09 juillet 2026

BROUILLARD d' ETE

 

Brouillard d'été

Six heures trente. Huit juillet, déjà. Vingt-deux degrés déjà.

Le brouillard s'est posé sur les coteaux comme un vieux propriétaire qui n'a aucune intention de libérer les lieux avant plusieurs heures. Il gomme les collines, efface les vallées, rapproche les arbres. Le brouillard a ce talent rare : il raccourcit les paysages et allonge le temps.

La forêt transpire. Elle expire une humidité tiède qui s'accroche aux bras, au visage, aux lunettes. L'air sent le foin fraîchement coupé, mouillé par une bruine si fine qu'elle hésite entre pluie et caresse. Au bout de quelques kilomètres, je suis humide sans avoir véritablement été mouillé. Etre mouillé sans qu'il pleuve vraiment, ce pourrait être aussi une spécialité du Haut-Béarn,,,

Les chemins, eux, profitent de la saison pour reprendre leurs droits. Les ronces se penchent avec une familiarité toute végétale. Certaines semblent tomber du ciel, d'autres surgissent des talus. Elles me griffent les avant-bras au passage, laissant quelques fines estafilades. Les décorations officielles du cycliste curieux. Les spécialistes collectionnent les médailles ; moi, je collectionne les ronces.

Le gave, lui, poursuit sa route avec une indifférence souveraine. Son eau glisse claire entre les galets, comme si la chaleur ne le concernait pas. Je ralentis quelques instants. Il y a des paysages devant lesquels il serait presque impoli de passer trop vite.

Dans les jardins, les premières silhouettes apparaissent. On relève la tête, on interrompt quelques secondes l'arrosage des tomates, des haricots ou des fleurs. Un signe de la main suffit. Les mots sont inutiles à cette heure-là ; le matin parle déjà pour tout le monde.

Plus loin, les agriculteurs installent les canons d'irrigation. Les grandes gerbes d'eau dessinent dans le brouillard des éventails presque lumineux. Les prés prennent leur douche avant le lever du soleil.

Soudain, au milieu d'une prairie, un lièvre jaillit. Trois bonds, quatre peut-être, puis il disparaît dans le gris du matin. J'ai bien tenté de dégainer l'appareil photo. Lui avait déjà compris depuis longtemps que les plus belles rencontres ne se laissent jamais enfermer dans une image.

Je poursuis ma route entre Ledeuix, Lucq, Saucède, Préchacq, Aren et retour vers Oloron. Une petite sortie, diront certains. Ils auront raison. Les compteurs ne savent compter que les kilomètres. 

Ils ignorent tout du brouillard, des lièvres et des ronces.

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