17 juillet 2026

LE TEMPS des CHEMINS

Un temps 

Cinq heures trente, parfois six heures, mais à la limite qu'importe,,,  Je pars, non par héroïsme sportif, mais parce que le soleil est devenu un personnage avec lequel il vaut mieux ne pas discuter après neuf heures. À cette heure-là, le Béarn appartient encore aux oiseaux, aux jardiniers, aux chats qui rentrent de leur nuit et aux cyclistes qui ont compris qu'il est plus sage de négocier avec l'aube qu'avec la canicule.

Ce matin, la boucle m'emmène d'Oloron vers Saucède, puis Préchacq. Je longe le gave encore enveloppé de fraîcheur avant de rejoindre Aren, ce village qui semble avoir été construit avec du temps plutôt qu'avec des pierres. Les maisons portent leurs siècles avec une élégance tranquille. Plus loin, Orin. Puis quelques chemins agricoles qui promettent beaucoup et n'aboutissent parfois à rien. Des pistes qui hésitent. Des routes lisses,,,

Quarante-huit kilomètres, dira le compteur, si l'on comptabilise les curiosités. À force de rouler ainsi, j'ai découvert que les paysages ne sont pas seulement faits de montagnes, de rivières ou de forêts. Ils sont aussi peuplés de bancs. Il y en a partout. Des bancs de bois blanchis par les hivers. Des bancs de pierre qui semblent avoir poussé avec les églises. Des sièges en béton, moins séduisants mais d'une fidélité remarquable. Des chaises de cuisine sorties prendre l'air devant une maison. Un fauteuil en fer forgé oublié sous un tilleul. Un vieux billot devant une grange, devenu siège officiel de celui qui regarde pousser le maïs depuis trente ans.

À Saucède, le village refuse obstinément que quiconque reste debout trop longtemps. Des chaises attendent devant les maisons, près du gave, sous les arbres. Sous le porche de l'église, plusieurs fauteuils garnis de coussins accueillent les promeneurs avec une hospitalité presque embarrassante. On dirait que leurs propriétaires viennent juste de rentrer chercher le café. Ils reviennent peut-être... depuis vingt ans. Je m'y arrête souvent. Les jambes apprécient, bien sûr. Mais ce n'est pas la vraie raison.

Ces sièges me touchent parce qu'ils ne demandent rien. Aucun cadenas. Aucun panneau. Aucun règlement. Personne ne contrôle la durée de contemplation autorisée. Quelle idée magnifique, finalement. Construire un objet qui ne sert qu'à ralentir des inconnus. 

Je pose le vélo contre un arbre. Lui aussi paraît soulagé. Je sors un carnet. J'écris deux lignes. J'en raye trois. Puis je ne fais plus rien. Je regarde. Cela devient une occupation extrêmement exigeante.

Les bancs sont le plus souvent vides. Et pourtant je ne les trouve jamais déserts. Je me surprends à imaginer celui qui était assis là hier. Une vieille dame, ou plus jeune aussi. Un berger qui comptait moins ses brebis que les nuages. Deux amoureux persuadés que personne ne les voyait. Un enfant balançant ses jambes trop courtes pour toucher le sol. Peut-être un voyageur qui, comme moi, avait simplement besoin de vérifier que le monde continuait de tourner sans son aide.

Parfois, un rouge-gorge vient inspecter mes chaussures avec sérieux. Un merle proteste contre ma présence. Une libellule décide que mon guidon constitue un excellent poste d'observation. Deux hérons suivis d'un cormoran écopent la surface de l'eau. À cette heure-là, le Béarn parle à voix basse. Le gave poursuit son éternelle conversation avec les galets. Une tourterelle répète obstinément la même phrase, persuadée qu'à force quelqu'un finira par lui répondre. Plus loin, une fenêtre s'ouvre. Une odeur de café traverse quelques secondes la rue. Je repars,

Quelques centaines de mètres plus loin, un autre banc apparaît. Je ralentis déjà. Je commence à me demander si ce ne sont pas eux qui me guettent. Vient une question, 

Qui pourrait donc venir s'asseoir à côté de moi ? Cette question m'accompagne souvent. Puis je comprends qu'elle est mal posée. Ces bancs ne sont pas vides. Ils restent disponibles. Ils gardent une place pour celui qui passera dans une heure, demain, ou dans dix ans. Ils ne savent pas qui viendra. Ils ne choisissent personne. Ils accueillent. 

Accueillir, Accompagner. Faire une place avant même de connaître le visage de celui qui passera.



















15 juillet 2026

COEUR de JADE et INA

 

Les fleurs du cœur de jade, Hoya Kerrii

   Garry's Garden Gallery

Longtemps le cœur de jade, sourit et demeure immobile. Ses feuilles épaisses recueillent les saisons comme une peau recueille la lumière. Rien ne semble advenir. Pourtant, sous cette apparente inertie, le temps poursuit son ouvrage. Une lente alchimie travaille dans l'ombre. La sève avance sans hâte, fidèle à une promesse dont la plante elle-même paraît ignorer l'existence.

Puis un matin d'été, quelque chose s'élève.

Une pensée verte qui remonte vers la lumière.

Jour après jour, la tige s'allonge. Une constellation se prépare. Des étoiles de porcelaine apparaissent peu à peu, suspendues dans l'air comme si la nuit avait oublié là quelques fragments de son ciel.

Leur blancheur possède la douceur mate des choses que l'on découvre de près. Au centre, un rose discret semble retenir une chaleur secrète. Elles ne s'offrent pas au premier regard. Elles demandent du temps, de l'attention, cette lente proximité qui transforme l'observation en présence.

À la tombée du jour, leur parfum s'éveille. Il ne cherche pas à conquérir l'espace. Il s'y abandonne. Une fragrance de miel, de cire chaude et de fleurs mûres glisse dans l'air du soir. Elle se dépose sur la peau comme un souvenir dont le corps se rappelle avant la mémoire. Quelque chose d'ancien revient sans nom, une émotion intacte, une douceur demeurée en attente dans un repli du temps.

Alors le nectar apparaît. Au creux des étoiles naissent des gouttes transparentes. La lumière s'y attarde comme dans un secret. Elles brillent sans ostentation, offertes et retenues tout à la fois, pareilles à ces confidences qui ne trouvent leur chemin qu'au bord du silence.

Le cœur de jade ne connaît ni l'impatience ni la démonstration. Il attend. Il sait que certaines révélations exigent des années d'obscurité avant de rencontrer leur lumière. Que ce qui grandit lentement pénètre plus profondément la matière du monde.

Ses fleurs ne séduisent pas. Elles invitent. Elles rappellent que les plus belles présences arrivent souvent sans bruit, après de longs détours, lorsque l'on a cessé de les attendre. Elles apparaissent alors avec l'évidence tranquille des choses qui étaient déjà là, invisibles, à l'œuvre dans l'ombre. Et lorsque leurs étoiles s'ouvrent dans la douceur du soir, elles semblent murmurer que la patience n'est pas l'opposé du désir mais son accomplissement le plus secret.

 




HERISSON

Cinq heures du matin. Avec cette chaleur, la porte de la maison est restée ouverte. Grave erreur. Enfin... erreur selon le point de vue. J'entends un petit frottement. Pas le bruit d'un voleur. Les voleurs sont généralement plus discrets. Celui-ci avançait avec l'assurance tranquille d'un propriétaire revenant vérifier si tout allait bien chez lui. Sans invitation. Sans prévenir. Sans même prendre la peine de sonner.

Monsieur... ou Madame Hérisson. Il (le hérisson) est entré en reniflant les meubles, comme un expert mandaté par les assurances venu constater que les lieux étaient toujours convenablement entretenus. Je l'ai immédiatement reconnu. Ou plutôt, j'ai reconnu cette espèce de dignité bourrue propre aux hérissons, qui donne l'impression qu'ils désapprouvent poliment tout ce que nous faisons.

Il y a quelques années déjà, un énorme hérisson avait décrété que notre maison faisait partie de son territoire administratif. Notre vieille chatte noire partageait ses croquettes avec lui sans le moindre incident diplomatique. Le soir, chacun rejoignait sa chambre. Enfin... presque. La chatte montait sur la table de nuit ; lui s'installait dessous. Deux colocataires que tout opposait : l'une vêtue d'un smoking de velours noir, l'autre d'une armure de cure-dents. Ils avaient pourtant trouvé un accord de coexistence que bien des humains seraient incapables de signer.

Puis les années ont passé. Notre chatte est partie explorer d'autres jardins et le hérisson avait disparu lui aussi. Je pensais le bail définitivement résilié. Manifestement, non. Cette nuit, il est revenu effectuer l'état des lieux.

