Ils ne se sont faits aucune promesse. Les serments étaient occupés ailleurs, dans les films romantiques et les chansons écrites par des gens qui semblaient avoir toujours les mots justes au bon moment. Ils avaient des préoccupations plus urgentes.
Les grandes déclarations attendraient. Ou pas. Ils avaient surtout envie d'apprendre la géographie des corps, de comparer leurs insomnies, de vérifier si deux solitudes pouvaient réellement partager la même couette sans provoquer un incendie diplomatique. Eux disaient : On va le vivre.
Pas héroïquement,,, Personne ne les attendait au tournant de l'Histoire. Ils choisissaient simplement de traverser les jours, respirer leurs parfums, leurs cafés du matin, leurs draps froissés. Découvrir cette étrange expérience philosophique qui consiste à regarder le monde avec quatre yeux tout en continuant à trébucher sur les mêmes questions. Et comprendre comment ils pourraient , eux, traverser.
Partout, on leur racontait la fin des histoires. Les livres, les chansons, les amis fraîchement séparés : chacun semblait détenir une théorie convaincante sur la façon dont les amours s'usent. Alors ils ont tout de même acheté un billet pour cette loterie sentimentale. Qu'avaient-ils à perdre ?
Le monde, lui, ressemblait à un immense supermarché où chacun remplissait son chariot de désirs provisoires. Certains empilaient leurs certitudes, d'autres leurs aventures. Les plus prudents comparaient les étiquettes. Les plus téméraires achetaient sans regarder. Ils avançaient, eux, entre les rayons, avec une ambition discrète : trouver quelque chose qui ne périme pas trop vite. Une tendresse de longue conservation. Un rire capable de survivre aux galères, aux fins de mois, aux fractures du réel. Une envie intacte de se rapprocher même après avoir découvert les défauts de fabrication de l'autre, les habitudes absurdes, les silences inexplicables et les matins de mauvaise humeur. Ils cherchaient un produit rare,,, Quelque chose qui résiste au temps, aux versions fatiguées d'eux mêmes, sans même consulter les dates de péremption.
La nuit, lorsque les corps devenaient plus éloquents que les idées, ils se persuadaient parfois qu'ils avaient trouvé un raccourci vers l'éternité. Il suffisait d'une main qui cherche,,, dans le noir,,, d'une respiration familière contre une épaule,,, d'une chaleur partagée sous les draps,,, pour que le monde paraisse soudain moins vaste et le temps moins pressé. Puis le réveil sonnait. Ils se répétaient qu'ils allaient tenir. Pas comme dans les romans. Mais tenir quand même. Comme ces vieilles maisons qui craquent sous le vent sans jamais s'effondrer.
Cela les suffisait pour se croire pionniers. Deux êtres un peu perdus, persuadés d'inventer quelque chose que des milliards de gens avaient déjà tenté avant eux, avec les mêmes espoirs, les mêmes peurs, et probablement les mêmes maladresses,,,
Ils aimaient se dire, aujourd'hui. Ils aimaient dire, nous. Comme si ces mots possédaient un pouvoir particulier. Comme si le simple fait de les prononcer rendait les choses plus solides : les matins, les projets, les peurs, les courses du samedi, les nuits trop courtes et les lendemains incertains. Et puis un jour, ils ont compris que le secret n'était peut-être pas de vaincre le temps. Se regarder, rester là,,, Encore un peu. Un peu encore,,,
Lorsque les certitudes s'effacent. Respirer,,, Regarder. Sentir. Écouter. Et découvrir, avec étonnement, qu'ils n'étaient pas perdu. Seulement en chemin.
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