25 juin 2026

VLO VAE


Un secte ?


Longtemps, j’ai hésité à en parler. Qui croirait un homme de soixante-neuf ans parcourant seul les routes du Haut-Béarn sur un vélo électrique allemand, convaincu qu’une présence discrète accompagne chacun de ses trajets sans jamais se laisser saisir complètement ? Pourtant les faits se répètent, avec une constance qui finit par remplacer l’explication,,,

Vent de face : ils sont là. Vent dans le dos : ils sont là. Montée lente, respiration courte, jambes lourdes : ils sont là. Descente rapide, impression de liberté : ils sont encore là. Toujours de face. Toujours,,,

Je traverse un pays calme en apparence. Les coteaux s’étirent sous une lumière lente. Les gaves glissent entre les pierres. Les champs ondulent sans urgence. Le matin respire une humidité douce, presque tendre. Tout semble vouloir rassurer. Ils sont là,,, 

Dans cet équilibre apparent, quelque chose insiste. Quelque chose se déplace avec moi. Ils ne paraissent pas suivre le hasard. ls traversent des volumes d’air considérables pour converger vers un point unique. La mienne. Ils ne cherchent pas le paysage. Ils me traversent,,,

Mon visage devient point de passage, repère fixe dans un monde mouvant. Le nez d’abord, trop visible pour être innocent. Les joues ensuite, surfaces d’impact. Les oreilles, zones de passage dont je ne comprends pas encore la logique. Et parfois, la bouche, surtout dans l’effort, comme si même le souffle devait être corrigé. Ils sont partout,,,

J’ai adapté. Casque ventilé. Erreur. L’air circule trop bien. Trop librement. Ce qui entre ne ressort pas toujours selon les règles prévues. Lunettes miroir. Nouvelle erreur. Le reflet ne les détourne pas. Il confirme leur trajectoire. Vêtements colorés. Erreur ancienne. Je comprends aujourd’hui que je n’étais pas visible par accident. J’étais visible par design. Il y a même des moments où certains disparaissent après l’impact. Je les sens, puis plus rien. Plus tard, une sensation étrange, comme un rappel discret, sous la matière du tissu. Je m’arrête. Je vérifie. Je trouve parfois ce qui reste. Ils me voient ,,,

Sans explication. Sans logique apparente. Alors je repars. Les routes deviennent chemins. Les collines changent de forme selon la lumière. Le monde reste beau, étrangement intact, comme si rien ne devait être interrompu. Et moi aussi je continue. Parce qu’il n’y a rien d’autre à faire que rouler dans ce qui reste compréhensible,,,

Je ne sais pas ce qu’ils veulent. Mais je constate leur persistance. Et parfois, dans les longues lignes droites où le vent devient presque silencieux, il me semble comprendre quelque chose de plus dérangeant encore : ils ne viennent pas vers moi. 

Eux dans leur logique invisible. Moi dans ma trajectoire imparfaite,,, Il n’y a pas de preuve. Pas de conclusion. Une sensation persistante d’être observé par quelque chose qui ne se laisse pas nommer. Je les ai vus. Ils sont là,,, Et depuis, rien n’a changé,,, et ils me voient, me croisent,,, Mais pourquoi sont ils tous à contre sens,,, ,,, ,,,





 



Le monde continue son vacarme volubile.

Je navigue doucement, respire doucement, virgule du temps, souvenir discret, et tout murmure… comme d’habitude. Je pédale dans ma tête…




Parfum inflammable, bascule dans des forêts dépouillées, montées et descentes, courbes aventureuses,,, passer de l'ombre à la lumière,
Dans l’air mouvant, qui se moque, qui rit, entre ce qui brûle en moi et ce qui l’attise.
“Je m’habille du mouvement” avec une relation au corps, au contact, à la peau. Je porte le mouvement, ou lui, me porte... avec ce dépouillement préalable : pour s’habiller, il faut d’abord se défaire de quelque chose ,,,
Le vent me l’a confié, lettre après lettre, tandis que je gravissais la côte. Le souffle court, je croyais lutter contre la pente. J’apprenais. La route s’élève comme une phrase exigeante. Chaque battement de cœur, une ponctuation vive, ardente. Seulement une montée, nue, offerte. Et moi, traversé par une volonté plus ancienne. Je m’accordais.
Le souffle mesure. Il arrache l’orgueil inutile, polit l’effort jusqu’à le rendre juste. Il me contraint à habiter mon propre rythme, je ne suis plus celui qui monte. Je suis ce qui monte. Puis vient la crête. Un seuil fragile où tout pourrait basculer, chute ou envol, crispation ou abandon. L’espace se suspend une seconde... Je me laisse écrire par la pente inverse.
La descente s’ouvre, l’air murmure à l’oreille une vérité simple, l’harmonie n’est pas l’absence de tension, mais un consentement réciproque. Les courbes surgissent, et le corps les accueille sans débat. Inclinaison, relâchement, souffle retenu, offert. La vitesse est une confiance. Je ne domine rien. La route se déploie, ruban vivant.
Ce n’est pas l’ivresse qui m’emporte, mais une lucidité brûlante. Être là, ,, Entre ce qui brûle en moi ,,, ce qui l’attise.




Retour harnaché sur les traversées de Narbé à Aramits, çà te parle? En la forêt de Gouloume m’en allai, non point pour quête d’anneau, mais pour dompter la pente et le souffle court. Les troncs s’y dressent comme antiques gardiens, murmurant des secrets en langue de mousse. Sous leurs ombres fraîches, je ne suis plus cycliste grisonnant, mais voyageur minuscule au pays des racines torses et des lumières obliques. Je guette presque un hobbit rieur ou quelque créature chuchotante tapissant les fougères. La route y serpente comme un sentier d’aventure, et mon destrier d’aluminium flamboyant grince plus que noble monture. Point d’anneau à détruire, seulement la gravité à défier, et cette joie un peu folle qui me pousse plus loin que la raison. En Gouloume, je ne vieillis pas : je chemine, et cela suffit




Dix kilomètres ? Et je trouve le rythme, le souffle accordé. Une douceur qui surprend, qui ouvre les visages, 25 ° et la route éblouit ,,,
Le soleil pose sur les collines une clarté presque irréelle pour une fin février. Sortie de virage monticule, une tour, vestige discret du château d'Esquiule, là, entre une stabulation, et quelques maisons elle ne revendique rien, pas de panache, pas d’explication. Simple présence verticale dans l’air lumineux, elle semble respirer elle aussi, mêlant à la douceur des parfums une odeur minérale, sèche, poussiéreuse. Le vent tourne autour , je repars, les montées deviennent secondaires. Je suis,



Février 26

Aujourd'hui plein soleil mais hier, hier,,, Hier, j’ai roulé sous la pluie jusqu’à ne plus savoir si l’eau venait du ciel ou de moi. Mon VAE, c'est un vélo, il faut pédaler, avançait dans le vent, obstiné, et moi avec lui, offert aux quelques rafales, celles du côté, là, lavé . Quand j’ai atteint le lavoir, au bord du gave, je n’étais plus qu’un corps trempé. Les vêtements collaient , la nuque ruisselait, Le silence a eu la densité de l’eau. Sous l’abri de pierre, j’ai senti le poids de mes vêtements, le froid entrer doucement, mais aussi cette intensité rare : être vivant jusque dans l’inconfort. Le gave passait large et sombre, charriant sa propre rumeur. Il ne me regardait pas, il n’avait pas besoin. J’étais là, mais étrangement accordé au monde. La pierre exhalait une odeur de mousse ancienne, le vent séchait peu à peu ma veste, et sous le froid naissait une chaleur plus intérieure, plus secrète. Je me suis surpris à aimer cette vulnérabilité. Être mouillé, exposé, réduit à la sensation pure. Sous venir d'un temps de montagne,,, Ce n’était pas un abri contre la pluie. C’était une pause dans le mouvement. Un rappel que l’existence ne se vit pas à l’abri des intempéries, mais dans la manière dont on les traverse. Je me retrouvais.





Janvier 26
Nous sommes partis sans programme, simplement parce que l’envie était là, celle de sortir, de rouler, de laisser la journée nous prendre comme elle venait. Le dimanche s’est ouvert sans résistance, et la route a fait le reste. Les vélos ont trouvé leur cadence, ça montait, ça descendait, des vallons s’enchaînaient, et nous avancions en nous guettant, sans jamais nous jauger. Parfois côte à côte, parfois l’un derrière l’autre, un sourire suffisait, un regard, et tout continuait. Il n’y avait rien à prouver, rien à expliquer. Le rythme se réglait de lui-même, dans l’attente naturelle quand l’un ralentissait, dans l’élan tranquille quand l’autre relançait. On sentait que l’essentiel passait par là, dans cette attention silencieuse, dans cette manière d’être présent sans occuper toute la place. Les paysages défilaient sans chercher à impressionner, les kilomètres s’ajoutaient sans qu’on les compte vraiment. Le corps faisait son travail, et l’air semblait remettre un peu d’ordre là où tout s’était emmêlé. Puis est venu le moment de se séparer, sans solennité, avec ce salut simple qui contient beaucoup. Chacun est rentré vers sa maison, vers les siens, le cœur un peu plus léger, reconnaissant pour ce temps partagé, pour cette présence offerte sans condition, en sachant qu’il y aura d’autres routes, d’autres paysages, et que parfois, être simplement là, ensemble, suffit,,,


