Belém en ébullition — Chant des peuples debout
Belém en ébullition — Chant des peuples debout
Belém, poison d’aurore. Dix heures du matin. Déjà 31 degrés. Une chaleur qui ne caresse pas : elle mord, laissant sur la peau la trace d’un incendie, un rappel que le monde brûle.
La COP30 s’enlise depuis cinq jours dans ses palabres de porcelaine, fragiles, inutiles, tournant sur elles-mêmes comme des fleurs fanées qui s’obstinent à exister.
Dans la marée battante de la ville, des arcs vibraient comme des prières, des flèches scintillaient comme des avertissements, les maracas secouaient la poussière des mensonges, et les pancartes portaient le rouge des vérités que personne ne veut voir.
Et puis un chant. Un chant tressé de siècles, aussi ancien que les racines du monde, un chant qui ne meurt pas, celui du peuple Munduruku. Peuple du Pará, de l’Amazonie, du Mato Grosso, du territoire Sawré Muybu, peuple du fleuve et des ombres vertes, peuple qui sait.
Elisa, vingt-sept ans, couronne de plumes comme un lever de soleil, visage noirci de guerre, dit doucement : « C’est notre cri de lutte. Celui qu’on entonne quand l’ennemi approche. »
Et ici, l’ennemi n’a rien de mystérieux. Il porte ses logos polis, ses bilans calibrés, ses sourires d’actionnaires. Il ronge la forêt comme un ver, étouffe les rivières, dévore des territoires entiers avec l’indifférence des machines. Ce sont les grandes entreprises, celles qui tuent la forêt et dont les profits brillent comme des lames fraîches.
Pendant ce temps, derrière les barrières bleu ONU, on joue aux COP’ains COP’ines, mime parfait de vertu, gestes calculés, discours parfumés, les mêmes promesses, cire tiède qui coule entre les doigts depuis des années.
Au cœur de Belém, la Terre parlait. Et ce n’était pas leur langue. C’était un grondement profond, un souffle ancien, un mot que seuls entendent ceux qui ont déjà saigné.
Les peuples ont marché, non pas pour être vus, mais pour être crus. « Nos voix sont ignorées », « La destruction continue », et chaque syllabe tombait comme un fruit trop mûr, explosant en vérité sur le sol.
La « zone bleue » se voulait sanctuaire. Elle n’est que mirage, une clairière truquée où les costumes légers dessinent des promesses qui ne tiennent pas la nuit. Sans justice sociale, la justice climatique n’est rien. Sans les peuples, pas de Terre.
Leur colère, légitime et ancienne, porte en elle la mémoire du bois qui tombe, du fleuve qui pourrit, du ciel qui rougit, de la forêt qui brûle dans un silence que nous avons imposé. À Belém, la marche n’a pas demandé l’aumône. Elle a demandé la vérité : ce trésor que nous cachons, ce poison que nous buvons.
Les COP’ains COP’ines continuent de dessiner l’avenir sur des nappes immaculées. Les peuples, eux, dessinent la survie avec leur souffle, leur peau, leur sang. Ce jour-là, la Terre a parlé en chant Munduruku : en milliers de pas, en visages peints, en cris qui scintillaient comme des éclats de roche, en colère claire, en vie debout.
Et nous, nous avons à peine regardé. Puis vite détourné la tête, comme si détourner la tête pouvait laver les taches que laisse un monde qui meurt.
Dix heures. 31 degrés. La Terre suffoque et dit : « Brûle avec nous. » Belém déborde. Un peuple-planète se lève pendant que la COP s’enlise. Dans la foule : perles, arcs, flèches, pancartes plus vraies que leurs lois. Et un chant qui ouvre la peau : le chant Munduruku.
« C’est notre cri de lutte. Le chant qu’on lance quand l’ennemi arrive. » L’ennemi n’est pas un fantôme : c’est une entreprise, un logo. Et nous sommes la forêt massacrée, le fleuve empoisonné, nos enfants sacrifiés.
Derrière la zone bleue, ils jouent les COP’ains COP’ines, promettant du vent sous la clim’. Ils parlent sécurité, protocole, demain. Mais ils n’écoutent pas la Terre. « Nos voix sont ignorées », « La destruction continue. » La COP « inclusive » n’ouvre qu’aux badges, pas aux blessures.
Sans justice sociale, pas de justice climatique. Alors les peuples marchent. Ils chantent. Ils frappent. Ils dérangent. Ils réveillent.
À Belém, ce jour-là, la Terre parlait Munduruku. En colère. En chaleur. En vérité. Les COP’ains peuvent continuer leur théâtre.
“Belém, poison d’aurore”

10 h. 31 degrés. La Terre suffoque.
Et te dit : « Brûle avec nous. »
Belém déborde. Un peuple-planète se lève
pendant que la COP s’enlise.
Dans la foule : perles, arcs, flèches,
pancartes plus vraies que leurs lois.
Et un chant qui ouvre la peau :
le chant Munduruku.
« C’est notre cri de lutte.
Le chant qu’on lance quand l’ennemi arrive. »
L’ennemi n’est pas un fantôme :
c’est une entreprise. Un logo.
Et nous sommes la forêt massacrée. Le fleuve empoisonné.
Nos enfants sacrifiés.
Derrière la zone bleue, ils jouent les COP’ains COP’ines,
à promettre du vent sous la clim’.
Ils parlent sécurité. Ils parlent protocole.
Ils parlent demain. Mais ils n’écoutent pas la Terre.
« Nos voix sont ignorées. La destruction continue. »
La COP « inclusive » n’ouvre qu’aux badges.
Pas aux blessures.
Sans justice sociale, pas de justice climatique.
Alors les peuples marchent. Ils chantent.
Ils frappent. Ils dérangent. Ils réveillent.
À Belém, ce jour-là,
la Terre parlait Munduruku.
En colère. En chaleur. En vérité.
Les COP’ains peuvent continuer leur théâtre.

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