30 avril 2026

SANS POINT FINAL

SANS POINT FINAL

Soixante-dix printemps, ou l’art de brûler sans se consumer

À l’aube de mes soixante-dix printemps, une chose devient difficile à négocier : les demi-teintes. Ces jours en sourdine où l’on s’éteint doucement, sans même s’en apercevoir, cette flamme qui aurait oublié de se nourrir. Avec le temps, une forme d’impatience m’installe. Non pas contre la vie,  mais contre ce qui la dilue.

La tristesse passe encore, bien sûr. Elle a pris ses habitudes. Mais elle ne désire pas qu'elle s’installe sans discussion. Je lui demande ce qu’elle vient faire là. Parfois elle a une réponse. Parfois non. Quant à l’ennui, disons qu’il rôde … je m’efforce de ne pas lui laisser les clés. Il a tendance à meubler ces lieux vides avec des choses qui n’en valent plus la peine. 

Avec les années, une certaine obstination demeure. Une manière de ne pas se laisser ranger trop vite dans les cases prévues. 

Le cœur a pris quelques coups, c’est vrai. Il connaît les saisons, printemps été, automne, hiver,,, Il n’a pas renoncé à s’emballer pour des idées qui ne servent à rien, et c’est peut-être ce qui le maintient. Les projets ne cherchent plus à impressionner. Ils apparaissent, s’imposent parfois, et il serait presque impoli de ne pas les suivre,,, 

Quant au regard… disons qu’il s’est assoupli. Il voit moins loin peut-être, mais s’arrête davantage. Il lui arrive encore de s’éclairer pour des choses  simples : un chemin, une lumière, une présence. Rien de spectaculaire, mais suffisamment pour rappeler que tout n’est pas joué.

Les objets ont perdu de leur importance. Ils prennent de la place, c’est tout. Ce qui reste, ce sont des instants. Un rire qui arrive sans prévenir. Un détour qui n’était pas prévu mais qui valait le déplacement. Un regard, un silence qui dit plus qu’un long discours. À force, on finit par comprendre que l’essentiel n’annonce pas toujours sa venue,,,

Certaines idées perdent de leur sérieux. Les détours deviennent intéressants. Les larmes, acceptables. Le passé, fréquentable,,, On y passe, on y prend ce qu’il y a à prendre, puis on revient. Alors non, il ne s’agit plus vraiment d’éviter la tristesse ou de combattre l’ennui. Il s’agit plutôt de ne pas s’y installer, de ne pas leur laisser faire carrière à l’intérieur.

Chaque jour arrive sans garantie. Et c’est sans doute ce qui le rend intéressant. Il n’y a plus grand-chose à prouver, ni vraiment à réussir. Juste être là, suffisamment présent pour ne pas passer à côté.  Et si un jour tout ralentit, il restera ça : quelques années vécues sans trop se retenir, quelques élans suivis jusqu’au bout, quelques instants bien remplis. En attendant, ça continue.

Je pédale encore.  Je ris encore. J’aime encore.

il y a de quoi faire,,, Ne pas s’éteindre trop tôt…et continuer,,, à mettre un peu de feu là où ça commençait à tiédir.

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