Le Cri des Endormis
Ils sont des milliers, assis, endormis. Des milliers de corps immobiles, des milliers d’esprits en veille, comme des lampes éteintes dans une ville qui brûle encore. Je me surprends à imaginer leur réveil. J’imagine un cri immense, un seul, qui déchirerait le ciel comme une toile trop tendue. Un cri qui ne serait plus une plainte, mais coup de tonnerre.
Prisonniers, oui. Otages peut-être. Mais d’une démocratie vidée de son souffle, où les urnes ressemblent désormais à des coquilles creuses, où les promesses se dissolvent comme du sucre dans la pluie. Alors je me demande : où sont passés nos rêves ? Ceux que nous avons portés comme des enfants fragiles, ceux que nous avons nourris de patience, d’espoir, de fatigue aussi,,, Etouffés un à un sous des montagnes de papier, de discours et de lois sans âme.
Si cela continue, il faudra bien que cela cesse. Sinon, un jour, il faudra tout dévoiler. Non par vengeance, mais parce qu’il arrive un moment où le silence devient complicité, où la vérité, même brutale, vaut mieux que le confort du mensonge poli. Il faudra montrer les ficelles, les mains invisibles, les jeux de dupes où l’on nous réduit à des pions déplacés sur un échiquier sans fin.
Eux n’ont plus que le cerveau des oiseaux. Des oiseaux en cage. Ils picorent les miettes de l’information, répètent des slogans prêts à penser, croient encore voler alors qu’ils ne font que changer de perchoir. On leur a coupé les ailes, mais on leur a laissé l’illusion du ciel.
Et moi, oui, moi, je continue de me demander quand le dernier endormi ouvrira enfin les yeux. Quand le cri solitaire deviendra chœur. Quand nous cesserons d’être des otages dociles pour redevenir des citoyens, des poètes, des êtres capables de folie et de lumière. Car si personne ne crie, si personne ne brise la glace épaisse de l’indifférence, alors nous sommes déjà morts. Mort de mort lente, plus lente, plus sournoise : celle qui ronge les rêves avant de ronger les corps.
Alors oui, peut-être qu’il faudra tout dire. Hurler nos rêves à la face du monde. Sortir les preuves de dessous les tapis. Montrer les cicatrices là où l’on nous répétait qu’il n’y avait que des égratignures. Et peut-être que ce cri-là, sans peur, sans calcul, sans masque, finira enfin par faire trembler les murs.
Suite à l'absence de Pierre,
Accompagné par "Le Cri" de Edvard Munch 1893, inspiré par une expérience personnelle bouleversante. L’artiste norvégien raconte avoir entendu « le cri de la nature » lors d’une promenade au coucher du soleil à Oslo. Cette vision terrifiante est devenue l’une des représentations les plus puissantes de l’angoisse moderne dans l’histoire de l’art.
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