09 février 2026

HORLOGE

 L'Horloge est une récompense après avoir été une distraction...


Nathalie Decoster

Les Temps Modernes Charles Chaplin 

Martin Buber

Horloge, tapie dans l’ombre des murs, dont les aiguilles s’étirent comme des doigts moqueurs... 

Je me suis accrochée au mur, simple cercle de bois, deux aiguilles, un battement discret qui divise l’air. Vous me croyez froide, mécanique, indifférente. Vous pensez que je ne fais que compter. Mais je vous regarde. 

Chaque tic est un pas que vous posez. Chaque tac, une porte qui se referme sans bruit. Je traverse vos chambres, vos cuisines, les couloirs de l’hôpital, les salles d’attente, les trains en partance. Je suis là quand un enfant naît, quand une main se tend, quand une autre se pose, 

Parfois, vous voudriez me décrocher, me retourner contre le mur, m’interdire de continuer. Mais je ne suis qu’un visage, témoin fidèle. Derrière moi, quelque chose de plus vaste respire : un rythme immense, silencieux, qui ne connaît ni fatigue ni repos, qui soutient vos vies sans bruit, comme un chœur invisible.

Un rayon tombe sur moi, et tout bascule : Mon tic-tac n’est plus une menace, mais un cœur qui bat comme ce monde, qui accompagne la vie et la rend possible.

Je ne suis plus ennemie.

Je suis la preuve que la vie insiste, que chaque seconde est un don. Mes aiguilles tracent dans l’air des signes invisibles : ici, maintenant, encore.

Ne courez pas contre moi. Ne me maudissez pas. Asseyez-vous dans mon cercle silencieux. Écoutez mon battement, simple et obstiné.

Je ne vous vole pas la vie : je vous la donne, seconde après seconde, 

06 février 2026

OMBRES

nous nous retrouvions, lui, ce facteur déchu qui portait le poids des lettres comme on porte l’âme des absents, et moi,  suspendu entre désir de comprendre et peur de l’indifférence, 

"il ne portait pas seulement des lettres, il portait déjà le monde"

Il me fredonnait Aqualung, cette musique qui parlait déjà des vies que personne ne regarde, nous avons reconstruit des cathédrales de pierre et de verre dans lesquelles nous nous abritons comme des aveugles qui prient sans voir, oubliant ceux qui restent devant la porte, ceux dont les corps se plient aux trottoirs, ombres de vie,

"Je croyais apprendre le monde, lui m’en montrait la blessure."

 je marche encore en écoutant les échos de notre chanson, échos qui deviennent hurlements lorsque je mesure combien nous détournons le regard, combien nous inventons des règles pour ignorer l’autre, combien nos rites et nos lectures de pierre et de verre nous rendent complices, je pense à lui, à ce facteur qui distribuait les lettres comme des fragments de dignité, et à tous ceux qui n’ont plus de lettre à recevoir, 

son errance était une lucidité, la nôtre portait le nom de normalité. "

Hands Lee Jeffries

je fredonne pour qu’un souffle demeure, pour que chaque mot se suspende et pèse, que chaque maux de notre époque puisse se révéler entre deux respirations, que l’on s’arrête, que l’on entende enfin les voix que nous feignons d’ignorer, 

"Je cherchais des réponses dans les livres, et lui les portait dans ses silences."



photos de la collection 
Hands de Lee Jeffries

05 février 2026

DES RIVES SALEES

 TDAH & le fait de couper la parole

Quand la parole arrive avant la fin des phrases, est-ce impolitesse ou marée trop haute ?

Regards

Des rives salées Régime de courant, temporalité intérieure, manière de naviguer dans le réel. L’esprit a déjà quitté le port. Il perçoit des courants, devine des caps, tandis que le monde parle encore. Plusieurs routes se superposent. Tangage dans le réel.

