17 décembre 2025

BERNARD / W

Nous sommes partis sans raison autre que l’envie,


un dimanche ouvert comme un chemin de terre.
Les vélos chargés de silence,
les mains posées sur le guidon comme sur une promesse simple : avancer ensemble.



Le sentier montait, rugueux, honnête,
il demandait des jambes, du souffle, un peu d’abandon.
Le soleil faisait son travail,
lent, précis, sans commentaire.
L’eau du gave roulait en contrebas,
claire, obstinée, fidèle à sa pente.
Les bois traversés ne jugeaient pas,
ils laissaient passer nos roues,
nos voix rares, nos respirations accordées.


Il y avait ce temps offert,
précieux justement parce qu’il n’était pas prévu,
un temps qui ne se marchande pas.
Pas besoin de parler de métier,
ni de raisons, ni même de fatigue.
Tout se disait autrement : dans le rythme partagé,
dans l’attente naturelle quand l’un ralentit,
dans l’élan quand l’autre relance.


Rouler à deux, c’est apprendre la mesure,
ni devant, ni derrière, juste à côté.
C’est accepter que le chemin fasse son œuvre,
qu’il lime les angles, qu’il rapproche sans discours.

Alors merci, simplement.
Merci pour ce dimanche donné sans compter,
pour la route acceptée telle qu’elle venait,
pour le soleil, l’eau, les arbres,
et cette façon discrète d’être là,
Nous avons roulé,


16 décembre 2025

ABATTAGE ? / W

 

Chronique d’un abattage annoncé



On nous dit : c’est nécessaire. Un mot propre, un mot froid, posé sur le vivant comme un couteau administratif. Un cas. Un seul. Et un troupeau disparaît, des années de gestes, de veilles, de regards, effacées par une décision qui ne tremble pas. Personne n’explique vraiment comment la maladie voyage. 

En hiver, sans insectes visibles, elle saute les vallées, franchit les montagnes, apparaît ici, puis là, comme si le hasard avait un agenda. 

On ne désinfecte pas les mots, on envoie des uniformes, on ferme, on abat, et l’ordre public remplace la question sanitaire. Qui nettoie les roues, les mains, les bottes ? Qui suit les trajets, les marchés, les intermédiaires ? Qui regarde les flux ? On préfère l’efficacité spectaculaire, le troupeau à terre rassure plus qu’une enquête longue et dérangeante. 

Pendant ce temps, les signatures tombent, les accords se négocient loin des prés, les frontières s’ouvrent aux marchandises pendant que les campagnes se ferment aux hommes. On appelle cela protection. Mais protéger sans comprendre, c’est répéter. 

Répéter sans apprendre. Abattre sans voir. Alors oui, certains posent des questions. Ils sont vite classés, étiquetés, rangés dans la case des gêneurs. Mais demander pourquoi, comment, n’est pas refuser de lutter. C’est refuser l’aveuglement. Car une société qui abat d’abord et réfléchit ensuite finit toujours par s’étonner de n’avoir plus rien à défendre.










Mais demander pourquoi n’est pas refuser de lutter.
C’est refuser l’aveuglement.

Car une société qui abat d’abord et réfléchit ensuite
finit toujours par s’étonner
de n’avoir plus rien à défendre.

PHYTIATRE

 A la question, mais il y a bien un métier auquel vous aspirez, une ambition, une vision, désir profond??? allez, dites nous

- Expliquez moi!!!

À la question « Quel métier, quelle ambition, quelle vision, désir profond ? » je réponds : phytiâtre. Surprise d’un DRH en panique, introspection lors d’un entretien d’embauche.

La forêt où j’aime me recueillir est un miroir de l’âme humaine. La plante est phrase inachevée, la feuille respiration, la racine mémoire. Les plantes sont sensibles : elles souffrent, elles aiment, elles pleurent, elles parlent un langage oublié. Gardiennes de la vie, témoins de l’histoire, messagères de l’équilibre, elles sont la voix de la terre, la mémoire de l’eau, la lumière de l’ombre, la vie dans sa fragilité, sa beauté, sa complexité.


