12 avril 2026

PRESENCES

 On frappe à la porte. Un jour, ça revient.


Ils sont partis. Un à un, comme s’effacent ces étoiles au petit matin, sans éclat, sans adieu tapageur, laissant derrière eux une clarté dont on ne mesure la valeur qu’une fois la nuit tombée. 

Il y eut des mains d'ouvriers, d'artisans, de gens de la terre, d'inconnus devenus familiers, qui vous prennent par l’épaule et vous rendent, sans un mot, un peu plus solide. 

Il y a eu aussi, ceux qui vous ont porté avant même que vous sachiez marcher. Les parents, géants discrets, qui ont feint de ne pas voir vos chutes pour vous apprendre à vous relever. Leurs silences en disaient plus que les discours : un regard en coin quand vous trébuchiez, une main tendue quand le poids devenait trop lourd. Le café du matin posé sur la table, la porte qui ne claque pas, le repas prêt sans qu’on ait à demander. Et puis cette main, réconfort sur l’épaule. Ce regard. Suffisant.

Et puis il y a eu les amis. Ceux qui entrent comme on entre chez soi, sans frapper, ceux qui restent quand d’autres s’en vont. Leurs rires résonnent encore, mêlés aux vôtres, dans des souvenirs qui tiennent. Ils vous ont vu grandir, douter, tomber, vous relever. Ils ont été là, simplement, sans corriger, sans retenir, mais présents. Avec eux, rien n’était solennel, tout comptait. Une bière partagée, une nuit à refaire le monde, musique, silence sans gêne. Embrassade et tape sur l’épaule. Le regard, suffisant.

Tous avaient cela en commun : être au monde sans en faire un sujet. Pas de grands discours. Leurs vies étaient des leçons sans manuel. On croyait les avoir laissés derrière. On pensait avoir pris d’autres routes. Et puis un jour, sans prévenir, un geste revient, une phrase, une odeur, le livre s'ouvre,,, Et l’on sent de nouveau cette main sur l’épaule. Ce regard,,, qui vous traverse,,,

Alors aujourd’hui, même s’ils ne sont plus là pour entendre, on dit simplement merci. Merci d’avoir semé, sans bruit,,, sans mesure. Ça ne se voit pas. Ça ne se dit pas. Mais ça porte. Cette main sur l’épaule. Ce regard,,, suffisant,,,




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