"Certaines routes s’effacent des cartes. D’autres persistent sous la peau. C’est une trace, un coup de frein, une sensualité douce, où la mécanique, le mouvement et les courbes deviennent une chorégraphie . Le souvenir d’un moment vécu pleinement : une rencontre, un âge, une intensité. Un rêve entrevu dans la pensée, une manière de redonner un instant de route, une présence préservée. Elle, elle ne cherchait pas à impressionner. Elle habitait la route.
Ne retiens pas. Respire,
Des cheveux m’effleurent, parfum inflammable, désir décent, plaisir des sens. Ils se lancent sur la route comme deux battements d’un même cœur. Abandon absolu. Sur la corniche de Nice, une route ne sépare pas la roche de la mer ; elle relie dans une tension continue, sur un fil tendu entre deux absolus. C’est là que les motards s’élancent, s’éprouvent, se prouvent. Ils roulent pour sentir.
Dans cet accord, la douceur surgit. Le plaisir des sens…La route déroule ses courbes, phrase ou partition : chaque accélération élargit le monde intérieur, chaque ralentissement l’approfondit. La corniche serpente entre la roche et la mer. Le soleil décline. Peu importe. Ce qui demeure, est cette sensation intacte : avoir été, un jour, entièrement présent. Avoir senti la chaleur d’une peau, la précision de corps partagés.
Certaines routes s’effacent des cartes. D’autres persistent sous la peau. Il suffit d’une inclinaison retrouvée. Sur la corniche de Nice, nous étions deux. Deux, elle et moi et pourtant elle semblait déjà appartenir à une lumière plus vaste. C’était tout elle, d’une beauté rare, qui ne demandait rien, n’exigeait aucun regard, et qui pourtant attirait la lumière. Sauvage, parce qu’elle ne s’excusait jamais d’exister. Sage, parce qu’elle savait écouter ce qui tremble, chez les autres et peut-être en elle-même. Elle guidait avec cette assurance tranquille de ceux qui ne cherchent pas à impressionner. Elle ne forçait rien. Elle habitait la route. Le monde se déroulait. Grisés par le vent, blottis, nos corps s’accordaient sans effort. Elle penchait, et je suivais le mouvement. Je sentais dans son dos la confiance qu’elle m’accordait, et dans mes bras la responsabilité de ne pas rompre cet équilibre. La route devenait un fil tendu entre la mer et le ciel. Respire,
Elle avait raison : Il y a des êtres qui passent comme des comètes. Ils ne restent pas longtemps. Mais ils modifient à jamais la trajectoire, réapparaissent… dans certaines courbes, dans certains silences, dans la respiration,
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