Le voyageur des voix perdues
Il est là,
Il ne sait plus comment, ni pourquoi, ni où il voulait aller.
Il est là!
Le voyageur des voix perdues
Il est là.
Il ne sait plus comment, ni pourquoi, ni où il voulait aller.
Il est là.
Chaque quai se ressemble. Chaque panneau semble murmurer une direction. Les aiguillages s’entrelacent, immobiles, comme s’ils retenaient un rire secret. Les lampadaires vacillent et projettent au sol des ombres complices. Quelle voie choisir ? Quel train ? Quelle heure ? Et pour aller où ? Tout tangue sur des certitudes fragiles.
La foule le presse, le frôle, l’engloutit presque. Sacs à dos instables, parapluies inclinés, journaux froissés, cafés renversés circulent autour de lui comme un courant imprévisible. Des philosophes en costume croisent des enfants hurlants, des danseurs répètent sur le quai, des chats imaginaires dorment dans des valises. Tout se mêle. Il vacille, trébuche, rit sans savoir pourquoi.
Il avance, recule, se laisse emporter par un escalier roulant, puis retombe sur ses pas. Un chapeau oublié, un parfum suspendu dans l’air, le sifflement d’un train, un appel, réel ou rêvé. Le monde entier tient dans cette imprécision. Et lui, toujours là, au cœur du labyrinthe.
Il se relève. Passe d’un quai à l’autre. Chaque détour devient une leçon silencieuse. Chaque hésitation l’allège. La vie est pleine, mouvante, indocile. Et lui demeure, étonné d’y être.
Alors il poursuit, sans carte ni certitude, avec pour seule boussole une attention flottante et ce goût tranquille de l’absurde. Il comprend que l’existence ne se mesure pas à l’arrivée, mais à la façon dont on traverse les quais, la foule, les rencontres.
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