Je l'ai raccompagné dans le jardin avec tous les égards dus à un ancien résident. Par cette chaleur, je lui ai préparé une grande bassine d'eau. Monsieur ne s'est pas contenté de boire. Il est descendu dedans avec le sérieux d'un curiste arrivant à Dax pour une cure remboursée par la Sécurité sociale. Il s'est roulé, frotté, retourné, aspergé, gratté le dos contre le rebord avec l'application d'un moine copiste enluminant un manuscrit du XIIᵉ siècle. Lorsque l'intéressé eut terminé sa séance de thalassothérapie, j'observai la couleur de l'eau. Je compris immédiatement qu'il venait probablement de repousser de plusieurs semaines la réouverture des bains municipaux. Ragaillardi, parfumé... enfin, relativement..., il repartit inspecter les massifs de fleurs avec cette démarche inimitable qui donne l'impression qu'un ballon de rugby couvert d'épines aurait décidé de faire carrière dans le jardinage. 

Était-ce le même que jadis ? Son fils ? Son petit-fils ? Un cousin éloigné ? Les hérissons ne portent malheureusement pas de carte d'identité, ce qui complique sérieusement les retrouvailles. Au fond, peu importe. Pendant quelques minutes, j'ai eu l'impression que le temps lui-même était revenu boire un verre d'eau dans le jardin. Il existe des visiteurs qui n'ont pas besoin de frapper. Ils entrent directement dans les souvenirs.

Le soir , je fermerai la porte un peu moins vite. On ne sait jamais... 







11 juillet 2026

REGARD

 


Regard
Michaël Barrow 
« Le premier vélo m'a appris à partir. Le dernier m'apprend à demeurer. »

 

Le premier vélo m’a appris à partir. Le dernier m’apprend à demeurer.

Il portait les nouvelles qu’on attend, les plis tièdes des lettres d’amour glissées dans sa poche, les départs qui serrent la gorge comme un col trop étroit, les silences lourds comme des pierres posées sur le cœur après certains courriers. Il portait les joies tremblantes, écrites d’une encre pâle sur du papier fin, les chagrins pliés en quatre, comme on plie un mouchoir souillé de larmes. Il portait le monde entier dans sa besace de cuir usé, et me le murmurait à l’oreille, voix rauque et chaude, comme un secret partagé entre deux complices.

J’avais seize ou dix-sept ans. Lui n’avait plus d’adresse. On disait qu’il était sans domicile, errant comme une lettre égarée. On disait aussi qu’il avait été facteur. Les deux semblaient se contredire, et pourtant, tout était là, dans ses mains : des mains qui avaient touché le papier des espoirs, des adieux, des aveux, des mains qui savaient que chaque chemin est une lettre ouverte, et chaque pas, une phrase,

Je ne connaissais rien de son histoire. Seulement son odeur, un mélange de tabac froid, de cuir usé par les ans, et de cette poussière des routes qui ne s’efface jamais tout à fait, qui colle à la peau comme une seconde mémoire.

Seulement ses mains, larges, calleuses, qui semblaient avoir caressé toutes les peines et toutes les espérances, seul, son silence, épais, chargé de mots non dits, plus lourd que les sacs de courrier qu’il avait portés.

Je le suivais, comme on suit ceux qui savent déjà que le chemin est une lettre qu’on écrit à soi-même. 

Un matin, il s’arrêta. Devant une vieille bicyclette des années 40, appuyée contre un platane comme un vieux chien fidèle. La peinture s’écaillait, révélant des couches de temps, comme des souvenirs sous les doigts. Les garde-boue, tordus par les années et les ornières, portaient les traces de mille flaques traversées, de mille histoires mouillées. Le cuir de la selle, creusé par les fesses des voyageurs oubliés, gardait encore la chaleur de leurs corps,,, Il posa la main sur le guidon, froid sous ses paumes. Regarde. Je crus qu’il me montrait une bicyclette.

Il me montrait une route. Une route qui n’était pas tracée sur une carte, mais écrite à l’encre des destins jamais livrés. Je pensai qu’il m’avait donné le goût du vélo. Je me trompais. Il m’avait donné le goût de l’inconnu. Celui de partir sans boussole, d’accepter les détours, celui de croire qu’un virage cache parfois plus qu’un horizon : une vie, un souvenir, une réponse à une question qu’on n’a pas encore su se poser. Cet homme avait porté des milliers de lettres, il transportait le poids des autres, et pourtant, il marchait léger,,,

Aujourd’hui, près d’un demi-siècle plus tard, je roule sur un vélo aux batteries silencieuses, je grimpe les coteaux avec une aisance qui aurait ébloui le garçon que j’étais, celui qui sentait encore le goût du vent sur ses lèvres, salé et âpre comme une larme de joie. 

C’est ce matin-là que je partage. Le vieux vélo. Son histoire. L’odeur de la terre humide après la pluie, le craquement du cuir, le souffle du vent qui m’apporte encore, l’écho d’une voix rauque. Le regard tranquille d’un ancien facteur qui avait perdu son adresse sans jamais perdre son chemin.

Je comprends, désormais, que ces deux bicyclettes n’en ont toujours fait qu’une. Toutes deux me conduisent au même endroit : vers cette part d'un monde qui ne se laisse découvrir qu’à la vitesse d’un regard,,, Je ne sais pas où repose celui qui m’a appris cela. Lui, oui, je pense qu’il marche quelques mètres devant moi.



DEMOCRATIE SOLAIRE

 

La démocratie solaire



On dit qu'il faut écouter son corps. Erreur. À mon âge, oui, chaque jour, il avance,,, un peu plus,,,  ,,, si je l'écoutais vraiment, je ne quitterais plus le canapé. Le mien est devenu un syndicat. Le cœur dépose des préavis de grève. Le diabète réclame une réunion extraordinaire. Les articulations tiennent des assemblées générales permanentes. Quant au thermomètre, qui n'a jamais été élu par personne, il gouverne désormais par décret ou envisage les 49,3 ???

Trente-huit degrés. Aucun recours. Et bientôt plus???

Le vélo n'a pas davantage été consulté. À cinq heures trente, il piaffe comme un jeune pur-sang. À huit heures, il rentre sagement à l'écurie. À huit heures trente, toute sortie est considérée comme un acte de rébellion contre l'ordre climatique. La République du Soleil n'est pas une démocratie. C'est une dictature tropicale.

Je survis donc en résidence ombragée. À l'intérieur : vingt-trois degrés. À l'extérieur : trente-huit. OUI, je sais et bientôt plus!!! Entre les deux, un ventilateur qui travaille avec un dévouement admirable. Il brasse l'air avec la même efficacité qu'un comité chargé de simplifier l'administration : énormément d'énergie, très peu de résultats. Il réussit même l'exploit de me donner un rhume en pleine canicule. Je ne pensais pas qu'il fût possible d'être enrhumé pendant que les lézards réclament la fraicheur.

Le jardin, lui, participe activement à cette vaste plaisanterie. Je paille. Je broie. Je repaille. J'arrose. Je recommence. Chaque soir, j'observe mes plantations avec la satisfaction d'un homme qui vient de vider un dé à coudre dans le Sahara. La terre absorbe tout avec une élégance de buvard. Les tomates me regardent d'un air vaguement accusateur. Les courgettes semblent avoir entamé une thérapie. Les haricots sont en cellule de soutien psychologique. Les mauvaises herbes, en revanche, organisent un festival. 

Le ciel adore, lui aussi, se moquer des faibles. Ce matin encore, une magnifique couverture de nuages gris s'était installée au-dessus du Béarn. J'ai levé les yeux avec l'enthousiasme d'un pèlerin apercevant enfin son miracle. « Cette fois, ça y est... » PHOTO et dix minutes plus tard, le soleil a entrouvert le rideau, a jeté un regard amusé sur nos espérances, puis a congédié les nuages comme un directeur de casting renvoie des figurants. Rideau. Applaudissements. Quarante degrés en deuxième partie.

Les conversations sont devenues d'une richesse intellectuelle bouleversante. Il fait chaud. Oui. Très chaud. Oui. Il faudrait de l'eau.  Oui. Nous sommes passés du langage à la climatisation verbale.

Le vélo dort. Moi aussi. Par moments, j'ouvre un œil pour vérifier si septembre pourrait exister. J'ai des doutes. Je soupçonne le calendrier de collaborer avec le soleil. Il y a quelques années, je croyais organiser mes journées. Aujourd'hui, je découvre que c'est une énorme boule de gaz située à cent cinquante millions de kilomètres qui décide à quelle heure je pédale, j'arrose mes tomates, j'éternue et je transpire. Ils parlent de progrès... et des ya ka fo kon, en attendant un coup d'État météorologique. Ou, à défaut, une pluie de quinze minutes.

Je ne suis plus exigeant. Cette année, le soleil ne chauffe plus. Il gouverne. Il a visiblement découvert le 49.3. En attendant septembre... ou des élections météorologiques anticipées,,,


09 juillet 2026

BROUILLARD d' ETE

 

Brouillard d'été

Six heures trente. Huit juillet, déjà. Vingt-deux degrés déjà.