 Naufragé Les pensées surgissent trop tôt, embarcations légères, translucides. Elles glissent avant qu’on puisse les amarrer. Il faut manœuvrer sans couper la route, sans chavirer l’idée. La phrase tranche par crainte de naufrage. Naufragé, parfois, au milieu de ce flux trop vaste. L’esprit navigue en parallèle : plusieurs caps à la fois, plusieurs vérités simultanées. Le silence prolongé coûte ; retenir une idée, c’est déjà la voir se dissoudre. Alors, vite, quelques bouées : mots posés, gestes discrets, corps en équilibre. Des repères flottants.
Penser vite n’est pas courir. La conversation devient navigation à vue : chacun ajuste sa voile, accepte les remous, promet de revenir après la vague de l’autre. Mieux vaut relâche que digue trop haute. Avancer par houle douce, oscillations, dérive contrôlée. Parfois, un croche-pied : la pensée file devant, non par impatience, mais pour rester vivante. Elle sait que la mer change, que le courant décide si aucune trace n’est laissée. Alors on continue, sans carte définitive, avec cette attention flottante qui empêche le voyage de se rompre et permet à la parole de rester à flot dans un monde instable.
David M.Kessler









28 janvier 2026

MERCI LARS

 La nuit s’installe avec une lenteur mesurée, comme si elle prenait soin de ne rien brusquer. Sous le lampadaire, la lumière dessine un cercle restreint, un espace de veille plus que d’éclat. L’air est frais, presque immobile, et chaque bruit parvient atténué, filtré par l’obscurité. Je m’y tiens, attentif, laissant le monde me parvenir sans l’interrompre.

Patrik Laszlo

Quelque part, un autre est là. Je ne le vois pas, mais je le pressens à travers des signes infimes : une image retenue, une parole inachevée, un silence chargé. Il porte son propre passé, ses fractures, ses élans interrompus. Je n’essaie pas de les éclairer. Les deviner suffit. Il y a, dans cette retenue, une forme de respect, presque une éthique de la distance, où l’attention ne cherche ni à comprendre ni à réparer, mais simplement à reconnaître.

Balint Szabo

Entre nous, rien ne s’échange de manière frontale. Et pourtant, quelque chose circule. Une écoute sans voix, une disponibilité qui n’exige pas de réponse. Le sensible ouvre ici un autre mode de relation : sentir le froid sur la peau, la lumière sur le sol, le temps qui s’étire, et savoir que l’autre, ailleurs, traverse une nuit semblable, avec ses propres contours.

Charlie Egan

En moi, le passé se déploie par touches, ajusté par une respiration intérieure, cette virgule discrète qui maintient le lien sans refermer la phrase. Elle m’apprend à demeurer, à ne pas conclure trop vite, à laisser aux choses leur inachèvement nécessaire. 

Ryan Mcvay

Sous le lampadaire, je comprends que prendre soin ne consiste pas toujours à intervenir. Parfois, il suffit de tenir sa place, de rester présent sans envahir, d’accueillir l’autre dans sa part d’ombre comme on accueille la nuit elle-même. Deux êtres sensibles au monde, à son rythme fragile, avancent ainsi séparément, mais accordés, portés par une attention partagée qui n’a pas besoin d’être nommée pour exister.

Maria Budanova

Je continue, continue à écrire ainsi.

Là où les mots peuvent rencontrer la musique sans la couvrir.
Là où deux êtres sensibles peuvent s’entendre, même sans se dire grand-chose.



SUPER POSITIONS

Encore une belle journée qui vient de commencer, 

Café noir, Eve Hernandez

On ouvre les yeux avec cette certitude fragile : aujourd’hui, je gère. Puis le temps, discret mais méthodique, se met à l’œuvre. Un café plus tard, quelques gestes répétés sans y penser, une boîte mail ouverte comme on entrouvre une trappe, et déjà le jour s’est replié sur lui-même. Il est 18 heures, et la seule victoire tangible consiste à avoir traversé la journée sans trop s’insulter intérieurement. 