DEC 25

Ce matin , le soleil s'est réveillé et moi donc...re flexion et je roule. Sans boussole, sans trophée au bout du guidon. La roue tourne, hamster convaincu et moi avec, hypnotisé par ces cercles obstinés qui font tout pour me déconcentrer. Hypnose ,,, Pas de médaille à l’arrivée. Pas d’ange au sommet, y aller et des pensées lucides. Je passe face nord, qui serre la route comme une mâchoire discrète. L’air est déjà tiède, la lumière s'est faite la malle, chaque respiration coûte un peu plus cher que la précédente. Je bave sur les crêtes comme un escargot en crise métaphysique, version estivale : lent, brillant de sueur tiède, vaguement inquiet de sa propre persistance. Le cœur tambourine. Le souffle court. Le regard plonge vers la vallée : elle appelle ou elle se moque , en été, la différence est subtile. et là, oui là, la bascule. Versant sud. Soleil plein cadre, indécent. Au fond, garder l’équilibre devient déjà une victoire. pas un chat, personne sinon des fougères agiles, le corps se déplie, la philosophie renaît, l’effort trouve enfin une logique provisoire. et c'est la descente, elle tarde, elle arrive, le vent siffle , public imaginaire mais sincère. Les freins hurlent à l’injustice mécanique. 65.7 km/h, Je suis le fou! Héros de quelques kilomètres, avec une poignée d’air dans les poumons et perdu quelques certitudes. Escot, Marie Blanque, puis Bourdalat, Hourquiau, Escot Lurbe-Eysus, Soeix, Oloron, maison., décrocher le linge, limonade, nuages de spéculoos Pas de gloire. Pas de miracle. Juste une boucle, du chaud, du soleil, et cette sensation discrète ,,, aller, avancer,,,

12/25 - 07/26

Nous sommes partis sans raison autre que l’envie, un dimanche ouvert comme un chemin de terre. Les vélos chargés de silence, les mains posées sur le guidon comme sur une promesse simple : avancer ensemble. Le sentier montait, rugueux, honnête, il demandait des jambes, du souffle, un peu d’abandon. Le soleil faisait son travail, lent, précis, sans commentaire. L’eau du gave roulait en contrebas, claire, obstinée, fidèle à sa pente. Les bois traversés ne jugeaient pas, ils laissaient passer nos roues, nos voix rares, nos respirations accordées. Il y avait ce temps offert, précieux justement parce qu’il n’était pas prévu, un temps qui ne se marchande pas. Pas besoin de parler de métier, ni de raisons, ni même de fatigue. Tout se disait autrement : dans le rythme partagé, dans l’attente naturelle quand l’un ralentit, dans l’élan quand l’autre relance. Rouler à deux, c’est apprendre la mesure, ni devant, ni derrière, juste à côté. C’est accepter que le chemin fasse son œuvre, qu’il lime les angles, qu’il rapproche sans discours. Alors merci, simplement. Merci pour cette journée donnée sans compter, pour la route acceptée telle qu’elle venait, pour le soleil, l’eau, les arbres, et cette façon discrète d’être là,,, Nous avons roulé,

DEC 25



C'est après manger,,, Départ en vélo. Il fait froid. froid. Le genre de froid où ton visage se dit : « Vraiment ? On fait ça ? » Mais le soleil brille, et ça suffit pour que je me prenne pour un cycliste professionnel… pendant au moins quelques minutes.
Direction Issor. Tout va bien, mes jambes tournent, mon cerveau aussi , mais moins vite. Arrivé là, choix cornélien : descente de Giroune ou gorge de Lourdios ? Je décide de laisser le destin choisir. Le destin choisit la gorge. Le destin est taquin. La gorge est magnifique, mais je sens qu’un arbre me regarde bizarrement. Pas le temps de réagir : il essaie carrément de se jeter sur moi. Je suppose que c’était un arbre carnivore. Arrivée triomphale au village, je me demande : demi-tour ? Et puis je sens… quelque chose. Le col de Lie. Il me regarde. Il me juge. Je n’ai pas le choix : il faut l’affronter. Je pars à l’assaut. Au bout de vingt mètres, je regrette tout. Au bout de cinquante mètres, mes jambes entament une grève illimitée. Mais j’avance quand même, parce que l’orgueil est un moteur très puissant. Le sommet ? Une ambiance digne d’un film d’horreur : sombre, silencieux, le soleil parti fumer une clope derrière une montagne. Je ne fais pas le malin : je dégage avant de finir congelé sur place, statue commémorative du Cycliste Trop Motivé. La descente sur Arette : 50 km/h. Le vent me fouette la face comme si j’avais insulté sa mère. Les larmes coulent toutes seules, mais pas d’émotion, juste de la physique. Retour sur la route principale : des voitures pressées, et moi aussi , mais de rentrer. Je survie l’expérience, miracle. Enfin la maison. Enfin la douche chaude. Après cinquante kilomètres de folie, ma tête est pleine… et mes jambes sont officiellement mortes. Paix à leur âme.




