À 17 ans, René Dumont était pour moi une référence. 
Bien plus qu’un candidat écologiste, il incarnait une conscience libre, capable de regarder loin devant et de poser cette question qui demeure d’une brûlante actualité : « Avons-nous le droit de jouer sur des paris l’avenir de l’humanité ? »
Premier candidat écologiste à l’élection présidentielle de 1974, René Dumont fut l’un des premiers à alerter l’opinion publique sur les limites de la croissance économique, le gaspillage des ressources naturelles, les inégalités mondiales et les conséquences d’un développement fondé sur la consommation sans fin. À une époque où ces sujets semblaient marginaux, il dénonçait déjà ce qu’il appelait la « religion de la croissance ».
Agronome de terrain, profondément marqué par son expérience en Afrique et en Asie, il comprit progressivement que la Terre n’était pas un réservoir inépuisable. Il pressentit également que l’accumulation du dioxyde de carbone dans l’atmosphère constituait une menace majeure. Sur ce point, sa clairvoyance apparaît aujourd’hui remarquable.
Les bouleversements climatiques actuels lui donnent largement raison. Le réchauffement global provoque des canicules plus fréquentes et plus intenses, des sécheresses prolongées, des incendies géants, des inondations dévastatrices et une fonte accélérée des glaciers. Les océans se réchauffent, le niveau des mers s’élève et la biodiversité s’effondre à un rythme inquiétant. Ce que Dumont entrevoyait comme un risque est devenu une réalité observable sur tous les continents.
Sa pensée n’était pourtant pas exempte de contradictions. Fasciné par certains modèles de développement du tiers-monde, notamment la Chine maoïste, il sous-estima les dérives autoritaires de ces régimes. Son appel à des mesures coercitives concernant la natalité ou les modes de vie apparaît aujourd’hui discutable. Mais à cette époque je ne l'avais pas entrevu...
Demeure l’essentiel : René Dumont avait compris avant beaucoup d’autres que la crise écologique n’était pas seulement une question scientifique ou technique. Elle engage notre responsabilité collective, notre rapport à la consommation, à la solidarité et au long terme. Il nous rappelait que l’humanité ne pouvait pas continuer à vivre comme si les ressources étaient infinies et les conséquences sans importance.
Plus de cinquante ans après son célèbre pull-over rouge et son verre d’eau brandi à la télévision pour dénoncer les risques de pénurie, ses prédictions ne relèvent plus de l’utopie. Elles nous apparaissent aujourd’hui comme l’avertissement lucide d’un homme qui avait vu venir une partie du monde dans lequel nous vivons désormais.



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