22 avril 2026

TENIR OUVERT

 

Tenir ouvert,,, ne pas s'enfermer. Ne pas se trahir. Ne pas diminuer son intensité pour poser dans le cadre. Parce que tenir ouvert, n’est pas confortable : ça expose, ça oblige, ça empêche de se réfugier dans les formes faciles,,,

une réflexion sur la liberté intérieure et la résistance aux forces invisibles qui, sans nous contraindre ouvertement, nous incitent à vivre en deçà de notre intensité. Un texte né de l'ouverture d'un carnet de ces petites notes que je prends ...relecture, herbe coupée,,, odeur de la terre retournée qui réchauffe et vient tenir ouvert,

Tenir ouvert

Ne pas s’enfermer, ne pas se trahir, ne pas diminuer son intensité pour entrer dans le cadre.

Le monde n’a plus besoin de contraindre pour réduire : il fatigue, il inquiète, il instille une retenue diffuse qui finit par s’imposer comme une évidence. Rien n’est interdit, et pourtant tout se resserre. Les gestes se contiennent, les élans se corrigent, la joie elle-même devient suspecte. On appelle cela prudence, parfois lucidité, mais ne serait ce, une manière lente de consentir à sa propre diminution?, jusqu’à habiter des formes, qui ne sont plus tout à fait les nôtres,,,

Une voix s’installe. Elle ne crie pas, elle suggère. Elle invite à rester mesuré, à ne pas déborder, à ne pas risquer l’excès d’être. Peu à peu, sans rupture visible, nous nous ajustons. Nous apprenons à tenir une posture, à présenter une version acceptable, jusqu’à confondre cette forme ajustée avec ce que nous sommes. Le faux ne s’impose pas, il s’insinue, et finit par passer pour naturel.

Cette fatigue circule, se dépose dans les regards, dans les silences, dans les corps retenus. Certaines présences ferment, d’autres ouvrent. Il devient alors essentiel d’apprendre à sentir, ce qui en nous se contracte ou s’élargit, ce qui altère ou intensifie. Car la liberté ne se proclame pas, elle se pratique. Elle exige de reconnaître ce qui augmente et d’y consentir pleinement, sans se réfugier dans les formes qui rassurent mais affaiblissent.

S’éloigner de ce qui diminue n’est plus un rejet, mais devient une exigence. Chercher des lieux, des êtres, des instants où l’on n’a plus à se contenir devient une nécessité. Refuser de vivre en retrait de soi n’est pas un luxe, mais reste une condition.

Tenir ouvert, malgré la fatigue, malgré les doutes, malgré les forces contraires, c’est maintenir en soi cet espace où la vie ne se réduit pas.

Car ce qui ne s’ouvre pas s’éteint. Vivre, au sens plein, commence précisément là où l’on cesse de se contenir.

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