Le brouillard s'est posé sur les coteaux comme un vieux propriétaire qui n'a aucune intention de libérer les lieux avant plusieurs heures. Il gomme les collines, efface les vallées, rapproche les arbres. Le brouillard a ce talent rare : il raccourcit les paysages et allonge le temps.

La forêt transpire. Elle expire une humidité tiède qui s'accroche aux bras, au visage, aux lunettes. L'air sent le foin fraîchement coupé, mouillé par une bruine si fine qu'elle hésite entre pluie et caresse. Au bout de quelques kilomètres, je suis humide sans avoir véritablement été mouillé. Etre mouillé sans qu'il pleuve vraiment, ce pourrait être aussi une spécialité du Haut-Béarn,,,

Les chemins, eux, profitent de la saison pour reprendre leurs droits. Les ronces se penchent avec une familiarité toute végétale. Certaines semblent tomber du ciel, d'autres surgissent des talus. Elles me griffent les avant-bras au passage, laissant quelques fines estafilades. Les décorations officielles du cycliste curieux. Les spécialistes collectionnent les médailles ; moi, je collectionne les ronces.

Le gave, lui, poursuit sa route avec une indifférence souveraine. Son eau glisse claire entre les galets, comme si la chaleur ne le concernait pas. Je ralentis quelques instants. Il y a des paysages devant lesquels il serait presque impoli de passer trop vite.

Dans les jardins, les premières silhouettes apparaissent. On relève la tête, on interrompt quelques secondes l'arrosage des tomates, des haricots ou des fleurs. Un signe de la main suffit. Les mots sont inutiles à cette heure-là ; le matin parle déjà pour tout le monde.

Plus loin, les agriculteurs installent les canons d'irrigation. Les grandes gerbes d'eau dessinent dans le brouillard des éventails presque lumineux. Les prés prennent leur douche avant le lever du soleil.

Soudain, au milieu d'une prairie, un lièvre jaillit. Trois bonds, quatre peut-être, puis il disparaît dans le gris du matin. J'ai bien tenté de dégainer l'appareil photo. Lui avait déjà compris depuis longtemps que les plus belles rencontres ne se laissent jamais enfermer dans une image.

Je poursuis ma route entre Ledeuix, Lucq, Saucède, Préchacq, Aren et retour vers Oloron. Une petite sortie, diront certains. Ils auront raison. Les compteurs ne savent compter que les kilomètres. 

Ils ignorent tout du brouillard, des lièvres et des ronces.

06 juillet 2026

CLAPOTIS


Comme un clapotis persistant contre la coque des jours.

Au coin, une chaise, un carnet ouvert. J'y retrouve des chemins sans adresse, des lieux mouillés, des matins chiffonnés dans les poches. Des heures tièdes aussi,,,

J'y retrouve des gestes sans propriétaire. Une tasse laissée sur la table. Une fenêtre ouverte sur des collines de silence. Et cette habitude étrange de tourner la tête lorsque personne n'appelle. J'aimerai voyager léger. Je tire des valises pleines d'absences. Des vies traversées sans descendre. Des chambres où la nuit continue de respirer à deux alors que je ne vois qu'une seule ombre sur le mur. Il demeure parfois, au creux des draps froissés de la mémoire, une chaleur sans visage, une empreinte sans contours, le manque de se faire vivant.

Avec des paysages dans les yeux. Des sommets. Des routes. Des pluies d'été. Des odeurs de terre retournée. Des morceaux de lumière accrochés aux branches basses du souvenir. Les lieux ne gardent rien. 

Souvent je parle seul. Je sourie à quelqu'un qui marche encore dans ma mémoire. Regards perdus. Là où les départs ne finissent jamais. Cet espace invisible où le temps hésite entre conserver et effacer.

Dans un éclat de verre. Dans une chanson entendue au travers d'une porte. Dans l'odeur d'un vêtement oublié. Les saisons passaient. Les villages changeaient de visage. Quelque chose demeurait. Une respiration. Un écho. Une lumière obstinée derrière les années. Je poursuis mon chemin, ma route. Avec mes questions dans les bottes. Mes silences dans les mains.

Comme un clapotis persistant contre la coque des jours.


Je rencontre une photographie de Hiroshi Sugimoto. Un horizon. De l'eau. Du silence. L'amour, l'absence, le temps, la mémoire. Cette lumière obstinée qui demeure lorsque les noms se sont effacés. Rien d'explicatif. Un clapotis persistant contre la coque des jours.

ILS, NOUS, AUJOURD'HUI

Ils ne se sont faits aucune promesse. Les serments étaient occupés ailleurs, dans les films romantiques et les chansons écrites par des gens qui semblaient avoir toujours les mots justes au bon moment. Ils avaient des préoccupations plus urgentes. 




Les grandes déclarations attendraient. Ou pas. Ils avaient surtout envie d'apprendre la géographie des corps, de comparer leurs insomnies, de vérifier si deux solitudes pouvaient réellement partager la même couette sans provoquer un incendie diplomatique. Eux disaient : On va le vivre. 

Pas héroïquement,,, Personne ne les attendait au tournant de l'Histoire. Ils choisissaient simplement de traverser les jours, respirer leurs parfums, cafés du matin, draps froissés. Découvrir cette étrange expérience philosophique qui consiste à regarder le monde avec quatre yeux tout en continuant à trébucher sur les mêmes questions. Et comprendre comment ils pourraient , eux, traverser.

Partout, on leur racontait la fin des histoires. Les livres, les chansons, les amis fraîchement séparés : chacun semblait détenir une théorie convaincante sur la façon dont les amours s'usent. Alors ils ont tout de même acheté un billet pour cette loterie sentimentale. Qu'avaient-ils à perdre ?

Le monde, lui, ressemblait à un immense supermarché où chacun remplissait son chariot de désirs provisoires. Certains empilaient leurs certitudes, d'autres leurs aventures. Les plus prudents comparaient les étiquettes. Les plus téméraires achetaient sans regarder. Ils avançaient, eux, entre les rayons, avec une ambition discrète : trouver quelque chose qui ne périme pas trop vite. Une tendresse de longue conservation. Un rire capable de survivre aux galères, aux fins de mois, aux fractures du réel. Une envie intacte de se rapprocher même après avoir découvert les défauts de fabrication de l'autre, les habitudes absurdes, les silences inexplicables et les matins de mauvaise humeur. Ils cherchaient un produit rare,,, Quelque chose qui résiste au temps, aux versions fatiguées d'eux mêmes, 

La nuit, lorsque les corps devenaient plus éloquents que les idées, ils se persuadaient parfois qu'ils avaient trouvé un raccourci vers l'éternité. Il suffisait d'une main qui cherche,,, dans le noir,,, d'une respiration familière contre une épaule,,, d'une chaleur partagée sous les draps,,, pour que le monde paraisse soudain moins vaste et le temps moins pressé. Puis le réveil sonnait. Ils se répétaient qu'ils allaient tenir. Pas comme dans les romans. Mais tenir quand même. Comme ces vieilles maisons qui craquent sous le vent sans jamais s'effondrer.

Deux êtres un peu perdus, persuadés d'inventer quelque chose que des milliards de gens avaient déjà tenté avant eux, avec les mêmes espoirs, les mêmes peurs, et probablement les mêmes maladresses,,, 

Ils aimaient se dire, aujourd'hui. Ils aimaient dire, nous. Comme si ces mots possédaient un pouvoir particulier. Comme si le simple fait de les prononcer rendait les choses plus solides : les matins, les projets, les peurs, les courses du samedi, les nuits trop courtes et les lendemains incertains. Et puis un jour, ils ont compris que le secret n'était peut-être pas de vaincre le temps. Se regarder, rester là,,, Encore un peu. Un peu encore,,,

Lorsque les certitudes s'effacent. Et découvrir, avec étonnement, qu'ils n'étaient pas perdu. Seulement en chemin. 





05 juillet 2026

BEAUCARNEA

 

Lui et ses compagnons 





Je suis là depuis ,,, que je ne sais plus exactement ce que signifie “depuis”. J'ai adopté cette manière d’être qui n’appartient plus à un moment précis, Je ne marche pas. Depuis plus de trente ans, c'est le monde qui vient jusqu'à moi. 

Le matin, la lumière arrive la première. Elle connaît le chemin. Elle descend doucement sur mes feuilles, s'attarde au creux de mon vieux ventre où tant d'étés sont restés enfermés. Je la bois sans bruit. Je n'ai jamais été pressé. 

Puis viennent les oiseaux. Ils ne me choisissent pas souvent. Mes feuilles sont trop souples pour leurs pattes. Ils préfèrent mon voisin. Je ne m'en offense pas. Chacun offre ce qu'il peut.

Le vent, lui, ne m'oublie jamais. Il défait chaque jour la coiffure que je mets tant d'années à fabriquer. Il joue avec mes longues feuilles comme un enfant avec des rubans. Je le laisse faire. Il repart toujours avant d'avoir gagné. 

