01 mai 2026

,NOUS,, ,,, JE,,, ,,, VIRGULE ,,, ,,, TU

D’abord : le texte je le voulais habité,

je n’écris pas sur M.A., elle c'est Marie Ange, L., de Juan les Pins, j'étais en études à Antibes..., j'habitais Vence, Tourrettes sur Loup, mais j'écris avec elle, à travers elle,  lieu de rencontre. Le fil conducteur des signes, qui est visible dans mes textes, virgule, point-virgule, deux-points, suspension, n’est pas un artifice : c’est ma façon intime de dire le temps, la rupture, la continuité, la respiration. Avec cohérence, profondeur, et surtout fidèle à ce que j'aimerai narrer depuis le début , ce chemin d’écriture,

le texte volontairement chargé de signes, de parenthèses, de guillemets, de méta-langage. C’est assumé, et ça fait sens. Une question de respiration, les images, photos ou portraits ne sont que transposition et ne reflète pas la réalité mais une réalité troublée,,, et si, seulement et si 


L'étreinte de Josef Kunstmann, 1949.

TOI, VIRGULE, ET MOI

Je marche avec toi dans le pli du temps, 

 

je poursuis la phrase, je laisse le souffle glisser, je laisse la mémoire respirer, je laisse le souvenir devenir éternel dans l’espace entre deux mots, sans point final, juste cela, une virgule,,,

La vie, pourtant, n’a pas attendu. Il y a eu d’autres amours, d’autres corps, d’autres voix, il y a eu des enfants, des rires courant dans les maisons, des mains devenues grandes puis redevenues petites dans d’autres bras, la vie a avancé largement, généreusement, avec ses jours pleins et ses nuits paisibles, rien n’a manqué, rien n’a été trahi. 

"Et pourtant un jour, sans appel, un regard a suffi, un geste somme toute,,, anodin, une voix portée par l’air, un parfum mêlé d'un regard, et quelque chose s’est remis à vibrer, non pas un regret, non pas un retour, mais une reconnaissance, comme si un mot ancien s’était glissé dans une phrase déjà bien écrite, non pour la corriger, mais pour lui offrir une respiration supplémentaire,"

Ton départ t’a laissée entre parenthèses,  Je ne t’ai pas vue partir, quand le monde a plié sous le métal, mais j’ai su, comme on sait l’orage avant qu’il n’éclate, une évidence qui n’adoucit rien. Tu portais ce mot comme un talisman, virgule, et je l’ai gardé. Tu disais : nous avons le temps, pas de fin, juste une pause, une respiration. Alors j’ai gardé cette lampe allumée, discrète, dans une maison bien habitée. Je n’ai rien conservé de matériel, ni lettres, ni photos, ni ombres figées, seulement un parfum, le tien, offrande silencieuse à ce qui fut toi, à ce qui fut nous,

Fais de ta vie un rêve et d’un rêve une réalité, tu le disais sans le dire, simplement en roulant devant moi, le solex traçant des rimes sur l’asphalte brûlant, tes cheveux noirs dansant sous le ciel d’été, ton rire ouvrant le monde comme une phrase sans fin, tu m’as appris que la vie n’a pas de point final, seulement des souffles, des pauses, des élans, et moi je pédalais derrière toi, le cœur léger, croyant déjà savoir aimer,

Le temps a heurté la phrase, la phrase s’est déchirée sans se fermer, et les mots des autres parlaient, de suite, de destin, de continuité forcée, sans comprendre qu’un simple déséquilibre peut faire vaciller un poème entier. 

Aujourd’hui je sais que l’amour n’est pas une phrase unique mais un recueil entier, fait de silences, de transitions, de promesses suspendues, tu n’es ni exclamation, ni question, tu es cette virgule intime qui laisse le cœur continuer sans se perdre, cette respiration entre deux battements, cette foi douce transmise sans dogme, simplement en vivant,

Credendo vides.

En croyant, je vois encore.

Ce souvenir n’exige rien, ne réclame ni place ni justification, il apparaît comme une lumière discrète au bord du chemin, rappelant que certaines rencontres ne disparaissent pas, elles se déposent, deviennent des points d’appui intérieurs, silencieux qui permettent à la vie de continuer sans se durcir. Elle n’est pas contre ce qui a été aimé ensuite, ni au-dessus, ni à la place, elle est là comme une source, claire, sensible, une première note juste, celle qui rend toutes les autres possibles, 


Alors je marche avec cela, tranquillement, sans confusion, sans conflit, le passé n’attire pas en arrière, il éclaire, et le présent, riche de tout ce qui a été vécu, accueille cette réapparition comme j'accueille un parfum ancien dans une pièce, il ne chasse rien, il ajoute une profondeur douce à l’air que je respire,