J’aurais voulu être phytiâtre, soigner les plantes, les dorloter sans hâte, écouter leurs plaintes muettes, leurs feuilles en bataille, pendant que l’homme détourne le regard, indifférent. J’ai bien accompagné certaines, et cela est le fruit de mon expérience : une laitue dépressive montant en graine, un poireau plié de spasmophilie chlorophyllienne, une carotte à la rotule fêlée, une betterave couverte d’acné, un pommier tavelé hurlant son psoriasis. Le basilic trépigne, la menthe gémit, le lierre chronique l’oubli des murs, la vigne a des crises de folie radiculaire, le fenouil fantasme sur la lumière et le soleil, tandis que l’herbe folle chante sa vengeance silencieuse. L’ail souffre d’anxiété sulfureuse, le céleri d’hyperactivité chlorophyllienne, la tomate cerise d’épuisement émotionnel, le poivron de crises pigmentaires, la fraise a le complexe de vitamine C, la pomme de terre la dystrophie nocturne.

Et toi, pauvre humain, tu râles contre un rhume, tu cries contre ta tache d’acné. Le tournesol se courbe, victime du syndrome de l’éclipse sociale, le concombre pleure son stress de serre, le navet hurle sa dépression racinaire, la vigne prépare ses vendanges de rancunes, pendant que l’homme traverse et change d’allée. Moi, phytiâtre, je les écoute toutes, je les soigne, je leur parle comme à vous : elles acceptent la douleur, elles ne crient pas, ne négocient pas, ne tirent pas le volet, elles se tiennent là, fragiles, subtiles, puissantes.

Et toi, lecteur, tu marches, tu ignores, et moi je hurle : « Regarde la carotte, la betterave, le chou, le poireau ! Regarde la douleur muette, la rage silencieuse, le désespoir vert ! » La roquette a un eczéma existentiel, le radis noir la schizophrénie racinaire, le pissenlit la paranoïa pétalée, la ciboulette le burn-out chlorophyllien, et l’homme détourne le regard… comme souvent. Et moi, phytiâtre, je ris, je pleure, je crie, je leur parle, je soigne, je tends la main, je désire des miracles d’humour, d’absurde et de folie, pour que chaque feuille sente qu’elle compte et que chaque humain voie, au moins une fois, que la plante aussi souffre, aime, pleure en silence, dans le vent, et que tout est relié dans cette forêt embroussaillée de la vie.

Parfois, je doute. Je ne suis que jardinier du désordre, un bricoleur d’âmes vertes. Je ne guéris pas : j’écoute. La maladie n’est pas qu’un mal : elle parle, avertit, réclame l’équilibre. Elle dit ce que l’homme tait, elle rappelle que vivre, c’est chercher sa mesure. Être phytiâtre, ce n’est pas sauver, c’est apprendre à se taire devant le mystère, à comprendre que le flétri, le tordu, le tavelé sont les signes mêmes de la vie. Le matin, quand la rosée tremble encore, elles murmurent non pas des plaintes mais des secrets de joie lente, des mots d’eau et de lumière. Le blé me confie son rire d’épis, le tilleul exhale un parfum de paix, la sauge m’offre ses rêves argent, et la tomate, apaisée, rougit d’amour simple. Alors je dépose les outils, je m’assois dans le jardin et j’écoute, comme un ami devine le chagrin caché dans un sourire. Je tends l’oreille à chaque feuille, à chaque tige qui ploie sous l’ombre ou cherche la lumière. Le bonheur n’est pas seulement soigner, mais prendre le temps, regarder, entendre, comprendre ces petits riens qui font la vie, ces souffrances muettes qu’on dit invisibles. Et moi, phytiâtre, je vis, je respire, j’écoute, je transpose et j’écris l’amour du monde et des hommes. Je me tais, le cœur chlorophyllé, ivre de sève, de silence et d’humanité.


Ah ! Eh bien, nous vous écrirons… force est de constater votre disposition à entendre le silence.





   Dissonance et complémentarité. Une voix qui hante les mots, me répond,  âme revenue, diffuse, portée par le parfum des saisons et des mots suspendus: "Je  sais, Je le sens, Et je suis là, toujours, entre les lignes, entre les mots, entre les virgules qui suspendent le temps et ouvrent des espaces de possibilité,,,








15 décembre 2025

CLOS / CONDUCTIVITE / RoW

 

Quand le fil est au boulot

Le fil se tend, il court sur la plaine,
Électrons en cavale, jamais ne se freinent.
Mais attention, chaque métal a sa loi,
Alu, cuivre ou acier, chacun fait son choix.