Longtemps, je n'ai produit que du silence. Je faisais grossir lentement ma réserve d'eau, j'épaississais mon écorce, j'étirais quelques feuilles nouvelles. Les hommes appellent cela attendre. Ils se trompent. Je vivais. 

Cette année, j'ai laissé monter une tige. Elle est sortie de moi comme une source cachée. Je ne savais pas qu'elle irait si haut. Moi qui regarde le ciel depuis toujours, et de petites fleurs se sont ouvertes. J'ignorais qu'elles appelleraient autant de monde. Les fourmis furent les premières. Elles montaient de bonne heure, avant que le soleil ne soit chaud. Elles ne parlaient pas davantage que moi. Nous nous sommes compris. Plus tard sont venues les guêpes noires. Elles arrivent avec le soleil. Elles portent sur leurs ailes une lumière qui tremble. 

L'homme... lui, je le connais bien. Deux fois par an, il pose ses mains contre mon pot de terre. Il souffle un peu. Je sens son effort jusque dans mes racines. L'hiver approche alors, ou bien il s'éloigne. Ses mains ont changé avec les saisons. Elles sont un peu plus lentes aujourd'hui. Elles gardent la même douceur. Je crois qu'il pense prendre soin de moi. Il ignore que je veille aussi sur lui. Je lui apprends le poids des années sans tristesse. Comme une feuille nouvelle ne fait jamais tomber les anciennes du souvenir.

Je n'ai pas beaucoup voyagé. Le ciel, en revanche, change chaque jour.

Les coquelicots déposent leurs pétales rouges comme des post-it oubliés sur le gravier. Lui, Beaucarnea allume chaque été son candélabre de fleurs. Et les insectes écrivent dans l'air une calligraphie invisible. 



Le Beaucarnea recurvata



01 juillet 2026

Je reviens vite

Je vais juste faire un petit tour... « Je reviens vite... » dit il,,, petit tour ou détour???

Je pars souvent sans ambition. Ni col mythique, ni défi personnel, ni kilométrage à afficher le soir avec l'air satisfait des grands sportifs. Non. Juste une petite boucle sur les coteaux. Une promenade avant que le soleil ne décide de reprendre son service. Voilà plus de cinquante ans que je prononce cette phrase : « Je vais juste faire un petit tour. »

Elle m'a toujours menti. Je roulais sans chercher. Ou plutôt, je cherchais sans savoir quoi. Cet après-midi-là, sur la route de Narbé, au-dessous d'Esquiule, un chemin surgit. Rien d'extraordinaire. Pas une piste spectaculaire, ni un itinéraire recommandé par les guides. Juste une voie propre, entretenue, presque timide, qui semblait souffler : « Si vous avez un peu de temps... » Tant de délicatesse. Les grands bois d'Aramits m'avalèrent aussitôt. Les hêtres montaient si haut qu'ils semblaient empêcher le ciel de s'effondrer. L'air sentait la mousse, les feuilles humides, la terre noire et ce parfum indéfinissable des sous-bois, Là où le temps marche pieds nus. Même mon moteur électrique avait baissé le ton. Il ronronnait avec la discrétion d'un visiteur qui comprend qu'il entre dans une cathédrale.

La pente, en revanche, ne partageait pas cette élégance. Elle débuta avec la douceur d'une grand-mère offrant une part de tarte, avant de révéler son véritable caractère. Une pente béarnaise, autrement dit une pente persuadée que l'humilité est une vertu qui s'enseigne exclusivement par les mollets. Je montais., encore et encore,,, Mon vélo paraissait parfaitement serein. Les batteries affichaient une insolente confiance. Moi beaucoup moins. Il est tout de même vexant d'être le maillon faible d'un équipage dont l'autre moitié est une machine allemande. Puis la forêt s'ouvrit.

Comme un rideau de théâtre. Là, au pied des collines,, tout en bas des pâtures communes,  Montory apparaissait dans la lumière. Montory ? Je n'avais absolument pas prévu d'arriver jusque-là. À cet instant, deux évidences s'imposèrent : la première consistait à descendre jusqu'au village ; la seconde à trouver de quoi me resucrer avant que mes bonnes intentions ne deviennent théoriques. Restait ensuite à rentrer.

Je demandai mon chemin à un habitant. Erreur. Dans le Béarn comme en Soule, demander son chemin revient souvent à ouvrir un roman dont il manque les trois premiers chapitres. Les gens du pays vous indiquent une direction avec une évidence désarmante, comme s'ils supposaient que vous êtes né dans la vallée voisine,,, Pourquoi reprendre la grande route ? Passe donc par ce chemin... Quelques minutes plus tard, je divaguais déjà vers Tardets. Puis Mauléon. Puis Chéraute. 

À partir de là, les panneaux se mirent à parler basque avec un enthousiasme qui dépassait largement mes compétences linguistiques. Les consonnes s'y empilaient avec une élégance mystérieuse. J'abandonnai rapidement toute tentative de prononciation. Lorsqu'on ne comprend plus les panneaux, il reste une solution d'une remarquable simplicité : faire confiance au paysage. Étrangement, c'est souvent à cet instant que les plus belles journées commencent. Les vallons déroulaient leurs prairies jusqu'au pied des montagnes. Les fougères ondulaient sous le vent comme une houle verte. Les vaches, les chevaux,  levaient à peine les yeux sur mon passage, persuadées, me semble-t-il, que les humains compliquent beaucoup trop leur existence. Plus loin, un gave lançait des éclats d'argent entre les galets, tandis que les Pyrénées s'empilaient au loin avec la tranquillité des choses éternelles. Je m'arrêtai souvent. Pour boire. Pour regarder. Pour parler aussi,,,

Le vélo possède un privilège extraordinaire : il vous donne l'apparence d'un personnage (j'ai pas dit personne âgée) qui a le temps. Les conversations naissent naturellement. Un berger évoque la sécheresse. Une vieille dame révèle l'existence d'une fontaine cachée. Un jardinier m'explique pourquoi les tomates seront meilleures cette année. Je repars toujours avec davantage d'histoires que de kilomètres. Le retour me conduisit jusqu'à l'Hôpital-Saint-Blaise, puis devant le camp de Gurs. Ici, la beauté du paysage marche discrètement aux côtés de la mémoire des hommes. Certains lieux ne demandent ni commentaire ni photographie. Ils imposent seulement un peu de silence.

Lorsque je retrouvai enfin la maison, mon compteur affichait beaucoup plus de kilomètres que prévu (87...km). Il ignorait en revanche les odeurs de sous-bois, les éclats de rire partagés, les chemins imprévus, les rencontres, les hésitations heureuses, les détours inutiles qui deviennent parfois les plus beaux souvenirs. Au fond, je crois que je ne serai jamais un bon organisateur de sorties. Je pars toujours quelque part. Et j'arrive presque toujours ailleurs,,, 






















25 juin 2026

VLO VAE


Un secte ?


Longtemps, j’ai hésité à en parler. Qui croirait un homme de soixante-neuf ans parcourant seul les routes du Haut-Béarn sur un vélo électrique allemand, convaincu qu’une présence discrète accompagne chacun de ses trajets sans jamais se laisser saisir complètement ? Pourtant les faits se répètent, avec une constance qui finit par remplacer l’explication,,,

Vent de face : ils sont là. Vent dans le dos : ils sont là. Montée lente, respiration courte, jambes lourdes : ils sont là. Descente rapide, impression de liberté : ils sont encore là. Toujours de face. Toujours,,,

Je traverse un pays calme en apparence. Les coteaux s’étirent sous une lumière lente. Les gaves glissent entre les pierres. Les champs ondulent sans urgence. Le matin respire une humidité douce, presque tendre. Tout semble vouloir rassurer. Ils sont là,,, 

Dans cet équilibre apparent, quelque chose insiste. Quelque chose se déplace avec moi. Ils ne paraissent pas suivre le hasard. ls traversent des volumes d’air considérables pour converger vers un point unique. La mienne. Ils ne cherchent pas le paysage. Ils me traversent,,,

Mon visage devient point de passage, repère fixe dans un monde mouvant. Le nez d’abord, trop visible pour être innocent. Les joues ensuite, surfaces d’impact. Les oreilles, zones de passage dont je ne comprends pas encore la logique. Et parfois, la bouche, surtout dans l’effort, comme si même le souffle devait être corrigé. Ils sont partout,,,

J’ai adapté. Casque ventilé. Erreur. L’air circule trop bien. Trop librement. Ce qui entre ne ressort pas toujours selon les règles prévues. Lunettes miroir. Nouvelle erreur. Le reflet ne les détourne pas. Il confirme leur trajectoire. Vêtements colorés. Erreur ancienne. Je comprends aujourd’hui que je n’étais pas visible par accident. J’étais visible par design. Il y a même des moments où certains disparaissent après l’impact. Je les sens, puis plus rien. Plus tard, une sensation étrange, comme un rappel discret, sous la matière du tissu. Je m’arrête. Je vérifie. Je trouve parfois ce qui reste. Ils me voient ,,,

Sans explication. Sans logique apparente. Alors je repars. Les routes deviennent chemins. Les collines changent de forme selon la lumière. Le monde reste beau, étrangement intact, comme si rien ne devait être interrompu. Et moi aussi je continue. Parce qu’il n’y a rien d’autre à faire que rouler dans ce qui reste compréhensible,,,

Je ne sais pas ce qu’ils veulent. Mais je constate leur persistance. Et parfois, dans les longues lignes droites où le vent devient presque silencieux, il me semble comprendre quelque chose de plus dérangeant encore : ils ne viennent pas vers moi. 