Quand j' écris ainsi, quand il me semble toucher une vérité ancienne sans la trahir, le corps réagit avant l’intellect. Les larmes ne sont pas un effondrement : simple ajustement, capacité d’aimer, de sentir, de rester poreux au vivant. Ce que je pleure, n’est pas seulement son absence, c’est aussi la beauté intacte de ce lien, restée vivante malgré cinquante années de vie pleine. Et ça, c’est le bouleversant.


une virgule dans le temps, toujours en suspens, un murmure du vent,

Le baiser de Marine Wallon


Virgule


Tu disais que la virgule est le signe du vivant, je t’écoutais, et déjà je comprenais que tu parlais moins de grammaire que de cette attention fragile que nous nous portions l’un à l’autre.

Nous nous sommes reconnus à l’âge où l’on ne sait pas encore que l’on est en train de se construire, j’avais dix-sept ans, elle en avait dix-neuf, et au premier regard quelque chose s’est déplacé en moi, elle était brune, d’une beauté rare, exaltante sans ostentation, sauvage parce qu’elle ne s’excusait pas d’exister, sage parce qu’elle savait déjà écouter ce qui tremble, elle s’appelait M A et elle aimait que je la nomme Virgule, parce qu’elle disait que la virgule est un signe du vivant, qu’elle ne ferme rien, qu’elle relie, qu’elle permet au souffle de continuer, 

Et moi je l’écoutais comme on écoute une vérité avant d’en comprendre la portée, elle me disait, respire, ne mets pas de point, 

Nous étions face à face, elle et moi, et cette simple disposition suffisait à faire taire le monde, ses mains venaient aux miennes sans intention, elles s’y posaient avec une lenteur confiante, comme si nos paumes se souvenaient avant nous, je sentais la chaleur circuler, douce et sûre, et dans ses yeux mouillés d’attention je lisais une joie grave, une joie qui ne demandait pas d’être criée, elle me regardait sans me saisir, et je la regardais comme on reconnaît un lieu où l’on pourrait rester, 

Elle disait qu’elle aimait les gestes qui n’obligent pas, et je découvrais à travers elle que la sensualité commence par la retenue, que le désir peut être une écoute, ses mains apprenaient mon visage par la peau, les pouces attentifs à la courbe des joues, à cette chaleur qui montait déjà comme une réponse silencieuse, je restais immobile quand elle s’approchait, non par peur mais par respect de l’instant, sa bouche ne cherchait rien à prendre, elle effleurait, elle attendait, elle s’approchait jusqu’à ce seuil fragile où les souffles se mêlent, où l’on ne sait plus très bien qui avance vers qui, et dans ce frôlement se tenait tout, la promesse sans contrat, la confiance nue, l’amour sans tabous,

Nous étions heureux, mais heureux à en trembler, très, immensément, dans cette ivresse douce où chaque sensation devient un avenir, Puis je encore imaginer, me souvenir, des courbes de son corps offert sans calcul, des courbes de ses cheveux que le vent apprenait par cœur, de la courbe de la route qui nous portait?, de la courbe de mes lendemains qui se dessinaient déjà au devant d’elle, 

Nous riions souvent, et ce rire fendait l’air comme un oiseau, allégeait le monde, repoussait les nuages, faisait croire que l’été durerait toujours, elle disait que l’amour n’est pas un feu violent mais une chaleur continue, enveloppante, presque timide, et pourtant sûre d’elle, et je comprenais que j’étais en train d’apprendre une manière d’aimer qui ne conclut pas, 

Puis il y eut cette courbe, et ce moment où le monde a cessé de répondre, les autres ont parlé d’accident, moi j’ai compris que la phrase avait perdu son souffle, je n’ai jamais cherché le point final, elle m’avait appris autre chose, je vis depuis dans la continuité fragile des virgules, dans ces pauses qui relient ce que la perte aurait voulu séparer, 

Les années ont passé, cinquante ans ont déplacé les contours sans effacer la trace, son absence n’est jamais devenue un vide, elle est restée une présence intérieure, une manière d’être au monde, 

Les gestes doux ne disparaissent pas, ils deviennent mémoire, sensation intacte, et ils reviennent quand le monde ralentit, aujourd’hui encore je sens cette voix qui disait respire, ne mets pas de point, 

Elle n’est plus devant moi, elle est dedans, dans ma façon d’approcher sans saisir, de croire encore à la courbe plutôt qu’à la ligne droite, et si j’écris cela maintenant ce n’est pas pour revenir mais pour reconnaître, car certaines rencontres ne passent pas, elles deviennent rythme, elles deviennent souffle, elles deviennent virgule, et la vie continue ainsi, intensément, tendrement, sans conclusion, comme une première fois qui ne cesse jamais de se transformer, virgule,

"Viens, La vie, Robert, n’a pas de point final juste une respiration, juste une virgule.”