Longue est la clôture, grande est la résistance,
Plus elle s’étire, plus le courant perd de puissance.
Quatre fils d’acier pour cent vingt kilomètres,
Un seul fil ? Trente seulement, attention à votre quête !

Le mouton laineux, doux et bien caché,
Freine un peu le flux, mieux vaut le rappeler.
Le cheval, le bovin, poils courts, conducteurs légers,
Ressentent le choc, le courant bien dosé.

Et le sol, ami discret mais essentiel,
Doit être humide, conducteur naturel.
Une bonne mise à la terre, bornes bien reliées,
Sinon le flux s’arrête, le choc s’évanouit en fumée.

Évitez les nœuds, les fils mal connectés,
Chaque torsion peut ralentir le flux attendu.
Ruban, corde, fil lisse ou acier inoxydable,
Choisissez bien le conducteur, sinon la clôture devient instable.

La végétation, elle, adore jouer les troubles-fête,
Chaque brin qui touche le fil crée une perte nette.
L’énergie d’impulsion, mesurée en Joules,
Doit être suffisante pour franchir les obstacles et les houles.

Fil fin, courant faible, fil gros, puissance préservée,
Choisir le bon matériau, c’est déjà sécuriser le pâturage.
Alu pour légèreté, cuivre pour la distance,
Acier galvanisé, robustesse et persistance.

La résistance électrique, c’est l’ombre du conducteur,
Inverse de la conductivité, ennemie du flux, mais vraie valeur.
Mesurée en ohms, elle limite le passage,
Chaque centimètre compte, surtout sur de grands étages.

Et l’électrificateur ? Cœur battant du système,
Il dose tension et courant, il gouverne le thème.
Énergie de charge, énergie d’impulsion,
Plus elle est forte, plus le flux traverse la clôture sans confusion.

Courant et tension, un duo inséparable,
Pour protéger le troupeau, chaque fil est capable.
Sans oublier les isolants, fidèles compagnons,
Ils guident le conducteur, évitent la dissipation.

Alors, quand le mouton approche, frôle le fil,
L’électricité circule, le choc est subtil.
Mais le loup, malin, observe et teste,
Seul un système bien conçu tient sa promesse.

Conductivité, longueur, type de fil et mise à la terre,
Chaque détail compte, chaque point est une pierre.
Pour que la clôture soit efficace et durable,
Pour que l’électrificateur reste fiable et remarquable.

Le fil tendu n’est pas qu’une simple ligne,
C’est un guide, un gardien, un outil qui fascine.
Il transforme l’électricité en protection réelle,
Dans le pâturage, il devient presque immortel.

RoW 11/25

12 décembre 2025

PIE NOIR / RoW

 

**Jalouse et Mylène,

bretonnes pie noir de mes jeunes années à Cuala



Elles n’étaient que deux,
mais elles remplissaient tout le paysage.
Deux bretonnes pie noir,
deux taches de vie dans les années quatre-vingts,
là où la terre parlait encore
par le bruit du vent et la patience des bêtes.



Le matin avait toujours une odeur.
Celle du foin tiède que je soulevais à la fourche,
promesse dorée tombant en pluie lente
sur le râtelier de l’étable.
Celle du regain que j’apportais le soir,
un parfum vif, vert, presque sucré,
qui faisait frémir leurs naseaux.
Et, sous tout cela, la note plus profonde
des fougères séchées,
leur couchade légère,
faîte de bruns et de craquements,
où elles se posaient comme dans un nid d’automne.

Quand elles bougeaient,
les cloches accrochées à leur cou
laissaient tomber un son clair,
comme une pensée qui se décroche.
C’était un tintement de vérité,
un écho qui traversait la cour
et se perdait dans le champ voisin,
où la brume restait souvent couchée
plus longtemps que nous.

Jalouse et Mylène avaient des cornes droites,
signes fins tournés vers le ciel,
comme si elles saluaient le jour.
Elles tenaient debout
avec la force de celles qui savent
que la terre leur est alliée.
Leurs pieds s’enfonçaient doucement
dans la terre grasse et sombre,
la même qui nourrit,
la même qui pardonne,
la même qui garde la mémoire.

