60 BPM, comme un cœur qui écoute. Chaque battement semble poser la même question. Puis vient l’intervalle, presque invisible, suspendu entre ce qui vient d’être et ce qui n’est pas encore. Un instant si bref qu’il semble ne rien contenir, et pourtant… quelque chose pourrait encore devenir.
60 BPM comme un cœur qui écoute,,,
Le métronome égrène soixante battements par minute. Tic. Tac. Le son frappe, net, précis, puis s’éloigne. Dans l’infime distance qui le sépare du battement suivant, quelque chose se produit que la mesure semble incapable de saisir. Le temps continue, mais l’instant paraît s’être détaché de lui ; il s’ouvre et l’esprit s’y glisse.
Une fraction de seconde, une fente à peine perceptible entre ce qui vient d’avoir lieu et ce qui n’a pas commencé. Dans cet espace minuscule, le temps perd sa rigidité. Le passé cesse de peser, l’avenir n’est pas encore devenu nécessité. Rien ne pousse, rien ne retient. Tout demeure, en suspens,,,
Puis le tac survient. Il pourrait refermer l’espace, ramener l’instant dans la mesure ; cet instant qui n’était encore qu’une possibilité.
La séduction de cet étrange voyage demeure alors non dans le battement, mais dans ce qui lui échappe ; non dans le tic qui advient, ni dans le tac qui survient, mais dans cet entre-deux,,,
Et lorsque le tac retentit, l’espace ne disparaît pas tout à fait. Il se déplace. Il recommence ailleurs, dans l’intervalle suivant, toujours aussi bref, toujours aussi insaisissable. Le métronome poursuit sa marche, indifférent et étrangement intime, laissant derrière chaque battement une ouverture où l’esprit peut encore demeurer. Tic. Tac. Une note creuse, unique, comme le battement d’un cœur dans un salon déserté.
Entre une décision et celle qui n'est pas encore prise. Entre un départ et ce qui pourrait être retrouvé. Entre une parole et celle qui pourrait ne jamais être prononcée. Entre ce que nous avons été et ce que nous ne sommes pas encore. Demeurer un instant dans ce qui pourrait encore arriver,,, et oser y entrer,,,
Écrit sous le tic-tac régulier du métronome, à 60 BPM, presque imperceptible. Puis, peu à peu, le métronome s’efface. Une autre partition apparaît. Je ne compte plus les battements ; je pars ailleurs. Peut-être est-ce cela, l’intervalle : un instant qui nous oblige à repartir, ou bien nous invite à y entrer.
Le derviche ne cherche pas à arrêter le mouvement. Il s’y abandonne jusqu’à ce que le mouvement lui-même devienne presque immobile. Peut-être est-ce aussi ce qui se joue ici : ne plus subir la mesure, mais se laisser porter par elle jusqu’à perdre la mesure de soi. Le tic nous fait entrer, le tac nous ramène ; et entre les deux, pendant un instant, quelque chose demeure suspendu.
Une suspension du devenir.
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