Eux dans leur logique invisible. Moi dans ma trajectoire imparfaite,,, Il n’y a pas de preuve. Pas de conclusion. Une sensation persistante d’être observé par quelque chose qui ne se laisse pas nommer. Je les ai vus. Ils sont là,,, Et depuis, rien n’a changé,,, et ils me voient, me croisent,,, Mais pourquoi sont ils tous à contre sens,,, ,,, ,,,





 



Le monde continue son vacarme volubile.

Je navigue doucement, respire doucement, virgule du temps, souvenir discret, et tout murmure… comme d’habitude. Je pédale dans ma tête…




Parfum inflammable, bascule dans des forêts dépouillées, montées et descentes, courbes aventureuses,,, passer de l'ombre à la lumière,
Dans l’air mouvant, qui se moque, qui rit, entre ce qui brûle en moi et ce qui l’attise.
“Je m’habille du mouvement” avec une relation au corps, au contact, à la peau. Je porte le mouvement, ou lui, me porte... avec ce dépouillement préalable : pour s’habiller, il faut d’abord se défaire de quelque chose ,,,
Le vent me l’a confié, lettre après lettre, tandis que je gravissais la côte. Le souffle court, je croyais lutter contre la pente. J’apprenais. La route s’élève comme une phrase exigeante. Chaque battement de cœur, une ponctuation vive, ardente. Seulement une montée, nue, offerte. Et moi, traversé par une volonté plus ancienne. Je m’accordais.
Le souffle mesure. Il arrache l’orgueil inutile, polit l’effort jusqu’à le rendre juste. Il me contraint à habiter mon propre rythme, je ne suis plus celui qui monte. Je suis ce qui monte. Puis vient la crête. Un seuil fragile où tout pourrait basculer, chute ou envol, crispation ou abandon. L’espace se suspend une seconde... Je me laisse écrire par la pente inverse.
La descente s’ouvre, l’air murmure à l’oreille une vérité simple, l’harmonie n’est pas l’absence de tension, mais un consentement réciproque. Les courbes surgissent, et le corps les accueille sans débat. Inclinaison, relâchement, souffle retenu, offert. La vitesse est une confiance. Je ne domine rien. La route se déploie, ruban vivant.
Ce n’est pas l’ivresse qui m’emporte, mais une lucidité brûlante. Être là, ,, Entre ce qui brûle en moi ,,, ce qui l’attise.




Retour harnaché sur les traversées de Narbé à Aramits, çà te parle? En la forêt de Gouloume m’en allai, non point pour quête d’anneau, mais pour dompter la pente et le souffle court. Les troncs s’y dressent comme antiques gardiens, murmurant des secrets en langue de mousse. Sous leurs ombres fraîches, je ne suis plus cycliste grisonnant, mais voyageur minuscule au pays des racines torses et des lumières obliques. Je guette presque un hobbit rieur ou quelque créature chuchotante tapissant les fougères. La route y serpente comme un sentier d’aventure, et mon destrier d’aluminium flamboyant grince plus que noble monture. Point d’anneau à détruire, seulement la gravité à défier, et cette joie un peu folle qui me pousse plus loin que la raison. En Gouloume, je ne vieillis pas : je chemine, et cela suffit




Dix kilomètres ? Et je trouve le rythme, le souffle accordé. Une douceur qui surprend, qui ouvre les visages, 25 ° et la route éblouit ,,,
Le soleil pose sur les collines une clarté presque irréelle pour une fin février. Sortie de virage monticule, une tour, vestige discret du château d'Esquiule, là, entre une stabulation, et quelques maisons elle ne revendique rien, pas de panache, pas d’explication. Simple présence verticale dans l’air lumineux, elle semble respirer elle aussi, mêlant à la douceur des parfums une odeur minérale, sèche, poussiéreuse. Le vent tourne autour , je repars, les montées deviennent secondaires. Je suis,



Février 26

Aujourd'hui plein soleil mais hier, hier,,, Hier, j’ai roulé sous la pluie jusqu’à ne plus savoir si l’eau venait du ciel ou de moi. Mon VAE, c'est un vélo, il faut pédaler, avançait dans le vent, obstiné, et moi avec lui, offert aux quelques rafales, celles du côté, là, lavé . Quand j’ai atteint le lavoir, au bord du gave, je n’étais plus qu’un corps trempé. Les vêtements collaient , la nuque ruisselait, Le silence a eu la densité de l’eau. Sous l’abri de pierre, j’ai senti le poids de mes vêtements, le froid entrer doucement, mais aussi cette intensité rare : être vivant jusque dans l’inconfort. Le gave passait large et sombre, charriant sa propre rumeur. Il ne me regardait pas, il n’avait pas besoin. J’étais là, mais étrangement accordé au monde. La pierre exhalait une odeur de mousse ancienne, le vent séchait peu à peu ma veste, et sous le froid naissait une chaleur plus intérieure, plus secrète. Je me suis surpris à aimer cette vulnérabilité. Être mouillé, exposé, réduit à la sensation pure. Sous venir d'un temps de montagne,,, Ce n’était pas un abri contre la pluie. C’était une pause dans le mouvement. Un rappel que l’existence ne se vit pas à l’abri des intempéries, mais dans la manière dont on les traverse. Je me retrouvais.





Janvier 26
Nous sommes partis sans programme, simplement parce que l’envie était là, celle de sortir, de rouler, de laisser la journée nous prendre comme elle venait. Le dimanche s’est ouvert sans résistance, et la route a fait le reste. Les vélos ont trouvé leur cadence, ça montait, ça descendait, des vallons s’enchaînaient, et nous avancions en nous guettant, sans jamais nous jauger. Parfois côte à côte, parfois l’un derrière l’autre, un sourire suffisait, un regard, et tout continuait. Il n’y avait rien à prouver, rien à expliquer. Le rythme se réglait de lui-même, dans l’attente naturelle quand l’un ralentissait, dans l’élan tranquille quand l’autre relançait. On sentait que l’essentiel passait par là, dans cette attention silencieuse, dans cette manière d’être présent sans occuper toute la place. Les paysages défilaient sans chercher à impressionner, les kilomètres s’ajoutaient sans qu’on les compte vraiment. Le corps faisait son travail, et l’air semblait remettre un peu d’ordre là où tout s’était emmêlé. Puis est venu le moment de se séparer, sans solennité, avec ce salut simple qui contient beaucoup. Chacun est rentré vers sa maison, vers les siens, le cœur un peu plus léger, reconnaissant pour ce temps partagé, pour cette présence offerte sans condition, en sachant qu’il y aura d’autres routes, d’autres paysages, et que parfois, être simplement là, ensemble, suffit,,,


DEC 25

Ce matin , le soleil s'est réveillé et moi donc...re flexion et je roule. Sans boussole, sans trophée au bout du guidon. La roue tourne, hamster convaincu et moi avec, hypnotisé par ces cercles obstinés qui font tout pour me déconcentrer. Hypnose ,,, Pas de médaille à l’arrivée. Pas d’ange au sommet, y aller et des pensées lucides. Je passe face nord, qui serre la route comme une mâchoire discrète. L’air est déjà tiède, la lumière s'est faite la malle, chaque respiration coûte un peu plus cher que la précédente. Je bave sur les crêtes comme un escargot en crise métaphysique, version estivale : lent, brillant de sueur tiède, vaguement inquiet de sa propre persistance. Le cœur tambourine. Le souffle court. Le regard plonge vers la vallée : elle appelle ou elle se moque , en été, la différence est subtile. et là, oui là, la bascule. Versant sud. Soleil plein cadre, indécent. Au fond, garder l’équilibre devient déjà une victoire. pas un chat, personne sinon des fougères agiles, le corps se déplie, la philosophie renaît, l’effort trouve enfin une logique provisoire. et c'est la descente, elle tarde, elle arrive, le vent siffle , public imaginaire mais sincère. Les freins hurlent à l’injustice mécanique. 65.7 km/h, Je suis le fou! Héros de quelques kilomètres, avec une poignée d’air dans les poumons et perdu quelques certitudes. Escot, Marie Blanque, puis Bourdalat, Hourquiau, Escot Lurbe-Eysus, Soeix, Oloron, maison., décrocher le linge, limonade, nuages de spéculoos Pas de gloire. Pas de miracle. Juste une boucle, du chaud, du soleil, et cette sensation discrète ,,, aller, avancer,,,

