne m'apparait entièrement clos,

Je me suis alors demandé pour qui j’écrivais. La question n’a toujours pas de réponse précise. Peut-être écrivais-je d’abord pour cette page, pour la faire exister . Peut-être pour moi, pour éprouver ce que les mots pouvaient encore faire naître. Mais il y avait aussi, quelque part, la présence possible d’un autre. Quelqu’un qui ouvrirait un jour cette page et qui, sans connaître ni la main ni le moment qui l’avaient écrite, y reconnaîtrait peut-être une histoire. La mienne ou la sienne. Une histoire,

Ce qui était né dans le secret d’une page devient disponible pour un autre regard. J’aime cette idée d’une écriture qui ne cherche pas à retenir. Une écriture qui ne prétend ni expliquer ni conclure, mais qui laisse derrière elle assez d’espace pour que le lecteur puisse entrer. Elle ne dit pas tout. Elle sait que certaines choses perdent leur force lorsqu’on les nomme entièrement. Elle préfère parfois l’approche à la révélation, le détour à la certitude, 

Alors la page se remplit lentement. Les mots trouvent leur place, les phrases leur cadence, les silences leur nécessité. La dernière phrase pourrait venir. Elle est là, quelque part, dans ce qui s’est déjà écrit. Mais je ne suis pas certain de vouloir la poser. Tant qu’une phrase peut encore appeler la suivante, quelque chose demeure ouvert,

La page n’est plus blanche. Elle n’est pas davantage achevée. Elle est devenue un lieu de passage, un espace où les mots se sont rencontrés, se sont perdus, puis revenus, et peut-être un jour être rencontrés par quelqu’un d’autre. Toi ou moi,

Entre deux phrases, j'ose autoriser un peu de silence. 


j'accompagne avec cette image issue de la série "Left to Their Own Fate (Odyssey)",

 "Left to their own fate (Odyssey)" est d’abord une action réalisée avec l’acteur et frère de l’artiste, Fábio Godinho, lors des trois voyages initiatiques qu’ils effectuent dans le Détroit de Gibraltar ; à Tunis, Carthage, l’île de Djerba et enfin à Trieste et en Istrie. Au cours de ces voyages, Fábio lit, en silence, la totalité des trois tomes du texte intégral de L’Odyssée d’Homère. Dès qu’il a fini de lire une page, Fábio Godinho l’arrache et l’offre à la mer. Les pages s’envolent et continuent leur voyage suivant chacune leur propre destin. Aux errances d’Ulysse répondent celles des deux frères Godinho. "Left to their own fate (Odyssey)" interroge également le présent. Par la mise en perspective de correspondances et de résonances entre récits de voyage, imaginaire et captation du réel, l’œuvre pose la question des déplacements, du retour et des allers retours.



Martin K. Speckter, qui fusionne le point d’exclamation et le point d’interrogation, afin d’exprimer une opinion personnelle, tout en laissant une place au doute et au questionnement, pour pouvoir si nécessaire réviser son point de vue… 


Le Balai des Ponctuations

Jean Marc Dallanegra Route blanche

Un ange sourd à ma demande, s'envole sans retour, un seul battement d'aile pour un livre d'histoires éternelles , 

je serai certainement dans ces nuages vaporeux, comme une plume descend, éclipsé par la brume, au delà des horizons, au milieu des ponctuations silencieuses sur la mémoire des terres vieilles, à pas comptés, dans mes pensées , 

un jour, mes anges en auront marre... rien ne les délie, (adieu) et nos yeux dans cette éternelle courbe infinie, réunis dans le rêve d'hier à aujourd'hui.... elle m'éblouit, m'aveugle l'esprit, jeux de regards...les virgules de pas de fin de phrase,,,

SOUS UNE AUTRE LUMIERE

Sous le lampadaire, la lumière s’est déposée sur le sol. Elle dessine autour de moi un cercle, imparfait, assez vaste pour y tenir debout, trop étroit pour oublier la nuit. L’air est frais. Il glisse sur la peau avec cette douceur presque indifférente des choses qui ne savent rien de nous. Au loin, quelques bruits passent. La nuit respire lentement et s’installe avec une lenteur mesurée. Je reste là. 


