ANCRE-AGE
Martin Colognoli
L’Ancre noire, sur une page blanche.
Kraftwerk The Robots
Trace. Revient à la ligne. Sans cap.
Je surprends la plume, envolée de maux, et déjà, l’encre me tient : sombre, lourde, poisseuse, vase des âges, boue des mémoires. L’ancre cicatrice les souvenirs.
Chaque mot que je dessine s’enfonce. Chaque souvenir pèse un peu plus. L’ancre descend, râcle le fond, accroche des pierres figées, des visages que je ne sais plus nommer. L’ancre cicatrice les souvenirs.
Je m’use à la tirer. L’ancre cicatrice les souvenirs.
Sous le pont, l’eau s’écoule,froide, tranquille, implacable.
Elle charrie des morceaux de moi : des rires, des promesses, des illusions dissoutes. Je regarde. J’entends le bruit de tout ce que j’ai laissé filer. L’ancre cicatrice les souvenirs.
Le tumulte ne parle pas : Il avale , Il polit, Il se moque. L’ancre cicatrice les souvenirs.
Et ces idées, noircies, idées noires, glissent, se perdent, dans cet infini qu’on n’ose pas regarder, de peur d’y plonger. L’ancre cicatrice les souvenirs.
L’ancre refuse de céder. Elle s’enfonce dans la boue de mes doutes. Chaque tentative de la lever me rappelle ma fuite. Plus je tire, plus elle arrache. Plus je lutte, plus elle recrache. L’ancre cicatrice les souvenirs.
kraftwerk the robots, i'm your servant...i'm your worker
Chaque mot que je pose me retient au fond. Chaque virgule, une chaîne. Chaque phrase, un poids. Je tire encore. Je racle. Je saigne. L’ancre cicatrice les souvenirs.
Le métal gémit comme une bête. Sous le pont, l’eau continue sa marche, emportant les restes d'un passé, les mots trop lourds, les maux trop vieux. L’ancre cicatrice les souvenirs.
je regarde, sans savoir si je lève l’ancre ou si c’est elle qui m’absorbe, virgule du temps, accrochée à une phrase sans fin. L’ancre cicatrice les souvenirs.
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