“Je m’habille du mouvement” avec une relation au corps, au contact, à la peau. Je porte le mouvement, ou lui, me porte... avec ce dépouillement préalable : pour s’habiller, il faut d’abord se défaire de quelque chose ,,,
Le vent me l’a confié, lettre après lettre, tandis que je gravissais la côte. Le souffle court, je croyais lutter contre la pente. J’apprenais. La route s’élève comme une phrase exigeante. Chaque battement de cœur, une ponctuation vive, ardente. Seulement une montée, nue, offerte. Et moi, traversé par une volonté plus ancienne. Je m’accordais.
Le souffle mesure. Il arrache l’orgueil inutile, polit l’effort jusqu’à le rendre juste. Il me contraint à habiter mon propre rythme, je ne suis plus celui qui monte. Je suis ce qui monte. Puis vient la crête. Un seuil fragile où tout pourrait basculer, chute ou envol, crispation ou abandon. L’espace se suspend une seconde... Je me laisse écrire par la pente inverse.
La descente s’ouvre, l’air murmure à l’oreille une vérité simple, l’harmonie n’est pas l’absence de tension, mais un consentement réciproque. Les courbes surgissent, et le corps les accueille sans débat. Inclinaison, relâchement, souffle retenu, offert. La vitesse est une confiance. Je ne domine rien. La route se déploie, ruban vivant.
Ce n’est pas l’ivresse qui m’emporte, mais une lucidité brûlante. Être là, ,, Entre ce qui brûle en moi ,,, ce qui l’attise.
Retour harnaché sur les traversées de Narbé à Aramits, çà te parle?
En la forêt de Gouloume m’en allai, non point pour quête d’anneau,
mais pour dompter la pente et le souffle court.
Les troncs s’y dressent comme antiques gardiens, murmurant des secrets en langue de mousse. Sous leurs ombres fraîches, je ne suis plus cycliste grisonnant, mais voyageur minuscule au pays des racines torses et des lumières obliques.
Je guette presque un hobbit rieur ou quelque créature chuchotante
tapissant les fougères. La route y serpente comme un sentier d’aventure, et mon destrier d’aluminium flamboyant grince plus que noble monture.
Point d’anneau à détruire, seulement la gravité à défier, et cette joie un peu folle qui me pousse plus loin que la raison.
En Gouloume, je ne vieillis pas : je chemine, et cela suffit
Dix kilomètres ? Et je trouve le rythme, le souffle accordé. Une douceur qui surprend, qui ouvre les visages, 25 ° et la route éblouit ,,,Le soleil pose sur les collines une clarté presque irréelle pour une fin février. Sortie de virage monticule, une tour, vestige discret du château d'Esquiule, là, entre une stabulation, et quelques maisons elle ne revendique rien, pas de panache, pas d’explication.
Simple présence verticale dans l’air lumineux, elle semble respirer elle aussi, mêlant à la douceur des parfums une odeur minérale, sèche, poussiéreuse. Le vent tourne autour , je repars, les montées deviennent secondaires. Je suis,
Aujourd'hui plein soleil mais hier, hier,,,
Hier, j’ai roulé sous la pluie jusqu’à ne plus savoir si l’eau venait du ciel ou de moi. Mon VAE, c'est un vélo, il faut pédaler, avançait dans le vent, obstiné, et moi avec lui, offert aux quelques rafales, celles du côté, là, lavé .
Quand j’ai atteint le lavoir, au bord du gave, je n’étais plus qu’un corps trempé. Les vêtements collaient , la nuque ruisselait, Le silence a eu la densité de l’eau.
Sous l’abri de pierre, j’ai senti le poids de mes vêtements, le froid entrer doucement, mais aussi cette intensité rare : être vivant jusque dans l’inconfort.
Le gave passait large et sombre, charriant sa propre rumeur. Il ne me regardait pas, il n’avait pas besoin. J’étais là, mais étrangement accordé au monde. La pierre exhalait une odeur de mousse ancienne, le vent séchait peu à peu ma veste, et sous le froid naissait une chaleur plus intérieure, plus secrète.
Je me suis surpris à aimer cette vulnérabilité.
