Tenir ouvert,,, ne pas s'enfermer. Ne pas se trahir. Ne pas diminuer son intensité pour poser dans le cadre,,,
une réflexion sur la liberté intérieure et la résistance aux forces invisibles qui, sans nous contraindre ouvertement, nous incitent à vivre en deçà de notre intensité. Un texte né de l'ouverture d'un carnet de correspondance retrouvé...
Tenir ouvert
Ne pas s’enfermer, ne pas se trahir, ne pas diminuer son intensité pour poser dans le cadre.
Le monde n’a plus besoin de contraindre pour réduire : il fatigue, il inquiète, il instille une retenue diffuse qui finit par s’imposer comme une évidence : Rien n’est interdit, et pourtant tout se resserre. Les gestes se contiennent, les élans se corrigent, la joie elle-même devient suspecte. On appelle cela prudence, parfois lucidité, mais c’est souvent une manière lente de consentir à sa propre diminution.
Une voix s’installe, elle ne crie pas, elle suggère. Elle invite à rester mesuré, à ne pas déborder, à ne pas risquer l’excès d’être. Peu à peu, sans rupture visible, nous nous ajustons, nous devenons fidèles à ce qui nous réduit, la limite serait-elle plus rassurante que l’ouverture. Ce glissement n’a rien de spectaculaire, il est d’autant plus efficace qu’il se fait sans bruit.
Cette fatigue circule, elle se dépose dans les regards, dans les silences, dans les corps retenus. Alors que certaines présences ferment, d’autres ouvrent. Ne deviendrait-il pas essentiel d’apprendre à sentir, avec une précision presque physique, ce qui en nous se contracte ou s’élargit, ce qui altère ou intensifie. Car la liberté ne se proclame pas, elle se pratique et exige de reconnaître ce qui augmente et d’y consentir pleinement, sans se réfugier dans les compromis qui rassurent mais affaiblissent.
S’éloigner de ce qui diminue n’est plus un rejet, mais une exigence. Chercher des lieux, des êtres, des instants où l’on n’a plus à se contenir devient une nécessité vitale. Refuser de vivre en retrait de soi n’est pas un luxe, c’est une condition. Tenir ouvert, malgré la fatigue, malgré les doutes, malgré les forces contraires, c’est maintenir en soi cet espace où la vie ne se réduit pas.
Car ce qui ne s’ouvre pas s’éteint. Vivre, au sens plein, commence précisément là où l’on cesse de se contenir.
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