Against the Run, Alicja Kwade

Le temps ne se manifeste pas ; il s’installe. Les horloges sont sourdes, les jours s’empilent, les gestes deviennent automatiques, et le corps poursuit sa trajectoire avec une efficacité remarquable,  Le lundi surgit comme un invité dont on n’a pas confirmé la venue, et avant même d’avoir formulé une protestation crédible, le vendredi est là, verre à la main, demandant avec un sourire entendu ce qu’il est advenu de nos projets. 

    Heitor et Vera Lucia Manarini

Les semaines s’écoulent comme si elles avaient un train à prendre, les mois disparaissent avec une élégance suspecte, et les années passent à la manière d’une série regardée en accéléré, dont on aurait manqué plusieurs épisodes essentiels. 

web

Puis vient ce moment, banal en apparence, où quelque chose déraille doucement : on se demande où sont passés nos parents, pourquoi nos amis parlent de leurs enfants comme d’adultes en devenir, et à quel instant précis une décennie entière s’est volatilisée. Le temps est un pickpocket silencieux ; il ne menace pas, il prélève. Il emporte des fragments de vie pendant que nous répétions, confiants, ce mot rassurant et trompeur : après. 

Après, je ferai. Après, j’appellerai. Après, je prendrai soin de moi. Ce mot a le talent rare de transformer les élans en objets décoratifs, posés sur une étagère en attendant des conditions idéales qui n’existent pas. Et lorsque l’on se décide enfin, il est souvent trop tard pour la bonne taille, le bon moment, ou la voix intacte. Le corps, lui, se charge de rappeler l’addition, avec une précision clinique et un humour douteux. 

Minimum Monument ou Melting Men, est une idée née en 2002 dans l’esprit de Néle Azevedo. Une représentation d’hommes de glace fondant au soleil, assis sur les marches des monuments des plus belles villes du monde.

Surgit parfois une idée plus modeste, : les dés à présent sont jetés, léger déplacement du regard, le maintenant ne se stocke plus,  ne se reporte pas; il se vit ou se perd. Sans éclat particulier, le temps ne demande pas à être rattrapé, seulement habité. Croquer le temps, ce serait comme croquer un mille-feuille où se superposent les strates de la vie, passé, présent et futur, toutes indiscernables, toutes présentes à la fois sous la dent, à sentir, à goûter, à habiter, et découvrir que le goût du moment ne se répète jamais, qu’il est unique, fragile, mouvant et vivant.

Deux feuillets de graphène superposés suivant cet angle magique de 1,1° peut être extrapolée à deux univers bidimensionnels dans lesquels des électrons passent quelques fois d’un univers à l’autre créant des interactions.

L’univers pourrait exister dans un état où passé, présent et futur se superposent, indiscernables, et où le temps, tel que nous le connaissons, n’émerge que par nos relations aux événements, par la danse de ce qui se mesure, se touche, se vit. Dans cette superposition fragile, notre vie trouve son sens : même si le temps s’étire, se dilate, ou semble disparaître, il se sent, se respire, s’habite. Nous ne pouvons ni le posséder, ni le retenir, mais nous pouvons l’éprouver, nous y tenir, nous déplacer à l’intérieur. Parfois, ce léger déplacement du regard, ce moment où l’on choisit d’être pleinement là, devient la seule manière de comprendre ce que le temps réel nous offre : ni passé à regretter, ni futur à attendre, juste maintenant, fragile, mouvant, vivant.

26 janvier 2026

ARBRES

L'arbre sec, rencontre dans un pré St Goin Barcus , je m'assois, je m'interroge, je le regarde...entre rêve et réalité, franchir l'écorce, mouvement de terre, complice ...  

Je suis là… sec, nu, dépouillé, seules mes branches fortes tiennent la tête haute. Elles ont vu le soleil et la pluie, les enfants jouer, les amoureux se taire, les chevaux tirer les charrues, les hommes labourer la terre. Mes racines ont senti le froissement des semelles, le poids des bottes et des journées de fenaison. Mes pieds ont été sciés par le travail, le temps, les machines…et c’est pour ça que je suis resté ici, à la lisière du pré, solitaire, invincible, gardien de la mémoire des saisons, des hommes et des bêtes.

Nous sommes éphémères.

