DEMOCRATIE SOLAIRE
La démocratie solaire
On dit qu'il faut écouter son corps. Erreur. À mon âge, oui, chaque jour, il avance,,, un peu plus,,, ,,, si je l'écoutais vraiment, je ne quitterais plus le canapé. Le mien est devenu un syndicat. Le cœur dépose des préavis de grève. Le diabète réclame une réunion extraordinaire. Les articulations tiennent des assemblées générales permanentes. Quant au thermomètre, qui n'a jamais été élu par personne, il gouverne désormais par décret ou envisage les 49,3 ???
Trente-huit degrés. Aucun recours. Et bientôt plus???
Le vélo n'a pas davantage été consulté. À cinq heures trente, il piaffe comme un jeune pur-sang. À huit heures, il rentre sagement à l'écurie. À huit heures trente, toute sortie est considérée comme un acte de rébellion contre l'ordre climatique. La République du Soleil n'est pas une démocratie. C'est une dictature tropicale.
Je survis donc en résidence ombragée. À l'intérieur : vingt-trois degrés. À l'extérieur : trente-huit. OUI, je sais et bientôt plus!!! Entre les deux, un ventilateur qui travaille avec un dévouement admirable. Il brasse l'air avec la même efficacité qu'un comité chargé de simplifier l'administration : énormément d'énergie, très peu de résultats. Il réussit même l'exploit de me donner un rhume en pleine canicule. Je ne pensais pas qu'il fût possible d'être enrhumé pendant que les lézards réclament la fraicheur.
Le jardin, lui, participe activement à cette vaste plaisanterie. Je paille. Je broie. Je repaille. J'arrose. Je recommence. Chaque soir, j'observe mes plantations avec la satisfaction d'un homme qui vient de vider un dé à coudre dans le Sahara. La terre absorbe tout avec une élégance de buvard. Les tomates me regardent d'un air vaguement accusateur. Les courgettes semblent avoir entamé une thérapie. Les haricots sont en cellule de soutien psychologique. Les mauvaises herbes, en revanche, organisent un festival.
Le ciel adore, lui aussi, se moquer des faibles. Ce matin encore, une magnifique couverture de nuages gris s'était installée au-dessus du Béarn. J'ai levé les yeux avec l'enthousiasme d'un pèlerin apercevant enfin son miracle. « Cette fois, ça y est... » PHOTO et dix minutes plus tard, le soleil a entrouvert le rideau, a jeté un regard amusé sur nos espérances, puis a congédié les nuages comme un directeur de casting renvoie des figurants. Rideau. Applaudissements. Quarante degrés en deuxième partie.
Les conversations sont devenues d'une richesse intellectuelle bouleversante. Il fait chaud. Oui. Très chaud. Oui. Il faudrait de l'eau. Oui. Nous sommes passés du langage à la climatisation verbale.
Le vélo dort. Moi aussi. Par moments, j'ouvre un œil pour vérifier si septembre pourrait exister. J'ai des doutes. Je soupçonne le calendrier de collaborer avec le soleil. Il y a quelques années, je croyais organiser mes journées. Aujourd'hui, je découvre que c'est une énorme boule de gaz située à cent cinquante millions de kilomètres qui décide à quelle heure je pédale, j'arrose mes tomates, j'éternue et je transpire. Ils parlent de progrès... et des ya ka fo kon, en attendant un coup d'État météorologique. Ou, à défaut, une pluie de quinze minutes.
Je ne suis plus exigeant. Cette année, le soleil ne chauffe plus. Il gouverne. Il a visiblement découvert le 49.3. En attendant septembre... ou des élections météorologiques anticipées,,,
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire