12 février 2026

DUB

 DUB…

DUB, respirations, si j'ai tout entendu...

Collectif Dub in Sèvres

Alors un petit mot pour Lars, qui me fait chanter sur ces rythmes. Il me dit DUB et je comprends TUB ; je suis content… je tourne en 33 tours, comme une vieille planète autour d’un soleil lointain.

DUB, tu ne joues pas seulement la musique : tu ouvres un passage. Sous tes mains, le son cesse d’être un objet pour devenir un espace, une respiration, une profondeur. La console n’est plus une machine, mais une sorte d’autel de cuivre et de voyants, et l’ingénieur devient un alchimiste discret qui sculpte le temps avec des boutons et des silences.

Douze minutes à vivre. Une basse lente se lève, comme une marée nocturne sous les étoiles. Le rythme bat, cœur lointain, cœur du monde, et chaque écho revient chargé d’une mémoire qu’on ne savait pas porter.

Puis vient la coupure. Silence. La voix s’efface, la batterie tombe, la basse disparaît dans l’ombre, et pourtant le son continue de vibrer dans l’air, comme si les murs, les corps, les souvenirs eux-mêmes avaient appris à respirer.

DUB, souffle intérieur, battement planétaire. Tu es le vide habité, la nuit qui parle, la basse qui pense dans l’ombre des villes, l’écho d’un monde qui s’écoute de l’intérieur.

De cette chambre obscure sont nées des spirales : le hip-hop, l’électro, le remix, toutes ces constellations nées d’une console fatiguée, dans des studios où l’aube arrivait sans prévenir.

Puis la vibration a traversé les mers, portant des voix, des basses, des rêves de béton et de poussière : Zion Train, Dub Inc, High Tone, Brain Damage, Improvisators Dub, Massive Attack, Asian Dub Foundation, Thievery Corporation, Gaudi, Stand High Patrol… autant de phares dans la brume sonore. Vous avez remixé le monde, ouvert des galeries d’écho sous les villes, creusé des passages invisibles entre les peuples.

DUB, musique-monde, tu fais du silence un sanctuaire, du rythme une prière lente, de la lenteur une résistance au tumulte. Dans chaque rebond, il y a une mémoire. Dans chaque coupure, une lumière noire.

Et moi, dans la vibration, j’entends les vivants et les absents, les musiciens du temps, les poètes du signal. DUB, c’est la respiration du monde. Quand le son s’éteint, il reste un souffle, et dans ce souffle, quelque chose veille encore.

Le grand R


Lars Brower



11 février 2026

PARFUM

 Expressions parfumées d'un souvenir méditerranéen, de Jean Claude Ellena , HERMES

La capture d'un parfum réveille en moi une promenade dans un "jardin" secret des hauteurs du Malvan, un de ces lieux qui se découvre lentement, un sentier à gravir,  et ces collines ne sont que prétexte afin d'éprouver la fragilité du pas et la justesse des silences. Pour respirer.

Ephémère fragrance

Un parfum peut-il créer un monde ? 

Je ne sais plus si ce lieu a jamais existé, si je l’ai traversé seul, ni si la rose sauvage y tremblait d’une pudeur aussi vive. Peut-être n’a-t-il été planté que pour cet instant, dans l’entre-deux du souvenir et du désir.

Les parfums s’entrelacent, se répondent, se détachent et reviennent, porteurs d’une musique silencieuse, fragile, hypnotique, la nuit anticipe, l'air frissonne. Le soleil, bas sur l’horizon, étire les ombres, elles ondulent sur le sol comme une mer immobile. Les pas deviennent respiration, chaque souffle s’accorde à ce rythme ancien.

Une rose dans l’ombre, délicate, timide, presque invisible, une note de bois chaud traverse l’air, étrangère et familière à la fois, s’installant sur la peau, mémoire ancienne. Partition secrète, silencieuse.

Les sentiers se déplacent sous le pas, la nuit avance, lente, silencieuse, pleine de présence, enveloppant chaque pierre, chaque arbre, chaque senteur,,,

Marcher devient écoute, sensation, perception et émerveillement, laisser la lumière s'échapper et le parfum s’élever, comprendre que ce lieu n’a pas été créé pour durer.