Quelque part, un, une autre. Devant, rien. Rien qu’un espace à traverser. Alors je fais un pas. Je ne vois pas. Je ne sais même pas encore quelle forme donner à cette présence. Il ou elle porte sans doute ses propres nuits. Des chemins dont il ou elle ne parle pas. Des portes restées entrouvertes, peut-être, je ne veux rien savoir de plus. Pas encore. Un silence. 

Presque rien... des choses que l’on cesse de porter devant soi. On les laisse à leur place, on avance. Doucement. Sans promesse.

Laisser au lendemain la possibilité de nous surprendre. Quelque part, l’autre est là, sous une autre lumière. Je relève les yeux. Le cercle de lumière n’a pas changé. La nuit demeure autour de nous, vaste, presque douce maintenant. Je ne me retourne pas. Tu es là,,,





Sous le lampadaire, la lumière dessine un cercle restreint, un espace de veille. L’air est frais, immobile, et chaque bruit parvient atténué. Je m’y tiens, attentif, laissant le monde me parvenir sans l’interrompre. La nuit s’installe avec une lenteur mesurée

Patrik Laszlo

Quelque part, un autre est là. Je ne le vois pas, mais je le pressens à travers des signes infimes : une image retenue, une parole inachevée, un silence chargé. Il porte son propre passé, ses fractures, ses élans interrompus. 

Balint Szabo

Entre nous, rien ne s’échange de manière frontale. Et pourtant, quelque chose circule. Une écoute sans voix, une disponibilité qui n’exige pas de réponse. Savoir que l’autre, ailleurs, traverse une nuit semblable, avec ses propres contours.

Charlie Egan

En moi, le passé se déploie par touches, ajusté par une respiration intérieure, virgule discrète qui maintient le lien sans refermer la phrase. Elle m’apprend à demeurer, à ne pas conclure trop vite, à laisser aux choses leur inachèvement nécessaire. 

Ryan Mcvay

Sous le lampadaire, je comprends que prendre soin ne consiste pas toujours à intervenir. Il suffit de tenir sa place, de rester présent sans envahir, d’accueillir l’autre dans sa part d’ombre comme on accueille la nuit elle-même. Deux êtres sensibles au monde, à son rythme fragile, avancent ainsi séparément, portés par une attention partagée qui n’a pas besoin d’être nommée pour exister.

Maria Budanova

Je continue, continue à écrire ainsi.

Là où les mots peuvent rencontrer la musique sans la couvrir.
Là où deux êtres sensibles peuvent s’entendre, même sans se dire grand-chose.



17 septembre 2026

C'EST COMME CA

C’est comme ça



C’est comme ça… un premier souffle, un cri, et déjà la vie nous précède. On arrive au monde sans connaître personne, 

Le portail , grand ouvert, la cloche, l’école, les copains, les copines, les voisins, les cousins, cousines, les premiers compagnons de jeu, ceux dont on jure qu’ils seront nos amis pour toujours, ceux qui nous font rire, ceux qui nous agacent, ceux que l’on suit parce qu’ils courent plus vite que nous. 

C’est comme ça, les croisements de regards, les amitiés absolues, les amours qui ressemblent à des révélations, aux désillusions . On s’attache, on se détache, on promet, on oublie, on recommence. on grandit de quelques centimètres seulement,

Un monde s’élargit, le travail, les voyages, les maisons, les enfants peut-être, les nouvelles amitiés, les habitudes que l’on croit définitives jusqu’au jour où elles ne le sont plus. Des compagnons de route pour des années, d’autres pour quelques heures, parfois quelques minutes. 

