19 février 2026

PLUIE

 Depuis trois semaines, un mois, la pluie ne s’interrompt pas.

Elle est devenue l’air même des jours, la matière continue des heures. On ne dit plus : il pleut, comme on dirait il fait froid ou le vent souffle. On dit simplement : c’est ainsi

   Franck Dubray pour Ouest France

Les fossés ont débordé. Les rivières ont gonflé comme des poitrines essoufflées. Les rues ont pris une couleur de boue et de fatigue. On a commencé à parler de niveaux, de seuils, d’alertes. On a mesuré l’eau comme on mesure une foule : en mètres, en densité, en pression.

Elle avançait par vagues lentes, comme des groupes de gens qui se poussent sans le vouloir. Elle montait contre les murs, s’appuyait aux portes, cherchait des passages. Elle s’insinuait dans les caves, dans les interstices, dans les pensées. Elle n’avait pas de visage, mais elle avait un poids, celui des corps serrés. 

On disait : la rivière est sortie de son litElle n’était pas sortie : elle était poussée. Comme cette foule trop compacte qui finit par briser les barrières, non par violence, mais par nécessité.

Les digues cèdent comme cèdent les idées trop tendues. Elles tiennent un temps, par principe, par habitude, par peur de ce qui viendrait après.  On se dit que cela passera. On détourne les yeux. Comme des pensées retenues . Comme des émotions contenues . Alors tout lâche.

La digue s’ouvre, la rue se transforme en courant, les meubles flottent,  des formes perdent leur poids habituel, dérivent, corps sans destination, pression lente, collective, irrésistible. Une accumulation. Une somme de gouttes qui deviennent une décision. Une foule d’eau qui ne peut plus être contenue.

  Laurent Jahier pour Sud Ouest

Nous sommes une pluie continue de présences. Nous tombons les uns contre les autres, nous nous mêlons, nous nous heurtons, nous nous réchauffons, puis nous nous éloignons, comme ces gouttes qui glissent sur une vitre. Chaque matin est une averse humaine.

La fatigue rompt les digues intérieures. Les émotions débordent. Les mots se déversent sans ordre. On pleure comme il pleut : sans mesure, sans intention, simplement parce qu’il n’y a plus d’autre issue.

  Francis Berry pour Sud Ouest

Depuis trois semaines, un mois, la pluie martèle,,, le vent se lève,,, la rivière sort de son lit,,, l'horizon se couche,,, la nuit tombe,,,







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