Je ne sais plus si ce moment a existé, si je l’ai traversé seul, ni si la rose sauvage ,,,  je ne sais plus quand ce parfum a suffi à faire naître un monde, entier.


Le santal vient des terres chaudes : Il naît dans les sols secs d’Asie et d’Australie, là où l’air porte la poussière dorée et les parfums de résine. L’arbre pousse lentement, ses racines cherchant la vie auprès d’autres plantes, souffle discret d'une forêt.

Son cœur, lui, s’imprègne de temps. Année après année, le bois s’alourdit d’une chaleur douce, d’une odeur crémeuse et profonde. Le parfum ne vient pas des feuilles ni des fleurs, mais du centre même de l’arbre, là où la vie se concentre et s’apaise.

En Inde, on l’appelle chandana, le bois sacré. On le réduit en pâte pour les temples, on le brûle pour les prières, on le dépose sur la peau comme une bénédiction fraîche et parfumée. 

Le santal n’est pas un parfum qui séduit. C’est un parfum qui demeure. Un bois chaud, une présence calme, une mémoire ancienne qui traverse les siècles et les continents, toujours liée à la paix, au sacré et à la chaleur du vivant.

alors quelques plantes qui pourraient se rencontrer...

   Rosa canina , L'Eglantier au 5 délicats pétales et aux longues étamines, solitaires ou réunies en corymbes. On reconnaît aussi l’églantier à ses fameux fruits : les cynorhodons

Cistus ladanifer, la cyste à l'odeur résineuse, chaude, ambrée. Très utilisé en parfumerie pour remplacer ou soutenir le santal dans les accords boisés orientaux.

Helichrysum italicum, herbe à curry, immortelle et son odeur chaude, sèche, légèrement boisée et miellée. Donne parfois une impression de fond proche de certains bois doux.

Salvia apiana, sauge blanche a un parfum sec, boisé, légèrement lactonique. Sensation proche du santal dans certains contextes, surtout en brûlage.

Lentisque ,Pistacia lentiscus dégage une odeur résineuse, chaude et boisée
Myrte des marais (Myrica gale) Feuillage parfumé, utilisé traditionnellement pour ses senteurs boisées et résineuses.

Armoise citronnelle (Artemisia abrotanum) Feuillage très parfumé, historiquement utilisé comme désodorisant. Odeur chaude, sèche, un peu résineuse.



09 février 2026

ID d' INTER RIEUR

 Beau comme une rencontre fortuite ,,,et rythme intérieur

Beau comme la rencontre fortuite , un arrêt sans frein. Les yeux au ciel. Les nuages tracent des voies provisoires, trop vastes pour demain, trop rapides pour la mémoire. Les certitudes se défont seules. Le souffle s’étire dans les plis du crâne, sans contrôle, sans saison, sans raison. L’espoir n’attend plus. Il tourne. Il suspend la chute. Une respiration tenue dans un monde trop précis.


   Falling into Prahran 

Stop intérieur :  les yeux rivés au ciel, les nuages dessinent des parcours de vie, se transforment, créent des voies imprévisibles, trop rapides, trop vastes pour des lendemains.

Déviation intérieure : oubli des certitudes, la nuit respire et refuse la peur, pas de contrôle, résistance aux saisons perdues, la tête s’efface dans les rides, le souffle s’étire.

Boucle intérieure : L’espoir devient prolongement du temps, les promesses suspendent leur vol, l’espoir, est une respiration, le souffle, réponse d’un monde trop parfait.

          Tchernobyl 

Zone de turbulence intérieure : Le moteur déraille, souvenirs estompés, embouteillage de neurones, trouble de l’attention, perdu dans le vol migratoire des pensées, 

Virage intérieur : courbe ressuscitée, rupture de pensées, pleurer sans comprendre sous une pluie d’étoiles neurologiques, gravité émotionnelle, 

Route intérieure : traverser la route, retrouver l’impensable vérité,  courbe de la vie, chaque souffle , un rythme, chaque regard , un chemin.

Nuage intérieur : Les nuages continuent, rapides et insoumis, dévoilent des trajectoires ,,,  que je n’ose suivre,,, 

Intérieur des âmes : dans ce tumulte, la cadence, l’équilibre fragile, le vertige délicieux, la danse des instants suspendus, où chaque respiration, chaque pensée, devient une piste à traverser.

