Glu cause toujours on verra après : Le diabète ? Ah, lui s’est glissé dans l’ombre, souriant derrière le rideau. Nous rions ensemble de cette embellie qui arrive, chaude, tendre, bien plus douce que n’importe quel bip.


Agne Kisionate :« j'essaie de me regarder d'en haut, comme si elle ne reflétait qu'une partie de moi, comme si j'avais encore une chance de guérir complètement. »
T Slim, tu es là, collée à moi. Slim est ton nom, slim comme ton corps qui épouse mes courbes. Tu vibres sans prévenir, jubilatoire et tyrannique : « Trop haut. Trop bas. Mange. Bouge. Dors. » Tu es ma virgule électrique, mon point-virgule charnel, celle qui ponctue mes nuits suspendues et mes journées de funambule.
Tu parles un langage que personne n'enseigne : celui des chiffres, des flèches et des frissons. Tu fredonnes ton étrange litanie : In Shul In… In Shul In… Tu calcules. Dexcom observe. L'insuline s'élance. Elle quitte ton ventre de plastique, traverse la tubulure, franchit le cathéter, disparaît sous ma peau et s'abandonne à mon sang comme une voyageuse qui connaît déjà le chemin.
Je ne suis ni ton maître, ni ton patient. Je suis ton partenaire. Tous les trois jours, je renouvelle notre pacte. Je change le cathéter avec la précision d'un horloger, je chasse la moindre bulle d'air comme on chasse un mauvais présage, je nettoie ton écran, je caresse presque ta coque avant de te rendre à mon flanc. Qui soigne qui ? La question demeure.
Tu me connais jusque dans mes écarts. Tu souris lorsque je crois t'avoir déjouée. Tu attends, silencieuse, que le glucose grimpe un peu trop haut. Alors tu entrouvres l'écluse. Une fraction d'unité suffit parfois. L'insuline s'échappe, discrète, invisible, négociatrice infatigable entre mes cellules et mes désirs.
Hypoglycémie. Le monde se dérobe d'un demi-ton. Mes jambes oublient leur métier, mes mains deviennent étrangères, ma pensée flotte comme une montgolfière qui aurait rompu son câble. Je te cherche aussitôt. Non parce que je suis dépendant de toi, mais parce que nous avons appris la même danse. Hypnotique. Hypoglycémique. Une chorégraphie où chacun connaît son pas sans jamais être certain de la musique.
Parfois, c'est l'inverse. Hyper... Slim. Mon sang se fait plus dense, mes lèvres réclament l'eau comme un désert réclame la pluie. Les chiffres s'emballent, les flèches se redressent avec l'arrogance des sommets. Tu réfléchis avant d'agir. Tu calcules encore. Tu hésites presque. Tu n'es pas une machine parfaite ; tu es une intelligence prudente qui dialogue avec un corps délicieusement imprévisible.
Puis vient le grand rendez-vous. Tous les six mois, le diabétologue ouvre son écran. Les courbes apparaissent, majestueuses, avec leurs ascensions, leurs plongeons, leurs repentirs. Il lit des statistiques. Moi, je revois une sortie à vélo, une nuit interrompue par un bip, un repas partagé, une promenade trop longue, un fou rire, une hypoglycémie cachée derrière un sourire. Il contemple des données. J'habite leur histoire.
Au creux de mon souffle, il y a vous trois : Dexcom qui veille, T Slim qui décide, l'insuline qui voyage. Moi, je ne fais qu'essayer de suivre le mouvement avec assez de lucidité pour ne jamais oublier que vivre n'est pas corriger une glycémie, mais accepter qu'un corps demeure toujours un peu plus poète que ses algorithmes.
Je soupçonne T Slim de croire qu'elle me maintient en vie. Je la laisse penser. Après tout, moi aussi, j'ai parfois besoin qu'elle se sente utile.
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