Nous courons sans cesse, la Terre nous entend.

Nous oublions, mais la mémoire des racines reste.

Hé toi, oui, toi, qui passes sans voir.

Ralentis. Regarde-moi.

Je suis pas qu’un bout de bois oublié, carcasse dressée au bord du champ.

Je suis l’ombre de ce que tu étais, et le souvenir de ce que tu pourrais redevenir.

Approche. N’aie pas peur du vide entre mes bras. Ecoutes ...

J’ai vu les siècles s’y suspendre sans tomber.

J’ai porté le vent, la pluie, les joies et les peines.

J’ai connu la caresse des étés, le givre des hivers, et les hommes qui m’ont planté sans savoir qu’ils posaient là leur propre vie.

Toi qui marches vite, les yeux aveuglés. Regardes...

Tu crois que la terre a oublié ton nom.

Mais moi, je t’ai reconnu.

Je te sens dans l’air, dans la poussière qui tremble quand tu respires.

Tu viens du même lieu que moi : ventre chaud du monde, là où la sève et le sang ne faisaient qu’un seul feu. Je suis...


Écoute. Ecoute donc, Ce craquement, ce n’est pas du bois.

C’est ma voix qui remonte du sol, mémoire du vent, chanson des racines qui refusent de mourir.

Pose ta main sur moi. Là. 

Tu sens, ton cœur qui bat dans le mien, ou... le mien qui bat encore pour toi , va savoir. le coeur bat...


Toi et moi, un même souffle, toi et moi.

Des mêmes blessures, des mêmes saisons.

On ploie, on tient, on casse, on repousse.

Et quand le monde nous oublie, on continue de veiller.


Alors écoute-moi bien, passant distrait :

je ne suis pas mort. Je rêve encore.

Et toi, oui, je te parle, si tu veux bien, car tant qu’un cœur bat, tant qu’une branche résiste, tant que nos regards se croisent, un regard s'élève, Toi et Moi, Nous sommes ...

Je suis l’arbre. Je suis l’homme.

Je suis la mémoire de ce qui espère encore.

Pas un cri. Une promesse. je rêve encore.

Comme un arbre… comme un homme... 


L’Arbre Sec – mémoire et résistance






Chaque coup de vent me rappelle un rire, un cri,

chaque goutte de pluie un chuchotement d’été.

Je n’ai plus de feuilles, mais mes branches 



Je tangue dans mes souvenirs, je ploie 

J’ai porté le poids du monde, et c’est pourquoi

je reste… ici, debout, témoin, gardien

d’un passé que le temps ne peut effacer.


Même seul, même sec, je suis plein de vie.

Je suis l’arbre qui a tout vécu, tout enduré,

qui a été témoin des joies, des peines, des travaux,

et qui continue à murmurer, à respirer,

au rythme du vent, de la terre, et des saisons.

22 janvier 2026

PONCTUATION

Ponctue l'attention


Sam Szafran

Le scribe n’hésite pas par manque de mots, mais par excès d’attention. Il sait que ponctuer n’est jamais neutre. Chaque signe posé est un geste précis, une attention ponctuelle délivrée au monde. Ponctuer, ce n’est pas interrompre le flux, c’est reconnaître l’instant juste où la pensée doit se déposer sans se figer. 
Ainsi, le scribe ponctue comme on jardine : en posant parfois des limites pour mieux ouvrir les espaces. La ponctuation devient alors une manière d’habiter le monde, une attention offerte à ce qui vient. Non pour fermer, mais pour laisser passer.

Joël Equagoo

Le point voudrait conclure. 
Il porte en lui la tentation de fermer, de stabiliser, de dire que tout est désormais en place. Il rassure, il ordonne, il promet une fin nette. Mais le scribe se méfie de cette promesse. Il sait que l’existence ne tient jamais longtemps dans ces contours définitifs. Le point peut devenir une clôture trop rigide, un jardin refermé avant même d’avoir été habité. Alors s’il s’arrête, ce n’est jamais pour clore, mais pour reprendre appui, comme on pose le pied sur une pierre avant de franchir le ruisseau.