Les nuages passent encore. Je ne les suis pas. Ils me reconnaissent. Et dans ce battement instable, le vertige devient cadence. Chaque pensée une piste fragile. La route revient, non droite, mais possible. Chaque souffle ouvre un passage, chaque regard, une traversée.


Illustrations les travaux de Street Art de Guido van Helten


        Reykjavik


Beau comme une rencontre fortuite. BEAU.,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,

,NOUS,, ,,, JE,,, ,,, VIRGULE ,,, ,,, TU

D’abord : le texte je le voulais habité,

je n’écris pas sur M.A., elle c'est Marie Ange, L., de Juan les Pins, j'étais en études à Antibes..., j'habitais Vence, Tourrettes sur Loup, mais j'écris avec elle, à travers elle,  lieu de rencontre. Le fil conducteur des signes, qui est visible dans mes textes, virgule, point-virgule, deux-points, suspension, n’est pas un artifice : c’est ma façon intime de dire le temps, la rupture, la continuité, la respiration. Avec cohérence, profondeur, et surtout fidèle à ce que j'aimerai narrer depuis le début ce chemin d’écriture,

le texte volontairement chargé de signes, de parenthèses, de guillemets, de méta-langage. C’est assumé, et ça fait sens. Une question de respiration, les images, photos ou portraits ne sont que transposition et ne reflète pas la réalité mais une réalité troublée,,, et si, seulement et si tu fais une adaptation en musique, j'aurai aimé conservé "ce" timbre féminin, langoureux, doux, caressant, 


L'étreinte de Josef Kunstmann, 1949.

TOI, VIRGULE, ET MOI

Je marche avec toi dans le pli du temps, 

 

je poursuis la phrase, je laisse le souffle glisser, je laisse la mémoire respirer, je laisse le souvenir devenir éternel dans l’espace entre deux mots, sans point final, juste cela, une virgule,,,

La vie, pourtant, n’a pas attendu. Il y a eu d’autres amours, d’autres corps, d’autres voix, il y a eu des enfants, des rires courant dans les maisons, des mains devenues grandes puis redevenues petites dans d’autres bras, la vie a avancé largement, généreusement, avec ses jours pleins et ses nuits paisibles, rien n’a manqué, rien n’a été trahi. 

"Et pourtant un jour, sans appel, un regard a suffi, un geste somme toute , simple, une voix portée par l’air, un parfum mêlé de douceur, et quelque chose s’est remis à vibrer, non pas un regret, non pas un retour, mais une reconnaissance, comme si un mot ancien s’était glissé dans une phrase déjà bien écrite, non pour la corriger, mais pour lui offrir une respiration supplémentaire,"

Ton départ t’a laissée entre parenthèses,  Je ne t’ai pas vue partir, quand le monde a plié sous le métal, mais j’ai su, comme on sait l’orage avant qu’il n’éclate, une évidence qui n’adoucit rien. Tu portais ce mot comme un talisman, virgule, et je l’ai gardé. Tu disais : nous avons le temps, pas de fin, juste une pause, une respiration. Alors j’ai gardé cette lampe allumée, discrète, dans une maison bien habitée. Je n’ai rien conservé de matériel, ni lettres, ni photos, ni ombres figées, seulement un parfum, le tien, offrande silencieuse à ce qui fut toi, à ce qui fut nous,

Fais de ta vie un rêve et d’un rêve une réalité, tu le disais sans le dire, simplement en roulant devant moi, le solex traçant des rimes sur l’asphalte brûlant, tes cheveux noirs dansant sous le ciel d’été, ton rire ouvrant le monde comme une phrase sans fin, tu m’as appris que la vie n’a pas de point final, seulement des souffles, des pauses, des élans, et moi je pédalais derrière toi, le cœur léger, croyant déjà savoir aimer,

Le temps a heurté la phrase, la virgule s’est fêlée, la phrase s’est déchirée sans se fermer, et les mots des autres parlaient, de suite, de destin, de continuité forcée, sans comprendre qu’un simple déséquilibre peut faire vaciller un poème entier. 