 

Sous-Bois , j'aime m'y perdre et écouter observer ce monde qui se découvre, je roule je marche je glisse et la forêt m'enlace. Les pas s'enfoncent dans cette terre humide, la mousse se plie, le vent filtre. Souffle sur la nuque, qui m'enserre, comme une main, tendre, jamais retenue. Des êtres m'observent, géants sortis de l'argile et de la pierre, les branches s'inclinent, caressent, et l'air se charge de parfums de sève, feuilles mêlées, séchées, je glisse , chaque détour est un secret, chaque courbe une invitation.

NOV 25



Cirque en  roues libres
La pluie me réveille comme un tambour.
Cà frappe...sur des bassines de plastik!
Je monte sur mon vélo,
équilibriste du matin,
clown en imperméable,
prêt pour un numéro .
Oloron ouvre ses rideaux  :
gravillons farceurs, trottoirs glissants,
bus qui s’avancent comme des éléphants distraits.
Je zigzague, je m’incline,
acrobat co(s)mique sur mon trapèze roulant.
Les flaques me lancent des défis,
les lampadaires m’applaudissent à contrejour.
Sur mon épaule,
Ma Virgule se pose, légère,
petit poids de douceur
qui équilibre mes maladresses.
Elle murmure :
« Garde ton souffle… et amuse-les un peu. »
Sainte-Croix devient rampe d’accès au ciel,
les gravillons ricanent,
et je me hisse comme un funambule essoufflé.
En bas, Notre-Dame éclabousse :
enfants en cabrioles, parapluies en duel,
la ville entière improvise un numéro de cirque
plein de gestes brusques et de tendresse maladroite.
Au rond-point, je vire comme un acrobate
faisant mine de maîtriser la figure.
Les voitures valsent autour de moi,
et je roule sur mon fil mouillé,
aussi fragile qu’un souffle.
La Virgule, lovée contre mon cou,
riant presque, me murmure : « Tu tiens bon…
et c’est beau, vu d’ici. »
Je rentre trempé mais debout,
funambule de fortune,
rêveur sur deux roues,
soutenu par une main minuscule
que personne ne voit.
La ville brille encore de pluie,
et moi je continue doucement,
souriant, sur mon fil invisible
qui mène toujours quelque part.

′′ Le vélo est la mort lente de la planète ".
Un banquier a fait réfléchir les économistes quand il a déclaré : ′′ Un cycliste est une catastrophe pour l'économie du pays : il n'achète pas de voitures et n'emprunte pas d'argent pour l'acheter. Il ne paie pas les polices d'assurance. N'achète pas de carburant, ne paie pas pour la révision et les réparations nécessaires de la voiture. N 'utilise pas de parking payant. Il ne provoque pas d'accidents majeurs. Ne nécessite pas d'autoroutes multiples. Il ne devient pas obèse. Les gens en bonne santé ne sont pas nécessaires ou utiles à l'économie. Ils n'achètent pas de médicaments, ils ne vont pas dans les hôpitaux ou chez les médecins, ils n'ajoutent rien au PIB du pays.
Tandis que chaque nouveau magasin McDonald' s crée au moins : 30 emplois, dont 10 cardiologues, 10 dentistes, 10 experts en régime alimentaire et nutritionnistes, ainsi que les personnes qui travaillent dans le magasin lui-même, évidemment ".
Choisissez donc avec attention : un vélo ou un Mc Donald ?
Ça vaut la peine d'y penser...
PS : marcher c'est encore pire car les piétons n'achètent même pas de vélo !


Saucède ....
Un petit chemin mène à la rivière, l'Auronce. Le sol y est souple, la lumière y danse en éclats mouvants. Passage préservé, presque caché, la végétation, foisonnante, effleure la peau : feuilles fraîches, herbes hautes, parfums d’humus et de sève mêlés aux feuilles de figuier.
Atmosphère vibrante, l’Auronce apparaît soudain, dans un écrin de verdure humide et chaude, quasi luxuriante , feuillus et palmiers...
Saucède se révèle alors non pas comme un village, mais comme une sensation, invitation à la découverte...discrète...