12/25 - 07/26

Nous sommes partis sans raison autre que l’envie, un dimanche ouvert comme un chemin de terre. Les vélos chargés de silence, les mains posées sur le guidon comme sur une promesse simple : avancer ensemble. Le sentier montait, rugueux, honnête, il demandait des jambes, du souffle, un peu d’abandon. Le soleil faisait son travail, lent, précis, sans commentaire. L’eau du gave roulait en contrebas, claire, obstinée, fidèle à sa pente. Les bois traversés ne jugeaient pas, ils laissaient passer nos roues, nos voix rares, nos respirations accordées. Il y avait ce temps offert, précieux justement parce qu’il n’était pas prévu, un temps qui ne se marchande pas. Pas besoin de parler de métier, ni de raisons, ni même de fatigue. Tout se disait autrement : dans le rythme partagé, dans l’attente naturelle quand l’un ralentit, dans l’élan quand l’autre relance. Rouler à deux, c’est apprendre la mesure, ni devant, ni derrière, juste à côté. C’est accepter que le chemin fasse son œuvre, qu’il lime les angles, qu’il rapproche sans discours. Alors merci, simplement. Merci pour cette journée donnée sans compter, pour la route acceptée telle qu’elle venait, pour le soleil, l’eau, les arbres, et cette façon discrète d’être là,,, Nous avons roulé,

DEC 25



C'est après manger,,, Départ en vélo. Il fait froid. froid. Le genre de froid où ton visage se dit : « Vraiment ? On fait ça ? » Mais le soleil brille, et ça suffit pour que je me prenne pour un cycliste professionnel… pendant au moins quelques minutes.
Direction Issor. Tout va bien, mes jambes tournent, mon cerveau aussi , mais moins vite. Arrivé là, choix cornélien : descente de Giroune ou gorge de Lourdios ? Je décide de laisser le destin choisir. Le destin choisit la gorge. Le destin est taquin. La gorge est magnifique, mais je sens qu’un arbre me regarde bizarrement. Pas le temps de réagir : il essaie carrément de se jeter sur moi. Je suppose que c’était un arbre carnivore. Arrivée triomphale au village, je me demande : demi-tour ? Et puis je sens… quelque chose. Le col de Lie. Il me regarde. Il me juge. Je n’ai pas le choix : il faut l’affronter. Je pars à l’assaut. Au bout de vingt mètres, je regrette tout. Au bout de cinquante mètres, mes jambes entament une grève illimitée. Mais j’avance quand même, parce que l’orgueil est un moteur très puissant. Le sommet ? Une ambiance digne d’un film d’horreur : sombre, silencieux, le soleil parti fumer une clope derrière une montagne. Je ne fais pas le malin : je dégage avant de finir congelé sur place, statue commémorative du Cycliste Trop Motivé. La descente sur Arette : 50 km/h. Le vent me fouette la face comme si j’avais insulté sa mère. Les larmes coulent toutes seules, mais pas d’émotion, juste de la physique. Retour sur la route principale : des voitures pressées, et moi aussi , mais de rentrer. Je survie l’expérience, miracle. Enfin la maison. Enfin la douche chaude. Après cinquante kilomètres de folie, ma tête est pleine… et mes jambes sont officiellement mortes. Paix à leur âme.




 

Sous-Bois , j'aime m'y perdre et écouter observer ce monde qui se découvre, je roule je marche je glisse et la forêt m'enlace. Les pas s'enfoncent dans cette terre humide, la mousse se plie, le vent filtre. Souffle sur la nuque, qui m'enserre, comme une main, tendre, jamais retenue. Des êtres m'observent, géants sortis de l'argile et de la pierre, les branches s'inclinent, caressent, et l'air se charge de parfums de sève, feuilles mêlées, séchées, je glisse , chaque détour est un secret, chaque courbe une invitation.

NOV 25



Cirque en  roues libres
La pluie me réveille comme un tambour.
Cà frappe...sur des bassines de plastik!
Je monte sur mon vélo,
équilibriste du matin,
clown en imperméable,
prêt pour un numéro .
Oloron ouvre ses rideaux  :
gravillons farceurs, trottoirs glissants,
bus qui s’avancent comme des éléphants distraits.
Je zigzague, je m’incline,
acrobat co(s)mique sur mon trapèze roulant.
Les flaques me lancent des défis,
les lampadaires m’applaudissent à contrejour.
Sur mon épaule,
Ma Virgule se pose, légère,
petit poids de douceur
qui équilibre mes maladresses.
Elle murmure :
« Garde ton souffle… et amuse-les un peu. »
Sainte-Croix devient rampe d’accès au ciel,
les gravillons ricanent,
et je me hisse comme un funambule essoufflé.
En bas, Notre-Dame éclabousse :
enfants en cabrioles, parapluies en duel,
la ville entière improvise un numéro de cirque
plein de gestes brusques et de tendresse maladroite.
Au rond-point, je vire comme un acrobate
faisant mine de maîtriser la figure.
Les voitures valsent autour de moi,
et je roule sur mon fil mouillé,
aussi fragile qu’un souffle.
La Virgule, lovée contre mon cou,
riant presque, me murmure : « Tu tiens bon…
et c’est beau, vu d’ici. »
Je rentre trempé mais debout,
funambule de fortune,
rêveur sur deux roues,
soutenu par une main minuscule
que personne ne voit.
La ville brille encore de pluie,
et moi je continue doucement,
souriant, sur mon fil invisible
qui mène toujours quelque part.

′′ Le vélo est la mort lente de la planète ".
Un banquier a fait réfléchir les économistes quand il a déclaré : ′′ Un cycliste est une catastrophe pour l'économie du pays : il n'achète pas de voitures et n'emprunte pas d'argent pour l'acheter. Il ne paie pas les polices d'assurance. N'achète pas de carburant, ne paie pas pour la révision et les réparations nécessaires de la voiture. N 'utilise pas de parking payant. Il ne provoque pas d'accidents majeurs. Ne nécessite pas d'autoroutes multiples. Il ne devient pas obèse. Les gens en bonne santé ne sont pas nécessaires ou utiles à l'économie. Ils n'achètent pas de médicaments, ils ne vont pas dans les hôpitaux ou chez les médecins, ils n'ajoutent rien au PIB du pays.
Tandis que chaque nouveau magasin McDonald' s crée au moins : 30 emplois, dont 10 cardiologues, 10 dentistes, 10 experts en régime alimentaire et nutritionnistes, ainsi que les personnes qui travaillent dans le magasin lui-même, évidemment ".
Choisissez donc avec attention : un vélo ou un Mc Donald ?
Ça vaut la peine d'y penser...
PS : marcher c'est encore pire car les piétons n'achètent même pas de vélo !


Saucède ....
Un petit chemin mène à la rivière, l'Auronce. Le sol y est souple, la lumière y danse en éclats mouvants. Passage préservé, presque caché, la végétation, foisonnante, effleure la peau : feuilles fraîches, herbes hautes, parfums d’humus et de sève mêlés aux feuilles de figuier.
Atmosphère vibrante, l’Auronce apparaît soudain, dans un écrin de verdure humide et chaude, quasi luxuriante , feuillus et palmiers...
Saucède se révèle alors non pas comme un village, mais comme une sensation, invitation à la découverte...discrète...



Béarn. De petites routes sans prestige, des pistes agricoles, des voies forestières, des sentes discrètes que l'on découvre souvent en cédant à une impulsion. Elles serpentent à l'écart du monde pressé, relient les villages, longent un cours d'eau, disparaissent derrière une haie avant de réapparaître au détour d'une colline. Certains cyclistes poursuivent la vitesse, d'autres la technique, d'autres encore la performance pure. Je les admire sincèrement. Mais je me reconnais davantage dans une autre famille : celle du curieux. J'aime les routes, les chemins, les pistes et les détours. Quitter le flux principal. Échapper aux itinéraires imposés. Voir ce qui se cache derrière un bois, au fond d'une vallée ou après un virage . J'aime entendre le paysage se raconter. Je préfère souvent le chemin qui hésite au trajet qui promet. Le vélo est un merveilleux prétexte à cette curiosité. Il permet d'aller assez lentement pour voir, mais suffisamment vite pour découvrir. Il autorise l'imprévu : une vieille ferme endormie dans les coteaux, l'ombre d'un portail entrouvert, une source cachée sous les fougères, une lumière d'orage glissant sur les champs de maïs. Rien d'extraordinaire peut-être, mais c'est ce qui donne sa saveur à une journée. J'ai parfois l'impression que les dieux des coteaux s'amusent à mes dépens. Ils observent ce pédaleur juché sur son VAE aux batteries généreuses et lui soufflent des idées dont ils connaissent parfaitement l'issue. Car le véritable piège n'est jamais le chemin. C'est cette certitude absurde qui me pousse à vouloir savoir ce qui se cache derrière le prochain virage.