Aujourd’hui je sais que l’amour n’est pas une phrase unique mais un recueil entier, fait de silences, de transitions, de promesses suspendues, tu n’es ni exclamation, ni question, tu es cette virgule intime qui laisse le cœur continuer sans se perdre, cette respiration entre deux battements, cette foi douce transmise sans dogme, simplement en vivant,

Credendo vides.

En croyant, je vois encore.

Ce souvenir n’exige rien, ne réclame ni place ni justification, il apparaît comme une lumière discrète au bord du chemin, rappelant que certaines rencontres ne disparaissent pas, elles se déposent, deviennent des points d’appui intérieurs, des virgules silencieuses qui permettent à la vie de continuer sans se durcir. Elle n’est pas contre ce qui a été aimé ensuite, ni au-dessus, ni à la place, elle est là comme une source, claire, sensible, une première note juste, celle qui rend toutes les autres possibles, 


Alors je marche avec cela, tranquillement, sans confusion, sans conflit, le passé n’attire pas en arrière, il éclaire, et le présent, riche de tout ce qui a été vécu, accueille cette réapparition comme j'accueille un parfum ancien dans une pièce, il ne chasse rien, il ajoute une profondeur douce à l’air que je respire,

Quand on écrit ainsi, quand on touche une vérité ancienne sans la trahir, le corps réagit avant l’intellect. Les larmes ne sont pas un effondrement : simple ajustement, capacité d’aimer, de sentir, de rester poreux au vivant. Ce que je pleure, n’est pas seulement son absence, c’est aussi la beauté intacte de ce lien, restée vivante malgré cinquante années de vie pleine. Et ça, c’est le bouleversant.


une virgule dans le temps, toujours en suspens, un murmure du vent,

Le baiser de Marine Wallon


Virgule


Tu disais que la virgule est le signe du vivant, parce qu’elle ne tranche pas et ne conclut jamais. Tu disais qu’elle maintient le lien là où le sens pourrait se rompre, qu’elle est une manière d’habiter le monde sans le fermer. Je t’écoutais, et déjà je comprenais que tu parlais moins de grammaire que de cette attention fragile que nous nous portions l’un à l’autre.

Nous nous sommes reconnus à l’âge où l’on ne sait pas encore que l’on est en train de se construire, j’avais dix-sept ans, elle en avait dix-neuf, et au premier regard quelque chose s’est déplacé en moi, elle était brune, d’une beauté rare, exaltante sans ostentation, sauvage parce qu’elle ne s’excusait pas d’exister, sage parce qu’elle savait déjà écouter ce qui tremble, elle s’appelait M A et elle aimait que je la nomme Virgule, parce qu’elle disait que la virgule est un signe du vivant, qu’elle ne ferme rien, qu’elle relie, qu’elle permet au souffle de continuer, 

Et moi je l’écoutais comme on écoute une vérité avant d’en comprendre la portée, elle me disait, respire, ne mets pas de point, 

Nous étions face à face, elle et moi, et cette simple disposition suffisait à faire taire le monde, ses mains venaient aux miennes sans intention, elles s’y posaient avec une lenteur confiante, comme si nos paumes se souvenaient avant nous, je sentais la chaleur circuler, douce et sûre, et dans ses yeux mouillés d’attention je lisais une joie grave, une joie qui ne demandait pas d’être criée, elle me regardait sans me saisir, et je la regardais comme on reconnaît un lieu où l’on pourrait rester, 

Elle disait qu’elle aimait les gestes qui n’obligent pas, et je découvrais à travers elle que la sensualité commence par la retenue, que le désir peut être une écoute, ses mains apprenaient mon visage par la peau, les pouces attentifs à la courbe des joues, à cette chaleur qui montait déjà comme une réponse silencieuse, je restais immobile quand elle s’approchait, non par peur mais par respect de l’instant, sa bouche ne cherchait rien à prendre, elle effleurait, elle attendait, elle s’approchait jusqu’à ce seuil fragile où les souffles se mêlent, où l’on ne sait plus très bien qui avance vers qui, et dans ce frôlement se tenait tout, la promesse sans contrat, la confiance nue, l’amour sans tabous,

