LA GÉOMÉTRIE DES VARIABLES
À vouloir prendre de la hauteur par une traverse qui montait un peu trop, j’ai rencontré un arbre qui avait choisi de s’allonger en travers du chemin. Lui avait manifestement décidé de ne plus avancer. Moi, je n’avais pas encore compris qu’il fallait parfois savoir s’arrêter.
Une trajectoire contrariée, un détour imprévu par le sol, quelques jurons pour saluer le paysage, et me voici le bras en écharpe, l’épaule endolorie, avec la rage aux dents et quelques projets en suspens. Les collines, elles, n’ont pas bronché. Elles en ont vu d’autres, des obstinés venus chercher leur part d’ailleurs, persuadés qu’un chemin qui monte mérite toujours qu’on le suive. La gravité, cette vieille connaissance, s’est chargée de me rappeler que les lois de la physique n’ont jamais signé de traité de paix avec celles de l’entêtement. J’avais choisi la traverse, cette liberté de quitter la ligne droite pour découvrir ce que les routes sages ne montrent jamais. J’y ai gagné une écharpe, une épaule récalcitrante et quelques notions de géométrie appliquée. L’arbre était en travers. Moi aussi, désormais, mais pour d’autres raisons.
Me voici donc à l’arrêt, du moins en apparence. Le corps apprend la patience, l’épaule négocie avec le temps, tandis que l’esprit continue ses escapades. Je laisse les jours faire leur ouvrage. Quant aux arbres ,,, Je leur accorde cette parenthèse, sans leur promettre davantage.
Car il y a dans les chemins de traverse une insolence qui ne se soigne pas. Une manière d’habiter le monde qui préfère l’inconnu aux itinéraires balisés, l’élan à la résignation, et les détours à la prudence érigée en destin. On peut immobiliser un vélo, ralentir un corps, mettre une épaule au repos. Mais comment faire taire cette petite voix qui, au détour d’un chemin, murmure déjà : Et si j’allais voir là-bas ?
Alors oui, je vais prendre le temps de réparer ce qui doit l’être. Je laisserai les pentes aux impatients et les arbres à leurs siestes intempestives. Je vais même essayer de me montrer raisonnable. Raisonnable,,, je repartira.

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