Fragments de présence ,,, Je m’habille du mouvement. Et déjà, sans le savoir, je deviens passage.
BOOMERANGS ,,, la responsabilité, le retour, la mémoire des actes ,,, Quelque chose en moi se souvient… non de ce que j’ai voulu, mais de ce que j’ai lancé. Rien ne disparaît, tout accomplit son arc. Car rien ne se perd, tout insiste… tout cherche en nous le point de retour. Et peut-être ne sommes-nous que cela : des trajectoires qui reviennent à elles-mêmes, chargées de ce qu’elles ont osé traverser.
TEMPÊTE ,,, Je ne sais plus être, rupture, désaccord du monde, dissolution de l’être. Quelque chose en moi se souvient de ce qui cède…Chaque pas hésite entre chute et révélation. Et pourtant quelque chose persiste à me traverser.
ET RÊVE ,,, Le tremblement du rêve, dérive, recomposition, conscience flottante. Quelque chose en moi se souvient de ce qui échappe… L’instant se déploie… et la pensée s’y abandonne. Point fragile où l’on ne sait plus très bien si l’on rêve encore, ou si quelque chose, depuis toujours, rêve en nous.
CE QUI ME TRAVERSE
,,, Fragments de présence ,,,
,,, Je m’habille du mouvement,,, naissance de l’accord, entrée dans le monde par le corps et le souffle,,,
Je m’habille du mouvement, naissance de l’accord, entrée dans le monde par le corps et le souffle. Quelque chose en moi se souvient de ce qui me traverse. Pas un souvenir précis, pas une image que l’on pourrait retenir, une présence restée quelque part entre le souffle et la peau. Dans l’air qui bouge, se joue, se moque et parfois rit, il arrive qu’un instant ancien retrouve son chemin.
Le vent me l’a confié, lettre après lettre, tandis que je gravissais la côte. Le souffle court, je croyais lutter contre la pente. J’apprenais. La route s’élève comme une phrase exigeante. Chaque battement de cœur y pose sa ponctuation vive. Et dans cette fatigue qui dépouille, quelque chose me revient, ce regard qui regardait le monde.
Alors je continue. Le souffle mesure. Il arrache l’orgueil inutile, polit l’effort jusqu’à le rendre juste. Il contraint, puis libère. À mesure que la pente se redresse, quelque chose cède en moi. Je ne suis plus celui qui monte. Je suis ce qui monte.
Puis vient la crête, presque sans prévenir. Un mince passage entre deux versants, un instant suspendu où tout pourrait encore basculer, chute ou envol, crispation ou abandon. Le monde s’élargit. Le souffle retrouve son espace. Une lumière passe, légère, je me laisse écrire sur la pente inverse.
Je ne m’arrête pas pour savoir. La descente s’ouvre. L’air vient parler tout près. Les courbes surgissent, et le corps les accueille sans débat. Une inclinaison, un relâchement, un souffle retenu puis rendu au vent. Quelque chose s’accorde. La volonté se retire. Je m’habille du mouvement. Je ne cherche plus à avancer vers quelque chose. Je passe avec la route, avec le vent, avec ce qui fut et ce qui demeure, dans cet accord fragile où le corps et la mémoire semblent respirer ensemble. Et déjà, sans le savoir, je deviens passage.
La volonté se retire, et le mouvement persiste. Je m’habille du mouvement. Et déjà, sans le savoir, je deviens passage.
L'adoration des Mages, Augustin Frison Roche
,,, Boomerangs ,,,
,,, la responsabilité, le retour, la mémoire des actes ,,,
Quelque chose en moi se souvient… non de ce que j’ai voulu, mais de ce que j’ai lancé.
Un mot, une décision, un silence. Nous les projetons avec l’assurance tranquille de ceux qui croient que le monde absorbera le choc. Les boomerangs que nous lançons avec une élégance feinte reviennent chargés de mémoires. Ils traversent l’air avec une fidélité implacable et nous atteignent avec cette brutalité intime propre aux conséquences différées.
Rien ne disparaît ,,, tout accomplit son arc.
Quelque chose me rassure pourtant : si nous allons droit vers le mur, je ne serai pas seul à en éprouver la violence,,, consolation obscure d’une chute partagée, fraternité involontaire dans l’impact annoncé.
Nos actes, sous couvert d’ordonner le réel, l’entament. À vouloir corriger le monde, nous le fragilisons ; à vouloir sécuriser l’avenir, nous appauvrissons le présent. La réalité ne disparaît pas, elle s’altère lentement,,, un peu plus, un peu moins, et l’équilibre bascule.
Les profits trouvent toujours le chemin de ceux qui n’en manquaient pas, tandis que d'autres héritent des débris. Nous avançons sans recul véritable, enveloppés d’une lucidité qui relève davantage de l’orgueil que de la clairvoyance. Il n’y a plus d’alibi ; seulement des récits ajustés à notre confort intérieur.
Car rien ne se perd, tout insiste… tout cherche en nous le point de retour. Et peut-être ne sommes-nous que cela : des trajectoires qui reviennent à elles-mêmes, chargées de ce qu’elles ont osé traverser.
,,, Je ne sais plus être ,,,
,,, Tempête ,,, ,,, rupture, désaccord du monde, dissolution de l’être ,,, Quelque chose en moi se souvient de ce qui cède…
Les tours d’ivoire s’effritent dans la poussière de sang, la mémoire rompt les cordes tordues et les fantômes séculaires pincent des accords invisibles. La Police des Cieux frappe les crânes tandis que, sous les nuages carmins, les dieux rient et les chevaliers de métal traquent les notes perdues dans l’éclat brutal des cymbales d’orage.
Car quelque chose se fissure dans la grande mécanique du monde, une dent manquante dans l’engrenage du ciel, et l’ancienne musique des sphères commence à grincer.
Les fleuves remontent et vomissent les souvenirs, les volcans crachent des chœurs et des lettres brûlantes, les mers se couvrent de poissons noirs ; des fourmis de feu rampent dans les veines du monde pendant que le tambour ancien de la terre bat encore, lourd, profond, obstiné.
La planète elle-même se souvient soudain de toutes les blessures qu’on lui a confiées,,, L’air vibre… l’être chancelle… et un funambule avance sur des cordes de songes brisées, parmi des éclats de mémoire tranchants comme des lames d’ombre.
Chaque pas hésite entre chute et révélation.
Les enfants-comètes tombent en spirales, les fantômes glissent hors des murs comme des fumées, les cieux vomissent des chiffons violets et des éclats de vent ; des paroles incandescentes traversent l’air, nul ne s’en saisit, le langage lui-même se dissout dans le tumulte.
Les alphabets brûlent avant d’avoir pu nommer ce qui vient. Le souffle-chaos s’élève.
Une goutte de conscience vacille dans ce vertige tordu ; le cri devient ruisseau, puis torrent, puis incendie… avant de se perdre dans le silence.
Toute pensée n’est qu’une étincelle dans cette nuit qui respire. Tout éclate, tout se dilate, tout se réfracte,,, au-delà du délire, au-delà des lyres, au-delà de l’histoire.
Zörr… Hrrâhn… Zïrr… Kreühn… Köhr-mahn…
Le monde chante dans la poussière, le dormeur s’éveille dans la vision, et tout s’effondre, se relève, se replie…
Et dans ce souffle qui demeure : j’ai l’air…je ne sais plus être,
et pourtant quelque chose persiste à me traverser.
Le rêve, Zileto Lbk
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