Être mouillé, exposé, réduit à la sensation pure. Sous venir d'un temps de montagne,,,
Ce n’était pas un abri contre la pluie. C’était une pause dans le mouvement.
Un rappel que l’existence ne se vit pas à l’abri des intempéries, mais dans la manière dont on les traverse.
Je me retrouvais.
Janvier 26
Nous sommes partis sans programme, simplement parce que l’envie était là, celle de sortir, de rouler, de laisser la journée nous prendre comme elle venait. Le dimanche s’est ouvert sans résistance, et la route a fait le reste.
Les vélos ont trouvé leur cadence, ça montait, ça descendait, des vallons s’enchaînaient, et nous avancions en nous guettant, sans jamais nous jauger. Parfois côte à côte, parfois l’un derrière l’autre, un sourire suffisait, un regard, et tout continuait.
Il n’y avait rien à prouver, rien à expliquer. Le rythme se réglait de lui-même, dans l’attente naturelle quand l’un ralentissait, dans l’élan tranquille quand l’autre relançait. On sentait que l’essentiel passait par là, dans cette attention silencieuse, dans cette manière d’être présent sans occuper toute la place.
Les paysages défilaient sans chercher à impressionner, les kilomètres s’ajoutaient sans qu’on les compte vraiment. Le corps faisait son travail, et l’air semblait remettre un peu d’ordre là où tout s’était emmêlé.
Puis est venu le moment de se séparer, sans solennité, avec ce salut simple qui contient beaucoup. Chacun est rentré vers sa maison, vers les siens, le cœur un peu plus léger, reconnaissant pour ce temps partagé, pour cette présence offerte sans condition, en sachant qu’il y aura d’autres routes, d’autres paysages, et que parfois, être simplement là, ensemble, suffit,,,
Ce matin , le soleil s'est réveillé et moi donc...re flexion et je roule. Sans boussole, sans trophée au bout du guidon. La roue tourne, hamster convaincu et moi avec, hypnotisé par ces cercles obstinés qui font tout pour me déconcentrer. Hypnose ,,,
Pas de médaille à l’arrivée. Pas d’ange au sommet, y aller et des pensées lucides. Je passe face nord, qui serre la route comme une mâchoire discrète. L’air est déjà tiède, la lumière s'est faite la malle, chaque respiration coûte un peu plus cher que la précédente.
Je bave sur les crêtes comme un escargot en crise métaphysique, version estivale : lent, brillant de sueur tiède, vaguement inquiet de sa propre persistance.
Le cœur tambourine. Le souffle court. Le regard plonge vers la vallée : elle appelle ou elle se moque , en été, la différence est subtile. et là, oui là, la bascule. Versant sud. Soleil plein cadre, indécent.
Au fond, garder l’équilibre devient déjà une victoire. pas un chat, personne sinon des fougères agiles, le corps se déplie, la philosophie renaît, l’effort trouve enfin une logique provisoire. et c'est la descente, elle tarde, elle arrive, le vent siffle , public imaginaire mais sincère. Les freins hurlent à l’injustice mécanique. 65.7 km/h, Je suis le fou!
Héros de quelques kilomètres, avec une poignée d’air dans les poumons et perdu quelques certitudes.
Escot, Marie Blanque, puis Bourdalat, Hourquiau, Escot Lurbe-Eysus, Soeix, Oloron, maison., décrocher le linge, limonade, nuages de spéculoos
Pas de gloire. Pas de miracle. Juste une boucle, du chaud, du soleil,
et cette sensation discrète ,,, aller, avancer,,,
12/25 - 07/26


Nous sommes partis sans raison autre que l’envie, un dimanche ouvert comme un chemin de terre. Les vélos chargés de silence, les mains posées sur le guidon comme sur une promesse simple : avancer ensemble.
Le sentier montait, rugueux, honnête, il demandait des jambes, du souffle, un peu d’abandon. Le soleil faisait son travail, lent, précis, sans commentaire. L’eau du gave roulait en contrebas, claire, obstinée, fidèle à sa pente. Les bois traversés ne jugeaient pas, ils laissaient passer nos roues, nos voix rares, nos respirations accordées.
