BOOMERANGS, objets de jeu, vecteurs de conséquence.
un essai qui ne parle pas seulement de responsabilité, mais de retour inévitable, de cohérence morale de l’univers, de l’impossibilité d’échapper à ce que l’on met en mouvement avec en toile de fond la consolation collective dans la catastrophe.
Un mot, une décision, un silence. Nous les projetons avec l’assurance tranquille de ceux qui croient que le monde absorbera le choc. Les boomerangs que nous lançons avec une élégance feinte, persuadés qu’ils décriront une courbe docile, reviennent chargés de mémoires. Ils traversent l’air avec une fidélité implacable et nous atteignent avec cette brutalité intime propre aux conséquences longtemps différées. Rien ne disparaît, tout accomplit son arc.
Quelque chose me rassure pourtant : si nous allons droit vers le mur, je ne serai pas seul à en éprouver la violence,,, Comme une consolation obscure pour une chute partagée, fraternité involontaire dans l’impact annoncé.
Nos actes, sous couvert d’ordonner le réel, l’entament. À vouloir corriger le monde, nous le fragilisons. A vouloir sécuriser l’avenir, nous appauvrissons le présent. La réalité ne disparaît pas, mais s’altère lentement, comme une matière trop manipulée,,,. Un peu plus ou un peu moins, pensons-nous, et l’infime déplacement suffit à modifier l’équilibre. Les profits, moraux, symboliques ou matériels, trouvent toujours le chemin de ceux qui n’en manquaient pas, tandis que d'autres héritent des débris, de la poussière des décisions prises sans eux.
Nous avançons sans recul véritable, enveloppés d’une lucidité qui relève davantage de l’orgueil que de la clairvoyance. Il n’y a plus d’alibi ; seules des justifications polies, des récits soigneusement ajustés à notre confort intérieur. Pendant que nous débattons des principes, la mâchoire du loup se referme lentement, non dans un cri, mais dans une pression tiède et progressive, presque imperceptible,,, le piège ayant appris la douceur afin de mieux assurer sa prise.
Dans la Gueule du Loup, de Daniel Hourde aux Pont des Arts ou de l'Amour, Paris
Alors demeure la question, nue et persistante : que faisons-nous des restes ? Des fragments d’idéaux qui résistent encore, des lambeaux de dignité, des parcelles de désir qui palpitent malgré la fatigue collective ? Que faire de ce qu’il nous reste, de ces certitudes effondrées sous leur propre poids ?
Chute d'un Empire de Godefroid Thierry
Peut-être faut-il cesser de prétendre maîtriser la trajectoire et consentir à regarder l’impact en face. Non pour s’y résigner, mais pour reconnaître, dans la brûlure même, une vérité plus dérangeante: celle qui ne s’abrite ni derrière le nombre ni derrière la fatalité. Car si nous tombons ensemble, il ne tient qu’à nous que la chute soit simple écrasement ou commencement d’une lucidité plus âpre, plus responsable,,,
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