Entre deux phrases
Un mot apparait, presque rien, posé sur la blancheur. Puis un autre, venu naturellement s’y joindre. La phrase se forme sans que je sache encore ce qu’elle veut dire. Elle avance avec cette hésitation propre à ce qui cherche sa forme en naissant, revenant parfois sur elle-même, déplaçant un mot, en abandonnant un autre. Je l’ai laissée faire. Il fallait peut-être accepter de ne pas savoir, de laisser l’écriture trouver son chemin avant de lui demander où elle allait,Je cherche une présence dans l’épaisseur des mots, une justesse dans leur rapprochement. Les phrases ont leur propre mouvement. Certaines venaient trop vite, d’autres refusaient de venir. Il me semble devoir les attendre, les reprendre, les écouter presque comme on écoute une voix dont on cherche à reconnaître le timbre. Peu à peu, la page cessait d’être blanche. Une phrase appelle une autre phrase, non parce qu’elle lui obéit, mais parce qu’elle lui ouvre un passage. Même le silence devient une partie de l’écriture. Rien ne m'apparait entièrement clos,
Je me suis alors demandé pour qui j’écrivais. La question n’a toujours pas de réponse précise. Peut-être écrivais-je d’abord pour cette page, pour la faire exister . Peut-être pour moi, pour éprouver ce que les mots pouvaient encore faire naître. Mais il y avait aussi, quelque part, la présence possible d’un autre. Quelqu’un qui ouvrirait un jour cette page et qui, sans connaître ni la main ni le moment qui l’avaient écrite, y reconnaîtrait peut-être une histoire. La mienne ou la sienne. Une histoire,
Ce qui était né dans le secret d’une page devient disponible pour un autre regard. J’aime cette idée d’une écriture qui ne cherche pas à retenir. Une écriture qui ne prétend ni expliquer ni conclure, mais qui laisse derrière elle assez d’espace pour que le lecteur puisse entrer. Elle ne dit pas tout. Elle sait que certaines choses perdent leur force lorsqu’on les nomme entièrement. Elle préfère parfois l’approche à la révélation, le détour à la certitude,
Alors la page se remplit lentement. Les mots trouvent leur place, les phrases leur cadence, les silences leur nécessité. La dernière phrase pourrait venir. Elle est là, quelque part, dans ce qui s’est déjà écrit. Mais je ne suis pas certain de vouloir la poser. Tant qu’une phrase peut encore appeler la suivante, quelque chose demeure ouvert,
La page n’est plus blanche. Elle n’est pas davantage achevée. Elle est devenue un lieu de passage, un espace où les mots se sont rencontrés, se sont perdus, puis revenus, et peut-être un jour être rencontrés par quelqu’un d’autre. Toi ou moi,
Entre deux phrases, j'ose autoriser un peu de silence.
j'accompagne avec cette image issue de la série "Left to Their Own Fate (Odyssey)",
"Left to their own fate (Odyssey)" est d’abord une action réalisée avec l’acteur et frère de l’artiste, Fábio Godinho, lors des trois voyages initiatiques qu’ils effectuent dans le Détroit de Gibraltar ; à Tunis, Carthage, l’île de Djerba et enfin à Trieste et en Istrie. Au cours de ces voyages, Fábio lit, en silence, la totalité des trois tomes du texte intégral de L’Odyssée d’Homère. Dès qu’il a fini de lire une page, Fábio Godinho l’arrache et l’offre à la mer. Les pages s’envolent et continuent leur voyage suivant chacune leur propre destin. Aux errances d’Ulysse répondent celles des deux frères Godinho. "Left to their own fate (Odyssey)" interroge également le présent. Par la mise en perspective de correspondances et de résonances entre récits de voyage, imaginaire et captation du réel, l’œuvre pose la question des déplacements, du retour et des allers retours.
Martin K. Speckter, qui fusionne le point d’exclamation et le point d’interrogation, afin d’exprimer une opinion personnelle, tout en laissant une place au doute et au questionnement, pour pouvoir si nécessaire réviser son point de vue…
Le Balai des Ponctuations
Jean Marc Dallanegra Route blancheUn ange sourd à ma demande, s'envole sans retour, un seul battement d'aile pour un livre d'histoires éternelles ,
je serai certainement dans ces nuages vaporeux, comme une plume descend, éclipsé par la brume, au delà des horizons, au milieu des ponctuations silencieuses sur la mémoire des terres vieilles, à pas comptés, dans mes pensées ,
un jour, mes anges en auront marre... rien ne les délie, (adieu) et nos yeux dans cette éternelle courbe infinie, réunis dans le rêve d'hier à aujourd'hui.... elle m'éblouit, m'aveugle l'esprit, jeux de regards...les virgules de pas de fin de phrase,,,