Virgule — variation douce - sous viens, toi

Tu disais que la virgule est une manière d’habiter le monde, parce qu’elle accepte l’inachevé. Tu pensais que vivre consistait moins à conclure qu’à consentir au mouvement, et que le sens naissait souvent dans ce qui hésite plutôt que dans ce qui affirme.

Depuis, j’ai compris que le temps n’avance pas droit, mais qu’il se replie, qu’il caresse ce qu’il a déjà touché, et qu’il revient parfois avec la délicatesse d’un souffle ancien. La mémoire, elle, ne conserve rien : elle transforme, elle enveloppe, elle polit les instants jusqu’à ce qu’ils deviennent fréquentables.

Je me souviens de la chaleur des pierres, non comme d’un fait, mais comme d’une sensation encore vivante, de la lumière qui ne révélait pas ce corps, mais lui demandait la permission de rester. La poussière d’été s’attachait à nous avec la fidélité des choses simples, comme si le monde cherchait déjà à nous retenir sans oser nous nommer.

Tu marchais devant moi, et cette distance suffisait à créer un désir qui n’avait pas besoin d’objet. J’ai appris ce jour-là que l’élan précède le geste, et que la retenue peut être une forme très pure de la sensualité. 

---Il existe des lieux qui ne sont pas faits pour être visités, mais pour être traversés, lentement. La Fontonne, Antibes, St Paul, Vence, le Malvan, le sentier étroit, et ses collines n’étaient que des prétextes pour éprouver la fragilité du pas et la justesse des silences. Les ronces accrochaient ton corsage comme une question posée au corps, et mes mains, inutiles, apprenaient la noblesse de l’attente. Tu t’étais retournée, et M.A. Virgule me souffle, Elle, elle me dit : « Je veux tout. Le début, le milieu, l’après, le presque, le pas encore, le déjà plus, le jamais certain, je veux l’infini qui nous respire. »--- Et c'était çà, c'est ainsi et comme çà...



Moi , "Tes gestes sur moi étaient lents, tes caresses posées comme des virgules sur ma peau , pour dire continue, jamais termine. Le monde ne pressait plus. Le nous était là, évident, sans bruit."

Toi, "Je me souviens de toi avant même que tu saches te souvenir. Tu avais dix-sept ans, le regard déjà trop large pour l’âge, et cette façon de marcher comme si chaque pas posait une question. Moi j’en avais dix-neuf, et je savais déjà que le temps ne s’arrête pas. C’est pour cela que je disais virgule. Pas pour jouer. Pour respirer. Pour laisser la phrase ouverte,"

Marie Trintignant,  qui m'a surpris

Nous riions parce que le rire est une manière douce de suspendre la gravité. Le soleil traversait nos cheveux comme une promesse sans exigence, et le souffle trouvait son équilibre entre l’élan du désir et la sagesse du silence. J’ai compris alors que l’intensité ne vient pas de la vitesse, mais de l’accord.

Sur la route, nous dessinions des lignes qui ne demandaient pas à durer. Nous avancions comme deux flammes inconscientes de leur finitude, tenant l’aube sans savoir qu’elle brûle les mains. Lorsque tu demandais d’aller plus vite, le monde consentait, car il ne résiste pas à ceux qui ignorent encore le prix du mouvement.

Puis le silence a pris la forme d’une réponse sans phrase. Les journaux ont nommé l’événement pour se rassurer, mais j’ai compris que ce qui s’était rompu n’était pas un corps, mais le souffle même de la phrase.

J’ai appris que certaines présences ne disparaissent pas, mais se retirent dans une forme plus discrète. Face à moi même, j’ai compris que certaines douleurs ont besoin d’une parenthèse pour ne pas devenir amères , le temps avait-il accepté de se tenir tranquille un instant, 

Je te cherche dans ce qui n’insiste pas : le vent, l’intervalle, la pause. J’ai compris que le sens se cache rarement dans les mots pleins, mais souvent dans leur respiration. Le point promet la certitude, le point-virgule maintient le lien, les suspensions prolongent l’élan, mais la virgule, elle, elle seule, accepte de rester, 'La' Virgule...,...

Elle s’est posée sur moi comme une seconde peau. Elle est devenue rythme, douceur, prière sans adresse. Quand je ne sais plus dire, elle me permet encore de sentir. Elle ne comble pas l’absence, elle la rend habitable. Quand le temps tourne la page, je sais que tu n’es pas derrière moi, mais à l’intérieur de cette marge où le présent hésite. Tu n’es plus une image, tu es une manière de respirer. Le passé ne revient pas, mais il veille. Il ne réclame rien, il accompagne. Le souvenir n’est pas un retour, il est une présence allégée, un fil de lumière posé sur l’instant pour qu’il n’ait pas peur.