Béarn. De petites routes sans prestige, des pistes agricoles, des voies forestières, des sentes discrètes que l'on découvre souvent en cédant à une impulsion. Elles serpentent à l'écart du monde pressé, relient les villages, longent un cours d'eau, disparaissent derrière une haie avant de réapparaître au détour d'une colline. Certains cyclistes poursuivent la vitesse, d'autres la technique, d'autres encore la performance pure. Je les admire sincèrement. Mais je me reconnais davantage dans une autre famille : celle du curieux. J'aime les routes, les chemins, les pistes et les détours. Quitter le flux principal. Échapper aux itinéraires imposés. Voir ce qui se cache derrière un bois, au fond d'une vallée ou après un virage . J'aime entendre le paysage se raconter. Je préfère souvent le chemin qui hésite au trajet qui promet. Le vélo est un merveilleux prétexte à cette curiosité. Il permet d'aller assez lentement pour voir, mais suffisamment vite pour découvrir. Il autorise l'imprévu : une vieille ferme endormie dans les coteaux, l'ombre d'un portail entrouvert, une source cachée sous les fougères, une lumière d'orage glissant sur les champs de maïs. Rien d'extraordinaire peut-être, mais c'est ce qui donne sa saveur à une journée. J'ai parfois l'impression que les dieux des coteaux s'amusent à mes dépens. Ils observent ce pédaleur juché sur son VAE aux batteries généreuses et lui soufflent des idées dont ils connaissent parfaitement l'issue. Car le véritable piège n'est jamais le chemin. C'est cette certitude absurde qui me pousse à vouloir savoir ce qui se cache derrière le prochain virage.


JUIN 26

Géographie de l’erreur,
L’homme qui descendait trop facilement
Ce jour-là, sur la route de Saucède, je cherchais un raccourci vers "le moulin". Enfin, je ne cherchais pas vraiment : je croyais savoir. Nuance essentielle. Le chemin apparaît, bord de route mais discret, prometteur, marqué de traces de vélo. La preuve irréfutable qu’un autre inconscient était passé avant moi. Je m’engage.
Les premiers mètres sont charmants, herbe haute, quelques ornières de tracteur.... Puis le sentier disparaît pour un champ fraîchement travaillé d’où émergent des plants de maïs disciplinés comme une armée miniature. Le moulin a disparu, mais la route, elle, reste visible à cinquante mètres à peine, derrière un fossé. Une formalité, pense encore l’imbécile optimiste qui pédale dans ma tête. Je descends donc dans le champ.
Et immédiatement, à ma droite, le fossé commence à grandir. Rigole, tranchée, ravin, puis véritable fracture géologique envahie de ronces et de broussailles. La route me regarde désormais depuis l’autre côté.
J’arrive au bord de rien, sans issue. Seulement un gouffre végétal parfaitement incompatible avec un vélo de 30 kg alimenté au lithium et mes ambitions d’aventurier rural. Je me retourne alors vers la pente que je viens de descendre avec tant d’insouciance. Vue d’en haut, elle semblait douce. Vue d’en bas, elle prend des airs d’Himalaya agricole. Je tente malgré tout. Les pneus patinent aussitôt dans cette terre poudreuse. Le vélo refuse toute coopération. Nous devenons deux formes distinctes de découragement mécanique. Alors je pousse. Sous trente degrés. Lentement.
Chaque pas s’enfonce dans la terre meuble. La sueur me coule dans les yeux. Je pense soudain à tous ces grands découvreurs perdus au bout du monde. Eux aussi ont dû connaître ce moment précis où l’aventure cesse d’être glorieuse pour devenir simplement pénible. Le moment où l’homme comprend qu’il est trop loin pour continuer,
Après tout, il faut bien quelques erreurs magnifiques pour empêcher une vie de devenir parfaitement droite.

AVRIL 26


Ces chemins qui n’en finissent pas, et je choisis toujours les traverses. Des sentiers incertains, ceux qui semblent ne mener nulle part, ou peut-être partout. Le vélo avance, fidèle, et moi je pousse sans carte ni boussole : se perdre est parfois la seule manière de se retrouver. Le gravier chante sous les roues. Puis la terre, piste ancienne, collante, bordée de noisetiers, ils effleurent mes épaules et vérifient mon passage, personne, nulle trace au sol. Je m’enfonce plus loin, là où la terre cède, où l’herbe s’incline doucement sous mon poids. Je ne sais pas où cela me mène, aucune importance. Une prairie large sur le côté, immobile pièce d'un puzzle. Arrêt . Un cheval y broute, indifférent à ma présence. Je lui confie ma question muette, ni direction, ni signe. Son silence vaut réponse. Le vent parle dans les herbes, les ombres glissent sur le sol. Puis, au loin, des moteurs. La forêt cède, les troncs tombent, emportés ailleurs. Je passe sous les aubépines. Leurs épines accrochent mes vêtements, leurs fleurs tombent sur moi comme une bénédiction florale et sauvage. Je ne sais toujours pas où je vais. Entre égarement et découverte. Les sentiers oubliés ne guident pas, ils accueillent. Pierres, flaques, détours : tout y est brut, sans détour. Et c’est exactement là que je dois être. J'aime. La forêt respire. Même blessée, elle vit. Même entaillée, elle persiste. Le bruit du grumier s’efface. Le cheval n’est plus là. Il ne reste que le sentier, un morceau de ciel entre les branches, être à la fois nulle part et profondément chez soi. Je me laisse porter. J’agrandis mon monde. Puis la piste réapparaît, elle me mènera quelque part , là où je dois être : on ne se perd jamais vraiment. On se découvre. Je jette un dernier regard, au cheval absent, à la forêt encore vivante. Demain ...

