05 mars 2026

ALLER RETOUR

 Dans l’air mouvant, qui se moque, qui rit, entre ce qui brûle en moi et ce qui l’attise.

 “Je m’habille du mouvement”  avec une relation au corps, au contact, à la peau. Je porte le mouvement, ou lui, me porte... avec ce dépouillement préalable : pour s’habiller, il faut d’abord se défaire de quelque chose : le retrait de la volonté ,,,




Le vent me l’a confié, lettre après lettre, tandis que je gravissais la côte. Le souffle court, je croyais lutter contre la pente. J’apprenais. La route s’élève comme une phrase exigeante. Chaque battement de cœur, une ponctuation vive, ardente. Seulement une montée, nue, offerte. Et moi, traversé par une volonté plus ancienne. Je m’accordais.

Le souffle mesure. Il arrache l’orgueil inutile, polit l’effort jusqu’à le rendre juste. Il me contraint à habiter mon propre rythme, je ne suis plus celui qui monte. Je suis ce qui monte. Puis vient la crête. Un seuil fragile où tout pourrait basculer, chute ou envol, crispation ou abandon. L’espace se suspend une seconde... Je me laisse écrire par la pente inverse.

La descente s’ouvre, l’air murmure à l’oreille une vérité simple, l’harmonie n’est pas l’absence de tension, mais un consentement réciproque. Les courbes surgissent, et le corps les accueille sans débat. Inclinaison, relâchement, souffle retenu, offert. La vitesse est une confiance. Je ne domine rien. La route se déploie, ruban vivant. 

Ce n’est pas l’ivresse qui m’emporte, mais une lucidité brûlante. Être là, 






Entre ce qui brûle en moi ,,, ce qui l’attise. 


04 mars 2026

BOOMERANGS

 

BOOMERANGS, objets de jeu, vecteurs de conséquence.

un essai qui ne parle pas seulement de responsabilité, mais de retour inévitable, de cohérence morale de l’univers, de l’impossibilité d’échapper à ce que l’on met en mouvement avec en toile de fond la consolation collective dans la catastrophe. 


L'adoration des Mages de Augustin Frison Roche

Un mot, une décision, un silence. Nous les projetons avec l’assurance tranquille de ceux qui croient que le monde absorbera le choc. Les boomerangs que nous lançons avec une élégance feinte, persuadés qu’ils décriront une courbe docile, reviennent chargés de mémoires. Ils traversent l’air avec une fidélité implacable et nous atteignent avec cette brutalité intime propre aux conséquences longtemps différées. Rien ne disparaît, tout accomplit son arc.

Quelque chose me rassure pourtant : si nous allons droit vers le mur, je ne serai pas seul à en éprouver la violence,,, Comme une consolation obscure pour une chute partagée, fraternité involontaire dans l’impact annoncé. 

Nos actes, sous couvert d’ordonner le réel, l’entament. À vouloir corriger le monde, nous le fragilisons. A vouloir sécuriser l’avenir, nous appauvrissons le présent. La réalité ne disparaît pas, mais s’altère lentement, comme une matière trop manipulée,,,. Un peu plus ou un peu moins, pensons-nous, et l’infime déplacement suffit à modifier l’équilibre. Les profits, moraux, symboliques ou matériels, trouvent toujours le chemin de ceux qui n’en manquaient pas, tandis que d'autres héritent des débris, de la poussière des décisions prises sans eux.

Nous avançons sans recul véritable, enveloppés d’une lucidité qui relève davantage de l’orgueil que de la clairvoyance.  Il n’y a plus d’alibi ; seules des justifications polies, des récits soigneusement ajustés à notre confort intérieur. Pendant que nous débattons des principes, la mâchoire du loup se referme lentement, non dans un cri, mais dans une pression tiède et progressive, presque imperceptible,,, le piège ayant appris la douceur afin de mieux assurer sa prise.

Dans la Gueule du Loup, de Daniel Hourde aux Pont des Arts ou de l'Amour, Paris

Alors demeure la question, nue et persistante : que faisons-nous des restes ? Des fragments d’idéaux qui résistent encore, des lambeaux de dignité, des parcelles de désir qui palpitent malgré la fatigue collective ? Que faire de ce qu’il nous reste,  de ces certitudes effondrées sous leur propre poids ?

Chute d'un Empire de Godefroid Thierry

Peut-être faut-il cesser de prétendre maîtriser la trajectoire et consentir à regarder l’impact en face. Non pour s’y résigner, mais pour reconnaître, dans la brûlure même, une vérité plus dérangeante: celle qui ne s’abrite ni derrière le nombre ni derrière la fatalité. Car si nous tombons ensemble, il ne tient qu’à nous que la chute soit simple écrasement ou commencement d’une lucidité plus âpre, plus responsable,,,

Nous lançons toujours quelque chose,,,









02 mars 2026

JE ME SOUVIENS DE TOUT

Je me souviens de tout.




d’un théâtre entre l’aube et le vertige. 

Lui me regarde depuis les coulisses. Il ne sourit pas. Il scrute. Il interroge la charpente invisible du spectacle. « Qu’est-ce que la vérité quand tout est costume ? » . Sous son regard, les couleurs se décantent, les gestes prennent une gravité inattendue. Lui, il cherche l’ossature sous la soie, l’axiome sous le chant.

Et cet autre, lui, écrit au centre de la scène,  souffle, ses phrases sont des traînées phosphorescentes qui traversent l’air et laissent derrière elles un parfum d’orage et de résine. Il sait que le masque n’est pas mensonge, que le hasard n’est pas chaos. Lui, il tend la main à l’imprévisible comme on invite un danseur inconnu.

Moi, là, armure vivante, fragile, je sens sous ma peau une muraille de feu vibrer au rythme de tambours invisibles. Moi, j'aurai aimé maîtriser le hasard et là, je découvre qu’il suffit de l’épouser. 

Lui murmure encore : « Qui es-tu lorsque le rideau tombe ? »
L'autre répond : « Celui qui continue d’écrire dans l’ombre. »
Je,,, lui, moi?, je me souviens de tout, oui. 

Je me souviens. Feu sous la peau. Armure vivante. Hasard en voiles, folie lente. Lui qui me regarde. L'autre qui écrit,  la lumière qui traverse. Je me souviens. Spirales de pensée. Je me souviens,,, porte entrouverte par où souffle ce qui est, a été, sera. Je me souviens, quelque chose de moi qui ne s’efface pas, qui vit, clair, mobile, présent, du coeur à l'esprit. Près de moi, une présence qui circule, qui brûle, qui aime,,,      ,,,  danser avec ma mémoire ,,,