Calligramme Boris Sentenac


La virgule, elle, ne tranche pas,
elle n’affirme rien, elle est une suspension discrète, une respiration accordée à la phrase comme au monde, elle ralentit sans immobiliser, elle ouvre sans disperser. La virgule est le lieu précis où le sens accepte de ne pas être achevé, où la pensée renonce à dominer ce qu’elle énonce. Elle est une éthique silencieuse. Elle maintient le vivant en circulation, comme une main posée avec délicatesse pour dire : continue, mais n’écrase pas ce qui vient,

Point Virgule Leanne

Le point virgule introduit une temporalité;
Il relie ce qui pourrait être séparé, il accepte la fracture sans la transformer en rupture. Il reconnaît que quelque chose a changé, sans prétendre que tout est perdu. Le scribe y voit la trace des impacts traversés, la marque d’une continuité lucide. Le point-virgule est mémoire active ; il permet de poursuivre sans effacer ce qui a été heurté, de tenir ensemble l’avant et l’après sans les confondre;

Deux petits points roses Isabelle Courtois Lacoste

Les deux-points sont des seuils :
Ils annoncent sans promettre, ouvrent sans garantir. Ils installent une attente, une tension douce, une disponibilité. Quelque chose va suivre, peut-être, mais rien n’est imposé. Le scribe les considère comme des portes entrouvertes, des espaces où le sens ne lui appartient plus tout à fait. Ils font confiance au lecteur, à l’autre, au temps. Ils rappellent que comprendre n’est pas saisir, mais accueillir :

Bleu 2 Joan Miro

Les points de suspension sont un choix exigeant... 
Ils refusent la clôture par respect. Ils laissent le sens en apnée, non par manque, mais par pudeur. Ils reconnaissent que certaines réalités perdent leur vérité à être formulées jusqu’au bout. Le scribe les utilise lorsqu’ajouter serait trahir, lorsqu’expliquer détruirait la densité. Ils sont la ponctuation de ce qui continue sans bruit, de ce qui existe pleinement sans être dit...

Parenthèse Sylvie Lauvray

Les parenthèses abritent 
(Elles recueillent ce qui ne supporte pas l’exposition directe, ce qui doit rester à côté sans être relégué). Elles sont une mémoire latérale, une confidence discrète, un battement parallèle au cœur du texte. Le scribe sait que l’essentiel n’est pas toujours central, et que certaines vérités ne se livrent qu’à ceux qui acceptent de lire (en marge).

 Susan Vineyard

Le point d’interrogation n’est pas une demande de réponse. Est-il une discipline intérieure? 
Il empêche la certitude de se figer, il maintient la pensée en mouvement. Il est une résistance douce à toute forme de dogme. Questionner, ce n’est pas douter par faiblesse, serait ce refuser de clore ce qui doit rester vivant?

Art Classics

Le point d’exclamation!
le scribe l’emploie avec parcimonie! Il sait que trop d’intensité brûle ce qu’elle touche. L’exclamation convient à l’urgence, pas à la durée. Elle éclaire, mais elle épuise. Le scribe préfère la nuance, la lenteur, la vibration continue à l’éclat passager!

Réinstallations François Morellet

Le tiret est une dérive assumée - 
- Il marque l’irruption de l’imprévu, la pensée qui surgit hors plan, la bifurcation nécessaire. Il est l’accident heureux dans la syntaxe du réel, la preuve que tout chemin accepte d’être déplacé -

Le scribe est assis devant la page, il est dans l’attention. Il sait désormais que chaque signe posé engage bien plus qu’une phrase. Il ne s’agit plus d’ordonner le langage, mais de se tenir juste dans ce qu’il délivre. La ponctuation n’est pas un mécanisme, elle est une attention ponctuelle, un instant choisi où la pensée accepte de se manifester sans se refermer. Ponctuer, pour lui, n’est ni interrompre ni conclure, c’est reconnaître le moment exact où il faut prendre soin du sens.