Je les étrillais lentement,
comme on écoute une histoire.
Leur peau chaude vibrait à peine,
et je sentais sous mes doigts
la confiance simple des bêtes
qui n’ont rien à cacher.
Leurs yeux noirs , 
ah, leurs yeux ! ,
longs-cils battant comme des ombres douces,
me regardaient parfois
comme si j’étais plus ancien que mon âge,
plus digne que je ne l’étais vraiment.

À l’heure de la traite,
le seau posait sa lumière d’étain
au pied de leurs flancs.
Le lait venait en jets tranquilles,
chauds, réguliers, vivants,
et le monde se rétrécissait
à ce bruit blanc
qui parlait mieux que les mots.

Certaines nuits, je dormais auprès d’elles.
Leur respiration me berçait,
leurs mouvements lents
secouaient la paille
comme un petit tonnerre familier.
Un coup de queue, parfois,
venait me dire d’arrêter,
mais jamais sans ce regard retourné
qui portait une douceur ancienne,
une sorte de sagesse silencieuse
dont je m’inspire encore.


Leur présence n’avait rien d’extraordinaire,

et pourtant elle a façonné ce que je suis.
Elles m’ont appris la patience,
le respect,
la chaleur sans paroles,
l’importance de la terre
et la beauté du peu.

Jalouse, Mylène…
deux bretonnes pie noir
dans un temps où l’on prenait encore le temps.
Deux silhouettes tachetées
que le monde ne remarquait pas,
mais qui, pour moi,
ont porté tout un ciel.

12/25 RoW

11 décembre 2025

DNC / W

Le Cri des Prés en Déni Non Contrôlé 

Les insectes piquent. Le virus circule, discret, 


Une vache fiévreuse devient une menace pour notre marché.
Un risque dans un tableau Excel, une anomalie à corriger.
Alors on l’abat. On l'efface. On assainit. Pour sauver les chiffres.
On ne protège pas la vie. On protège les flux.
On ne soigne pas les bêtes. On soigne les contrats.

La prairie devient tribunal. Moo… Une vache tombe. Moo ! Les vaches tombent. La courbe doit rester lisse. Une vache ! Une variable d’ajustement dans la colonne du bilan.


Leurs yeux, leurs souffles, leur présence tranquille dans l’herbe haute sont avalés par nos maux : rentabilité de marché. 

« Moo… Moooooo,  L’éleveur se met à genoux. Devant les directives,  face aux "agents" de maintien de l'ordre, de la sécurité et de l'exécution des lois, il regarde son troupeau partir, ses mains tremblent. Le goût amer de l’impuissance. Et le marché, implacable, tourne, indifférent au souffle brisé, aux yeux qui se ferment, aux prés qui saignent silencieusement. Le beuglement qu’on étouffe nous revient.

Nous regardons ailleurs.

Les prés frémissent. Rouge devient l’herbe.
Les beuglements s’élèvent, se multiplient, se répondent 
Le silence de l’homme, elles se regardent, symphonie :Moooooo,de désespoir. Ce qui tombe alors, dans l’ombre des prés, ce n’est pas seulement une vache. Ce sont des souffles, des vies, des présences trahies.



Ce n’est pas la dermatose qui ravage nos campagnes. C’est notre façon de considérer le vivant : un simple rouage, une ressource, un stock à éliminer quand il dérange. Ce qui tombe alors, dans l’ombre des prés, ce n’est pas seulement une vache.

12/25 RoW

10 décembre 2025

ORIGINE et ASSURANCE DE FIN DE MONDE

Il y a, dans le tissu du monde, un battement qui ne s’éteint jamais. Il ne vient ni du cœur, ni des astres, mais d’un lieu avant le lieu, où la lumière s’invente dans le souffle du premier désir.

Messier 17, connue sous le nom de la nébuleuse Omega ou du cygne. © ESO/INAFVST/OmegaCAM, CC BY 4.0 

Chaque être en porte la trace, une pulsation secrète au creux des os, comme un souvenir de feu avant la forme, un chant murmuré dans la matière.

Kate Winslet et Leonardo Dicaprio
   TITANIC 

Les amants se reconnaissent à ce battement. Leur approche est une résonance, une onde ancienne qui se réveille. Quand leurs peaux s’effleurent, le monde se souvient de sa naissance. Leurs souffles s’accordent, leurs chairs s’illuminent, et le réel, un instant, recommence à trembler. Ce n’est pas un contact, c’est une genèse. L’univers se recompose entre deux corps, dans la lenteur d’un frôlement, dans la ferveur d’un baiser. Chaque gémissement devient lumière, chaque caresse, un verset du cosmos. Les galaxies se penchent, attentives, dans le silence vibrant de leur étreinte. 


