REGARDS
Même lorsque la route s’ouvre largement devant, lorsque le moteur ronronne avec une assurance rassurante, il y a ce geste instinctif : tourner légèrement la tête, vérifier ce qui suit, s’assurer que rien ne surgit trop vite. Un mouvement bref, presque sensuel, comme un frisson dans la nuque.
Le motard ne regarde pas derrière pour avancer. C’est la route en retard d’une seconde, une portion de vie qui s’éloigne sans bruit. Le passé ressemble à cela : fidèle, mais décalé ; présent, mais intouchable.
Le temps passé se tisse dans nos gestes : dans la manière d’accélérer ou de ralentir, dans la prudence d’un virage, dans l’audace d’une ligne droite. On ne s’en défait pas sans perdre quelque chose de soi,
Le motard, lui, le sait. Il jette un coup d’œil dans le rétroviseur, ou tourne la tête puis il relève la tête. La route n’est pas derrière : elle s’ouvre devant, souple et imprévisible. Le miroir ne sert pas à choisir la direction, seulement à donner de la profondeur au trajet.
Peut-être que tout se joue là, dans ce regard. Non dans la chose regardée, mais dans la manière de la regarder. Le passé peut devenir un poids ou une lumière, une chaîne ou une boussole. Tout dépend de l’angle du miroir, de la douceur ou de la dureté du regard que l’on y pose.
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