10 mars 2026

,,, VIRGULE ,,, EXODUS

INTEMPORELLE : d’une beauté rare, exaltante sans ostentation, sauvage parce qu’elle ne s’excusait pas d’exister, sage parce qu’elle savait écouter ce qui tremble.

Solitude Philippe Lebeau

Une virgule. Une simple virgule dans la phrase du temps,,, 

Il arrive que la vie nous accorde un éclat de temps suspendu, un intervalle rare où deux existences se rencontrent et se reconnaissent avant même que le monde n’ait le temps de s’y habituer. Ce fut cela. Une présence, et déjà la respiration du monde changeait. Rien n’était prévu, rien n’était écrit, pourtant une porte intérieure s’était ouverte sans bruit,,,   virgule, et nous patientions,,, attendant le passage du temps et le miracle de nos regards,,,

Virgule,,, Ce nom, ce mot contenait à lui seul une manière d’être au monde : pause et mouvement à la fois, respiration et continuité. Une promesse de phrase qui ne se ferme pas. Elle, elle portait cette légèreté attentive qui fait que la vie, soudain, semble plus vaste, une longue phrase suspendue,,, 

Une ballade de signes et de sens,,,  qui se cherchent,,,  qui se répondent. Elle, elle parfumait un poème sans point final, où chaque virgule devenait un souffle d’été, chaque point-virgule un frisson d’aube, chaque deux-points l’annonce d’un possible. Le point final n’existait pas pour elle. Illusion grammaticale dans la grande phrase du temps,,,

Le vent tourne les pages; Le nôtre l’a fait trop tôt, très fort. Une rafale, un tourbillon imprévisible avait traversé le livre,,, notre livre,,, Certains souvenirs ressemblent à des cicatrices douces : une trace d’encre sous la peau,,, le temps déplace, et dépose les instants d'une éternité, dans un pli secret de la mémoire,,, peut-être a-t-il perdu la gomme quelque part dans la poussière dorée d’un été ancien, dans la douceur d’une présence devenue absence,,, 

Je ne la nomme presque plus. Elle n’a pas besoin d’être appelée. Elle existe dans cette virgule, silencieuse,  qui surgit parfois au détour d’un regard, d’un parfum, d’une lumière d’après-midi. Une présence discrète qui n’exige rien, ne réclame rien, respiration fidèle ,,, vivante, mouvante, presque charnelle dans sa manière de revenir. Le monde extérieur devient ce miroir inattendu d'un monde intime ,,,

Je me souviens de cela : un regard entrevu, soutenu un instant, et soudain la respiration d'un monde qui bascule. Du je. Du toi. Vers ce nous fragile et immense, il me reste cette phrase qu’elle répétait avec un sourire calme, elle en connaissait déjà la vérité secrète : « Ne mets pas de point… laisse la phrase respirer. » 

virgule,  





D’une beauté rare, sauvage parce qu’elle ne s’excusait pas d’exister, sage parce qu’elle savait déjà écouter ce qui tremble. Elle disait que la virgule est un signe du vivant, qu’elle ne ferme rien, qu’elle relie, qu’elle laisse passer le souffle. Elle répétait souvent : ne mets pas de point, laisse la phrase respirer.


"Rien n’était prévu, rien n’était écrit, pourtant une porte intérieure s’était entrouverte sans bruit ,,, d'où jaillit tous les possibles ,,,

Elle a croisé mon regard et a fait le pas vers le "nous",,,

Rien n’attendait. Un regard seulement; entrevu, soutenu, et le monde a changé de respiration,,, du je, ,,, de toi, ,,, à nous ,,, nous ,,, entre eux ,,, la sensualité naquit comme une source, eau douce et claire, évidence du rapprochement. Nous patientons, chacun attendant le passage du temps et le miracle de nos regards."

Leurs mains apprirent la géographie de l’autre. Une nuque inclinée, un souffle retenu, une épaule effleurée, et déjà la peau devenait langage. Ils s’approchaient pour reconnaître et dans cet espace ténu, le silence avait la densité d’une promesse sans parole. Ces instants avaient la durée du monde ,,, leur monde ,,, une phrase ample, sans ponctuation finale. Ils habitaient le présent avec l’insouciance des êtres qui ne doutent d'aucun lendemain.

Un jour, un après l'amour, ce qui devait être, à ce soir, à demain, fut interrompu, union naissante ,,, brisée ,,, point virgule ,,, sans visage, sans justice, une phrase coupée en plein souffle, dans un silence trop vaste,,,

L’amour ainsi rompu ne disparaît pas ; La mémoire n’en garde pas les faits, mais les intensités. Le temps, dans sa lenteur obstinée, ne vient pas effacer. Il déplace. Il dépose sur la brûlure une douceur inattendue. Ce qui fut une plaie devient une note grave dans la musique des jours. Les amants ne vieillissent pas : ils demeurent à jamais dans leur élan premier, intacts et suspendus, reconnaissance d'une liaison que la durée n’aurait pas rendue plus vraie, entière dans sa brièveté.

Peut-être est-ce cela, ne pas chercher à refermer la phrase. Laisser la rencontre demeurer dans sa forme inachevée, sans point final ,,, pour en révéler la fragilité précieuse ,,,

"ne mets pas de point, laisse la phrase respirer,,,". 

" pas de point, respirer,,,"

un éclat de temps suspendu, un intervalle rare où deux vies se sont rencontrées et reconnues avant même que le monde n’ait le loisir de s’y habituer.






Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire