Ligne de crête
Je ne le connaissais pas. Pas vraiment. Nous avions échangé, simplement, comme parlent ceux qui fréquentent les mêmes lisières sans habiter les mêmes mondes.
Moi, je posais des fils. Des limites traversées de courant, pour tenir à distance ce qui pouvait prendre. Des brebis à protéger, un territoire à contenir. Dans les Pyrénées, l’ours passait parfois. Discret. Mesuré. Nous dormions malgré tout, derrière l’enclos, dans cette illusion maîtrisée d’un équilibre possible. Lui refusait cela. Lui, se nommait Timothy Treadwell.
Aucune barrière. Aucun retrait. Il parlait de protection, mais c’était une autre forme. Une présence offerte, sans médiation, comme s’il fallait se donner entièrement pour être accepté.
Il n’était pas seul. Elle était là, à ses côtés. Elle l’avait rejoint. Amy avait croisé, compris peut-être, ou voulu croire avec lui. Je me suis souvent demandé ce qu’elle voyait. Un homme libre ? Un homme juste ? Lui mettait en scène sa vie dans la nature sauvage, allant même jusqu’à ne montrer qu’à deux reprises seulement la personne avec qui il a passé son dernier été dans la réserve, Amy Huguenard, pour renforcer cette image de l’homme solitaire au coeur de la nature.
Je me souviens de cette certitude chez lui. Pas une arrogance. Plutôt une foi. Une manière de croire que le monde sauvage pouvait reconnaître en lui autre chose qu’un homme. Je ne savais pas quoi en penser. Je savais seulement que, pour nous, il y avait toujours un fil. Fragile, mais en place. Lui vivait sans ce fil.
Je me demande ce qui les a conduits là. Ce n’est pas seulement l’ours. Peut-être une ligne à franchir, sans retour. Eux sont entrés dans le labyrinthe des ours, là , où disparait le langage commun. Seulement des présences, des forces qui ne négocient pas.
Cette baie reculée d’Alaska, dans le Katmai, Kaflia Bay, reste un lieu sans passage, sans retrait possible, où les ours ne partagent rien et où la saison resserre tout. Là, au bord de l’hiver, quand la faim rend les corps plus urgents, plus tranchants. La mort du héros est enregistrée mais sans images, le bouchon de la caméra n'étant pas ôté. Seul Werner Herzog écoute cette bande qu’il demande à une amie de Treadwell de détruire immédiatement. La mort devient tabou.
Werner Herzog a regardé leurs images. Il les a assemblées, écoutées, contenues dans un film. Il a tenté de comprendre ce qui, chez lui, relevait de l’amour, et ce qui déjà glissait vers autre chose. Une forme d’oubli peut-être. Ou de désir d’effacement.
Où se situe la limite ... dans cette approche avec l'animal sans cesser d’être soi ? Ils avaient installé leur campement là, au cœur même du territoire des ours, sans protection, comme il le faisait depuis des années, mais cette fois dans une zone plus exposée, où les animaux étaient plus imprévisibles. C'était un jour du d'octobre 2003...
Né en 1957 sous le nom de Tim Dexter, Timothy Treadwell a grandi dans le New Jersey. Après le lycée, il déménage en Californie où il jongle entre des emplois de barman et de serveur. C’est là que débute son addiction à l’alcool et à la drogue, jusqu’à une overdose de cocaïne et d'héroïne en 1980 qui l’amènera, à la sortie de l’hôpital, à se réinventer. Direction le parc de national de Katmai en Alaska, où il s’essaie avec difficulté au camping, arrivant à peine à planter sa tente. Ses premières tentatives d’approche avec les ours tournent court : sans eau, et après avoir vu son campement attaqué, il est secouru par une équipe du National Geographic. Mais au fur et à mesure, l’homme est plus téméraire, au point d’agacer le personnel du parc par son manque de précautions (pas de protection en cas d’attaque).
Timothy Treadwell aime s’inventer des vies, tantôt Australien, tantôt jeune Anglais ayant grandi dans un orphelinat. Avec ses cheveux blonds peroxydés et son look de surfeur, il est à la fois une figure attachante et risible, comme le montre très bien le documentaire de Werner Herzog.
Persuadé d’avoir une connexion particulière avec les grizzlis, il n’hésite pas à les toucher, à leur donner des surnoms (Cupcake, Mr Chocolate) ou à leur faire des grandes déclarations d’amour. Un lien qui était réel, soulignait le journaliste Ned Zeman dans un article pour Vanity Fair, se souvenant d’une scène où certaines mères ours déposaient leurs petits à ses pieds. Impliqué dans la défense des animaux, Timothy Treadwell fonde l’association Grizzly People, qui compte au rang de ses fans des célébrités comme Leonardo DiCaprio ou Pierce Brosnan. Il collabore avec la télévision, entre documentaires et apparitions dans des talk-shows, animé par un désir d’être reconnu. Une passion renforcée par sa rencontre avec Amie Huguenard, assistante médicale, qui l’a rejoint dans ses aventures après avoir lu son livre Among Grizzlies
Dans Grizzly Man, le plus grand apport fictionnel se trouve dans l’être concerné par le film : Treadwell, car celui-ci est un cinéaste, et c’est ainsi que ke On le voit refaire des prises, reprendre ses monologues ou simplement faire plusieurs plans de lui descendant une pente, toujours habillé différemment. Il mettait en scène sa vie dans la nature sauvage, allant même jusqu’à ne montrer qu’à deux reprises seulement la personne avec qui il a passé son dernier été dans la réserve, Amy Huguenard, pour renforcer cette image de l’homme solitaire contre ou au coeur de la nature.
C’est si beau la nature. Il n’y a que ça de vrai, pas vrai ?
Nous avons partagé, quelque peu échangé, amoureux du monde sauvage, en recherche de la découverte de nos "frères" que nous voulions égaux... Surpris de l'entendre lui, qui se vante de son campement sans aucune protection... J'ai découvert le livre avant de le comprendre dans cet univers que peu de personnes partagent!
Le pilote qui devait rejoindre Amy et Tim s'est sauvé devant les dents du grizzly... eux ont été retrouvés, déchiquetés. La caméra de Tim a enregistré la bande son... fin d'une ballade dans la Nature, si belle, si cruelle. Tim , frère des ours?
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rw 06/23 - 04/25






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