Rien n’est solide. Tout est vibration, onde, feu, souffle. Leurs visages se dissolvent dans la clarté, leurs ombres se mêlent à la poussière d’étoiles. L’amour n’est pas un lien, il est passage, oscillation entre le visible et le divin. Chaque baiser ouvre un interstice dans le temps, chaque soupir invente un futur. La création ne vient plus des dieux : elle jaillit des lèvres. Des lèvres offertes, haletantes, vivantes. Et dans cette offrande, le monde retrouve son nom. 

Le vide n’est pas absence. Il est matrice, chair transparente où tout recommence. Quand nous dormons, nos songes y glissent comme des pluies d’or, et nos âmes s’y fondent, lentes comètes de désir. 

Je ne sais plus si je vis ou si je me souviens. Peut-être que vivre, c’est reconnaître le feu. Et mourir, c’est y retourner sans trembler. Tout ce que nous appelons moi n’est qu’une vibration dans la gorge du monde. Et si le temps s’écoule, c’est pour qu’un nom s’élève, un souffle, une voix, le tien peut-être et dise : Nous sommes l’origine. 

Un jour, les étoiles oublieront nos visages. Mais le battement, lui, persistera : nu, infini, amoureux, comme une promesse que rien ne peut effacer, comme la mémoire de nos corps au commencement du monde.

et cela devient

Le Battement du Monde. Il y a dans le monde un rythme ancien, discret, ni cœur ni étoile, présent depuis le premier souffle. Là où la lumière s’invente et s’élance, naît la cadence. Chaque être en garde la trace, une flamme brûlante, souvenir de feu sous la chair fragile, écho de l’origine, secret et indocile. Les amants s’y trouvent, au détour d’un regard, vibrent, s’accordent, se frôlent et se séparent. Quand leurs peaux s’effleurent, le monde soupire et la vie recommence. Ce n’est pas un geste, c’est une genèse : chaque baiser devient lumière, chaque souffle un vers, chaque cri une geste. Les galaxies s’inclinent, le ciel s’incline, et leurs ombres se fondent. Rien n’est solide, tout est mouvement : onde, feu, poussière, frisson, vivant. L’amour traverse et efface la trace. Chaque soupir fend le temps qui s’endort, chaque mot invente un nouveau décor. Le vide n’est pas rien : il est la matrice où glissent nos rêves, comètes de désir. Vivre, c’est reconnaître la flamme ; mourir, y plonger sans peur. Tout ce que je suis, tout ce que j’espère, n’est qu’un souffle pris dans la gorge de la Terre. Et si le temps fuit, c’est pour qu’une voix monte, fragile, et murmure : « C’est toi. » Nous avons tout prévu : le feu, la pluie, le vol, la chute. Nous avons couvert la casse, le bris, la peur d’avoir peur. Tout est garanti, tout sauf nous. Nous avons signé des pages de promesses, des contrats contre le hasard, des avenirs sous scellés. L’assurance fin de vie, qu’ils disent, comme si la mort était un sinistre à déclarer, comme si l’infini pouvait se rembourser. Pendant que nous prévoyons, le monde se défait sans police, sans clause. Des enfants sans nom sous la poussière, des femmes effacées par la guerre, des villes avalées par le silence. Et nous, au milieu du confort, nous chuchotons : « Nous avions pourtant tout prévu… » Nous avons protégé nos murs, mais pas nos regards. Nous avons blindé nos maisons et déserté nos consciences. Nous avons bâti des coffres autour du vide, déposé nos rêves dans une banque. La Terre, elle, ne signe rien. Elle tremble, elle rejette, elle respire. Les forêts repoussent sur nos ruines, les océans reprennent leur langue d’avant nous. La planète ne réclame pas d’indemnité, elle se souvient. Elle guérira sans nous. Les pierres n’ont pas besoin de témoin, les arbres se tiennent debout sans prière. Ce que nous appelons fin n’est qu’un passage, le nôtre. Mais s’il reste encore, au fond du cœur, une braise, une pulsation, une urgence, qu’elle porte un seul nom : amour. Pas celui qu’on possède, celui qu’on offre sans reçu, celui qui traverse sans compter, qui touche sans retenir, qui choisit la vie, même nue, même blessée. Aimer, refuser l’indifférence, rompre le contrat du vide, s’assurer du vivant sans clause, sans délai, sans fin.