JUIN 26

Géographie de l’erreur,
L’homme qui descendait trop facilement
Ce jour-là, sur la route de Saucède, je cherchais un raccourci vers "le moulin". Enfin, je ne cherchais pas vraiment : je croyais savoir. Nuance essentielle. Le chemin apparaît, bord de route mais discret, prometteur, marqué de traces de vélo. La preuve irréfutable qu’un autre inconscient était passé avant moi. Je m’engage.
Les premiers mètres sont charmants, herbe haute, quelques ornières de tracteur.... Puis le sentier disparaît pour un champ fraîchement travaillé d’où émergent des plants de maïs disciplinés comme une armée miniature. Le moulin a disparu, mais la route, elle, reste visible à cinquante mètres à peine, derrière un fossé. Une formalité, pense encore l’imbécile optimiste qui pédale dans ma tête. Je descends donc dans le champ.
Et immédiatement, à ma droite, le fossé commence à grandir. Rigole, tranchée, ravin, puis véritable fracture géologique envahie de ronces et de broussailles. La route me regarde désormais depuis l’autre côté.
J’arrive au bord de rien, sans issue. Seulement un gouffre végétal parfaitement incompatible avec un vélo de 30 kg alimenté au lithium et mes ambitions d’aventurier rural. Je me retourne alors vers la pente que je viens de descendre avec tant d’insouciance. Vue d’en haut, elle semblait douce. Vue d’en bas, elle prend des airs d’Himalaya agricole. Je tente malgré tout. Les pneus patinent aussitôt dans cette terre poudreuse. Le vélo refuse toute coopération. Nous devenons deux formes distinctes de découragement mécanique. Alors je pousse. Sous trente degrés. Lentement.
Chaque pas s’enfonce dans la terre meuble. La sueur me coule dans les yeux. Je pense soudain à tous ces grands découvreurs perdus au bout du monde. Eux aussi ont dû connaître ce moment précis où l’aventure cesse d’être glorieuse pour devenir simplement pénible. Le moment où l’homme comprend qu’il est trop loin pour continuer,
Après tout, il faut bien quelques erreurs magnifiques pour empêcher une vie de devenir parfaitement droite.

AVRIL 26


Ces chemins qui n’en finissent pas, et je choisis toujours les traverses. Des sentiers incertains, ceux qui semblent ne mener nulle part, ou peut-être partout. Le vélo avance, fidèle, et moi je pousse sans carte ni boussole : se perdre est parfois la seule manière de se retrouver. Le gravier chante sous les roues. Puis la terre, piste ancienne, collante, bordée de noisetiers, ils effleurent mes épaules et vérifient mon passage, personne, nulle trace au sol. Je m’enfonce plus loin, là où la terre cède, où l’herbe s’incline doucement sous mon poids. Je ne sais pas où cela me mène, aucune importance. Une prairie large sur le côté, immobile pièce d'un puzzle. Arrêt . Un cheval y broute, indifférent à ma présence. Je lui confie ma question muette, ni direction, ni signe. Son silence vaut réponse. Le vent parle dans les herbes, les ombres glissent sur le sol. Puis, au loin, des moteurs. La forêt cède, les troncs tombent, emportés ailleurs. Je passe sous les aubépines. Leurs épines accrochent mes vêtements, leurs fleurs tombent sur moi comme une bénédiction florale et sauvage. Je ne sais toujours pas où je vais. Entre égarement et découverte. Les sentiers oubliés ne guident pas, ils accueillent. Pierres, flaques, détours : tout y est brut, sans détour. Et c’est exactement là que je dois être. J'aime. La forêt respire. Même blessée, elle vit. Même entaillée, elle persiste. Le bruit du grumier s’efface. Le cheval n’est plus là. Il ne reste que le sentier, un morceau de ciel entre les branches, être à la fois nulle part et profondément chez soi. Je me laisse porter. J’agrandis mon monde. Puis la piste réapparaît, elle me mènera quelque part , là où je dois être : on ne se perd jamais vraiment. On se découvre. Je jette un dernier regard, au cheval absent, à la forêt encore vivante. Demain ...

OCT 25




Montée aux portes de la vallée d’Aspe, une version du pédalage entre deux crêtes et trois soupirs...
Je roule, sans boussole ni gloire au bout du guidon. La roue tourne, fidèle hamster de métal, et moi avec, hypnotisé par ce cercle parfait qui imagine avoir un but. Pas de médaille à l’arrivée. Pas d’ange chantant au sommet. Seulement moi, dégoulinant de philosophie et de sueur, dans un ordre incertain. Je grimpe, je bave sur des crêtes comme un escargot en crise existentielle. Le souffle court, le cœur tambourine, regard tourné vers la vallée qui m’appelle ou me nargue, difficile à dire. Puis vient la descente : le vent siffle dans mes oreilles, public imaginaire, les freins crient à l’injustice mécanique, et moi, héros éphémère, je file vers la civilisation, j'ai gagné une poignée d’air, avancer, au fond, c’est déjà une belle manière de garder l'équilibre. Repris depuis Escot Marie Blanque AR et Bourdalat , Hourquiau, Lurbe Eysus Soeix Oloron Maison

SEPT 25

Le Passage de Goulome à Bugalaran et plus
La route m'entraine comme une invitation, mais mon vélo assisté ce R M des temps modernes, chantonne en m’emmenant , en réalité, je souffre tout de même et le Bois de Goulome m’avale. Les hêtres s’arquent en une cathédrale verte, les fougères sortent des talus et me mordent les jambes, l’air sent l'automne ...Je n’arrête pas, je transpire!.
Encore un coup de pédale et j'arrive dans le monde, la clarté....
Les Pyrénées, alignées comme une armée de géants endormis, les sommets dressés en roi couronné et les côteaux où se dessinent des fermes perdues, accrochées sur des assiettes instables. Je reste là, le souffle coupé, à me demander si Frodon a vu ça, lui aussi, avant le Mordor.
La descente vers Aramits est une chute libre. Le vent hurle dans les oreilles, les virages sont des dragonnes que je domine (à peine), je freine, et les toits de pierre du village, là-bas, brillent comme les trésors de la Comté. Je ris, ivresse pure, juste la pente, le guidon, et cette certitude : j’ai traversé un monde aujourd’hui.
Sur la route Oloron Esquile, Narbé, Aramits, Arette , Col de Lie Lourdios, Issor, Giroune, Aramits, Oloron et c'est tout....c'est bien
Même le héros a besoin de magie....




SEPT 25

Escapade rapide? un grand coup de tonnerre la terre craque, je tremble! A retrouver la lumière, enseveli dans la pénombre Cris et hurlements, le vent. Le ciel semble vouloir m'enrouler 60 km sur Oloron, Lucq, Vieille ségure, Ogenne Lay, Préchacq Orin , Moumour et douche à l'arrivée mais à la maison


SEPT 25
Le bonheur, est de me perdre par les côteaux du Béarn, de découvrir le Pays basque au détour d’un virage. Des montées qui brûlent, des descentes qui libèrent,
Et cette certitude : je ne m'en lasse pas
Des ruisseaux qui murmurent, le vent qui accompagne., des haltes surprises...


Retour sur Lucq, son église, son abbaye, aujourd'hui habitée, et les vestiges de la tour et des remparts...
La Tour Creuse et l’Escalier dans l'Ombre
Dans la tour adossée à l’église, le vide murmure, souffle d’autrefois.
Là où l’escalier, jadis en colimaçon, te portait vers le ciel comme un serpent de pierre,
Aujourd’hui, il n’est plus qu’un rêve évanoui, vertige du silence où dansent les échos.
Les marches ont chuté, digérées par le temps, je perçois des pas incertains, le grincement fantôme des moines disparus, des pas qui montent, qui descendent sans fin, portant des prières perdues dans le vent.
Le Soleil, Messager des Anciens
Depuis la place, l’ombre et la lumière se côtoient, le soleil perce l’ogive,
Un rayon d’or fendant la pierre comme un signe, une flèche de lumière dictant le destin.
L’abbaye se souvient… Elle chuchote des noms.: les murs lépreux, rongés par les siècles et les guerres, gardent en leur sein des secrets plus lourds que la pierre : le rire des moines, les chants des vendangeurs, les cris de soldats, la fureur des flammes.
Le soleil, complice, interroge, peut-être un trésor caché sous les dalles froides, ou l’âme errante d’un moine qui attend, depuis des siècles, qu’on lui rende hommage.
L’Abbaye – Saint-Vincent de Lucq
Née dans la brume des années mille, elle régna sur les vignes et les champs dorés, sur les troupeaux paisibles, sur les chants du soir.
En brisant les vitraux et défiant les murs saints, vint le temps des larmes, le temps des épées, foulant les croix, dispersant les reliques.
Le cloître s’effondra, et les moines dispersés, l’église gémit emportant le dernier souffle de gloire, laissant les pierres subir leur abandon.
L’Appel de la Pierre
Aujourd’hui, si tu franchis le seuil brisé, si ta main se pose sur la pierre tiède, se baigne à l'entrée, tu sentiras battre le cœur de l’abbaye, un rythme lent, presque humain, presque vivant.
Les temps anciens attendent que soit allumé une bougie, qu'une pensée se souvienne .
Et si le soleil, encore, te caresse l’épaule, touche les murs, écoute, entends…


Quand l'écho des collines surprend et se suspend dans les jambes, au détour, une mante religieuse gardienne des lieux ; Les crêtes dessinent le profil de la route... quand l’horizon se plie et se déploie comme une invitation ! Oloron, Giroune, Issor, Lourdios… des noms qui résonnent comme des promesses d’évasion, les jambes commencent à négocier avec la tête. Un final reposant, la rivière serpente à ma droite, tumulte confus d'une mélodie préservée...



vivre et partager des paysages neufs, rencontrer, s'arrêter et partager à nouveau et puis il y a des matins où la lumière filtre à travers les branches, des routes qui serpentent vers l’inconnu, je le vis comme une invitation à écrire une histoire.





