Le droit français donne un pouvoir trop large aux autorités pour interdire des manifestations dès qu’elles estiment que celle-ci est de nature à troubler l’ordre public.
FAIM D’ANNÉES et SOLIDARITE
Ce qui se passe aujourd’hui n’est pas une crise passagère. C’est une rupture. La démocratie existe encore sur le papier, mais dans la vie réelle, elle s’efface. Tu votes, puis tu disparais. Le pouvoir continue, blindé par des normes, des experts, des discours qui expliquent pourquoi tu n’as plus ton mot à dire.
On dit que bloquer dérange. Mais ce qui dérange vraiment, c’est que la misère, devenue silencieuse, se montre enfin. Ce qui inquiète, ce n’est pas la colère isolée. C’est la convergence. Le moment où chacun comprend que son problème n’est pas individuel, mais structurel. Le moment où les colères cessent d’être compartimentées.
Chacun a ses contradictions, chacun ses luttes. Mais comment rester indifférent au sort de ses voisins ? La démocratie est un outil. Elle doit être défendue, réorientée. Pas pour rêver d’un monde parfait, mais pour modifier aujourd’hui le système, le vote, la Constitution, et revoir les pouvoirs confiés à ceux à qui nous avons donné notre voix.
Decazeville ils étaient 15 000...année 60
Nous ne demandons plus. Nous pouvons exiger.
Ne plus se taire. Ne plus attendre. Ne plus oublier. AHOU.
Hier, il y avait les ronds-points, des lieux sans prestige devenus seuils du visible, des citoyens ordinaires ont offert leurs corps et leurs voix pour rendre perceptible ce que le système persistait à tenir hors champ, ils ont été gazés, brisés, ignorés,
aujourd’hui ce sont d’autres paysages qui portent cette charge, les champs, les routes, des étendues ouvertes où les agriculteurs se tiennent seuls sur la place, seuls à bloquer, seuls à porter une colère patiente, épaisse, qui dépasse leurs propres vies et devrait pourtant être celle de tous,
tandis que les manifestations se réduisent à des interludes, quelques images prélevées dans le flot continu de l’information avant de se dissoudre, laissant intacte cette invisibilité persistante où se joue, loin des écrans, le quotidien réel de chacun
La manifestation encadrée, canalisée, contenue, neutralisée cesse peu à peu d’être une liberté pleine, elle devient un droit sous conditions, un espace toléré tant qu’il ne trouble pas trop le bel ordre des choses, plus la répression est visible, organisée, dissuasive, plus la solidarité ordinaire se retire, non par indifférence mais par peur, fatigue, isolement, qui ose encore se tenir là, corps nu face à l’uniforme, face à la matraque symbolique ou réelle, face au récit qui disqualifie avant même d’écouter.
FAIM D’ANNÉES,
Il arrive que l’on nomme crise ce qui relève d’une fracture lente, patiente, inscrite dans les corps avant de l’être dans les mots, et ce jour-là la fracture se rassemble, elle marche, elle se tient debout au milieu des routes,
la démocratie n’est plus un principe abstrait mais une présence fragile, visible, vulnérable, portée par des pas, des visages, des mains levées sans arme autre que la persistance, ici les manifestants ne réclament pas l’excès, ils réclament d’être comptés, ils avancent avec ce mélange de fatigue et de dignité que l’on reconnaît à ceux qui ont trop longtemps tenu seuls,
leurs voix ne cherchent pas à couvrir le monde mais à y trouver place, et dans le bruit des slogans, des moteurs coupés, des pas sur l’asphalte, se glisse une autre langue, plus profonde, celle des existences comprimées qui refusent de disparaître, certains parlent peu, d’autres crient, d’autres encore se taisent mais leur silence pèse, lourd de journées entières où rien n’a été entendu,
ici personne ne bloque par plaisir, on bloque pour être enfin vu, pour ralentir un ordre qui passe trop vite sur les vies, pour dire que derrière les chiffres il y a des corps, derrière les normes il y a des visages, derrière les décisions il y a des lendemains qui ne tiennent plus, et l’on sait que l’on dérange, on le sait trop bien, mais ce qui dérange vraiment c’est cette vérité mise à nu, cette misère qui sort des marges assignées, qui s’expose au grand jour, forçant chacun à regarder, à reconnaître, à ne plus détourner les yeux,
car regarder en face devient déjà un acte, penser à deux mains pour demain devient une nécessité, et la solidarité citoyenne commence peut-être ici, dans ce refus discret de laisser seuls ceux qui se tiennent encore debout, ceux qui sont aujourd’hui dans la rue non par goût du désordre mais parce que c’est parfois le dernier espace où l’on peut encore exister avant de disparaître,
les manifestants deviennent alors des seuils humains, des points de tension où le collectif se souvient de lui-même, ils défient moins l’ordre que l’oubli, moins l’autorité que l’effacement, ils savent que leurs paroles peuvent être disqualifiées, leurs gestes réduits, leurs intentions caricaturées, ils savent le risque d’être bâillonnés par le récit dominant, mais ils tiennent, simplement, par présence, par nombre, par souffle partagé,
et dans cette tenue fragile se joue quelque chose de plus vaste qu’une revendication, une mémoire commune qui se redresse, une phrase collective qui refuse de se clore, car tant que des femmes et des hommes osent se placer là, entre le passage et l’arrêt, entre la loi et la vie, entre la peur et la dignité, la démocratie respire encore, imparfaitement, douloureusement, mais réellement, et cette respiration, même entravée, même menacée, demeure un hommage vivant à celles et ceux qui marchent, qui bloquent, qui tiennent, non pour rompre le monde mais pour lui rappeler qu’ils y existent, et que nous existons avec eux, virgule,
AHOU !
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