20 janvier 2026

,,, ,,, (EQUILIBRE),,, ,,, (PHRASE SANS FIN) ,,, ,,,,,

 Nina Peña Pitarch

L’intime circule sans se refermer, où la chair et la mémoire avancent ensemble, virgule après virgule, 

La rue s’ouvre et, sans prévenir, le temps se retire. Les murs se dissolvent comme brouillard ancien, la foule se défait en silhouettes molles, et il ne reste que deux présences qui se reconnaissent avant de se nommer. Rien ne presse. Rien ne réclame. Les corps savent déjà. Les regards, chargés d’années, s’arrêtent et s’accordent. Ce n’est pas un retour, c’est une continuité qui affleure,

Les pas ralentissent jusqu’au frôlement, les gestes s’allongent comme s’ils se souvenaient d’eux-mêmes. Un souffle trouve un autre souffle, un parfum ancien remonte sans bruit, non comme une nostalgie mais comme une évidence. La rencontre ne recommence pas, elle se déplie. Elle revient par oscillations lentes, une berceuse, une chaleur tenue, maîtrisée, où la retenue devient intensité,

Le désir n’exige rien. Il circule. Il est cette tension douce entre deux poitrines qui s’approchent sans se toucher encore, cette envie du baiser suspendue, tangible, contenue. Le corps reconnaît ce que la vie a transformé sans l’effacer. La mémoire n’alourdit pas, elle affine. Chaque battement s’accorde à l’autre, chaque respiration devient commune, sans projet, sans fuite,

La rue, complice, se met en sens unique. Le monde se replie. La lumière se tord et devient tiède. Tout ralentit. Un chant muet s’élève, d’air et de silence. Une ponctuation, ce n’est pas une promesse, c’est une offrande. Un instant parfait dans son hasard, brûlant sans excès, suffocant parce qu’il contient tout et ne demande rien,

Il y a eu d’autres amours, d’autres vies pleines, des enfants, des rires, des maisons habitées. Rien n’a manqué. Et pourtant, cet instant existe, non contre le reste, mais comme une origine sensible. Une première justesse. Une note inaugurale qui a rendu toutes les autres possibles. Ce qui se joue ici n’enferme pas, n’arrache rien au présent. Cela éclaire,

Quand le monde reprend sa place, rien ne se ferme. La vie continue, plus large, plus douce, enrichie de cette reconnaissance silencieuse. Ce texte n’est pas un retour, ni une réparation. Il est une gratitude déposée entre deux êtres qui se sont aimés, qui se sont perdus, et qui, un jour, se sont revus sans se reprendre,

Il n’y aura pas de point final,  

Juste une respiration qui permet à la phrase de continuer,  Une virgule,


Fais de ta vie un rêve et d’un rêve une réalité, tu le vivais sans le dire, simplement en roulant devant moi, le solex traçant des rimes sur l’asphalte brûlant, tes cheveux noirs dansant sous le ciel d’été, ton rire ouvrant le monde comme une phrase sans fin, 

Tu m’a appris que la vie n’est qu’une longue phrase suspendue, une ballade en Signes Suspendus,
A toi dont la vie fut un poème sans point final, où chaque virgule était un souffle d'été, chaque point-virgule un frisson de fraicheur, chaque deux-points une promesse, et où le point final n’existe pas,,,


Boris Sentenac écrit : La vie est une virgule de temps, tel un souffle pour parfums, pour mots de couleurs à dire à pleurer ou à chanter, une caresse de lecture à prendre et à donner, inscrite en encre noire sur l’ouvrage de l’éternité,,,


Je choisis de déposer, ici,  mot après mot. Rien de plus. Rien de moins,

M.A. Virgule n’est pas un fantasme, ni un symbole inventé après coup. Elle est une présence fondatrice dans ma vie, une rencontre première, située dans un temps précis, jeunesse, solex, été, lumière, innocence dense, entre Antibes et Vence... et marquée par une rupture brutale, absurde, non négociable. Un départ qui n’a pas fermé la phrase, mais l’a laissée béante, suspendue,


