En équilibre sans oser monter sur le fil.
Etrange silence. Non pas celui des églises ou des forêts, mais celui des pantoufles. Un silence feutré, domestique, où le monde entre par la fenêtre des écrans, nous, nous regardons au travers les persiennes. Les incendies, les guerres, les naufrages, les colères des hommes traversent le salon comme traverse le bulletin météo. Nous compatissons sincèrement. Puis nous refermons les volets du soir. Ce n'est pas de l'indifférence. C'est plus troublant.
C'est vivre un monde à distance. Nous observons davantage que nous ne rencontrons. Nous commentons davantage que nous n'agissons. Nous confions aux écrans le soin de vivre les tragédies à notre place. Avons-nous fini par redouter moins le malheur que notre propre puissance d'agir. Car agir oblige. Il expose. Il dérange le confort discret des certitudes, ce refuge où l'on peut tout comprendre sans jamais quitter son fauteuil. Alors nous devenons ces funambules immobiles. Nous avançons d'un titre à l'autre, d'une émotion à la suivante, sans jamais descendre véritablement sur la piste. Le monde brûle, fleurit, s'effondre, renaît ; nous regardons.
Nous avons appris à tenir debout sans jamais monter sur le fil. Nous avons gagné l’équilibre, mais perdu le vertige; Nous regardons le monde avancer, notre propre pas reste suspendu.
Toulouse a accueilli le bestiaire fantastique de François Delarozière. «Ex» de la compagnie de théâtre de rue Royal de luxe, puis créateur de l'association La Machine en 1999 implantée à Nantes, l'artiste et metteur en scène a conçu, en exclusivité pour la Ville rose, une de ses machines géantes, le Minotaure, et un grand spectacle de quatre jours, «Le Gardien du temple», qui met en scène une seconde créature, l'Araignée géante.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire