Enclos pour zones à grands prédateurs
Partition de terrain
I. Préparer le lieu, lire la plaine
Avant d’ériger la barrière,
on écoute la terre entière :
le vent, le roc, la pente, l’eau,
tout ce qui porte et tient le troupeau.
Qu’importe le lieu, la forme, le flanc,
le périmètre ou le versant :
chaque fil doit trouver sa place,
chaque poteau, son axe et sa trace.
Creuser, mesurer, dégager,
rien ne s’improvise, tout doit se penser.
Un enclos bien né, c’est la promesse,
de jours paisibles, sans détresse.
II. Mémoire d’ours, de Cannelle
Novembre, dans les Pyrénées,
six chasseurs, un cri gelé.
Cannelle surgit, Cannelle tombe,
et dans le val, un nom succombe.
Dernière ourse de souche ancienne,
âme fauve du Béarn, souveraine.
Depuis, la montagne retient son souffle,
et l’homme observe, parfois s’essouffle.
L’ours rôde seul, curieux, discret,
flairant le miel, les ruchers secrets.
Son nez vaut cent chiens réunis,
et mène droit où la faim le dit.
Quand vient l’été, les estives s’ouvrent,
le lait coule, la neige s’étouffe.
Les brebis paissent, les chiens veillent,
et l’ours descend, lourd, sans pareille.
Il cherche miel, fruits, volailles,
jusqu’aux troupeaux dans les entailles.
Et là commence la discorde,
entre la faim brute et la garde.
Les clôtures, dans le Béarn dressées,
ont d’abord calmé les offensées.
Un fil tendu, un choc léger,
suffit souvent à dissuader.
Mais nul rempart n’est éternel,
seule l’attention reste essentielle.
Un berger, un chien, une veille,
voilà la clef qui rend l’ombre belle.
Près de Sesques, hiver ancien,
Papillon vint, curieux, soudain.
Il toucha le fil, puis recula,
et plus jamais ne s’y risqua.
Six fils d’acier, haute tension,
un hectare sous protection.
Panneaux solaires, batterie sage,
alarme et lumière en partage.
Le choc fut bref, l’apprentissage fort,
l’ours comprit, prit un autre bord.
Ainsi le fil, vibrant, discret,
devint gardien du pré parfait.
De Patxinta jusqu’à Besur,
les fils s’étirent, fins, durs.
Trois, quatre, six, parfois sept rangs,
en acier clair, en fil battant.
Les poteaux, de pin traité,
s’enfoncent, droits, dans la vallée.
Les piquets jaunes, en fibre ovale,
soutiennent l’onde pastorale.
Premier fil à vingt-cinq centimètres,
le dernier vers cent, ou plus, en fonction
Chaque fil chante sa tension :
quatre mille volts, ou plus, selon.
Le courant, fidèle, circule,
même quand la porte s’articule :
pont aérien, système fin,
le champ demeure sous son destin.
Et quand la neige écrase le tout,
les fils se détendent, sages et fous.
Le parc se plie, s’adapte, vit,
comme le troupeau qu’il abrite ici.
Des panneaux jaunes, tous les cinquante,
avertissent les âmes passantes :
“Clôture électrique”, écrit en langues,
pour l’homme, le vent, et les montagnes.
Sous la pile ou sous le soleil,
l’énergie veille, claire et vieille.
Batterie, panneau, ou secteur,
l’éclair devient simple labeur.
Cinq mille volts sous résistance,
trois kilomètres de persistance,
neuf mille en pointe, dans la mesure,
la loi d’Ohm veille sur la clôture.
L’ours, fort et curieux, apprend,
l’homme, patient, le suit, l’entend.
Le fil ne tue pas : il éclaire,
il trace un seuil, une frontière.
Les bêtes s’y font, les bêtes s’y plient,
et la montagne reprend sa vie.
Les troupeaux dorment, le cuivre chante,
le vent s’y frotte, l’aube s’y plante.
Et quand le courant claque au soir,
c’est le cœur du monde qu’on croit voir :
celui d’une terre en partage,
entre le sauvage et le courage.
Fil d’acier, souffle et lumière,
frontière douce, force légère.
Ni cage, ni guerre, ni peur,
juste un accord entre deux cœurs.L’homme élève, l’ours apprend,
le champ s’apaise, l’air entend.
Courant battant, fil de raison,
coexistence, en tension.
RoW 11/25


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