C’est comme ça, une vie passée et ces êtres qui ignorent avoir compté. Ils passent, poursuivent leur route, emportent leur visage, leur voix, leur parfum de passage, superbe inconscience qui ignore les traces laissées.

Restent les fidèles et les fugitifs, les compagnons de longue haleine et les météores, les âmes délicates et les emmerdeurs magnifiques. 

Puis viennent les départs. Nous quittons. Par nécessité, par lassitude, par désir, par amour quelquefois. parce que c'est comme çà. Des maisons changent de propriétaire, des villes deviennent des souvenirs, des chemins cessent de se croiser. Les adieux déchirent ; d’autres ressemblent à ces portes que l’on referme doucement. Et puis une chaise vide, un silence particulier, une photographie que l’on ne regarde pas tous les jours mais dont on connaît encore chaque détail. Le temps ne les efface pas. 

C’est comme ça… un jour, on regarde derrière soi. Les visages. : un parent, un enfant, un ami, un amour, un voisin, un inconnu, quelqu’un dont le nom s’est perdu. Une façon de rire. Une phrase. Une odeur. Une chanson. Une caresse. Une colère. Un geste. 

Cette multitude discrète de rencontres qui ont composé l’existence . Alors merci. Merci même à ceux dont nous aurions volontiers égaré l’adresse. 

C’est comme ça. Cette étrange chance d’avoir été là, ensemble, un moment.

Un moment seulement, dans un désordre ordinaire,,, Comme ça


J'accompagne par cette photo de Willy Ronis , 1952,  vitrine de Noël des Grands Magasins , rue Mogador à Paris : Dans l'indécision de leurs trajectoires, certains avancent, d’autres s’arrêtent, certains regardent, d’autres sont absorbés ailleurs. Les silhouettes sont floues par le mouvement. Et au milieu, quelques visages émergent comme des questions,,,

10 septembre 2026

UNE HALTE A MILLE TEMPS

 

Il arrive que le temps s'interroge,,,  qu'il m'interroge. 

Medvedev

Une halte  à mille temps : Je contemple l’aiguille osciller devant moi. Elle avance, revient, recommence, avec cette obstination tranquille des choses qui ne savent rien de nos vies. 

Longtemps, j’ai imaginé le temps comme une rivière : on y entre, on s’y laisse porter, et l’on croit reconnaître les rives jusqu’au jour où ... Mais le temps n’est peut-être ni une rivière ni une ligne. Il ressemble davantage à un espace que nous traversons, avec ses détours, ses rencontres, ses bifurcations, tout ce qui survient sans avoir été prévu et tout ce que nous faisons de ce qui survient. 

Le hasard ouvre parfois une porte sans nous demander notre avis ; la destinée, si elle existe, n’est peut-être que le nom que nous donnons après coup au chemin que nous avons choisi d’emprunter. Entre les deux, il y a notre part la plus fragile et la plus décisive : une main tendue, une parole retenue, une pierre posée à sa place, un regard qui dure une seconde de plus qu’il ne devrait. Rien de cela ne semble peser face aux années qui passent. Les villes changent, les maisons disparaissent, les empires ont depuis longtemps appris qu’ils ne sont pas éternels ; même les visages que nous pensions connaître par cœur finissent par se brouiller dans la mémoire. Nous passons notre temps à vouloir retenir ce qui s’en va, alors que vivre consiste peut-être davantage à construire avec ce qui nous est donné. Chaque instant paraît fugace. 