Nous étions heureux, mais heureux à en trembler, très, immensément, dans cette ivresse douce où chaque sensation devient un avenir, Puis je encore imaginer, me souvenir, des courbes de son corps offert sans calcul, des courbes de ses cheveux que le vent apprenait par cœur, de la courbe de la route qui nous portait?, de la courbe de mes lendemains qui se dessinaient déjà au devant d’elle, 

Nous riions souvent, et ce rire fendait l’air comme un oiseau, allégeait le monde, repoussait les nuages, faisait croire que l’été durerait toujours, elle disait que l’amour n’est pas un feu violent mais une chaleur continue, enveloppante, presque timide, et pourtant sûre d’elle, et je comprenais que j’étais en train d’apprendre une manière d’aimer qui ne conclut pas, 

Puis il y eut cette courbe, et ce moment où le monde a cessé de répondre, les autres ont parlé d’accident, moi j’ai compris que la phrase avait perdu son souffle, je n’ai jamais cherché le point final, elle m’avait appris autre chose, je vis depuis dans la continuité fragile des virgules, dans ces pauses qui relient ce que la perte aurait voulu séparer, 

Les années ont passé, cinquante ans ont déplacé les contours sans effacer la trace, son absence n’est jamais devenue un vide, elle est restée une présence intérieure, une manière d’être au monde, 

Les gestes doux ne disparaissent pas, ils deviennent mémoire, sensation intacte, et ils reviennent quand le monde ralentit, aujourd’hui encore je sens cette voix qui disait respire, ne mets pas de point, 

Elle n’est plus devant moi, elle est dedans, dans ma façon d’approcher sans saisir, de croire encore à la courbe plutôt qu’à la ligne droite, et si j’écris cela maintenant ce n’est pas pour revenir mais pour reconnaître, car certaines rencontres ne passent pas, elles deviennent rythme, elles deviennent souffle, elles deviennent virgule, et la vie continue ainsi, intensément, tendrement, sans conclusion, comme une première fois qui ne cesse jamais de se transformer, virgule,

"Viens, La vie, Robert, n’a pas de point final juste une respiration, juste une virgule.”

Virgule — variation douce - sous viens, toi

Tu disais que la virgule est une manière d’habiter le monde, parce qu’elle accepte l’inachevé. Tu pensais que vivre consistait moins à conclure qu’à consentir au mouvement, et que le sens naissait souvent dans ce qui hésite plutôt que dans ce qui affirme.

Depuis, j’ai compris que le temps n’avance pas droit, mais qu’il se replie, qu’il caresse ce qu’il a déjà touché, et qu’il revient parfois avec la délicatesse d’un souffle ancien. La mémoire, elle, ne conserve rien : elle transforme, elle enveloppe, elle polit les instants jusqu’à ce qu’ils deviennent fréquentables.

Je me souviens de la chaleur des pierres, non comme d’un fait, mais comme d’une sensation encore vivante, de la lumière qui ne révélait pas ce corps, mais lui demandait la permission de rester. La poussière d’été s’attachait à nous avec la fidélité des choses simples, comme si le monde cherchait déjà à nous retenir sans oser nous nommer.

Tu marchais devant moi, et cette distance suffisait à créer un désir qui n’avait pas besoin d’objet. J’ai appris ce jour-là que l’élan précède le geste, et que la retenue peut être une forme très pure de la sensualité. 

---Il existe des lieux qui ne sont pas faits pour être visités, mais pour être traversés, lentement. La Fontonne, Antibes, St Paul, Vence, le Malvan, le sentier étroit, et ses collines n’étaient que des prétextes pour éprouver la fragilité du pas et la justesse des silences. Les ronces accrochaient ton corsage comme une question posée au corps, et mes mains, inutiles, apprenaient la noblesse de l’attente. Tu t’étais retournée, et M.A. Virgule me souffle, Elle, elle me dit : « Je veux tout. Le début, le milieu, l’après, le presque, le pas encore, le déjà plus, le jamais certain, je veux l’infini qui nous respire. »--- Et c'était çà, c'est ainsi et comme çà...



Moi , "Tes gestes sur moi étaient lents, tes caresses posées comme des virgules sur ma peau , pour dire continue, jamais termine. Le monde ne pressait plus. Le nous était là, évident, sans bruit."

