Shine on, aidant invisible.
Tu veilles dans un monde qui dort, non par grandeur mais par devoir intérieur, et ta lumière n’éclaire que ce qui doit l’être, jamais toi-même.
Reconnaître l’aidant, ce serait enfin admettre qu’il travaille, sans badge, sans salaire, sans pause, dans une continuité que rien n’interrompt. Ce travail-là n’est pas visible, mais total : il engage le corps, l’esprit, les nerfs, le cœur.
L’aidant est là sans compter, auprès d’un enfant, d’un parent, d’un conjoint, tenant le fragile quand tout vacille. Et pourtant, il est souvent montré du doigt, réduit à une absence, résumé à cette phrase violente, lancée sans mesurer son poids : « Toi, tu ne travailles plus ». Comme si la présence était un vide. Comme si veiller jour et nuit, organiser, anticiper, porter, réparer, n’avait aucune valeur. Il y a cet enfant, dont les besoins ne connaissent ni délai ni répit, et autour de lui une famille qui fait ce qu’elle peut, souvent seule, pendant que l’aide se concentre sur les institutions, les structures, les dispositifs, laissant ceux qui tiennent réellement la vie apprendre à se débrouiller avec presque rien.
Alors l’aidant vit et survit en même temps. Il vit par amour, par loyauté, par nécessité. Il survit par épuisement, par économie de soi, par silence. Les renoncements s’accumulent : travail abandonné, ressources fragilisées, santé repoussée à plus tard, relations qui s’effacent. Rien de spectaculaire, tout de durable.
Cette réalité n’est pas une exception malheureuse, elle est devenue une norme discrète, une solidarité privée qui colmate les failles d’un système qui s’en remet à elle sans jamais la reconnaître pleinement. Tant que ce travail restera nié, tant que la présence continuelle de l’aidant sera suspectée plutôt que soutenue, c’est une violence sociale qui se perpétuera, infligée à ceux qui, par compassion, par amour, par humanité, tiennent debout ce que la société ne regarde plus.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire