« La rencontre véritable commence lorsque l'autre cesse d'être un objet de notre pensée pour devenir une présence devant nous. »
Martin Buber
Il est des conflits si modestes qu'ils paraissent presque dérisoires à ceux qui les observent, de loin. Quelques mots échangés de travers. Une habitude qui dérange. Un regard devenu plus froid qu'hier. Rien qui semble pouvoir bouleverser une existence.
Pourtant, les drames ne naissent pas toujours des grandes catastrophes. Ils s'installent dans ces minuscules aspérités que personne ne juge assez importantes pour s'y arrêter. Peu à peu, chacun s'installe dans sa vérité. En défendant nos raisons avec sincérité, sans toujours percevoir que l'autre défend simplement sa souffrance.
Les commentaires apparaissent. Nous racontons. Nous interprétons. Nous complétons ce que nous ignorons par ce que nous imaginons. Les paroles circulent plus vite que les rencontres. Elles se transforment au fil des conversations, gagnent en certitudes ce qu'elles perdent en humanité. Sans nous en apercevoir, nous parlons de personnes que nous avons cessé de rencontrer. Comme si l'important n'était plus de soulager la douleur, mais de démontrer qu'elle est justifiée.
Le dialogue est plus exigeant que le jugement. Il demande de suspendre un instant nos certitudes pour entrer, avec délicatesse, dans le paysage intérieur de quelqu'un d'autre. Non pour lui donner raison, mais pour comprendre d'où il parle.
Il arrive alors que des êtres renoncent. Non parce qu'ils ont perdu un désaccord, mais parce qu'ils ont perdu l'espérance d'être entendus. Les maisons demeurent. Les relations, elles, deviennent inhabitables. Nous croyons souvent que les violences sont faites de cris. Beaucoup sont faites de silences. De regards qui se détournent. De paroles qui ne cherchent plus à rejoindre mais à convaincre. De petites blessures répétées sans cicatrice visible qui finissent par fissurer une vie.
Peut-être oublions-nous trop facilement que chacun porte un combat dont nous ne savons rien. Nous rencontrons la dernière goutte et nous ignorons la longue pluie. Nous voyons la colère et nous ne voyons pas l'épuisement. Nous jugeons un instant sans connaître les années qui l'ont précédé.
Les êtres humains n'attendent pas toujours que nous trouvions les mots justes. Ils attendent, plus simplement, d'être enfin vus
juger avant de rencontrer ; les blessures invisibles ; la nécessité d'un regard qui reconnaît l'autre.
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