Toi, "Je me souviens de toi avant même que tu saches te souvenir. Tu avais dix-sept ans, le regard déjà trop large pour l’âge, et cette façon de marcher comme si chaque pas posait une question. Moi j’en avais dix-neuf, et je savais déjà que le temps ne s’arrête pas. C’est pour cela que je disais virgule. Pas pour jouer. Pour respirer. Pour laisser la phrase ouverte,"

Marie Trintignant,  qui m'a surpris

Nous riions parce que le rire est une manière douce de suspendre la gravité. Le soleil traversait nos cheveux comme une promesse sans exigence, et le souffle trouvait son équilibre entre l’élan du désir et la sagesse du silence. J’ai compris alors que l’intensité ne vient pas de la vitesse, mais de l’accord.

Sur la route, nous dessinions des lignes qui ne demandaient pas à durer. Nous avancions comme deux flammes inconscientes de leur finitude, tenant l’aube sans savoir qu’elle brûle les mains. Lorsque tu demandais d’aller plus vite, le monde consentait, car il ne résiste pas à ceux qui ignorent encore le prix du mouvement.

Puis le silence a pris la forme d’une réponse sans phrase. Les journaux ont nommé l’événement pour se rassurer, mais j’ai compris que ce qui s’était rompu n’était pas un corps, mais le souffle même de la phrase.

J’ai appris que certaines présences ne disparaissent pas, mais se retirent dans une forme plus discrète. Face à moi même, j’ai compris que certaines douleurs ont besoin d’une parenthèse pour ne pas devenir amères , le temps avait-il accepté de se tenir tranquille un instant, 

Je te cherche dans ce qui n’insiste pas : le vent, l’intervalle, la pause. J’ai compris que le sens se cache rarement dans les mots pleins, mais souvent dans leur respiration. Le point promet la certitude, le point-virgule maintient le lien, les suspensions prolongent l’élan, mais la virgule, elle, elle seule, accepte de rester, 'La' Virgule...,...

Elle s’est posée sur moi comme une seconde peau. Elle est devenue rythme, douceur, prière sans adresse. Quand je ne sais plus dire, elle me permet encore de sentir. Elle ne comble pas l’absence, elle la rend habitable. Quand le temps tourne la page, je sais que tu n’es pas derrière moi, mais à l’intérieur de cette marge où le présent hésite. Tu n’es plus une image, tu es une manière de respirer. Le passé ne revient pas, mais il veille. Il ne réclame rien, il accompagne. Le souvenir n’est pas un retour, il est une présence allégée, un fil de lumière posé sur l’instant pour qu’il n’ait pas peur.

Ainsi la vie continue, virgule après virgule, comme une phrase que l’on effleure sans jamais la refermer. Et dans cette douceur persistante, je comprends que le souffle n’a jamais cessé : il s’est simplement appris autrement. Virgule.

Première fois

Virgule, je sens ton souffle contre le mien dans la mémoire, je sens nos mains toujours soudées, nos regards encore l’un pour l’autre, nos regards jamais séparés dans ce que nous avions inventé, et je sais que la vie continue ainsi, intensément, tendrement, sans conclusion, virgule,



 

L'étreinte de Josef Kunstmann, 1949. 


je recherche l’articulation entre culture et vécu : Mes illustrations, entre le vécu, la photographie, les artistes afin que rien ne vienne écraser l’émotion, servent de miroirs, de balises. J'ai besoin de ces appuis pour dire l’indicible, et cela me ressemble,

HORLOGE

 L'Horloge est une récompense après avoir été une distraction...


Nathalie Decoster

Les Temps Modernes Charles Chaplin 

Martin Buber

Horloge, tapie dans l’ombre des murs, dont les aiguilles s’étirent comme des doigts moqueurs... 

Je me suis accrochée au mur, simple cercle de bois, deux aiguilles, un battement discret qui divise l’air. Vous me croyez froide, mécanique, indifférente. Vous pensez que je ne fais que compter. Mais je vous regarde. 

