CommenTaire
Une pensée s'égare, une autre change de trottoir, tandis que les valises pleines de lendemains périmés se font la malle par un escalier qui s'efface dans les marches. En bas, les surligneurs rançonnent les réponses au passage, laissant dans la marge les mots qui n'ont pas reçu leur trait de lumière. Des phrases entières marchent sur des jambes de papier, les slogans se jettent des balcons, les majuscules et les italiques battent le pavé. Qui a donné le départ de cette procession de mots, et qui a soufflé qu'il fallait tenir entre deux lignes pour être relus ?
Les consonnes serrent les coudes, les voyelles cherchent une issue. Un point d'exclamation fait le fier devant un encrier, tandis qu'un point-virgule tente une médiation entre deux parenthèses mal refermées. Les mots se déguisent, les intentions changent de costume, les paroles deviennent sourdes. Les lettres commencent à pleurer, une gomme s'avance, quelle taille de police adopter ?
Devant, des boucliers alignent leurs reflets. Ils ponctuent. Chaque choc ferme une phrase que personne n'a écrite. Les uns avancent avec leurs maux, les autres tiennent la ligne, et la rue, prise entre deux grammaires, cherche encore son sujet. Qui est le complément de qui, et pourquoi le verbe se conjugue-t-il toujours au présent de la confrontation ?
Les surligneurs ont installé leur clavier anonyme. Ils frappent sans écran. Ils confisquent les mots trop longs, taxent les silences et délivrent des permis de circuler aux phrases conformes. Les autres sont priées de rester en marge, sous peine de ponctuation abusive.
Un nuage passe, la rage menace. Les lire-manifestes replient leurs jambes de papier, les boucliers rangent leurs reflets, les points d'exclamation rentrent leurs pointes. La voirie se veut propre. Les traces changent de trottoir et les questions restent sur place, sans autorisation de stationner. La rue se vide...
Inquiet, je cherche encore le point de rassemblement des virgules. Il paraît qu'elles ont refusé de défiler en rang, préférant laisser entre les phrases un espace où chacun pourrait passer…
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