Je regarde encore l’aiguille. Elle continue son mouvement dérisoire et immense. Elle ne sait rien de nos commencements ni de nos fins. Elle avance seulement, et nous avec elle. Peut-être n’y a-t-il finalement ni hasard ni destinée, mais cette étrange rencontre entre ce qui arrive et ce que nous en faisons. Nous ne possédons pas le temps. Nous lui donnons des formes : une maison, un amour, une amitié, quelques mots, une œuvre imparfaite, une table autour de laquelle on a ri, un chemin parcouru deux fois parce qu’il était plus beau la seconde. Tout cela disparaîtra, peut-être, 

Alors je ris. Non parce que le temps serait une illusion, mais parce qu’il nous prend au sérieux alors que nous savons qu’il finira par tout reprendre. Il nous reste pourtant cette liberté étrange : habiter pleinement ce qui ne dure pas. Et si un jour tout devait se défaire, je voudrais croire qu’il resterait cela, non pas une victoire sur le temps, mais quelque chose de plus simple : une présence, quelques traces, des instants qui auront compté parce que nous y étions : Une halte à mille temps.

Le temps, le chemin, la rencontre, ce qui reste et ce qui continue.

08 septembre 2026

SANS DIRE

 Sans dire, 




 


Porter en soi la manière dont l'autre regardait le monde. Sans dire, le sentir. 
Un presque rien, une porte entrouverte de la pensée, le bois tiède d’un meuble, une étoffe sur une chaise, et soudain il revient habiter l’air. 
Il se devine. Il approche, demeure un instant à distance, puis se mêle à la peau, aux cheveux, au linge, à la chaleur secrète des pièces où la lumière décline ; il porte quelque chose de terrestre et de lointain, une douceur sombre traversée de résine, de poussière chaude, de forêt après la pluie, dans une seule respiration.

On ferme les yeux pour mieux sentir. Le monde s'échappe. Une odeur de pin s'envole, la pierre garde sous la paume la chaleur d’un après-midi, le sel surgit de quelque part, avec le vent ; sentir, sans le dire, le mot lui-même a quelque chose d’étrange lorsqu’il demeure assez longtemps dans la bouche. Il pourrait presque se défaire, glisser vers un autre mot, une autre absence : sans toi, sans fuir,

Sans toi… Sentir ce qui demeure lorsque les noms se sont retirés : la respiration d’un corps qui n’attend rien et reçoit pourtant le monde entier. 
Une odeur peut garder ce qu’une photographie ne sait retenir, une chaleur, une distance, le partage des silences. Elle ne restitue rien. Elle ne raconte rien. 
Laisser nos jours, nos soirs, nos nuits, ces matins, entendre une senteur, sans dire. Elle s’attarde. Elle s’éloigne.

Peut-être était-ce apprendre à sentir, sans dire. Santal, sans toi, sens toi...

la pierre au premier plan, la végétation, la vallée, puis la tour. Comme plusieurs épaisseurs de temps entre celui qui regarde et ce qui a été vécu. Une photo empruntée de la tour du Malvan de Vence


Pour moi, la photo dit presque :


Il suffit parfois de ce presque rien…








Le santal... J'ai longtemps cru qu'il dirait "sans toi". Avec les années, j'ai compris qu'il murmurait tout autre chose. Non pas sans toi... mais sens-toi. Sens la vie. Sens le vent. Sens la peau, la lumière, les arbres,,, 


Deux êtres se reconnaissent, se traversent, sans prévenir, sans avoir appris à se le dire. Ils regardent, ils habitent l'instant qui contient déjà tous les lendemains. 

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Et lorsqu'un soir tu refermeras doucement ton carnet, laisse ta main ouverte quelques instants sur la page. Tu croiras sentir une caresse. Ne retire pas ta main,,,  Je n'ai jamais aimé les adieux. Je préfère les gestes qui demeurent. Tu m'as appelée Virgule. Je crois que c'était le plus beau nom que l'on pouvait me donner,,,

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Une virgule ne retient pas la phrase. Elle lui offre simplement un souffle de plus. Alors continue,,, Marche encore. Écoute encore. Aime encore. Souris seulement. Tu n'as jamais cessé de m'embrasser chaque fois que tu regardes le monde avec cette douceur-là.