Chaque tic est un pas que vous posez. Chaque tac, une porte qui se referme sans bruit. Je traverse vos chambres, vos cuisines, les couloirs de l’hôpital, les salles d’attente, les trains en partance. Je suis là quand un enfant naît, quand une main se tend, quand une autre se pose, 

Parfois, vous voudriez me décrocher, me retourner contre le mur, m’interdire de continuer. Mais je ne suis qu’un visage, témoin fidèle. Derrière moi, quelque chose de plus vaste respire : un rythme immense, silencieux, qui ne connaît ni fatigue ni repos, qui soutient vos vies sans bruit, comme un chœur invisible.

Un rayon tombe sur moi, et tout bascule : Mon tic-tac n’est plus une menace, mais un cœur qui bat comme ce monde, qui accompagne la vie et la rend possible.

Je ne suis plus ennemie.

Je suis la preuve que la vie insiste, que chaque seconde est un don. Mes aiguilles tracent dans l’air des signes invisibles : ici, maintenant, encore.

Ne courez pas contre moi. Ne me maudissez pas. Asseyez-vous dans mon cercle silencieux. Écoutez mon battement, simple et obstiné.

Je ne vous vole pas la vie : je vous la donne, seconde après seconde, 

06 février 2026

OMBRES

nous nous retrouvions, lui, ce facteur déchu qui portait le poids des lettres comme on porte l’âme des absents, et moi,  suspendu entre désir de comprendre et peur de l’indifférence, 

"il ne portait pas seulement des lettres, il portait déjà le monde"

Il me fredonnait Aqualung, cette musique qui parlait déjà des vies que personne ne regarde, nous avons reconstruit des cathédrales de pierre et de verre dans lesquelles nous nous abritons comme des aveugles qui prient sans voir, oubliant ceux qui restent devant la porte, ceux dont les corps se plient aux trottoirs, ombres de vie,

"Je croyais apprendre le monde, lui m’en montrait la blessure."

 je marche encore en écoutant les échos de notre chanson, échos qui deviennent hurlements lorsque je mesure combien nous détournons le regard, combien nous inventons des règles pour ignorer l’autre, combien nos rites et nos lectures de pierre et de verre nous rendent complices, je pense à lui, à ce facteur qui distribuait les lettres comme des fragments de dignité, et à tous ceux qui n’ont plus de lettre à recevoir, 

son errance était une lucidité, la nôtre portait le nom de normalité. "

Hands Lee Jeffries

je fredonne pour qu’un souffle demeure, pour que chaque mot se suspende et pèse, que chaque maux de notre époque puisse se révéler entre deux respirations, que l’on s’arrête, que l’on entende enfin les voix que nous feignons d’ignorer, 

"Je cherchais des réponses dans les livres, et lui les portait dans ses silences."



photos de la collection 
Hands de Lee Jeffries

05 février 2026

DES RIVES SALEES

 TDAH & le fait de couper la parole

Quand la parole arrive avant la fin des phrases, est-ce impolitesse ou marée trop haute ?

Regards

Des rives salées Régime de courant, temporalité intérieure, manière de naviguer dans le réel. L’esprit a déjà quitté le port. Il perçoit des courants, devine des caps, tandis que le monde parle encore. Plusieurs routes se superposent. Tangage dans le réel.

 Naufragé Les pensées surgissent trop tôt, embarcations légères, translucides. Elles glissent avant qu’on puisse les amarrer. Il faut manœuvrer sans couper la route, sans chavirer l’idée. La phrase tranche par crainte de naufrage. Naufragé, parfois, au milieu de ce flux trop vaste. L’esprit navigue en parallèle : plusieurs caps à la fois, plusieurs vérités simultanées. Le silence prolongé coûte ; retenir une idée, c’est déjà la voir se dissoudre. Alors, vite, quelques bouées : mots posés, gestes discrets, corps en équilibre. Des repères flottants.
Penser vite n’est pas courir. La conversation devient navigation à vue : chacun ajuste sa voile, accepte les remous, promet de revenir après la vague de l’autre. Mieux vaut relâche que digue trop haute. Avancer par houle douce, oscillations, dérive contrôlée. Parfois, un croche-pied : la pensée file devant, non par impatience, mais pour rester vivante. Elle sait que la mer change, que le courant décide si aucune trace n’est laissée. Alors on continue, sans carte définitive, avec cette attention flottante qui empêche le voyage de se rompre et permet à la parole de rester à flot dans un monde instable.
David M.Kessler