Diable - Éthique en 2025
"Parce qu’au fond, le diabète, ce n’est pas une limite.
C’est juste un autre rythme, un tempo intérieur.
Et j’ai choisi d’en faire une musique."
En grec ancien, diabêtès signifie “siphon” un passer à travers. Les fluides s’écoulent, le corps laisse filer ce qu’il devrait garder. Belle métaphore, non ?Avant 1921, c’était une tragédie grecque à part entière : sans insuline, un diabète de type 1, c’était une mort annoncée, les parents privaient leurs enfants de sucre pour grappiller quelques semaines de survie… mais la fin était inévitable.
Un siècle plus tard, on a l’insuline, les capteurs, les pompes, les boucles, les applis…Mais il reste un fléau bien plus coriace que l’hyperglycémie : l’ignorance ambiante. Les perles de l’ignorance , elles parlent de nous, de vous , super! Ah, les grandes questions philosophiques que tout·e diabétique a entendues au moins cinquante fois :
« Tu prends pas du sucre dans le café...ah! pardon j'oubliais... !!! ? » mon regard est évasif, ma justification en boucle, et mes excuses font le tour du monde… mais mon pancréas, est en rébellion.
« C’est parce que t’as trop mangé de sucreries enfant ? » Non, c’est parce que mon pancréas s’est syndiqué, a fait grève… et n’est jamais revenu de la manif.
« on m'a dit que ça peut se soigner avec de l’homéopathie, du jus de carotte ou des prières, ? » j’ai déjà consulté des thérapeutes, des magnétiseurs et même Google… mais ça n’a rien donné...j'ai quand même retenu qu'il fallait se soigner avant!!!
« C’est contagieux ? » rassure-toi. j'ai un diabète spécial, plutôt du genre discret et solitaire.
« Ah bon, t’as pas l’air malade ! »Oui, incroyable. On peut être malade et bien coiffé, apparemment.
« Moi, je pourrais pas vivre avec ça ! » Tu serais surpris de voir combien on improvise, on peut rire, pleurer et pédaler malgré tout.
« T’as pas essayé les plantes ? » Oh, Oui, et ça a fonctionné… pour calmer mes nerfs, pas pour l’insuline.
« Mon grand-père a guéri son diabète en arrêtant le sucre ! » Génial ! Et moi, j’ai arrêté d’écouter les experts et les "théraputes"...
On rit, parce qu’il vaut mieux en rire qu’en pleurer. Mais derrière ces perles se cache un vrai malaise collectif : la peur du corps qui ne marche pas “comme prévu”. Le refus d’accepter qu’on puisse être différent sans être coupable. Un diabétique, c’est un peu le miroir de ce que notre société déteste voir : le non-contrôle, la vulnérabilité, la réalité biologique. Et dans une époque qui prêche le “bien-être” comme une religion, ça dérange.
On aime croire que tout se règle avec un peu de volonté, de yoga et de curcuma. Alors, quand quelqu’un dit : “Moi, je fais attention, ça ne m’arrivera pas.”ce n’est pas de la confiance, c’est une prière. Une manière de dire : “Je suis du bon côté.” Mais la vérité, c’est que la maladie n’a pas de côté. Et que l’ignorance, elle, est souvent plus dangereuse que le sucre.
Pourquoi ça énerve et pourquoi on reste polis, quand même
Le diabète, c’est invisible. Pas de plâtre, pas de béquilles, pas de lunettes noires, pas d’auréole lumineuse au-dessus de la tête. Rien qui dise “attention, organisme en maintenance”. Alors, pour beaucoup, si ça ne se voit pas, c’est que ça n’existe pas. Et quand ça existe, c’est “forcément de ta faute”. La société adore les coupables, ça rassure.
Et la science ? Trop compliquée. Expliquer la différence entre type 1 et type 2, c’est comme essayer d’expliquer la mécanique quantique à un poisson rouge sous caféine.
Résultat : on devient prof de SVT malgré soi, pédagogue de salon, éducateur improvisé. Et même si on garde le sourire, parfois, franchement… on rêve d’un mode “muet” pour conversations inutiles.
Guide de survie ou comment rire au lieu de mordre
Le diabète de type 1, c’est une maladie auto-immune, levez les yeux, mon corps attaque les cellules qui produisent l’insuline et ce n’est pas à cause des bonbons, par contre je calcule tout ce que je mange sans avoir besoin de conseil nutritionnel... Réservé à ceux qui écoutent, donc, disons, 0,3 % de la population.