SOLEIL de plomb 
Je suis reparti tôt ce matin sur de nouveaux sentiers mystérieux et sinueux, mais en plaine cette fois...
Après avoir à nouveau visité de nouveaux sentiers embusqués, j'ai découvert une plage, nichée le long du gave étincelant. Mais un sortilège végétal semblait protéger ce lieu magique...
A vrai dire, je reconnais cet endroit., je m'envole vers l'autre rive.
A peine sorti du bois, c'est une plage, quelques galets certes mais du sable:  
J'y ai laissé mes vêtements , me suis avancé dans l'eau cristalline, tel un Robertson  en quête de liberté. Le courant semble doux,  apportant une fraîcheur revigorante, mais gare tout de même, méfiance, et prudence....le fond attire en certains endroits alors que tu te laisses porter, chaque vague murmure des secrets anciens.
En  cet instant magique, la nature me chuchote des mots d'encouragement et de félicité. Si les fées existent, elles dansaient autour de moi, et les esprits de la forêt me saluaient depuis les  rives, comme pour me souhaiter bienvenue dans leur univers...
  


AOUT 25
Je suis parti vers 8 heures, plein d’entrain, pour une aventure vers le mythique Bourdalat et le non moins célèbre quartier Hourquiau d’Escot. Vous connaissez!
Mais voilà, arrivé à Lurbe, tout a commencé à ressembler à un épisode des "Shadoks" : j’ai croisé le chemin Budalat. Confusion totale, Bourdalat, Budalat...mais avec l’audace d’un explorateur, je m’engage !
Après une dizaine d’allers-retours dans des chemins qui semblaient tout droit sortis d’un film d’horreur végétal, me voilà ressorti avec mon vélo, tel un chevalier des temps modernes, à travers des fourrés de ronces qui ont décidé de goûter à mes jambes. Un vrai festin pour les épines, calvaire du pierrier, à se croire naviguer dans un rut sans eau, et çà monte!!!, non plutôt en regardant le chemin parcouru, je me sens obligé d'aller de l'avant...
Mais ce n’était pas fini ! Me fiant à mon instinct (qui, visiblement, avait décidé de faire une sieste), j’ai distingué mon but sur une crête voisine. Me voilà reparti dans des chemins qui montaient, qui descendaient, qui faisaient des loopings. J’ai même fait demi-tour si souvent que j’ai commencé à me demander si je n’étais pas dans un manège....déjà près de 20 km hasardeux, çà compte...
Et puis, miracle ! J’ai rencontré deux petits cochons. Que leur dire ? "Bonjour, pourriez-vous m’indiquer le chemin ?" Non, ils semblaient plus intéressés par leur petit-déjeuner que par mes problèmes d’orientation.
Mais la surprise du jour m’attendait : une fumée s’élevait d’un bosquet. Une jeune personne, amatrice de plantes aromatiques, sortie de nulle part, le rêve, quoi, a pris pitié de moi et m’a expliqué, avec une patience d’ange, la somme de mes erreurs. Grâce à elle, j’ai pu retrouver le chemin goudronné de la vallée et mener à bien mon expédition vers le Bourdalat ! par la route qui indique la destination...en gros, retour à la case départ....
Et c'est reparti pour une grimpette conséquente sur un chemin certes étroit mais à la découverte de paysages sauvages, c'est beau.
Papotage avec Anabelle que je n'ai pas vu depuis 97... sur le bord de route...descente de route du col de Marie Blanque, à près de 60 65, mais pas 70 .....folie
Retour par le macadam, avec Bruno, maire de Sarrance, sympa...
   


 
Je roulais au travers d'une terre aride, ,,parmi des plantes sans mémoire. La montagne se dressait au loin,,, ombre recherchée. Derrière,,, ma trace s'effaçait,,,et je restais envahi de ce parfum...


DE L'EAU de là haut
La nature silencieuse s'inquiète,
Elle ne dit rien
Les ruisseaux murmurent, clapotent...
La plante ne dit rien. L’oiseau se tait. Que dire?
Cette douleur est seule au monde, quoi qu’on veuille.
Elle n’est pas celle des autres, 
La plante a son mal qu’ignore sa voisine.
Et le mal de l’oiseau, l’autre oiseau, lui n’en sait rien...
Je  bois l'eau qui s'enfuit,
Un appel à la pluie.
Quelques nuages pourraient entendre,
Et Laisser tomber une douce caresse.



Entre le gave et les coteaux
L'après-midi s'étend, chaude et dorée,
Je cherche l'ombre, la fraîcheur des eaux,
Et longe le gave
Un chemin là sur la gauche m'appelle,
Je m'y engage, où mène t il?.
Découverte du bosquet , éclaircie, fraicheur des eaux

 
 

Découverte du bosquet , éclaircie, fraicheur des eaux

C'est tout beau et impressionnant à la fois de prendre la mesure du gave... aujourd'hui, clair et accueillant et parfois colérique, charriant sa masse de galets....certains passages sont plus que tumultueux, prudence...

 

Entre gaves et coteaux 

    
Entre deux eaux

Il faisait déjà trop chaud pour avoir de bonnes idées. C'est précisément dans ces conditions que naissent les meilleures. 
À six heures du matin, je quittai donc les routes raisonnables pour  retrouver le gave. La pénombre enveloppait encore les berges. Le sentier longeait l'eau entre des orties courbées par les passages, des fougères hautes comme des confidences et des bosquets où l'ombre semblait avoir décidé de s'installer pour la journée. Le gave, lui, poursuivait son métier avec une application admirable : courir, chanter, polir les galets et rappeler aux hommes qu'ils prennent décidément tout beaucoup trop au sérieux. On parle souvent du bruit de l'eau. C'est une injustice. Le gave ne fait pas de bruit. Il raconte. Il murmure aux saules, discute avec les pierres, rit dans les petits rapides et s'accorde parfois quelques silences dans les vasques profondes. 
Impossible de lui résister. Une plage de galets, quelques rayons de soleil filtrant à travers les feuillages... voilà une invitation que je serai bien imprudent de refuser. J'abandonnai mon Vélo à l'ombre, comme on confie un vieux cheval fidèle à un arbre bienveillant, puis je me laissai glisser dans cette eau vive qui effaça d'un seul coup la chaleur de la veille, la poussière des chemins et les kilomètres déjà parcourus. Pendant quelques instants, je retrouvai quelque chose de l'enfant qui croyait que les rivières avaient été inventées uniquement pour lui. 
Le problème n'est jamais d'entrer dans l'eau. Le problème commence toujours lorsqu'il faut en sortir. L'eau vous rend léger. Le soleil, lui, vous attend patiemment sur la rive avec ses trente degrés bien tassés, le goudron qui se ramollit et ses longues côtes béarnaises dont personne n'a jamais réussi à diminuer la pente. Les batteries étaient fraîches. Le cycliste beaucoup moins.
Je repris pourtant la route entre Saucède, Préchacq et Navarrenx, redevenu, en quelques kilomètres, aussi ruisselant qu'au sortir du gave. Il existe décidément des efforts qui ne servent qu'à retrouver le plaisir de recommencer. 




Oloron Lucq et ses coteaux, Vieilleségure Navarrenx, Préchacq et la maison pour un périple de 91 km entre route, chemins et allers retours....super



 


Une promenade, perdu dans la campagne pas loin de Lucq de Béarn, au milieu des champs et personne....Sauf cette table d'orientation ExtraTerrestre.
Du Gabizos à l’Anie en passant par le pic du Midi d’Ossau,le pic d’Orhy et enfin la Rhune qui plonge dans l’Océan. Une halte, donc, à la table d'orientation de M. Magendie, sculpteur de Pau, il me semble, qui trône sur la commune d'Ogenne Camptort







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