22 juin 2026

PLANETE BLEUE

Les cartes météorologiques ressemblent désormais à des alertes incendie permanentes. Rouge. Rouge foncé. Rouge inquiétant. Rouge « tout va bien, circulez ». Dans les écoles, les enfants apprennent la géographie dans des salles à plus de 35 degrés. Une immersion pédagogique dans les climats futurs. L'Éducation nationale appelle cela l'adaptation.

Les arbres se parent d'automne en plein été. Les rivières rétrécissent. Les oiseaux se taisent. Le vivant semble avoir lu les rapports scientifiques avant les décideurs. Quant à moi, je me baignais dans le gave un 29 mai. La vie est belle. Il paraît même qu'il faut profiter du beau temps.

Et nous ? Nous achetons des ventilateurs. Puis des climatiseurs. Puis des climatiseurs plus gros. Puis des climatiseurs intelligents capables d'optimiser la consommation énergétique des climatiseurs destinés à compenser les effets d'un réchauffement aggravé, entre autres, par la consommation énergétique des climatiseurs,,, Il faut reconnaître à notre espèce un talent particulier : celui de construire des solutions qui deviennent lentement une partie du problème qu'elles prétendent résoudre. Enfin, en France, nous avons la chance de posséder une énergie parfaitement maîtrisée. Les centrales sont là pour nous rassurer. Les déchets ?  un détail. Les générations futures adorent recevoir des colis dont elles n'ont jamais passé commande.

Quelqu'un demande parfois si le Soleil se serait rapproché de la Terre. La question paraît absurde. Pourtant, elle l'est moins qu'une civilisation capable de prévoir les éclipses mille ans à l'avance mais incapable d'anticiper qu'une planète ne peut être exploitée comme une carrière à ciel ouvert sans conséquences. Nous savons calculer la trajectoire des astéroïdes. Nous avons davantage de difficultés avec celle de nos propres décisions. En revanche, nous dépensons des fortunes pour chercher de l'eau sur Mars pendant que nous asséchons tranquillement celle que nous avons sous les pieds.

Mais rassurons-nous : l'anticipation existe encore. La preuve, nous prévoyons un nouveau porte-avions nucléaire. Les écoles suffoquent, les hôpitaux surchauffent, les forêts brûlent et les nappes phréatiques s'épuisent. Certes. Mais si la canicule décide d'attaquer par la mer, nous serons prêts.

Il faut reconnaître une certaine cohérence philosophique à notre époque. Nous traitons les symptômes comme des ennemis militaires et les causes comme des partenaires économiques. La planète chauffe ; les discours, eux, refroidissent, sous clim'.

Le plus étrange n'est pas la catastrophe. Le plus étrange est notre capacité à la regarder arriver en débattant du coefficient thermique des rideaux occultants, de la performance énergétique des volets connectés ou de la couleur réglementaire des parasols.


La maison brûle. Nous comparons les catalogues. Alors la question demeure. Tu la veux comment, ta planète ? Bleue ? Ou à point ?








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