POINTS LEVES / W

 

 A POINTS LEVES

   Banksy, Port Talbot 2018

Voilà qu’ils recommencent. Encor' et encor'.

Les silhouettes se coagulent comme une marée de spectres dociles, avançant d’un même pas funéraire sous les néons travestis en étoiles. Les rues s’illuminent d’un éclat factice, théogonie de pacotille, panthéon scintillant où l’on adore non plus le mystère, mais la marchandise sanctifiée.



Dans ce défilé de mirages, les vitrines illuminées suintent de béatitude. Les visages des saints, figés dans la cire, sourient à la dévastation : transformation de l’amnésie en rite, de l’opulence en vertu, de la débauche en dévotion.

Alors le poing se dresse ! Non pas comme une arme, mais comme l’ultime stigmate d’un esprit encore vivant. Il est oracle d’os et de colère, fragment incandescent d’une conscience refusant la torpeur collective, déchire le rideau des illusions en un battement bref, presque sacré, qui renverse les autels de carton et fissure les fables trop propres.

Surplombant les toits, les croix scintillent comme des antennes archaïques, symboles d’une conquête qui ne voulait pas dire son nom. Ces croix-là ne bénissent pas : elles se disent souvenirs. Elles portent l’odeur des terres spoliées, des peuples agenouillés, des voix étouffées sous le dogme du conquérant. Elles sont vestiges d’une orgie apostolique où s’échangeait la foi contre le sol, la lumière contre le silence, l’âme contre l’obéissance.

Malgré cet héritage de cendres, la foule continue sa procession mécanique, hypnotisée par la liturgie des écrans, les psaumes de promotions, les hymnes des caisses qui sonnent comme ces cloches profanes. Des visages effacés, des yeux tramés de fatigue, des mains tremblantes retenant la carte sacramentelle, nouvelle hostie, nouvelle absolution. On avance, on s’offre, on consomme : l’agonie devient chorégraphie.

Banksy Jesus Christ with shopping bags 2005

Dans l’interstice des ombres veille une lucidité, inquiétude sacrée. Le sentiment que ce carnaval de lumières cache une liturgie beaucoup plus sombre : celle des regards en coulisse, des moralistes de velours, des prêtres d’un cynisme enfoui qui attendent que tu chancelles pour te disséquer. Et c’est là que monte la peur, froide, serpentine, théologique. En croisant leurs sourires de biais, leurs soutires prêts à juger mais jamais à soutenir, leurs bénédictions empoisonnées, leurs promesses de culs-rayons trop suaves pour être sincères, attendant que tu trébuches, que tu te fissures, que tu t’effondres… et au sol, ils ne t’offriront ni eau ni parole, se pencheront, bassement, pour contempler ta lente immersion dans la certitude de leurs illusions.

Poing levé. Ultime geste d'une mémoire et d'une révolte.



Banksy vierge à l'enfant  2024




   

01 décembre 2025

VERT et JAUNE / CIEL BLEU / RoW

 C'est un 11 novembre et tout déborde, drapeaux, clairons et tambours, fanfare folle et dans mon quartier, un voisin, inquiet :  un platane de grand âge du haut de ses sommets perd des feuilles sur leur jardin et cet autre là au coin, intrigue ... Porter un regard sur l'environnement ne serait-il pas là,  au seuil de nos portes?

Un tilleul dans la ville


Un tilleul dans l’alignement, planté là par similitude, par ordonnance, il regarde passer les saisons des hommes et leurs certitudes bien rangées.


Autour de lui, les feuilles tombent en cadence, vert et jaune sous le ciel bleu d’automne. Les autres s’inclinent, dociles, disciplinées, et lui, le vert, résiste, obstiné, immobile.


« Ça bouche les gouttières, faut tout nettoyer ! »

« On glisse sur les feuilles, c’est plus vivable ici ! »


Les voix montent, la rumeur s’étend : faut-il prévenir la mairie, les tailler, les couper ?


Mais lui ne dit rien. Il tient son rang en dehors du rang, comme Rosa Parks, comme Antigone, comme Dumont, prophète oublié, et tant d'autres, comme tous ceux qui parlent avant que le monde n’écoute.