La virgule vient d’elle, de sa parole, de sa manière de dire le monde : pas de fin, juste une pause. Elle m'a gravé cette ponctuation telle un principe de survie, puis un principe d’écriture, puis presque une éthique, une philosophie de vie,

La vie ne s’est pas arrêtée là. j'ai fui, déni, peur, je ne sais plus, je suis parti,
J'ai aimé d’autres femmes. J'ai construit. J'ai transmis. Je suis devenu père, grand-père. Je ne suis  pas dans le manque, ni dans le regret romantique. Ce que je voudrai accompagner est beaucoup plus subtil :
ce souvenir n’efface rien, il éclaire, il n’entre pas en concurrence avec le reste. Il n’exige pas de place. Il réapparaît parfois, par un regard, une voix, un parfum, comme une résonance intérieure intacte,

Ce que je sais , c’est que j'écris, non pas pour ressusciter, mais pour mettre à distance juste, pour comprendre comment une rencontre peut continuer à vivre sans coloniser le présent. Je cherche une forme qui soit à la fois lucide, charnelle, digne, sans pathos, ni sacralisation excessive, 

Je reste attentif à ne pas trahir. Ni elle. Ni celles qui ont compté ensuite. Ni moi-même, je ne désire pas en raconter davantage, ni expliquer, ni dévoiler., simplement, laisser sentir que ce corps qui se souvient a une histoire réelle,,, que la suffocation vient d’un passé interrompu, pas d’un fantasme tardif,,, que la retenue est morale autant que charnelle,,,

Je ne cherche pas à dire plus, ce que j'écris depuis, ces images que je laisse, ces mots transformés ne sont que ma réalité, bouleversée à présent, de le dire,,, je n'avais que 18 années, elle 20, j'ai recherché à renforcer la maturité du regard dans cette rencontre (ce qu’elle a de retenu, d’éthique, de presque douloureux) et aussi ne pas cacher la mémoire corporelle, ce moment où le corps reconnaît avant que l’homme n’autorise ? ,

Quand je dis « le corps reconnaît avant que l’homme n’autorise », je ne parle ni d’abandon, ni de perte de contrôle, ni de nostalgie aveugle. Je parle de ce temps très bref, presque imperceptible, où quelque chose se passe avant la pensée, avant la morale, avant la biographie., ce n'est pas un instinct brut, c’est la mémoire profonde : celle des gestes anciens, des rythmes partagés, des façons que nous avions d'être à deux qui se sont inscrites sans mots,

"La Lumière à l'œuvre" 

   Axelle Gitton

M.A. m’a appris l’amour, c’est lire sans fin, quand même le livre s’est refermé. Que la vie, c’est continuer la phrase que l’autre a commencée. Et quand je parle, je crois encore l’entendre. Ton rire suspendu, virgule, ton souffle entre mes mots. Toi, poème inachevé, présente encore dans chacune des lignes construites sur mes silences,

Deux êtres formant un cercle parfait, comment traduire cet instant suspendu, ce battement du monde,

Et l’homme, dans ce que je dis, c’est celui que je suis , celui qui choisit de ne pas trahir ce qui a été vécu ensuite, ni de se trahir lui-même,

le corps dit « je sais », l’homme répond « je choisis ». Ni conflit violent, ni refoulement. Une cohabitation fragile et nobleje prône de continuer à la virgule. Pas autrement,

J'aurai aimé trouver un point d’équilibre : Ce qui revient ne réclame pas d’être vécu à nouveau, il demande seulement à être reconnu, accueilli comme on accueille une lumière ancienne dans une pièce déjà habitée, un lieu où lucidité n’a pas tué le désir, où la maturité n’a pas effacé la pulsation, où l’amour passé n’entre pas en concurrence avec l’amour vécu.