Et moi...

je n'ai jamais cessé de t'aimer dans cette manière que tu as aujourd'hui de ralentir avant de cueillir une fleur, d'écrire une rivière jusqu'au bout de son chant, ou de laisser une page blanche attendre le mot juste.

Je suis là. Pas derrière toi. Pas devant toi. Dans ce souffle léger qui sépare deux phrases, et qui leur permet de continuer.

Virgule



05 septembre 2026

MOI, Le BISON

 Moi, le bison…

Vous me regardez souvent comme une survivance du passé, une ombre des plaines, souffle sauvage échappé d’un monde que vos villes ont oublié. Pourtant, je suis peut-être davantage l’avenir que vos certitudes les plus solides.

J’ai vu les saisons naître et mourir avant vos frontières. J’ai connu les herbes hautes lorsque le vent pouvait courir des lunes entières sans rencontrer ni routes, ni clôtures, ni murs. J’ai marché en troupeaux si immenses que la terre tremblait sous nos sabots, et que les rivières, par respect, semblaient retenir leur course pour nous laisser passer. Je n’étais pas roi. Je n’avais pas besoin de l’être. J’étais à ma place.

Autour de moi vivaient les herbes, les insectes, les oiseaux, les loups, les hommes des plaines et les grands ciels d’orage. Aucun n’existait seul. Aucun ne prétendait posséder le monde. Nous appartenions tous au même rêve.

Puis vinrent les hommes pressés. Les hommes des lignes droites, des fumées noires et des cris métalliques. Les hommes qui pèsent la valeur d’un être vivant à ce qu’il rapporte ou dérange. Ils ont regardé mon peuple et n’ont vu ni force, ni mémoire, ni équilibre. Ils ont vu des peaux.
Des obstacles. Des chiffres à abattre. Alors ils ont tiré.

Alors ils ont tiré. Longtemps. Beaucoup. Jusqu’à ce que le silence remplace le grondement des troupeaux. Jusqu’à ce que la poussière avale nos traces. Ils pensaient tuer un animal. Mais chaque fois qu’un bison tombait, c’était aussi une manière ancienne d’habiter la Terre qui s’éteignait. C’était un des grands seigneurs de mes rêves qui fermait les yeux. Pourtant, me voilà encore.

Quelques-uns d’entre nous ont traversé votre folie. Quelques respirations ont suffi pour que la vie, têtue, recommence. Car la Nature possède une obstination que vos civilisations sous-estiment. Elle se souvient. Elle attend. Elle revient. Vous croyez parfois gouverner le vivant. Mais regardez mieux,,, il suffit d’une forêt laissée tranquille, d’une rivière moins contrainte, d’une poignée d’animaux épargnés pour que le monde, sans vous demander la permission, se remette à respirer.

Je n’ai jamais voulu dominer la prairie. Je la parcourais seulement avec patience. Je prenais sans épuiser. J’avançais sans tout détruire derrière moi. C’est peut-être cela qui vous trouble tant aujourd’hui. Vous vivez dans un monde qui confond souvent la puissance et la vitesse, la conquête et la sagesse, la possession et l’appartenance.

Je connais une autre vérité : ce qui dure n’est pas toujours ce qui écrase. Parfois, la véritable force consiste simplement à rester debout malgré les tempêtes. Je suis l’animal des grands espaces, du froid, de l’endurance et de la mémoire. Je suis celui qui avance face au blizzard plutôt que de lui tourner le dos. Car fuir sans cesse les tempêtes finit toujours par épuiser davantage que les traverser.

Et si je devais vous laisser une seule pensée avant de repartir vers les herbes hautes, ce serait peut-être celle-ci : La Terre n’appartient ni aux plus forts, ni aux plus intelligents, ni aux plus armés. Elle appartient provisoirement à ceux qui savent écouter le chant des grands seigneurs de leurs rêves. À ceux qui marchent sans écraser les ombres du passé. À ceux qui comprennent que le vent, un jour, emporte tout… hormis la légende.