Le vent tambourine, la pluie martèle, les tilleuls jaunes se dénudent en cadence, et lui, vert, écrit dans l’air sa différence, un poème que le temps ne peut dissoudre.


Et nous, passants distraits, nous voyons l’anormal, non le courage. Nous parlons de danger, de désordre, sans voir la sève qui résiste à l’évidence.


Pourtant, en ce 11 novembre de mémoire, sous les drapeaux que le vent soulève, je voudrais saluer ce tilleul libre, soldat pacifique au feuillage indocile.


Qu’il reste vert encore un peu, contre le temps, contre la foule, contre nos peurs alignées. Qu’il tienne sa note, jusqu’à ce que le vent s’incline.


Et si nos yeux, au lieu de juger, savaient voir que la différence est un éclat d’espoir, alors nos villes, nos vies, nos mémoires fleuriraient d’arbres hors du pouvoir.


Nous parlons de normes, de lignes, d’ordres établis, mais c’est la différence qui grandit la vie. Sous nos regards trop prompts à condamner, le monde s’éteint de ne plus s’étonner.

ROW 10/25


A BI CYCLETTE, -----, OLORON sous la pluie

1.2.3 Soleil, 1.2.3. la pluie me mouille, tous perméables

Voici ton texte réorganisé en paragraphes construits, pour mieux faire respirer le rythme et mettre en valeur tes images poétiques :

Comme d’habitude, elle me tire de mon sommeil. La pluie tambourine, le souvenir s’éveille. La lumière, seule, fantomatique et pâle, clignote comme un projecteur sur mon voile. Quelque chose murmure, quelque chose s’allume, la ville s’étire, la mémoire s’allume.

La pluie tombe douce sur Oloron, et moi j’enfourche ma monture en frisson. Soldat du bitume, casque bien vissé, cœur en roue libre, pensées en biais balisées.


Sainte-Croix me défie, la côte s'avale sous les pneus. Gravillons roulent, souvenirs vieux et précieux. Un chat sur un muret, juge silencieux, miracle ou tragédie du matin curieux ? Un souffle me dit : avance, reste en équilibre, danse sur les flaques, fais que ton rire vibre.


Descente vers Notre-Dame, le centre s’éveille. Les enfants courent, bottes et rires en merveilles. Une vieille dame traverse, parapluie en bataille. Je slalome, m’incline, ma sonnette fait sa muraille. Un bus me frôle, sourire nerveux, discret : il ignore ce que mes yeux voient en secret. Je pédale entre les mondes : hier, aujourd’hui, gronde, et moi je ris, fragile, sous la pluie qui inonde.


Sainte-Marie à l’opposé, autre braquet. Trottoirs labyrinthiques, feuilles et gravillons coquets. Un chien bondit, laisse extensible. Le maître court derrière, burlesque risible. Un ballon s’échappe, je tente un renvoi, la flaque me rappelle que tout tangue parfois.


Chez Revol, cafés débordent en crescendo. Les chaises bavardent, les clients rient en solo. « Trempé comme un canard ! » murmure une dame. Je ris en piano, cœur léger, âme en flamme. Une fillette me tend son parapluie en pizzicato. Je passe dessous, silencieusement, heureux là-haut.


Le jardin public, tapis doré. Les platanes conspirent, feignant de m’oublier. Rire discret, esquive parfaite, je continue : clown trempé, équilibriste du jour, ingénu.


Travaux municipaux, chaos poétique. Tranchées rebouchées, dos-d’âne en musique. Gravillons kamikazes sous mes roues s’élancent. « La route est neuve ! » dit le panneau, ironie en cadence. Moi je pédale, Picasso invisible, artiste du chaos que seul mon cœur rend lucide. Rond-point Guiraud, logique envolée. Les voitures valsent, un pigeon traverse égaré. Trottoirs, montagnes russes, je saute, je glisse. La roue crisse, le monde me sourit, s’esquisse.


La pluie s’arrête un instant, le monde se tait. Et dans ma tête, une voix surgit discret. Tellement la route s’incline, le vent hésite, chaque goutte dessine une virgule dans la phrase, souffle prolongé… Je passe les ponts, franchis les passerelles. Chaque latte complote, chaque planche m’appelle.