Je suis là, à la même cadence,, me confie la virgule,,, saches que la vie n’a pas de point final, seulement des souffles, des pauses, des élans,

18 janvier 2026

MON DIEU

Bon Dieu !, Où est il ? Que fait il?


eh, oh,,,

On invoque plus volontiers Dieu dans la prière, surtout quand le malheur surgit sans prévenir. Dans l’urgence de la douleur, le nom précède la pensée. Dieu. Quatre lettres, presque anodines, mais lestées d’un poids conceptuel que l’humanité traîne depuis ses premiers questionnements. Un mot qui rassure, qui inquiète, qui divise, et qui persiste, même chez ceux qui prétendent s’en être défaits.

Croyant ou non, personne n’échappe vraiment à la question : Qui est Dieu ? Ou, plus précisément, qu’avons-nous décidé qu’Il soit (notez la majuscule) ? Depuis que l’homme pense, il projette au-dessus de lui une force supposée supérieure, un principe qui dépasse l’entendement et justifie l’inexplicable. Dieu unique des monothéismes, divinités multiples de l’Antiquité, esprits tutélaires des peuples premiers : sous des formes variées, la même intuition demeure. Celle d’un ordre invisible, d’un regard au-delà du nôtre.

Pourtant, j’ai choisi de ne pas y croire. Tiens donc ! Décision rationnelle, presque hygiénique, dictée par le refus du prêt-à-penser métaphysique. Et pourtant, il est difficile de se passer de Dieu, ne serait-ce que comme réflexe. Un coup de marteau maladroit sur le doigt, et (Dieu sait que cela m'est arrivé maintes fois) et aussitôt le nom s’échappe de ma bouche. Involontaire. Brutal. Au singulier comme au pluriel,,, Comme si la douleur réveillait un langage plus ancien que la raison.

Alors je m'interroge : où est-Il ?
Dans le manche du marteau, prolongement aveugle de ma volonté ?
Dans ce clou mal frappé, témoin muet de mon empressement ?
Dans la brûlure qui remonte le long du bras et me rappelle que je suis d’abord de la matière ?
Ou derrière moi, silencieux, tel ce vieux barbu figé, sourire en coin, figure commode de l’absolu, observant sans intervenir ?


Il reste là, du moins dans le mot. Existant… Ciel. J’aime cette fracture involontaire du langage, cette faille sémantique qui révèle l’artifice. Existant-ciel : Dieu comme glissement lexical, erreur de frappe ontologique, réponse née d’un besoin plus que d’une évidence. Une présence suspendue entre le ciel et le doute, entre l’existentiel et l’habitude.



On l’a dit père. On l’a dit créateur. On l’a dit amour. Mais quel père laisse son fils cloué sur une croix pour prouver sa bienveillance ? Quelle pédagogie exige la souffrance comme démonstration ultime ? L’image est puissante, fondatrice, mais profondément dérangeante. Peut-être n’est-elle que le reflet de notre propre logique : préférer le sacrifice à l’acceptation de l’absurde.

Car Dieu sert souvent à cela : donner une forme au chaos, habiller le hasard d’une intention. « Le hasard, c’est Dieu qui se promène incognito », me dit Einstein. Peut-être. Ou peut-être est-ce simplement une manière élégante de refuser l’idée que rien ne nous regarde tomber.

Alors je ne crois pas, le vide. Ou plutôt, je crois ne pas y croire… Mais je continue d’en parler, de le convoquer, de le contester. Et dans ce paradoxe, Dieu subsiste, non comme certitude, mais comme trouble persistant. Une question sans réponse claire. Un silence interprété.

Peut-être le ciel est-il vide. Pas mystérieux. Pas habité. Vide. Et tellement creux aussi… Et que ce vide n’observe rien, ne juge rien, ne promet rien. Qu’il ne reste, face à nous, que l’incompressible réalité des êtres : la matière, la douleur, le hasard, la conscience qui cherche du sens là où il n’y a peut-être que des faits.

Alors le mot Dieu s’efface, non dans un fracas, mais dans une absence. Et ce qui demeure n’est ni le sacré ni le blasphème, mais l’homme, seul face à ce qu’il est, sans recours, sans témoin, et pourtant contraint de penser durant le temps alloué, sans recours, à son immortalité, physique, bien entendue, ...au cas où… en cas que...