La comédie des aiguilles
Ah, remettre les aiguilles dans leur folie saisonnière, danse imposée où l’on prétend faire mentir nos horloges deux fois l’an. Elles s’en amusent plus qu’elles ne s’en offusquent : depuis un demi siècle, nous les poussons en avant au printemps, comme pour deviner l’été, puis nous les retenons à l’automne, comme pour retenir la lumière. Organisation du temps ? Non. Travestissement élégant, tentative maladroite de dompter l’indomptable.
« Je me plie, je décale, j’obéis à vos décisions humaines, » murmure l’horloge, fidèle en apparence. Mais au fond, elle sait bien que ce mouvement n’est qu’un jeu de dupes, un vertige auto-imposé pour croire, l’espace d’un instant, que l’on dialogue avec le soleil, que l’on négocie avec l’aube et le crépuscule. Pourtant, quelque part, un coq persiste à chanter sans jamais se soucier de vos ajustements, vérité vivante, souveraine et moqueuse, que vous n’osez contredire.
Pendant que vous avancez mes aiguilles d’une heure, avec ce sérieux solennel, je sens vos corps hésiter, vos sommeils se troubler, vos rythmes se désaccorder. Preuve intime que le temps vécu ne se laisse pas déplacer aussi facilement que les chiffres. Vous continuez à vivre, à aimer, à attendre, qu’il soit une heure de plus ou de moins, et je deviens alors moins une mesure qu’un théâtre discret, où se joue votre désir de maîtrise et votre incapacité délicieuse à y parvenir.
Je ne gagne ni ne perds jamais une heure. Je ne fais que vous observer, vous qui tentez de la déplacer avec ce sérieux touchant, à chaque pas que vous posez, TIC, TAC, trottinant sur le sillon de la vie.
« Nous prétendons souvent maîtriser ce que nous ne faisons que contourner. »
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