Arrêt à la médiathèque, silence en pianissimo. Je repars tremblant, triomphant, clown sous le tempo. Au bout de la route, pas de feu vert, juste un miroir, reflet discret et clair. Sainte-Croix, Notre-Dame, Sainte-Marie, et toi, Virgule, souffle éternel qui sourit. Je rentre trempé, heureux, fragile, danseur sur ma monture, funambule agile.

Dans chaque souffle de pluie, je crois entendre le murmure du temps à reprendre : Virgule… sens prolongé. Tous responsables, tous perméables, ça vaut bien un arrêt, image mémorable. Mais la fin… j’ai froid, toute la journée à faire semblant, sourire en émoi. J’attends… je ne sais plus quoi, et dans ce souffle du passé, un écho, la Virgule, me souffle encore, discret.


Je souris, trempé, funambule fragile. Le monde continue son vacarme volubile. Moi, je pédale doucement, respire doucement, virgule du temps, souvenir discret, et tout murmure… comme d’habitude.

Je pédale dans ma tête…

RoW 11/25






Escapade Galactique à Vélo : À la Recherche de l’Inconnu que Je Suis

Voici ton texte réorganisé en paragraphes construits, pour laisser respirer la lecture et amplifier le rythme poétique de ton voyage à vélo :


Mon vélo à assistance électrique, mon vaisseau spatial. Je roule, je dévale, je m’envole sur des chemins que même Google Maps ne connaît pas. "Destination : l’inconnu, escale : moi-même." Les voies non répertoriées sont mes autoroutes cosmiques, chaque virage une révélation, chaque côte une métaphore de ma vie : "Ça grimpe, ça souffle, mais quelle vue !"


Entre sagesse et tentation, je slalome. Les corps sensuels ? Ce sont les arbres qui dansent, les ombres qui m’invitent à jouer, les visages croisés qui me sourient comme des complices d’un secret universel. "Et si la sagesse, c’était juste d’écouter le vent me murmurer : ‘Lâche prise, voyageur’ ?" La tentation, elle, se niche dans chaque détour : un café oublié au soleil, une musique lointaine, une route qui bifurque vers nulle part… ou vers tout.


Je pédale, donc je suis. Pas de GPS, pas de plan. Juste l’instinct, cette boussole interne qui me chuchote : "Là, à gauche, il y a un banc pour philosopher. Là, à droite, une clairière pour rêver." Je suis mon propre cartographe, traçant des lignes invisibles entre ce que je connais et ce que je devine.


L’inconnu, ce n’est pas un lieu, c’est un état. Je le cherche en moi, dans le rythme de mes pédales, dans le souffle qui s’accélère, dans les silences entre deux pensées. "Qui es-tu, Robert, quand tu n’es plus qu’un point mobile sur la carte du monde ?" Un alchimiste de l’instant, un collectionneur d’émerveillements, un vieux sage en short fluo.


Parfois, je m’arrête. Pour écouter le chant d’un oiseau, pour caresser l’écorce d’un arbre centenaire, pour me dire : "Te voilà, enfin. Pas celui des listes, des rendez-vous, des ‘il faudrait’, mais celui qui ose se perdre pour se trouver." L’inconnu n’est pas une terre lointaine, c’est ce qui vibre en moi quand je laisse tomber les masques.


Et si je ne trouve rien ? Qu’importe. Le voyage n’est pas dans la destination, mais dans le frisson de la quête. Dans le rire qui monte quand je réalise que j’ai (encore) oublié mon casque. Dans la joie pure de dévaler une pente, les bras en croix, criant : "Je suis vivant ! Et c’est déjà énorme !"


Alors, je continue. Parce que chaque tour de roue est une page blanche, chaque paysage une nouvelle version de moi. "Peut-être que je ne saurai jamais tout. Mais aujourd’hui, je sais une chose : j’aime la route, j’aime l’aventure, et j’aime ce fou furieux qui ose partir sans savoir où il va."


Carnet de bord du voyageur galactique :

  • Équipement : Un vélo, un carnet, un stylo (que je perdrai trois fois).???
  • Provisions : Des barres de céréales, de l’eau, et une dose infinie de curiosité.
  • Objectif : Ne pas arriver. Juste être, ici et maintenant.


Cirque en  roues libres



et c’est beau, vu d’ici. »


Je pédale dans ma tête.