Le vrai problème et ce n’est pas vous, l’ignorance n’est pas toujours de la méchanceté. Souvent, c’est juste un trou dans la transmission. Le diabète, on en parle peu, ou mal : entre l’image du “gros gourmand” et celle du “robot à pompe”, il reste peu de place pour la réalité. La société adore les solutions simples : “Mange moins, bouge plus.” Merci, Docteur Internet.
Et pourtant, derrière chaque diabétique, il y a un être humain qui calcule, ajuste, anticipe, survit, tout en souriant à ceux qui pensent qu’un peu de miel pourrait “remplacer le sucre , voir l’insuline parce que c’est naturel”. Oui, c’est usant. Usant d’expliquer. Usant de sourire à des âneries. Usant de devoir justifier sa propre biologie à des gens qui n’ont jamais ouvert un manuel de SVT. Mais voilà la vérité vraie, crue et sans sucre ajouté : le monde est plein de gens qui parlent sans savoir, et vous, vous avancez avec lucidité, humour et courage.
Alors, la prochaine fois qu’on vous sort :“T’as essayé le jeûne ?” Souvenez-vous : vous n’avez pas à vous justifier, ni à sourire si vous n’en avez pas envie. Vous avez le droit de lever les yeux au ciel, de rire, de vous taire...Et puis allez…
Moi, DDT1, je gonfle les pneus, les poumons, et j’éclate les kilomètres. Qu’ils comptent leurs sucres, moi je compte mes tours de roues. Je trace, capteurs branchés, sourire en coin, glycémie en freestyle. Qu’ils continuent à croire que le diabète, c’est une faiblesse, moi, j’en ai fait un moteur. À force de se piquer, on finit par s’aiguiser. Et moi, je pique encore… mais cette fois, c’est la vie.
Le monde peut bien parler, moi, je pédale, et à chaque coup de pédale, j’éclate un cliché, et quand je m’arrête, je prends le temps de respirer, j'écris sur la vie, l’espace, les rencontres. Je transforme les soirs en beaux textes, pour les partager, pour que l’ironie devienne tendresse, et que la fatigue se change en lumière. Parce qu’au fond, le diabète, ce n’est pas une limite, C’est juste un autre rythme, un tempo intérieur, et moi, j’ai choisi d’en faire une musique.
"Le diabète, ce n’est pas une limite, c’est un autre rythme. Et j’ai choisi d’en faire une musique."
En grec ancien, diabêtès signifie "siphon" : les fluides s’écoulent, le corps laisse filer ce qu’il devrait garder. Poétique, non ? Avant 1921, c’était une tragédie : sans insuline, le diabète de type 1 était une condamnation à mort. Les parents privaient leurs enfants de sucre pour gagner quelques semaines. En bref : ça finissait mal.
Le diabète n’est pas une tragédie spectaculaire, c’est un siphon discret, un corps qui laisse filer ce qu’il devrait garder et qui, malgré tout, apprend à danser avec ses propres fuites.
Avant l’insuline, c’était un adieu sans retour ; aujourd’hui, j’ai des capteurs collés sur la peau, une pompe qui ronronne, et une armée de chiffres qui prétend m’apporter la sérénité à coups de bips. On me parle encore de miel, de prières, de jus miracles et de recettes naturelles, comme si mon pancréas attendait simplement une bonne intention pour reprendre le travail.
J’ai tout entendu : les conseils de comptoir, les prophètes de Google, les experts autoproclamés qui savent toujours mieux que mon propre corps. Pendant ce temps, la réalité continue son jazz instable, ses courbes imprévisibles, et moi je deviens funambule, équilibriste des glycémies, comptable de glucides, chef d’orchestre d’une biologie qui n’en fait qu’à sa tête.
Invisible, ce combat ; pas de plâtre, pas de cicatrice héroïque, juste cette phrase : « Mais t’as pas l’air malade. » Non, en effet, j’ai simplement l’air de quelqu’un qui tient en équilibre sur un fil tendu entre deux hypoglycémies. Chaque alarme est une note, chaque bolus un solo improvisé, chaque nuit un rappel que le corps est une machine capricieuse qui exige une attention constante et un humour bien placé.
Le diabète n’est pas une fin, c’est une autre partition, exigeante, parfois dissonante, mais jouable, et tant que je tiens le fil, tant que je garde le rythme, la musique continue.















