03 octobre 2026

ELLE NE SAVAIT PAS, ,,,

 

 photo de Paul Coghlin



CHANGER DE PONCTUATION

Il y a le point classique, le point d’interrogation, le point d’exclamation… Et puis tout un pan de la ponctuation demeure presque inconnu. Une ponctuation non standard, avec ses signes étranges : point d’ironie, point de dépit, exclarrogatif, point d’amour… Comme si la langue avait inventé des signes pour tout ce que les mots ne savent pas toujours dire.

Ils entrent dans une pièce comme un point d’exclamation. On les entend avant même qu’ils aient parlé. D’autres suivent avec leur point d’interrogation suspendu au-dessus d’eux, attendant du monde une réponse qu’ils savent déjà impossible. Il y a ceux qui portent la certitude avec une telle application qu’ils finissent par prendre leur conviction pour la vérité. D’autres préfèrent l’ironie, une façon de sourire au bord des choses pour ne pas avoir à leur appartenir tout à fait.

Et puis il y a ceux qui avancent avec un cœur à la place du signe. Ceux-là sont plus difficiles à lire. Ils ne savent pas toujours ce qu’ils font de nous, ni même ce que nous faisons d’eux. Ils apparaissent dans une phrase et, soudain, la grammaire ne suffit plus.

La virgule, alors, deviendrait peut-être le seul signe qui accepte de ne pas savoir. Elle ne conclut rien. Elle ne demande pas qu’on la croie. Elle ne s’étonne pas, ne commande pas, ne doute même pas. Elle consent simplement à poursuivre. Elle ménage un espace entre deux choses qui pourraient sembler séparées. 

Nous passons notre vie à changer de ponctuation. Nous avons été certitude à vingt ans, doute à quarante, exclamation un matin, silence le soir. Nous avons aimé comme un cœur, quitté comme un point, espéré comme des points de suspension.


Elle ne savait pas, entre eux, respirait une phrase…


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