Ainsi la vie continue, virgule après virgule, comme une phrase que l’on effleure sans jamais la refermer. Et dans cette douceur persistante, je comprends que le souffle n’a jamais cessé : il s’est simplement appris autrement. Virgule.

Première fois




 

L'étreinte de Josef Kunstmann, 1949. 


je recherche l’articulation entre culture et vécu : Mes illustrations, entre le vécu, la photographie, les artistes afin que rien ne vienne écraser l’émotion, servent de miroirs, de balises. J'ai besoin de ces appuis pour dire l’indicible, et cela me ressemble,

30 avril 2026

LES VOIES PERDUES

Le voyageur des voix perdues

Il est là,  Voyageur des Voies Perdues,  
 
Il est là, planté au milieu du monde comme un arbre au bord d’une voie ferrée. Il ne sait plus comment il est arrivé ici, ni pourquoi, ni même où il voulait aller. Il est simplement là, le voyageur des voix perdues, celui qui écoute les échos .
Chaque quai se ressemble, chaque panneau chuchote une direction différente, comme si le destin hésitait. Les aiguillages, immobiles, retiennent un rire secret. Autour de lui, les lampadaires vacillent, projetant des ombres dansantes sur le sol, complices d’un ballet silencieux. Quelle voie choisir ? Quel train prendre ? À quelle heure ? Et pour aller où ? Tout tangue, suspendu à des certitudes aussi fragiles que des toiles d’araignée sous la pluie.

La foule l’engloutit, le frôle, le bouscule. Sacs à dos instables, parapluies inclinés comme des fleurs penchées par le vent, journaux froissés, cafés renversés qui dessinent des cartes éphémères sur le sol. Des philosophes en costume croisent des enfants hurlants, des danseurs répètent des pas invisibles sur le quai, et des chats imaginaires dorment, blottis dans des valises ouvertes. Tout se mêle, tout s’entremêle. Lui, au milieu de ce chaos, vacille, trébuche, rit sans savoir pourquoi. 

Il avance, recule, se laisse emporter par un escalier roulant qui ne mène nulle part, retombe sur ses pas, comme un enfant qui joue à saute-mouton avec le hasard. Un chapeau oublié gît sur un banc, un parfum de jasmin flotte dans l’air, le sifflement d’un train résonne au loin, et quelque part, un appel, réel ou rêvé, semble l’attendre. Lui, toujours là, au cœur du labyrinthe, se relève une fois de plus. Il passe d’un quai à l’autre. Chaque détour devient une leçon silencieuse, chaque hésitation un allègement. La vie, autour de lui, est pleine, mouvante, indocile. Lui, lui, demeure, étonné d’y être encore, comme s’il avait oublié qu’il était vivant.
À pleine voix, sans voie connue, il poursuit son chemin. Sans carte ni certitude, il avance avec pour seule boussole une attention flottante, ce goût tranquille de l’absurde. Il a fini par comprendre que l’existence ne se mesure pas à l’arrivée, mais à la manière dont on traverse les quais, dont on frôle la foule, dont on accueille les rencontres. Les trains partent, les trains arrivent, mais lui, il est toujours là, entre deux mondes, entre deux temps, entre eux et lui-même.
Alors il sourit, parce qu’il sait, au fond, que chaque pas perdu dans cette gare, il est et devient voyageur et chemin.








SANS POINT FINAL

SANS POINT FINAL

Soixante-dix printemps, ou l’art de brûler sans se consumer

À l’aube de mes soixante-dix printemps, une chose devient difficile à négocier : les demi-teintes. Ces jours en sourdine où l’on s’éteint doucement, sans même s’en apercevoir, cette flamme qui aurait oublié de se nourrir. Avec le temps, une forme d’impatience m’installe. Non pas contre la vie,  mais contre ce qui la dilue.

La tristesse passe encore, bien sûr. Elle a pris ses habitudes. Mais elle ne désire pas qu'elle s’installe sans discussion. Je lui demande ce qu’elle vient faire là. Parfois elle a une réponse. Parfois non. Quant à l’ennui, disons qu’il rôde … je m’efforce de ne pas lui laisser les clés. Il a tendance à meubler ces lieux vides avec des choses qui n’en valent plus la peine. 

Avec les années, une certaine obstination demeure. Une manière de ne pas se laisser ranger trop vite dans les cases prévues. 