05/26

IN SHUL IN T SLIM

 Glu cause toujours on verra après : Le diabète ? Ah, lui s’est glissé dans l’ombre, souriant derrière le rideau. Nous rions ensemble de cette embellie qui arrive, chaude, tendre, bien plus douce que n’importe quel bip.

Agne Kisionate :« j'essaie de me regarder d'en haut, comme si elle ne reflétait qu'une partie de moi, comme si j'avais encore une chance de guérir complètement. »

T Slim, tu es là, collée à moi. Slim est ton nom, slim comme ton corps qui épouse mes courbes. Tu vibres sans prévenir, jubilatoire et tyrannique : « Trop haut. Trop bas. Mange. Bouge. Dors. » Tu es ma virgule électrique, mon point-virgule charnel, celle qui ponctue mes nuits suspendues et mes journées de funambule.

Tu parles un langage que personne n'enseigne : celui des chiffres, des flèches et des frissons. Tu fredonnes ton étrange litanie : In Shul In… In Shul In… Tu calcules. Dexcom observe. L'insuline s'élance. Elle quitte ton ventre de plastique, traverse la tubulure, franchit le cathéter, disparaît sous ma peau et s'abandonne à mon sang comme une voyageuse qui connaît déjà le chemin.

Je ne suis ni ton maître, ni ton patient. Je suis ton partenaire. Tous les trois jours, je renouvelle notre pacte. Je change le cathéter avec la précision d'un horloger, je chasse la moindre bulle d'air comme on chasse un mauvais présage, je nettoie ton écran, je caresse presque ta coque avant de te rendre à mon flanc. Qui soigne qui ? La question demeure.

Tu me connais jusque dans mes écarts. Tu souris lorsque je crois t'avoir déjouée. Tu attends, silencieuse, que le glucose grimpe un peu trop haut. Alors tu entrouvres l'écluse. Une fraction d'unité suffit parfois. L'insuline s'échappe, discrète, invisible, négociatrice infatigable entre mes cellules et mes désirs.

Hypoglycémie. Le monde se dérobe d'un demi-ton. Mes jambes oublient leur métier, mes mains deviennent étrangères, ma pensée flotte comme une montgolfière qui aurait rompu son câble. Je te cherche aussitôt. Non parce que je suis dépendant de toi, mais parce que nous avons appris la même danse. Hypnotique. Hypoglycémique. Une chorégraphie où chacun connaît son pas sans jamais être certain de la musique.

Parfois, c'est l'inverse. Hyper... Slim. Mon sang se fait plus dense, mes lèvres réclament l'eau comme un désert réclame la pluie. Les chiffres s'emballent, les flèches se redressent avec l'arrogance des sommets. Tu réfléchis avant d'agir. Tu calcules encore. Tu hésites presque. Tu n'es pas une machine parfaite ; tu es une intelligence prudente qui dialogue avec un corps délicieusement imprévisible.

Puis vient le grand rendez-vous. Tous les six mois, le diabétologue ouvre son écran. Les courbes apparaissent, majestueuses, avec leurs ascensions, leurs plongeons, leurs repentirs. Il lit des statistiques. Moi, je revois une sortie à vélo, une nuit interrompue par un bip, un repas partagé, une promenade trop longue, un fou rire, une hypoglycémie cachée derrière un sourire. Il contemple des données. J'habite leur histoire.

Au creux de mon souffle, il y a vous trois : Dexcom qui veille, T Slim qui décide, l'insuline qui voyage. Moi, je ne fais qu'essayer de suivre le mouvement avec assez de lucidité pour ne jamais oublier que vivre n'est pas corriger une glycémie, mais accepter qu'un corps demeure toujours un peu plus poète que ses algorithmes.

Je soupçonne T Slim de croire qu'elle me maintient en vie. Je la laisse penser. Après tout, moi aussi, j'ai parfois besoin qu'elle se sente utile.