Il y avait ce temps offert, précieux justement parce qu’il n’était pas prévu, un temps qui ne se marchande pas. Pas besoin de parler de métier, ni de raisons, ni même de fatigue. Tout se disait autrement : dans le rythme partagé, dans l’attente naturelle quand l’un ralentit, dans l’élan quand l’autre relance.
Rouler à deux, c’est apprendre la mesure, ni devant, ni derrière, juste à côté. C’est accepter que le chemin fasse son œuvre, qu’il lime les angles, qu’il rapproche sans discours. Alors merci, simplement. Merci pour cette journée donnée sans compter, pour la route acceptée telle qu’elle venait,
pour le soleil, l’eau, les arbres, et cette façon discrète d’être là,,, Nous avons roulé,
DEC 25
C'est après manger,,, Départ en vélo. Il fait froid. froid. Le genre de froid où ton visage se dit : « Vraiment ? On fait ça ? » Mais le soleil brille, et ça suffit pour que je me prenne pour un cycliste professionnel… pendant au moins quelques minutes.Direction Issor. Tout va bien, mes jambes tournent, mon cerveau aussi , mais moins vite. Arrivé là, choix cornélien : descente de Giroune ou gorge de Lourdios ? Je décide de laisser le destin choisir. Le destin choisit la gorge. Le destin est taquin.
La gorge est magnifique, mais je sens qu’un arbre me regarde bizarrement. Pas le temps de réagir : il essaie carrément de se jeter sur moi. Je suppose que c’était un arbre carnivore.
Arrivée triomphale au village, je me demande : demi-tour ? Et puis je sens… quelque chose. Le col de Lie. Il me regarde. Il me juge. Je n’ai pas le choix : il faut l’affronter. Je pars à l’assaut. Au bout de vingt mètres, je regrette tout. Au bout de cinquante mètres, mes jambes entament une grève illimitée. Mais j’avance quand même, parce que l’orgueil est un moteur très puissant.
Le sommet ? Une ambiance digne d’un film d’horreur : sombre, silencieux, le soleil parti fumer une clope derrière une montagne. Je ne fais pas le malin : je dégage avant de finir congelé sur place, statue commémorative du Cycliste Trop Motivé.
La descente sur Arette : 50 km/h. Le vent me fouette la face comme si j’avais insulté sa mère. Les larmes coulent toutes seules, mais pas d’émotion, juste de la physique.
Retour sur la route principale : des voitures pressées, et moi aussi , mais de rentrer. Je survie l’expérience, miracle.
Enfin la maison. Enfin la douche chaude. Après cinquante kilomètres de folie, ma tête est pleine… et mes jambes sont officiellement mortes. Paix à leur âme.

Sous-Bois , j'aime m'y perdre et écouter observer ce monde qui se découvre, je roule je marche je glisse et la forêt m'enlace.
Les pas s'enfoncent dans cette terre humide, la mousse se plie, le vent filtre.
Souffle sur la nuque, qui m'enserre, comme une main, tendre, jamais retenue. Des êtres m'observent, géants sortis de l'argile et de la pierre, les branches s'inclinent, caressent, et l'air se charge de parfums de sève, feuilles mêlées, séchées, je glisse , chaque détour est un secret, chaque courbe une invitation.
NOV 25
Cirque en roues libres
La pluie me réveille comme un tambour.
Cà frappe...sur des bassines de plastik!
Je monte sur mon vélo,
équilibriste du matin,
clown en imperméable,
prêt pour un numéro .
Oloron ouvre ses rideaux :
gravillons farceurs, trottoirs glissants,
bus qui s’avancent comme des éléphants distraits.
Je zigzague, je m’incline,
acrobat co(s)mique sur mon trapèze roulant.
Les flaques me lancent des défis,
les lampadaires m’applaudissent à contrejour.
Sur mon épaule,
Ma Virgule se pose, légère,
petit poids de douceur
qui équilibre mes maladresses.
Elle murmure :
« Garde ton souffle… et amuse-les un peu. »
Sainte-Croix devient rampe d’accès au ciel,
les gravillons ricanent,
et je me hisse comme un funambule essoufflé.
En bas, Notre-Dame éclabousse :
enfants en cabrioles, parapluies en duel,
la ville entière improvise un numéro de cirque
plein de gestes brusques et de tendresse maladroite.