OCT 25




Montée aux portes de la vallée d’Aspe, une version du pédalage entre deux crêtes et trois soupirs...
Je roule, sans boussole ni gloire au bout du guidon. La roue tourne, fidèle hamster de métal, et moi avec, hypnotisé par ce cercle parfait qui imagine avoir un but. Pas de médaille à l’arrivée. Pas d’ange chantant au sommet. Seulement moi, dégoulinant de philosophie et de sueur, dans un ordre incertain. Je grimpe, je bave sur des crêtes comme un escargot en crise existentielle. Le souffle court, le cœur tambourine, regard tourné vers la vallée qui m’appelle ou me nargue, difficile à dire. Puis vient la descente : le vent siffle dans mes oreilles, public imaginaire, les freins crient à l’injustice mécanique, et moi, héros éphémère, je file vers la civilisation, j'ai gagné une poignée d’air, avancer, au fond, c’est déjà une belle manière de garder l'équilibre. Repris depuis Escot Marie Blanque AR et Bourdalat , Hourquiau, Lurbe Eysus Soeix Oloron Maison

SEPT 25

Le Passage de Goulome à Bugalaran et plus
La route m'entraine comme une invitation, mais mon vélo assisté ce R M des temps modernes, chantonne en m’emmenant , en réalité, je souffre tout de même et le Bois de Goulome m’avale. Les hêtres s’arquent en une cathédrale verte, les fougères sortent des talus et me mordent les jambes, l’air sent l'automne ...Je n’arrête pas, je transpire!.
Encore un coup de pédale et j'arrive dans le monde, la clarté....
Les Pyrénées, alignées comme une armée de géants endormis, les sommets dressés en roi couronné et les côteaux où se dessinent des fermes perdues, accrochées sur des assiettes instables. Je reste là, le souffle coupé, à me demander si Frodon a vu ça, lui aussi, avant le Mordor.
La descente vers Aramits est une chute libre. Le vent hurle dans les oreilles, les virages sont des dragonnes que je domine (à peine), je freine, et les toits de pierre du village, là-bas, brillent comme les trésors de la Comté. Je ris, ivresse pure, juste la pente, le guidon, et cette certitude : j’ai traversé un monde aujourd’hui.
Sur la route Oloron Esquile, Narbé, Aramits, Arette , Col de Lie Lourdios, Issor, Giroune, Aramits, Oloron et c'est tout....c'est bien
Même le héros a besoin de magie....




SEPT 25

Escapade rapide? un grand coup de tonnerre la terre craque, je tremble! A retrouver la lumière, enseveli dans la pénombre Cris et hurlements, le vent. Le ciel semble vouloir m'enrouler 60 km sur Oloron, Lucq, Vieille ségure, Ogenne Lay, Préchacq Orin , Moumour et douche à l'arrivée mais à la maison


SEPT 25
Le bonheur, est de me perdre par les côteaux du Béarn, de découvrir le Pays basque au détour d’un virage. Des montées qui brûlent, des descentes qui libèrent,
Et cette certitude : je ne m'en lasse pas
Des ruisseaux qui murmurent, le vent qui accompagne., des haltes surprises...


Retour sur Lucq, son église, son abbaye, aujourd'hui habitée, et les vestiges de la tour et des remparts...
La Tour Creuse et l’Escalier dans l'Ombre
Dans la tour adossée à l’église, le vide murmure, souffle d’autrefois.
Là où l’escalier, jadis en colimaçon, te portait vers le ciel comme un serpent de pierre,
Aujourd’hui, il n’est plus qu’un rêve évanoui, vertige du silence où dansent les échos.
Les marches ont chuté, digérées par le temps, je perçois des pas incertains, le grincement fantôme des moines disparus, des pas qui montent, qui descendent sans fin, portant des prières perdues dans le vent.
Le Soleil, Messager des Anciens
Depuis la place, l’ombre et la lumière se côtoient, le soleil perce l’ogive,
Un rayon d’or fendant la pierre comme un signe, une flèche de lumière dictant le destin.
L’abbaye se souvient… Elle chuchote des noms.: les murs lépreux, rongés par les siècles et les guerres, gardent en leur sein des secrets plus lourds que la pierre : le rire des moines, les chants des vendangeurs, les cris de soldats, la fureur des flammes.
Le soleil, complice, interroge, peut-être un trésor caché sous les dalles froides, ou l’âme errante d’un moine qui attend, depuis des siècles, qu’on lui rende hommage.
L’Abbaye – Saint-Vincent de Lucq
Née dans la brume des années mille, elle régna sur les vignes et les champs dorés, sur les troupeaux paisibles, sur les chants du soir.
En brisant les vitraux et défiant les murs saints, vint le temps des larmes, le temps des épées, foulant les croix, dispersant les reliques.
Le cloître s’effondra, et les moines dispersés, l’église gémit emportant le dernier souffle de gloire, laissant les pierres subir leur abandon.
L’Appel de la Pierre
Aujourd’hui, si tu franchis le seuil brisé, si ta main se pose sur la pierre tiède, se baigne à l'entrée, tu sentiras battre le cœur de l’abbaye, un rythme lent, presque humain, presque vivant.
Les temps anciens attendent que soit allumé une bougie, qu'une pensée se souvienne .
Et si le soleil, encore, te caresse l’épaule, touche les murs, écoute, entends…