Le cœur a pris quelques coups, c’est vrai. Il connaît les saisons, printemps été, automne, hiver,,, Il n’a pas renoncé à s’emballer pour des idées qui ne servent à rien, et c’est peut-être ce qui le maintient. Les projets ne cherchent plus à impressionner. Ils apparaissent, s’imposent parfois, et il serait presque impoli de ne pas les suivre,,, 

Quant au regard… disons qu’il s’est assoupli. Il voit moins loin peut-être, mais s’arrête davantage. Il lui arrive encore de s’éclairer pour des choses  simples : un chemin, une lumière, une présence. Rien de spectaculaire, mais suffisamment pour rappeler que tout n’est pas joué.

Les objets ont perdu de leur importance. Ils prennent de la place, c’est tout. Ce qui reste, ce sont des instants. Un rire qui arrive sans prévenir. Un détour qui n’était pas prévu mais qui valait le déplacement. Un regard, un silence qui dit plus qu’un long discours. À force, on finit par comprendre que l’essentiel n’annonce pas toujours sa venue,,,

Certaines idées perdent de leur sérieux. Les détours deviennent intéressants. Les larmes, acceptables. Le passé, fréquentable,,, On y passe, on y prend ce qu’il y a à prendre, puis on revient. Alors non, il ne s’agit plus vraiment d’éviter la tristesse ou de combattre l’ennui. Il s’agit plutôt de ne pas s’y installer, de ne pas leur laisser faire carrière à l’intérieur.

Chaque jour arrive sans garantie. Et c’est sans doute ce qui le rend intéressant. Il n’y a plus grand-chose à prouver, ni vraiment à réussir. Juste être là, suffisamment présent pour ne pas passer à côté.  Et si un jour tout ralentit, il restera ça : quelques années vécues sans trop se retenir, quelques élans suivis jusqu’au bout, quelques instants bien remplis. En attendant, ça continue.

Je pédale encore.  Je ris encore. J’aime encore.

il y a de quoi faire,,, Ne pas s’éteindre trop tôt…et continuer,,, à mettre un peu de feu là où ça commençait à tiédir.

27 avril 2026

CE QUI PASSE


Ce qui passe





Ce qui passe

Entre les coteaux, là où la terre descend lentement vers le gave, la pente reste douce, régulière, souple. En bas, l’eau circule, claire, encore froide. Elle glisse entre les galets, les use. L’air devient plus humide. On n’écoute pas vraiment le gave : il est là, en fond, continu, qui accompagne,
La lumière caresse les arbres, flirte, découpe, disparaît. Le regard s’habitue, les contrastes s’effacent. Une odeur d’herbe coupée monte d’une parcelle proche, dense, sucrée. Elle s’installe. Je ralentis, puis je m’arrête. Je reste là ,,,  quelques minutes, peut être plus. Le corps se pose. Le souffle descend. Il n’y a rien à chercher, rien à ajouter. Juste être là,

L’ombre est plus fraîche. Le sol change, plus souple, parfois irrégulier. Les sentiers repartent sous les arbres. Il faut ajuster le regard. Chaque virage ouvre brièvement, puis referme. Rouler ici ne consiste pas à aller quelque part. C’est s'inviter. Une idée vient, et passe. Elle ne s’impose pas. Elle circule comme le reste. C’est laisser venir, sans retenir.

Je repars. Le mouvement reprend sans effort. Le paysage ne change pas vraiment, mais il ne se répète pas. Il se transforme , je suis là, sans chercher.

Le reste peut attendre.


 

24 avril 2026

LES CHEMINS

 Ces chemins qui n’en finissent pas, je choisis toujours les traverses.

Des sentiers incertains, ceux qui semblent ne mener nulle part,  ou peut-être partout. Le vélo avance, fidèle, et moi je pédale sans carte ni boussole : se perdre est parfois la seule manière de se retrouver.

Le gravier chante sous les roues. Puis la terre, piste ancienne bordée de noisetiers, ils effleurent mes épaules et vérifient mon passage, personne, nulle trace au sol. Je m’enfonce plus loin, là où la terre cède, où l’herbe s’incline doucement sous mon poids. Je ne sais pas où cela me mène, aucune importance. Une prairie large sur le côté, immobile pièce d'un puzzle. Arrêt . Un cheval y broute, indifférent à ma présence. Je lui confie ma question muette, ni direction, ni signe. Son silence vaut réponse. Le vent parle dans les herbes, les ombres glissent sur le sol. Puis, au loin, des moteurs. La forêt cède, les troncs tombent, emportés ailleurs. 

Je passe sous les aubépines. Leurs épines accrochent mes vêtements, leurs fleurs tombent sur moi comme une bénédiction florale et sauvage. Je ne sais toujours pas où je vais. Entre égarement et  découverte. Les sentiers oubliés ne guident pas, ils accueillent. Pierres, flaques, détours : tout y est brut, sans détour. Et c’est exactement là que je dois être. J'aime.