Au rond-point, je vire comme un acrobate
faisant mine de maîtriser la figure.
Les voitures valsent autour de moi,
et je roule sur mon fil mouillé,
aussi fragile qu’un souffle.
La Virgule, lovée contre mon cou,
riant presque, me murmure : « Tu tiens bon…
et c’est beau, vu d’ici. »
Je rentre trempé mais debout,
funambule de fortune,
rêveur sur deux roues,
soutenu par une main minuscule
que personne ne voit.
La ville brille encore de pluie,
et moi je continue doucement,
souriant, sur mon fil invisible
qui mène toujours quelque part.
′′ Le vélo est la mort lente de la planète ".
Un banquier a fait réfléchir les économistes quand il a déclaré : ′′ Un cycliste est une catastrophe pour l'économie du pays : il n'achète pas de voitures et n'emprunte pas d'argent pour l'acheter. Il ne paie pas les polices d'assurance. N'achète pas de carburant, ne paie pas pour la révision et les réparations nécessaires de la voiture. N 'utilise pas de parking payant. Il ne provoque pas d'accidents majeurs. Ne nécessite pas d'autoroutes multiples. Il ne devient pas obèse. Les gens en bonne santé ne sont pas nécessaires ou utiles à l'économie. Ils n'achètent pas de médicaments, ils ne vont pas dans les hôpitaux ou chez les médecins, ils n'ajoutent rien au PIB du pays.
Tandis que chaque nouveau magasin McDonald' s crée au moins : 30 emplois, dont 10 cardiologues, 10 dentistes, 10 experts en régime alimentaire et nutritionnistes, ainsi que les personnes qui travaillent dans le magasin lui-même, évidemment ".
Choisissez donc avec attention : un vélo ou un Mc Donald ?
Ça vaut la peine d'y penser...
PS : marcher c'est encore pire car les piétons n'achètent même pas de vélo !
Saucède ....
Un petit chemin mène à la rivière, l'Auronce. Le sol y est souple, la lumière y danse en éclats mouvants. Passage préservé, presque caché, la végétation, foisonnante, effleure la peau : feuilles fraîches, herbes hautes, parfums d’humus et de sève mêlés aux feuilles de figuier.
Atmosphère vibrante, l’Auronce apparaît soudain, dans un écrin de verdure humide et chaude, quasi luxuriante , feuillus et palmiers...
Saucède se révèle alors non pas comme un village, mais comme une sensation, invitation à la découverte...discrète...
Béarn. De petites routes sans prestige, des pistes agricoles, des voies forestières, des sentes discrètes que l'on découvre souvent en cédant à une impulsion. Elles serpentent à l'écart du monde pressé, relient les villages, longent un cours d'eau, disparaissent derrière une haie avant de réapparaître au détour d'une colline. Certains cyclistes poursuivent la vitesse, d'autres la technique, d'autres encore la performance pure. Je les admire sincèrement. Mais je me reconnais davantage dans une autre famille : celle du curieux.
J'aime les routes, les chemins, les pistes et les détours. Quitter le flux principal. Échapper aux itinéraires imposés. Voir ce qui se cache derrière un bois, au fond d'une vallée ou après un virage . J'aime entendre le paysage se raconter. Je préfère souvent le chemin qui hésite au trajet qui promet. Le vélo est un merveilleux prétexte à cette curiosité. Il permet d'aller assez lentement pour voir, mais suffisamment vite pour découvrir. Il autorise l'imprévu : une vieille ferme endormie dans les coteaux, l'ombre d'un portail entrouvert, une source cachée sous les fougères, une lumière d'orage glissant sur les champs de maïs. Rien d'extraordinaire peut-être, mais c'est ce qui donne sa saveur à une journée.
J'ai parfois l'impression que les dieux des coteaux s'amusent à mes dépens. Ils observent ce pédaleur juché sur son VAE aux batteries généreuses et lui soufflent des idées dont ils connaissent parfaitement l'issue. Car le véritable piège n'est jamais le chemin. C'est cette certitude absurde qui me pousse à vouloir savoir ce qui se cache derrière le prochain virage.
JUIN 26