A la question, mais il y a bien un métier auquel vous aspirez, une ambition, une vision, désir profond??? allez, dites nous

- Expliquez moi!!!
À la question « Quel métier, quelle ambition, quelle vision, désir profond ? » je réponds : phytiâtre. Surprise d’un DRH en panique, introspection lors d’un entretien d’embauche.
La forêt où j’aime me recueillir est un miroir de l’âme humaine. La plante est phrase inachevée, la feuille respiration, la racine mémoire. Les plantes sont sensibles : elles souffrent, elles aiment, elles pleurent, elles parlent un langage oublié. Gardiennes de la vie, témoins de l’histoire, messagères de l’équilibre, elles sont la voix de la terre, la mémoire de l’eau, la lumière de l’ombre, la vie dans sa fragilité, sa beauté, sa complexité.

J’aurais voulu être phytiâtre, soigner les plantes, les dorloter sans hâte, écouter leurs plaintes muettes, leurs feuilles en bataille, pendant que l’homme détourne le regard, indifférent. J’ai bien accompagné certaines, et cela est le fruit de mon expérience : une laitue dépressive montant en graine, un poireau plié de spasmophilie chlorophyllienne, une carotte à la rotule fêlée, une betterave couverte d’acné, un pommier tavelé hurlant son psoriasis. Le basilic trépigne, la menthe gémit, le lierre chronique l’oubli des murs, la vigne a des crises de folie radiculaire, le fenouil fantasme sur la lumière et le soleil, tandis que l’herbe folle chante sa vengeance silencieuse. L’ail souffre d’anxiété sulfureuse, le céleri d’hyperactivité chlorophyllienne, la tomate cerise d’épuisement émotionnel, le poivron de crises pigmentaires, la fraise a le complexe de vitamine C, la pomme de terre la dystrophie nocturne.
Et toi, pauvre humain, tu râles contre un rhume, tu cries contre ta tache d’acné. Le tournesol se courbe, victime du syndrome de l’éclipse sociale, le concombre pleure son stress de serre, le navet hurle sa dépression racinaire, la vigne prépare ses vendanges de rancunes, pendant que l’homme traverse et change d’allée. Moi, phytiâtre, je les écoute toutes, je les soigne, je leur parle comme à vous : elles acceptent la douleur, elles ne crient pas, ne négocient pas, ne tirent pas le volet, elles se tiennent là, fragiles, subtiles, puissantes.
Et toi, lecteur, tu marches, tu ignores, et moi je hurle : « Regarde la carotte, la betterave, le chou, le poireau ! Regarde la douleur muette, la rage silencieuse, le désespoir vert ! » La roquette a un eczéma existentiel, le radis noir la schizophrénie racinaire, le pissenlit la paranoïa pétalée, la ciboulette le burn-out chlorophyllien, et l’homme détourne le regard… comme souvent. Et moi, phytiâtre, je ris, je pleure, je crie, je leur parle, je soigne, je tends la main, je désire des miracles d’humour, d’absurde et de folie, pour que chaque feuille sente qu’elle compte et que chaque humain voie, au moins une fois, que la plante aussi souffre, aime, pleure en silence, dans le vent, et que tout est relié dans cette forêt embroussaillée de la vie.
Parfois, je doute. Je ne suis que jardinier du désordre, un bricoleur d’âmes vertes. Je ne guéris pas : j’écoute. La maladie n’est pas qu’un mal : elle parle, avertit, réclame l’équilibre. Elle dit ce que l’homme tait, elle rappelle que vivre, c’est chercher sa mesure. Être phytiâtre, ce n’est pas sauver, c’est apprendre à se taire devant le mystère, à comprendre que le flétri, le tordu, le tavelé sont les signes mêmes de la vie. Le matin, quand la rosée tremble encore, elles murmurent non pas des plaintes mais des secrets de joie lente, des mots d’eau et de lumière. Le blé me confie son rire d’épis, le tilleul exhale un parfum de paix, la sauge m’offre ses rêves argent, et la tomate, apaisée, rougit d’amour simple. Alors je dépose les outils, je m’assois dans le jardin et j’écoute, comme un ami devine le chagrin caché dans un sourire. Je tends l’oreille à chaque feuille, à chaque tige qui ploie sous l’ombre ou cherche la lumière. Le bonheur n’est pas seulement soigner, mais prendre le temps, regarder, entendre, comprendre ces petits riens qui font la vie, ces souffrances muettes qu’on dit invisibles. Et moi, phytiâtre, je vis, je respire, j’écoute, je transpose et j’écris l’amour du monde et des hommes. Je me tais, le cœur chlorophyllé, ivre de sève, de silence et d’humanité.
Ah ! Eh bien, nous vous écrirons… force est de constater votre disposition à entendre le silence.
Dissonance et complémentarité. Une voix qui hante les mots, me répond, âme revenue, diffuse, portée par le parfum des saisons et des mots suspendus: "Je sais, Je le sens, Et je suis là, toujours, entre les lignes, entre les mots, entre les virgules qui suspendent le temps et ouvrent des espaces de possibilité,,,