La forêt respire. Même blessée, elle vit. Même entaillée, elle persiste. Le bruit du grumier s’efface. Le cheval n’est plus là. Il ne reste que le sentier, un morceau de ciel entre les branches, être à la fois nulle part et profondément chez soi. Je me laisse porter. Peut-être que les détours sont le cœur du voyage, j’agrandis mon monde.

Puis la piste réapparaît, elle me mènera quelque part , là où je dois être : on ne se perd jamais vraiment. On se découvre. Je jette un dernier regard, au cheval absent, à la forêt encore vivante. Demain ...

 


22 avril 2026

TENIR OUVERT

 

Tenir ouvert,,, ne pas s'enfermer. Ne pas se trahir. Ne pas diminuer son intensité pour poser dans le cadre. Parce que tenir ouvert, n’est pas confortable : ça expose, ça oblige, ça empêche de se réfugier dans les formes faciles,,,

une réflexion sur la liberté intérieure et la résistance aux forces invisibles qui, sans nous contraindre ouvertement, nous incitent à vivre en deçà de notre intensité. Un texte né de l'ouverture d'un carnet de ces petites notes que je prends ...relecture, herbe coupée,,, odeur de la terre retournée qui réchauffe et vient tenir ouvert,

Tenir ouvert

Ne pas s’enfermer, ne pas se trahir, ne pas diminuer son intensité pour entrer dans le cadre.

Le monde n’a plus besoin de contraindre pour réduire : il fatigue, il inquiète, il instille une retenue diffuse qui finit par s’imposer comme une évidence. Rien n’est interdit, et pourtant tout se resserre. Les gestes se contiennent, les élans se corrigent, la joie elle-même devient suspecte. On appelle cela prudence, parfois lucidité, mais ne serait ce, une manière lente de consentir à sa propre diminution?, jusqu’à habiter des formes, qui ne sont plus tout à fait les nôtres,,,

Une voix s’installe. Elle ne crie pas, elle suggère. Elle invite à rester mesuré, à ne pas déborder, à ne pas risquer l’excès d’être. Peu à peu, sans rupture visible, nous nous ajustons. Nous apprenons à tenir une posture, à présenter une version acceptable, jusqu’à confondre cette forme ajustée avec ce que nous sommes. Le faux ne s’impose pas, il s’insinue, et finit par passer pour naturel.

Cette fatigue circule, se dépose dans les regards, dans les silences, dans les corps retenus. Certaines présences ferment, d’autres ouvrent. Il devient alors essentiel d’apprendre à sentir, ce qui en nous se contracte ou s’élargit, ce qui altère ou intensifie. Car la liberté ne se proclame pas, elle se pratique. Elle exige de reconnaître ce qui augmente et d’y consentir pleinement, sans se réfugier dans les formes qui rassurent mais affaiblissent.

S’éloigner de ce qui diminue n’est plus un rejet, mais devient une exigence. Chercher des lieux, des êtres, des instants où l’on n’a plus à se contenir devient une nécessité. Refuser de vivre en retrait de soi n’est pas un luxe, mais reste une condition.

Tenir ouvert, malgré la fatigue, malgré les doutes, malgré les forces contraires, c’est maintenir en soi cet espace où la vie ne se réduit pas.

Car ce qui ne s’ouvre pas s’éteint. Vivre, au sens plein, commence précisément là où l’on cesse de se contenir.

20 avril 2026

DEUX SILENCES

DEUX SILENCES

Je devais avoir dix-huit ans, peut-être un peu plus. Je ne sais plus. Qu’importe. Je pars, ou je fuis,  je ne le sais pas encore. Je laisse derrière moi sans vraiment dire. J’avance, du moins je le crois.

Je traverse des lieux qui semblent ne manquer de rien. Des routes sûres, des maisons fermées juste comme il faut, des vies en place. Tout tient. Tout semble tenir. Et moi, je passe. Ça coule. Je marche avec moi. Je roule avec moi. Je parle avec moi. Un souffle continu, une pensée qui se déplie, une présence qui ne me quitte pas. Et pourtant, quelque chose reste en retrait, comme hors de portée.

Je n’ai rien emporté. Pas de foyer, pas de lieu à défendre. Juste le nécessaire, posé sur l’épaule ou attaché derrière moi. Le corps avance, il prend le relais. Il trouve le souffle dans la pente, dans l’effort, dans la fatigue. Peu à peu, le regard change. Il ne cherche plus, il reçoit. Une pierre, une trace, une odeur d’herbe coupée suffisent. Elles tiennent le jour.

Le soir tombe sans prévenir. Il n’y a rien à décider. Un pâturage, une grange, un abri de passage. La nuit s’installe. Parfois la pluie arrive, d’abord fine, puis plus dense. Tout se rassemble dans ce bruit régulier qui frappe. Alors je reste. Je n’ai rien à comprendre. Ecouter.

