“À force de parler de météo, on finit par éviter le mot climat.”
Il faisait 11 degrés il y a trois jours. Aujourd’hui, il en fait 32. À ce stade, la météo ne change plus : elle improvise. On dirait que la Terre a discrètement glissé un rendez-vous au Soleil pendant qu’on avait le dos tourné. Une vieille histoire cosmique devenue quelque peu toxique,,,
Un jour, on grelotte comme un pingouin sous la pluie ; le lendemain, on fond comme un glaçon oublié sur du béton brûlant. Alors chaque matin devient une négociation absurde : pull ou ventilateur ? Parapluie ou crème solaire ? On ne suit plus les saisons, on tente simplement de survivre à leurs sautes d’humeur.
Et pendant qu’on lève les yeux vers le ciel en se demandant si le climat devient fou, nous continuons tranquillement d’asphyxier les sols, de couper les arbres parce qu’ils perdent leurs feuilles, de bétonner les dernières parcelles capables de respirer encore. Nous surveillons la haie du voisin, les branches qui dépassent, l’herbe trop haute, comme si la nature devait rester propre, silencieuse et bien rangée pour mériter d’exister.
Peut-être est-ce là notre plus grande absurdité : vouloir une planète vivante, mais sans les désordres du vivant. Des jardins sans insectes, des arbres sans feuilles mortes, des saisons sans débordement. Puis feindre l’étonnement lorsque la Terre, épuisée d’être corrigée, finit par perdre son rythme.
Pendant ce temps, le Soleil ronronne au-dessus de nous comme un chat indifférent. Et nous, pauvres humains en sueur ou transis, nous continuons à hésiter entre rire et inquiétude, entre climatisation et nostalgie des printemps d’autrefois.
Cette planète déréglée nous donne une leçon dérisoire : à force de vouloir tout maîtriser, nous avons fini par ne plus savoir habiter le monde. Nous continuons, entre deux coups de chaud et trois frissons, à vivre dans cette immense improvisation climatique. Il reste encore des arbres, quelques nuages libres et des souffles de vent capables de nous rappeler que la Terre n’a jamais été faite pour obéir.
“À force de parler de météo, on finit par éviter le mot climat.”


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