18 juin 2026

CLAPOTIS


Comme un clapotis persistant contre la coque des jours.

Au coin, une chaise, un carnet ouvert. J'y retrouve des chemins sans adresse, des lieux mouillés, des matins chiffonnés dans les poches. Des heures tièdes aussi,,,

J'y retrouve des gestes sans propriétaire. Une tasse laissée sur la table. Une fenêtre ouverte sur des collines de silence. Et cette habitude étrange de tourner la tête lorsque personne n'appelle. J'aimerai voyager léger. Je tire des valises pleines d'absences. Des vies traversées sans descendre. Des chambres où la nuit continue de respirer à deux alors que je ne vois qu'une seule ombre sur le mur. Il demeure parfois, au creux des draps froissés de la mémoire, une chaleur sans visage, une empreinte sans contours, le manque de se faire vivant.

Avec des paysages dans les yeux. Des sommets. Des routes. Des pluies d'été. Des odeurs de terre retournée. Des morceaux de lumière accrochés aux branches basses du souvenir. Les lieux ne gardent rien. 

Souvent je parle seul. Je sourie à quelqu'un qui marche encore dans ma mémoire. Regards perdus. Là où les départs ne finissent jamais. Cet espace invisible où le temps hésite entre conserver et effacer.

Dans un éclat de verre. Dans une chanson entendue au travers d'une porte. Dans le bruit d'une rivière contre des pierres anciennes. Dans l'odeur d'un vêtement oublié. Les saisons passaient. Les villages changeaient de visage. Quelque chose demeurait. Une respiration. Un écho. Une lumière obstinée derrière les années. Je poursuis mon chemin, ma route. Avec mes questions dans les bottes. Mes silences dans les mains.

Comme un clapotis persistant contre la coque des jours.


Je rencontre une photographie de Hiroshi Sugimoto. Un horizon. De l'eau. Du silence. L'amour, l'absence, le temps, la mémoire. Cette lumière obstinée qui demeure lorsque les noms se sont effacés. Rien d'explicatif. Un clapotis persistant contre la coque des jours.

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