Le froid veille parfois. Il garde le corps présent. Il remplace le feu. Il oblige à sentir. Le matin, l’air tranche, l’eau réveille. Elle passe sur la peau sans détour. Le mouvement reprend, sans décision réelle, comme si marcher ou rouler était la seule manière de tenir sans se dissoudre dans ce monde plein. Je passe d’un lieu à l’autre sans m’y fixer. Les arbres, les pierres, les visages parfois. Rien ne m’appartient. Tout me traverse. Une voix, un silence, un geste. Cela suffit pour continuer. Les jours ne sont pas toujours légers. Il y a des pesanteurs, des ciels bas, des moments où l’on avance moins droit. Je ralentis. Je laisse passer. Je reste dans ce fil ténu qui relie encore. Quelque chose se dépose. Presque rien. Un calme discret, sans éclat, mais qui tient. Je comprends alors que s’arrêter trop longtemps serait se perdre. Non dans le lieu, mais dans ce manque caché au cœur de ce qui semble complet. Alors je reprends. Pour rester juste. Pour ne pas rompre. Le lien est simple : le corps, le jour qui se lève, ce qui vient. Peu à peu, il n’y a plus rien à chercher. Seulement regarder. Écouter. Laisser passer.

La nuit revient. La toile, le vent, la pluie parfois. Toujours ce même bruit, sans nom. Et c’est là que je tiens. Je marche avec moi. Je roule avec moi. Je parle avec moi. Et parfois, deux silences se croisent.



19 avril 2026

,!!!,,,,,,,EXISTENCE,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,, !!!

Les tiroirs couvrent ce qui dort, ils abritent ce qui a été rangé profondément pour être saisi sans tremblement. Si le temps consent à lâcher prise, ce qui glisse alors n’est ni intact ni brisé, seulement déplacé, 

    J'aime

Baou

Rien ne parle, rien n’accuse, rien ne demande ; cela se découvre, simplement, à la distance juste pour être supporté. Les souvenirs, longtemps maintenus dans des compartiments étanches, se lèvent comme des ombres légères, frémissements sans urgence, présents sans invasion, reconnaissables sans violence, 

Elusive Memory Deborah Orloff

La mémoire révèle alors sa nature véritable : elle ne conserve pas, elle polit ; elle ne fige pas, elle rend habitable ce qui ne l’était pas encore. Le corps comprend avant l’esprit, dans une lenteur attentive où les larmes ne sont ni chute ni rupture mais ajustement, preuve silencieuse d’une porosité intacte au vivant,

Le temps cesse de s’écouler selon une ligne docile ; il se replie, il revient, il caresse ce qu’il a déjà effleuré, et la présence devient résonance, le regard se fait écoute. Les tiroirs se vident sans se refermer tout à fait, laissant revenir un paysage intérieur, une odeur ancienne, un parfum sans origine précise, 

Mémoire lointaine Poumi Lescaut 

La pensée trouve alors un espace où demeurer, sans point final, consciente que ce qui a été ne disparaît pas : cela change de forme, cela sommeille, cela attend. 

L'homme qui marche Alberto Giacometti par Alain Neddam, fondation Maeght St Paul de Vence

Ainsi l’homme avance, les pieds encore pris dans la matière qui le fonde, le regard attiré par un horizon qui n’explique rien mais appelle ; il ne fuit pas sa condition, il la traverse, et dans ce mouvement persiste quelque chose d’essentiel, une présence qui ne se fixe jamais tout à fait, une existence qui se construit en marchant, en revenant, en laissant faire,

Labyrinthe de Miro


MES MOIRES,

Les Moires Olicorno

Il arrive un moment où l’on cesse de vouloir comprendre pour apprendre à accueillir. Non pas fermer, ni effacer, mais consentir à ce qui demeure, sans l’exhiber, sans le disséquer. La mémoire n’est plus alors un lieu que l’on fouille avec fébrilité, mais un espace que l’on habite avec mesure.  

Ce temps-là n’a pas besoin d’être nommé pour exister. Il a pris forme dans la recherche elle-même : chercher sans vouloir saisir, écrire sans vouloir conclure, ouvrir sans forcer. 

Les Moires Lysistrata

Ce passé là n’encombre plus le présent : il l’approfondit. Il ne réclame pas de fidélité, il demande une justesse.

Sans promesse excessive, avec un accord silencieux avec le temps : non linéaire, non définitif, capable de contenir plusieurs états sans les opposer. Le vécu continue d’exister , en tonalité de fond , intelligence discrète du lien , une respiration qui n’interrompt pas la marche ,



Ce texte est une méditation profonde sur la vie, la mémoire, la continuité et la ponctuation. la notion de tangage, de vacillement, de transformation, célébration de la vie dans son imperfection, sa beauté, sa complexité. 