Quand l'écho des collines surprend et se suspend dans les jambes, au détour, une mante religieuse gardienne des lieux ; Les crêtes dessinent le profil de la route... quand l’horizon se plie et se déploie comme une invitation ! Oloron, Giroune, Issor, Lourdios… des noms qui résonnent comme des promesses d’évasion, les jambes commencent à négocier avec la tête. Un final reposant, la rivière serpente à ma droite, tumulte confus d'une mélodie préservée...



vivre et partager des paysages neufs, rencontrer, s'arrêter et partager à nouveau et puis il y a des matins où la lumière filtre à travers les branches, des routes qui serpentent vers l’inconnu, je le vis comme une invitation à écrire une histoire.





SOLEIL de plomb 
Je suis reparti tôt ce matin sur de nouveaux sentiers mystérieux et sinueux, mais en plaine cette fois...
Après avoir à nouveau visité de nouveaux sentiers embusqués, j'ai découvert une plage, nichée le long du gave étincelant. Mais un sortilège végétal semblait protéger ce lieu magique...
A vrai dire, je reconnais cet endroit., je m'envole vers l'autre rive.
A peine sorti du bois, c'est une plage, quelques galets certes mais du sable:  
J'y ai laissé mes vêtements , me suis avancé dans l'eau cristalline, tel un Robertson  en quête de liberté. Le courant semble doux,  apportant une fraîcheur revigorante, mais gare tout de même, méfiance, et prudence....le fond attire en certains endroits alors que tu te laisses porter, chaque vague murmure des secrets anciens.
En  cet instant magique, la nature me chuchote des mots d'encouragement et de félicité. Si les fées existent, elles dansaient autour de moi, et les esprits de la forêt me saluaient depuis les  rives, comme pour me souhaiter bienvenue dans leur univers...
  


AOUT 25
Je suis parti vers 8 heures, plein d’entrain, pour une aventure vers le mythique Bourdalat et le non moins célèbre quartier Hourquiau d’Escot. Vous connaissez!
Mais voilà, arrivé à Lurbe, tout a commencé à ressembler à un épisode des "Shadoks" : j’ai croisé le chemin Budalat. Confusion totale, Bourdalat, Budalat...mais avec l’audace d’un explorateur, je m’engage !
Après une dizaine d’allers-retours dans des chemins qui semblaient tout droit sortis d’un film d’horreur végétal, me voilà ressorti avec mon vélo, tel un chevalier des temps modernes, à travers des fourrés de ronces qui ont décidé de goûter à mes jambes. Un vrai festin pour les épines, calvaire du pierrier, à se croire naviguer dans un rut sans eau, et çà monte!!!, non plutôt en regardant le chemin parcouru, je me sens obligé d'aller de l'avant...
Mais ce n’était pas fini ! Me fiant à mon instinct (qui, visiblement, avait décidé de faire une sieste), j’ai distingué mon but sur une crête voisine. Me voilà reparti dans des chemins qui montaient, qui descendaient, qui faisaient des loopings. J’ai même fait demi-tour si souvent que j’ai commencé à me demander si je n’étais pas dans un manège....déjà près de 20 km hasardeux, çà compte...
Et puis, miracle ! J’ai rencontré deux petits cochons. Que leur dire ? "Bonjour, pourriez-vous m’indiquer le chemin ?" Non, ils semblaient plus intéressés par leur petit-déjeuner que par mes problèmes d’orientation.
Mais la surprise du jour m’attendait : une fumée s’élevait d’un bosquet. Une jeune personne, amatrice de plantes aromatiques, sortie de nulle part, le rêve, quoi, a pris pitié de moi et m’a expliqué, avec une patience d’ange, la somme de mes erreurs. Grâce à elle, j’ai pu retrouver le chemin goudronné de la vallée et mener à bien mon expédition vers le Bourdalat ! par la route qui indique la destination...en gros, retour à la case départ....
Et c'est reparti pour une grimpette conséquente sur un chemin certes étroit mais à la découverte de paysages sauvages, c'est beau.
Papotage avec Anabelle que je n'ai pas vu depuis 97... sur le bord de route...descente de route du col de Marie Blanque, à près de 60 65, mais pas 70 .....folie
Retour par le macadam, avec Bruno, maire de Sarrance, sympa...
   