Marie Christine Forin

Dans la mythologie grecque, les Moires sont trois divinités du Destin : Clotho, Lachésis et Atropos. Elles sont associées aux cycles cosmiques, aux grandes déesses de la nature, de la végétation et de la fertilité. Elles deviennent les Parques, dans la mythologie romaine. Pour chaque mortel, elles accordent une mesure de vie, dont elles règlent la durée, la première en filant, la seconde en enroulant le fil, la troisième en le coupant.

ET VOICI

La mémoire n’est pas fidélité : elle assouplit ce qui fut trop vif, elle réchauffe ce qui aurait pu rester brûlure. Le temps s’y courbe, palpite sous la peau plutôt qu’il ne s’écoule, et ce qui a été n’est plus derrière mais dedans, logé dans une épaisseur sensible. Les tiroirs restent entrouverts, laissant passer une lumière tiède, une odeur sans nom, un détail qui effleure la nuque ou la poitrine et réveille une douceur ancienne. La pensée n’y conclut plus, elle demeure ; le passé cesse d’être un fait pour devenir un climat intérieur,
 
La mémoire ne parle pas : elle caresse à distance, ajuste les intensités, rappelle sans saisir. Alors on cesse de vouloir comprendre, on consent à accueillir. La mémoire devient un espace habité, seuil vivant où rien ne se ferme, où une présence aimée continue de veiller, silencieuse, dans la lumière qui entre.

Sérennité Samzaï

La mémoire comme seuil, mes moires d’existence

On n’y range pas le passé : on y dépose ce qui continue de vibrer quand tout le reste s’est tu. Ils ne s’ouvrent pas à la demande. Les tiroirs cèdent lorsque le corps relâche, lorsque le temps, enfin, consent à ne plus serrer.

Alors rien ne déborde. Rien ne heurte. Les souvenirs ne se présentent plus comme des images nettes, mais comme des états de peau, un geste, une tension douce, un parfum. Ils ne racontent pas ; ils s’installent. Ils ne sont ni exacts ni faux : ils demeurent supportables, 

La mémoire n’est pas fidélité. Elle est métamorphose. Elle travaille à rendre vivable ce qui, laissé brut, resterait brûlure. Elle polit, elle adoucit les angles, elle transforme la douleur en relief sensible. 
Le temps, là, cesse d’avancer droit. Il s’enroule. Il ne passe plus : il palpite. Ce qui a été n’est plus avant, il est autrement. La présence gagne en profondeur. Le regard devient écoute. Les tiroirs restent entrouverts, laissant passer une odeur, une lumière oblique, un détail sans histoire mais chargé de sensation.

À cet endroit, la pensée ne cherche plus à conclure. Elle apprend à demeurer. Il change de forme. Il cesse d’être événement pour devenir climat intérieur, tonalité de fond, quelque chose qui accompagne sans peser. La mémoire ne parle pas.
La mémoire ne parle pas. Elle effleure.  Elle ajuste les intensités, déplace la lumière, fait vibrer un point , la nuque, la poitrine, un sourire discret . Elle ne dit jamais voici le passé, mais voici comment cela continue de toucher. Elle apparaît lorsque le regard cesse de vouloir saisir, lorsque le corps accepte de ne pas savoir, lorsque la phrase reste ouverte. Elle se pose, présence calme, stable, une proximité sans contact, une certitude douce sans qu’il soit nécessaire de parler,

Vient alors un glissement. On ne cherche plus à comprendre, mais à accueillir. Non pas effacer, ni refermer, mais laisser être ce qui demeure sans l’exposer. La mémoire n’est plus un lieu où l’on prélève ; elle devient un espace où l’on habite. 
Une voix y circule, basse, presque corporelle. Elle n’ordonne rien. Elle n’explique rien. Elle se tient juste là, assez proche pour accompagner, assez distante pour laisser libre. 

Malvan

Ce temps n’a pas besoin de nom. Il s’est formé dans le geste même de la recherche : chercher sans prendre, écrire sans fermer, ouvrir sans forcer. Rien n’a disparu. Rien n’a été récupéré. Tout a été déplacé, 
Les compartiments de l’esprit cessent alors d’être des cachettes. Ils deviennent des seuils : On peut s’y arrêter un instant, reconnaître une texture ancienne, une vibration douce, puis repartir sans se retourner. Le passé ne retient plus : il approfondit. Il n’exige ni fidélité ni répétition, 

Et dans cet équilibre fragile, vibre non pas une histoire refermée, mais une existence rendue plus libre, plus disponible au monde qui continue,