 
Je roulais au travers d'une terre aride, ,,parmi des plantes sans mémoire. La montagne se dressait au loin,,, ombre recherchée. Derrière,,, ma trace s'effaçait,,,et je restais envahi de ce parfum...


DE L'EAU de là haut
La nature silencieuse s'inquiète,
Elle ne dit rien
Les ruisseaux murmurent, clapotent...
La plante ne dit rien. L’oiseau se tait. Que dire?
Cette douleur est seule au monde, quoi qu’on veuille.
Elle n’est pas celle des autres, 
La plante a son mal qu’ignore sa voisine.
Et le mal de l’oiseau, l’autre oiseau, lui n’en sait rien...
Je  bois l'eau qui s'enfuit,
Un appel à la pluie.
Quelques nuages pourraient entendre,
Et Laisser tomber une douce caresse.



Entre le gave et les coteaux
L'après-midi s'étend, chaude et dorée,
Je cherche l'ombre, la fraîcheur des eaux,
Et longe le gave
Un chemin là sur la gauche m'appelle,
Je m'y engage, où mène t il?.
Découverte du bosquet , éclaircie, fraicheur des eaux

 
 

Découverte du bosquet , éclaircie, fraicheur des eaux

C'est tout beau et impressionnant à la fois de prendre la mesure du gave... aujourd'hui, clair et accueillant et parfois colérique, charriant sa masse de galets....certains passages sont plus que tumultueux, prudence...

 

Entre gaves et coteaux 

    
Entre deux eaux

Il faisait déjà trop chaud pour avoir de bonnes idées. C'est précisément dans ces conditions que naissent les meilleures. 
À six heures du matin, je quittai donc les routes raisonnables pour  retrouver le gave. La pénombre enveloppait encore les berges. Le sentier longeait l'eau entre des orties courbées par les passages, des fougères hautes comme des confidences et des bosquets où l'ombre semblait avoir décidé de s'installer pour la journée. Le gave, lui, poursuivait son métier avec une application admirable : courir, chanter, polir les galets et rappeler aux hommes qu'ils prennent décidément tout beaucoup trop au sérieux. On parle souvent du bruit de l'eau. C'est une injustice. Le gave ne fait pas de bruit. Il raconte. Il murmure aux saules, discute avec les pierres, rit dans les petits rapides et s'accorde parfois quelques silences dans les vasques profondes. 
Impossible de lui résister. Une plage de galets, quelques rayons de soleil filtrant à travers les feuillages... voilà une invitation que je serai bien imprudent de refuser. J'abandonnai mon Vélo à l'ombre, comme on confie un vieux cheval fidèle à un arbre bienveillant, puis je me laissai glisser dans cette eau vive qui effaça d'un seul coup la chaleur de la veille, la poussière des chemins et les kilomètres déjà parcourus. Pendant quelques instants, je retrouvai quelque chose de l'enfant qui croyait que les rivières avaient été inventées uniquement pour lui. 
Le problème n'est jamais d'entrer dans l'eau. Le problème commence toujours lorsqu'il faut en sortir. L'eau vous rend léger. Le soleil, lui, vous attend patiemment sur la rive avec ses trente degrés bien tassés, le goudron qui se ramollit et ses longues côtes béarnaises dont personne n'a jamais réussi à diminuer la pente. Les batteries étaient fraîches. Le cycliste beaucoup moins.
Je repris pourtant la route entre Saucède, Préchacq et Navarrenx, redevenu, en quelques kilomètres, aussi ruisselant qu'au sortir du gave. Il existe décidément des efforts qui ne servent qu'à retrouver le plaisir de recommencer. 




Oloron Lucq et ses coteaux, Vieilleségure Navarrenx, Préchacq et la maison pour un périple de 91 km entre route, chemins et allers retours....super



 


Une promenade, perdu dans la campagne pas loin de Lucq de Béarn, au milieu des champs et personne....Sauf cette table d'orientation ExtraTerrestre.
Du Gabizos à l’Anie en passant par le pic du Midi d’Ossau,le pic d’Orhy et enfin la Rhune qui plonge dans l’Océan. Une halte, donc, à la table d'orientation de M. Magendie, sculpteur de Pau, il me semble, qui trône sur la commune d'Ogenne Camptort







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